‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 130 sur 143 · LES TROMPETES · texte numérisé non relu

LES TROMPETES

Obbaïz nous volons à vous;

Aultre chose ne desirons. i8,5a5

Lors les trompetes sonneront, et y a pause. — Puis tous les seigneurs viendront devant la Pucelle en belle ordonnance, tous armez. Puis dit

P 658 i*. LA PUCELLE.

Mes bons seigneurs, comme savez L'entreprise qui fut yer,

S'en aillent dont en Eng^eterre.

Si vous supply tant que je puis,

Ou nom des nobles fleura de lis,

Que partions d'ici, qu'il est heure.

L'aube du jour si esclardis, 1 8,565

.III. heures sont selon mes dis.

Si ne devons faire demeure;

Pour nostre besoigne plus seure,

Ainsi que en moy je procure.

Le plus matin devons poursuir. 18,570

En la nuyt qui est obscure

Il ont fait le guet par droiture ;

Au matin, chascun veult dormir.

ALANSON.

Dame Jehanne, k vostre plaisir.

Faictes ainsi que l'entendes, 18,575

p 459 r\ Que nous vous volons obbayr

A ce qui vous plaist commander;

Et ce que voudrez demander

Ou dire en quelque manière.

Nous l'acomplirons sans tarder, i8,58o

Et ne vous doubtez du contraire.

VSNDOSME.

Nous savons assez l'entreprise

Qui fut dicte icy et nottée;

Qu'elle soit de présent reprise

Ainsi qu'elle fut procurée. » 8,585

De par nous fut délibérée

En toute bonne intencion;

Que par nous soit exécutée

Et mise à execucion.

De Baugenci, car je le voy; Si veil c on leur face rapport Comme je vien en l'ost du Roy,

Et le faire assavoir par moy 18,610

A la bonne et noble Pucelle.

Pour ce, messager, sans deloy Te convient aller devers elle.

Et lui anoncer ma venue,

Aux bons seigneurs pareillement, 18,61 5

Voloir estre en leur retenue Et tous mes gens entièrement, ^ A les servir totallement

Allencontre leurs adversaires.

Voz plaisiz et voz mandement 18,690

Parferay en toutes manières ; p 46o V*. Si vois faire vostre message

Diligemment, ne doubtez mie,

A la Pucelle noble et saige

Et à toute la seigneurie. i8,6s5

RICHEMONT

Fais diligence, je te prie.

Et puis viens à nous au devant.

Je le feray à chère lie.

Et si bien que serez contant.

Lors 8*en va , et y a pause.

Dieu sault la très noble Pucelle, i8,63o

Vostre message ay acomply «8,655

Devers la Pucelle donneur,

Qui ma volantiers requeuUy.

De bon cueur elle m'a ouy

Ce dont vous m'avez baillé charge,

Et en est son ceur rejouy «8660

Dont vous plaist faire ce voyage.

Et désire fort de vous vois

Âveques vostre compaignie,

Que aujourd'uy, comme je crois,

Il y a eu grant baterie, »8,g65

Que par leur grant chevallerie

Dedans Baugenci sont entrés,

Et y a eu très grant tuerie

D'Englois mors et acraventez.

RICHEMONT

Je ne veil plus ci arrester; 18,670

Devers eux m'en vois sans atandre Moy et mes gens me présenter, F^ û6a v\ Pour les conserver et deffandre.

Ghascun de vous s'i veille entandre, Que en son fait nayt que redire, 18,675

Ne que on vous puisse reprandre D'aucune chose ne médire.

Çà, monseigneur de Beaumanoir, Je voy Baugenci là devant;

Y nous y fault faire devoir 18,680

Et y estre tous combatant, Que reproche ne tant ne quant Aucun de nous ne puisse avoir, Mes honneur de petis et grans

Et gloire y puissons recepvoir. 1 8,685

p 463 1'. Vous remercie de ma puissance.

Té en mon cœur rejouyssance i8»7»o

De vostre visitacion,

Que je say que vostre presance

Nous donra consolacion.

Aujourd uy, par permission

De Dieu, sommes céans entrez, 18,715

En très grant variacion.

Ang^ois nous cuidoient deroquer^

Et, par une cautelle voye,

Aucuns s'estoient embuchez

En cavernes, c'est chose vraye, 18,7110

Pour nous abatre et subjuguer

Et pour nous voloir enfermer,

Saillir sur nous pour nous enclose;

Mes nous les avons dechacez, . .

Ne nul d'eux plus montrer ne s'ose. iS.^2b

Et ce sont tous leans retraiz

En ce chasteau et abbaye.

Que par artillerie et traiz

Le fault avoir, quel que nul die.

Si volons faire une saillie iB,7§o

Encontre eulx et un gref assault.

Et sortir nostre artillerie ,

Que ainsi faire le nous fault

Si comment les faire saillir

Pour savoir quel puissance il ont 18,735

p 463 V*. Et aprement les poursuyvir,

Aussi bien ceulx du bout du pont.

Plusieurs là retrayez ce sont

En ung petit méchant taudis.

Où de bref il en partiront 18,760

Sans retourner en leur pais.

RIGHEMONT.

Dame Jehanne, vous dictes bien, La chose est bonne ainsi le fere.

Si ne m'espargnez dont en rien, Que du tout je vous veil complaire.

Et tous mes gens tenir frontière En quelque lieu qui vous plaira; Sans que nul en die au contraire, Ung chascun vous obbayra.

Mes d'une chose je voudroye Vous requérir à toutes fins :

Sy est, si vous trouvez en voye, Et que vous y trouvez à point, Devers le Roy, ung peu le crains, C'est que par vous ma paix ce face Et que mon cas peust estre estains.

Que peusse retourner en grâce.

Vous me ferez ung grant plaisir Et à vous tout temps seray tenu, S'i vous plaisoit vous souvenir De mon fait et du contenu.

Et pensez que j'en suis esmeu, Dont devers luy je n'ose aller; Mes par vous je seray receu A pardon et à grâce avoir.

Si vous prie tant que je puis Que vous plaise luy en parler, Et que son serviteur je suis; Partout où y voudra aller Le suivray sans varier, Tout à son voloir et plaisance,

Ne envers luy pour nul denier James je ne feray offance.

hk PUGELLE.

Monseigneur, n'en ayez doubtance,

Que de bon ceur je le feray, » 8,775

Voire et de tout ma puissance

Très volontiers Ten requerray

Et humblement Ten suppliray,

Qui le fera à mon povoir;

Et devers luy vous meneray 18,780

De bon ceur et de bon voloir.

RICHEMONT

¥^keky\ Dame, je vous en remercie;

Tenu suis à vous grandement Et le seray toute ma vie,

Vous remercyant humblement. 18,785

Je scay bien véritablement Que, si toust lui en parlerez, Vous accordera entièrement; Rien ne vous voudroit refuser.

DUC D'ALANSON.

Dame Jehanne, nous prions i8»79o

Que en veillez parler au Roy.

Ârtus, conte de Richemont,

Si est noble et de grant arroy,

Et pour ayder, je le croy.

Au Roy à recouvrer son royaulme, «8,795

N*est plus puissant ne mieux de quoy

Que luy qui soit portant heaulme.

Leur pourroit venir plainement,

Qui pourroit donner des ennuys

A nostre armée certainement.

Vous, monseigneur duc d'Alanson, i8,83o

Voz gens et vostre artillerie ,

Y serez là pour tenir bon,

S'i vous plaist, et je vous en prie;

Et pour vous tenir compaignie,

Le bon conte de Richemont 1 8,835

Et ses gens à chère hardie.

Qui de bon ceur vous serviront.

Après, pour le siège du pont

Où ils ont une bastille,

Tantoust nous en ordonnerons 18,860

Et mectre gardes pour la ville,

Que nul ne sera si abille

D'Anglois, si osé ne hardi

De saillir hors son domicile

Qu'i ne soit tantoust reverdi. 1 8,84 5

ALANSON.

De monseigneur le connestable ?• Û66 1'. Vieu ge bien avec moy avoir,

Que il est ung prince notable De corps, de biens et de savoir.

Et sachez que y ferons devoir ]8,85o

Encontre ceste forteresse.

On s'en pourra appercevoir D'ici à lonc temps, et grant presse.

RICHEMONT

Monseigneur, je vous remercie

De vostre honneur et plaisir. 1 8,855

Trompetes, faictes assembler

Tous mes gens icy en presant

Pour faire ces Anglois tramWer. 1 8,885

P A67 r*. Lors icy les trompetes sonneront. Et gens d'armes de tout coustez viendront devant Alanson, Richement en grant puissance, la Pucelie estant d'autre cousté aveques une autre grosse armée. Puis dit le bailli d'Evreux qui vient es fenestres du chasteau :

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