‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 3 sur 143 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

cr A Guillaume le charron et Michelet Filleul, pour don à euLcJaicl

pour leur aider à paier leurs eschaffauhc et aultres dépenses par eux

faictes le .vni'. jour de mai mil. cccc. xxxv., que Hz firent certain

mistaire ou boloart du pont durant la procession, payé .m. réaux

d'or. Pour ce js sols p. v

Que représentait le mystère dont il est ici question? Les comptes de la commune ne donnent pas d'autres renseignements, et les historiens de la ville sont muets à cet ëgard. Mais n'est-il pas infiniment probable qu'il représentait l'événement dont on célébrait l'anniversaire? Quel spectacle plus intéressant pouvait- on offrir aux Orléanais que celui d'un fait d'armes dont ils étaient fiers à juste titre et auquel un grand nombre d'entre eux avaient pris une si glorieuse part?

D'ailleurs, pour i^Bg, cette conjecture devient une certitude On trouve, en effet, dans les comptes de commune de cette année les mentions ci-après :

^A Mahiet Gaulchier^ paintre, le xiii^ jour du moys d'avril, pour faire les jusarmes et haches et une fieur de Hz et deux godons, par marchiéfait à lui en la chambre de la dicte ville, pour faire la feste du lièvement des Tourelles \ ta liv. î6 sols p.rt

^A Jehan Chanteloup, pour avoir vacqué neuf journées à faire les pschaffaulx de la procession des Tourelles, et pour unze charroiz pour mener et ramener le bois quilfailloit à faire lesdiz eschaffaulx; pour ce àà sols p. 7)

Enfin on lit dans le registre des comptes de la même année un article sur lequel nous appelons l'attention du lecteur :

<T A Jehan Hilaire, pour l'achat d'un estandart et bannière qui furent à Monseigneur de Reys pour faire la manière de Tassault comment les Tourelles furent prinses sur les Anglois, le vm* jour de may;

* C'est-à-dire de l'abandon da fort des Tourdles par les Anglais.

PRÉFACE. IX

vu Hv. tournais qui vallent à Paris cxii s&us parisis : pour ce cm sols p. V

Ajoutons, pour en finir avec les comptes de la ville d'Orléans, que, dans les années qui suivent immédiatement, il n'est plus fait mention d'une représentation semblable. Il faut aller jusqu'en 1446 pour trouver trace d'un divertissement ajouté à la procession le jour de la fête de la ville. C'est encore d'un mystère qu'il s'agit, mais du mystère de saint Etienne:

^À Mahiet GaulckieTypaintre, pour don fait aux compaignons qui jouèrent le mistaire de S. Estienne le vm^ jour de may^ pour leur aider à soustenir la despense de leurs chaffaulx et aultres choses; pour ce â liv. 16 sols p. y)

Par ces textes, il nous semble établi qu'en i435 et i^Sg un mystère où étaient reproduits les principaux incidents du siège d'Orléans fut joué dans cette ville à la fête du 8 mai.

Est-il permis de croire que ce mystère était celui que nous publions aujourd'hui? C'est notre sentiment.

H est pour nous démontré, et nous développerons ci-après les motifs de notre conviction, que l'auteur était Orléanais. Ce n'est pas seulement le cœur d'un bon Français, l'amour de l'indépendance nationale, et, par suite, la haine de l'Anglais qui se manifeste dans son œuvre, c'est encore et particulièrement le témoignage de sa fidélité et de son dévouement au duc d'Orléans, mêlé à l'expression d'un patriotisme tout local, si l'on peut ainsi parler. De plus, il nous semble visible que notre poète, poète de circonstance plutôt que de profession, écrivait à une époque encore fort rapprochée des événements, qu'il en avait été le témoin, et qu'entouré d'autres témoins nombreux des faits qu'il mettait en scène , il avait à cœur de ne rien avancer de contraire aux souvenirs encore vivants de ses concitoyens, comme aussi de ne rien omettre de ce qui pouvait flatter leur légitime orgueil.

X PRÉFACE

Sans doute ce nest là qu'une impression; mais encore faut-il, pour en dëtruire l'effet, quelque arg^ument.sans rëplique, doii sorte rimpossibilitë absolue d'assigner à notre poëme une date aussi ancienne. Nous avons dû rechercher nous-mêmes les objec^ tions qui pourraient s'ëlever contre notre opinion, et nous n'en avons aperçu qu'une, sërieuse il est vrai, mais non insoluble. La voici :

Le Bâtard d'Orlëans est plusieurs fois, dans ce mystère, qualifie du titre de comte de Dunoisy sire de Dunois^ ma^ise^^ur de Dunais. Or les lettres par lesquelles le duc d'Orléans gratifia son frère naturel du comte de Dunois sont datées du i4 juillet 1&39 seulement. N'en faut-il pas conclure que notre poème est postérieur à cette date, et n'a pu être joué ni le 8 mai 1&39 ni à plus forte raison le 8 mai i/i3&? L'argument semble d'autant plus fort, que ce n'est pas seulement en vedette , mais dans des vers mêmes et en rime que l'on peut lire :

Venez çà, sire de Danoise Voicy le comte de Danois^.

Et vous, monseigneur de Dunois*.

Ainsi, on ne peut pas même croire à une addition de copiste, facile à comprendre dans le premier cas, inadmissible dans le second. Nous aurions donc renoncé à notre hypothèse, si, en y regardant de près, nous n'avions été frappés d'une distinction trop marquée à nos yeux, trop significative pour qu'il fût possible de n'en pas tenir compte. C'est seulement dans le premier tiers de l'ouvrage, et jusqu'à la page 207, que le Bâtard d'Orléans est qualifié comte ou sire de Dunois; après quoi, il est constamment désigné sous le nom de Bâtard d'Orléans et même de Bâtard simplement. Il ne parle ou n'est interpellé que douze fois

' P. lAg. — »P. 181. — »P. iSgetaoô.

PRÉFACE. XI

dans la première partie, et chaque fois le titre de sire ou comte de Dunois est employé seul ou précède la désignation Bâtard d'Orléans. Dans la seconde partie, au contraire, il figure quatre-vingthuit fois, et pas une seule avec le titre qu'il reçut en 1439. Ni lauteur ni les personnages qu'il met en scène, circonstance plus remarquable, ne l'honorent de cette qualification.

Dieu gard le Bastard d'Orléans ' !

C'est ainsi qu'on le salue.

Bastard d'Orléans, mon chier aniy, Vous, Bastard d'Orléans, mon chier sire.

C'est en ces termes que s'adresse à lui la Pucelle^. Personne ne l'appelle autrement.

Cette distinction si frappante n'aurait-elle d'autre cause qu un caprice de l'auteur ou du hasard? Nous ne l'avons pas cru. Elle provient, selon nous, de ce que le Mystère du siège d! Orléans ne renfermait, dans l'origine, que le siège d'Oriéans proprement dit, et ne commençait qu'avec l'année 1^29, au moment où les Aurais, maîtres des défenses extérieures de la cité, pouvaient dire des Orléanais :

De leur terre nous avons

Jusques aux portes de leur ville , Pour en faire ce que vouldrons Gonune de nostre domicilie.

Ou encore :

Or povons nous pour le présent Bien assiger tout à Tentour

* P. 549, 655. Voyez encore p. 417, 609, 56a, 6to, 686, 737, 780.

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