‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 31 sur 143 · P 7 V'. MONSEIGNEUR D'ORLEANS · texte numérisé non relu

P 7 V'. MONSEIGNEUR D'ORLEANS

Dieu très digne et très glorieux.

Qui estes gouverneur des cieulx.

Vous pry que ayez souvenance

De moy, très merancoUeux, 3oo

Fort desplaisant et soussyeux.

Et y a assez apparence.

Je suis en pays de souffirance.

Qui deusse avoir magnificence.

Et estre en ma grant liberté. 3o5

Je viiz en grande desplaisance.

Qui suis des haults princes de France,

Et me voy en captivité.

Fortune m'a esté rebelle.

Diverse et très fort cruelle, ^lo

De m'avoir ainsi au hos mis :

Bien est fol qui se fye en elle.

Qui n'est si grant qui ne chancelle,

On ne scet qui sont ses amys.

Elle ma de tout point desmis, 3i5

Quant ainsi elle ma soubzmis Qu i convient que prisonnier soye Entre mains de mes anemis; Mais puisqu'il est ainsi permis, .

Je prye à Dieu qu'i m'en doint joye. 3ao

A vous, Dieu, du tout m'en atend!

Vous estes vray omnipotent, F^ 8 r\ Donnez moy consolacion.

En vostre ayde je prétend.

Ne autre secours je n'atend SaS

Que en vostre protection.

Qu'après ma tribulacion , Je puisse avoir remission; Et aussi, de bref allegance.

Sans estre en desolacion, 33u

Par la vostre permission, Donnez moi plaine délivrance.

Or, est il que advery suis Que roy Henry a entrepris

De vouloir envoyer en France, 335

Et de degaster le pays Qui est la noble fleur de liz, Laquelle si est en doubtance.

J'en ay deul et grant desplaisance, Que mectre nidle resistenee 3/io

* Je ne puis, ainsi que je suis.

Dieu y vueille, par sa puissance, Y donner bonne pourvoyance , Gomme à ses servans et amys !

Si veul aller par devers eulx, 3'i5

Leur requérant de cueur piteulx

Quen*mon pays [ne en]^ ma terre N^aillent, mais con8erve[nt] mes lieux De mal et de dangier périlleux , Et de confusion de guerre.

Je les voys prier et requerre Que sur moy ne veullent conquerra, En nulles de mes régions.

Je suis ici tenu en serre.

Leur prisonnier, en Engleterre Et en leurs dominacions.

Pose. — Lors vient devers eulx estant au conseil el dit :

Messeigneurs, je viens devers vous, Me présenter devant vous tous,

Très humblement.

S'i vous plaist oyr mon propos, Qu'il ne dèsplaise à nul de vous

Aucunement.

Vous savez véritablement Que mon corps est totallement

Entre vos mains; Et en povez certainement En faire à vostre entendement,

Estes certains.

Doncques, mes chers et bons amys, Vray est que adverty je suis,

Par renommée.

Que voz voulentez avez mis Pour aller en nostre pays ,

En grant armée, Qui est France bien reclamée, Excellente terre louée, ^ I^ U*xte donne nen, qoi rend le vers fanx.

F* 9 r\ " Où biens abonde,

[Et très] crainte et très redoublée, De tous les royauimes exaulcée

Par tout le monde. 3&o

Si vous vueil humblement prier Qu'en ma terre n'en mon dangier,

Que nullement Vous ne m'y vueilliez travailler, Ne à mes amys essayer 385

Aucunement; Et aussi principallement Ma ville et cité d'Orléans

Vous recommande, Que vous n'y allez nullement * 390

Pour luy donner empeschement,

Ne nulle esclande.

Vous savez, c'est ma substance, Men manoir et appartenance

Et heritaige; 3y5

Là où j'ay toute espérance.

Espoir et très grant (iance.

Et mon bernaige.

C'est la fleur de mon vasselaige, De mon patrimoigne et lignaige, '«oo

Vous le savez.

Si vous requier, d'umble coraige, Que vous n'y faciez nul dommaige P 9 v'. Ne encombrier.

Vous m'avez cy en vostre terre, ^o5

Ainsi que fortune de guerre

Sy l'a voulu; Sauvez mon corps, gardez ma terre ^ ' Le sens parait demander : gardez mon corps, sawez ma terre.

C'est de ce dont vous vueil requerre

Ou nom de Dieu; 610

Et à vous tous en seray tenu, A toute place et en tout lieu ,

Je vous affie.

Dont, s'i vous plaist, je seray receu Et de ma requeste proveu, 6i5

Je vous emprie.

SALLEBRY.

Monseigneur, ne vous doubtez mye,

Puisque vous nous en requerrez,

Nous ne vous ferons villannye,

Ne en voz pays destourbier, 4ao

Et de ce n'en veuillez doubter,

A vos subgectz, n'à.vostre terre;

De par nous seron[t] conservez

De toute fortune de guerre.

LE SIRE GUIIXAUME DE LA POLLE.

Puis qu'il vous a pieu nous requerre, AaS

Monseigneur, nous vous promectons p 10 r'. Que nous ne vouldrons riens conquerre

En vos pays et régions; Mais ainçois garder les volons.

Sans y commectre violence, ^3©

Et toutes voz possessions Seront gardées sans differance.

LE SIRE JEBAN DE U POLLE, son frère.

Monseigneur, n'en ayez doubtance

Que vostre terre sera gardée

De mal, de dangier et d'offence, '«35

Vos subgectz et vostre mesgnée;

Ne de nous nulle personne née

N'y mesfera ne tant ne quant.

N'en vostre cité renommée,

Qui est vostre ville d'Orléans. hho

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