P 7 V'. MONSEIGNEUR D'ORLEANS
Dieu très digne et très glorieux.
Qui estes gouverneur des cieulx.
Vous pry que ayez souvenance
De moy, très merancoUeux, 3oo
Fort desplaisant et soussyeux.
Et y a assez apparence.
Je suis en pays de souffirance.
Qui deusse avoir magnificence.
Et estre en ma grant liberté. 3o5
Je viiz en grande desplaisance.
Qui suis des haults princes de France,
Et me voy en captivité.
Fortune m'a esté rebelle.
Diverse et très fort cruelle, ^lo
De m'avoir ainsi au hos mis :
Bien est fol qui se fye en elle.
Qui n'est si grant qui ne chancelle,
On ne scet qui sont ses amys.
Elle ma de tout point desmis, 3i5
Quant ainsi elle ma soubzmis Qu i convient que prisonnier soye Entre mains de mes anemis; Mais puisqu'il est ainsi permis, .
Je prye à Dieu qu'i m'en doint joye. 3ao
A vous, Dieu, du tout m'en atend!
Vous estes vray omnipotent, F^ 8 r\ Donnez moy consolacion.
En vostre ayde je prétend.
Ne autre secours je n'atend SaS
Que en vostre protection.
Qu'après ma tribulacion , Je puisse avoir remission; Et aussi, de bref allegance.
Sans estre en desolacion, 33u
Par la vostre permission, Donnez moi plaine délivrance.
Or, est il que advery suis Que roy Henry a entrepris
De vouloir envoyer en France, 335
Et de degaster le pays Qui est la noble fleur de liz, Laquelle si est en doubtance.
J'en ay deul et grant desplaisance, Que mectre nidle resistenee 3/io
* Je ne puis, ainsi que je suis.
Dieu y vueille, par sa puissance, Y donner bonne pourvoyance , Gomme à ses servans et amys !
Si veul aller par devers eulx, 3'i5
Leur requérant de cueur piteulx
Quen*mon pays [ne en]^ ma terre N^aillent, mais con8erve[nt] mes lieux De mal et de dangier périlleux , Et de confusion de guerre.
Je les voys prier et requerre Que sur moy ne veullent conquerra, En nulles de mes régions.
Je suis ici tenu en serre.
Leur prisonnier, en Engleterre Et en leurs dominacions.
Pose. — Lors vient devers eulx estant au conseil el dit :
Messeigneurs, je viens devers vous, Me présenter devant vous tous,
Très humblement.
S'i vous plaist oyr mon propos, Qu'il ne dèsplaise à nul de vous
Aucunement.
Vous savez véritablement Que mon corps est totallement
Entre vos mains; Et en povez certainement En faire à vostre entendement,
Estes certains.
Doncques, mes chers et bons amys, Vray est que adverty je suis,
Par renommée.
Que voz voulentez avez mis Pour aller en nostre pays ,
En grant armée, Qui est France bien reclamée, Excellente terre louée, ^ I^ U*xte donne nen, qoi rend le vers fanx.
F* 9 r\ " Où biens abonde,
[Et très] crainte et très redoublée, De tous les royauimes exaulcée
Par tout le monde. 3&o
Si vous vueil humblement prier Qu'en ma terre n'en mon dangier,
Que nullement Vous ne m'y vueilliez travailler, Ne à mes amys essayer 385
Aucunement; Et aussi principallement Ma ville et cité d'Orléans
Vous recommande, Que vous n'y allez nullement * 390
Pour luy donner empeschement,
Ne nulle esclande.
Vous savez, c'est ma substance, Men manoir et appartenance
Et heritaige; 3y5
Là où j'ay toute espérance.
Espoir et très grant (iance.
Et mon bernaige.
C'est la fleur de mon vasselaige, De mon patrimoigne et lignaige, '«oo
Vous le savez.
Si vous requier, d'umble coraige, Que vous n'y faciez nul dommaige P 9 v'. Ne encombrier.
Vous m'avez cy en vostre terre, ^o5
Ainsi que fortune de guerre
Sy l'a voulu; Sauvez mon corps, gardez ma terre ^ ' Le sens parait demander : gardez mon corps, sawez ma terre.
C'est de ce dont vous vueil requerre
Ou nom de Dieu; 610
Et à vous tous en seray tenu, A toute place et en tout lieu ,
Je vous affie.
Dont, s'i vous plaist, je seray receu Et de ma requeste proveu, 6i5
Je vous emprie.
SALLEBRY.
Monseigneur, ne vous doubtez mye,
Puisque vous nous en requerrez,
Nous ne vous ferons villannye,
Ne en voz pays destourbier, 4ao
Et de ce n'en veuillez doubter,
A vos subgectz, n'à.vostre terre;
De par nous seron[t] conservez
De toute fortune de guerre.
LE SIRE GUIIXAUME DE LA POLLE.
Puis qu'il vous a pieu nous requerre, AaS
Monseigneur, nous vous promectons p 10 r'. Que nous ne vouldrons riens conquerre
En vos pays et régions; Mais ainçois garder les volons.
Sans y commectre violence, ^3©
Et toutes voz possessions Seront gardées sans differance.
LE SIRE JEBAN DE U POLLE, son frère.
Monseigneur, n'en ayez doubtance
Que vostre terre sera gardée
De mal, de dangier et d'offence, '«35
Vos subgectz et vostre mesgnée;
Ne de nous nulle personne née
N'y mesfera ne tant ne quant.
N'en vostre cité renommée,
Qui est vostre ville d'Orléans. hho