‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 48 sur 143 · LE RECEVEUR DE LA VILLE · texte numérisé non relu

LE RECEVEUR DE LA VILLE

Est il dont vray ce que tu dis, «7«o

Qui viennent devant ceste ville?

LE CHASSEUR

Ouyl, monseigneur, certain en suis.

LE RECEVEUR

Sont il beaucoup ?

LE CHASSEUR

Bien trente mille, F* uà i^. Et est vray comme l'euvangille, 1715

Lesquelz vendront devant Orléans.

LE RECEVEUR

Amy, tu es gent et habille, Tien, voy là vingt escuz contant.

LE CHASSEUR

Messeigneurs, je vous remercye.

Vous m avez donné beau présent.

Dieu par sa grâce je supplie Qu i soit en tous voz faiz garant.

Et s'en va le messagier; puis dit

LE RECEVEUR

Messeigneurs, vous voyez présent Les nouvelles de ce messaige ,

Que ]es Anglois, comme j'entende 1795

Nous veuUent venir faire oultraige.

Il fault assembler le consei] , .

En nostre chambre de la ville, Pour penser de nostre appareil, Et garder nostre domicilie, 1720

Nostre pays, qui est fertille, Qu'i désirent fort à avoir; F* 44 V'. Si fault trouver voye et stille

A deffendre nostre manoir.

Premièrement nous fault avoir •1735

Le cappitaine de Villars, Le sire de Guitry, pour voir.

Aussi messire Mathias, Avec le sire de Coras,

Poton de Saintrailles aussi, «7^°

Et son frère gasconnois, Qu'i s'en viengnent trustons icy.

Messagier, va, je te prye, Qu'i viengnent à nous en la chambre.

Présentement, je les supplie, j?'^^

Que nous y allons les attendre.

Et que leur plaist à eulx rendre.

Pour nouvelles qui sont vennz.

LE MESSAGIER, derc de ia ville.

Je vtys le message entreprandre

A messeigneurs; sans tarder plus. 17^0

Je voy là, assis là dessus.

Le cappitaine de Villars,

Et emprès luy y est sans plus

Le vaillant sire de Coras.

Dénoncer je leur vois le cas, n^^

^. Mà^^

Gomme il ma esté commandé, p A5 1^. Puis à messire Mathyas,

Car il a esté demandé.

" Pose.— Et dit:

Messeigneurs, je viens devers vous,

De par messeigneurs les bourgeois, 1760

Qui vous prient que viengnez vous tous,

En la chambre, présent, les voir;

Que, ainsi comme je congnois,

Il leur est venu des nouvelles,

Je croy, du party des Ânglois; 17^^

Ne scay si sont bonnes ou belles. »

LE SIBE DE VILLARS,cappitainedeMontai^8.

Amy, retourne, et si leur dy

Que nous allons par devers eulx ,

Le sire de Coras aussi ,

Et dy aller sommes joyeulx. 1770

LE SIRE DE GORAS, gascon.

Y aUer suis contant, et vieulx Leur faire service et plaisir.

Où je pourray, en tous les lieux Où il me vouldront requérir.

P Â5 V*. LE MESSAGIER , derc de la ville.

surs, je vous remercye, 177^

Pour achever vois mon messaige \ Je voy là très grant seigneurie Assemblée, et très grant bernaige,

* Vois (je vais) pour achever mon messaige.

Voy ià Poton, très noble et saige,

Avec le sire de Saintrailles, 1780

Qui est garny d'un gent coraige ,

Hardy et prudent en bataille.

Y. est messire Mathias,

Avec le sire de Guitry.

Anoncer je leur vois mon cas, 1785

Et à tous ceulx qui sont icy.

Messeigneurs, venu suis droit cy,

De par les bourgeois, humblement,

Que viengnez à eulx, par ainsi

Que ce soit tout présentement. 1790

POTON

Nous le ferons joyeusement, Et retourne à eulx, de ce pas, Leur dire que assemblement Nous y allons; ne loublye pas.

LE MESSAGIER , derc de la ville.

Hz sont assemblez ung grant tas, 179^.

En la chambre^ qui vous attendent.

L£ SIRE DE SAINTRAILLES

F* &6 r*. Sans aller plus ne hault ne bas.

Nous yrons, puis qui nous demandent.

LE MESSAGIER dit :

Messeigneurs, j ay tout accomply

A tous les princes et barons, 1800

Si les verrez tantost icy ;

Car ilz m'ont dit quilz y vendront.

Et très joieulx, certes, y ^ sont De venir à vos mandement.

LE RECEVEUR

Remerciez ilz en seront 180 5

De nous, bien et honnestement.

Icy y a pause. — Et viennent tous ]es seigneurs devant les bourgeois de la ville; puis se Heve le receveur, et dit

LE RECEVEUR

Nos très chiers et aymez seigneurs.

Vous soyez tous les bien venuz; En vous avons ports et faveurs,

Et sommes à vous bien tenuz; 1810

F" 1*6 V. Si serez de nous soustenuz,

De nostre petite puissance, S'i vous plaist, et entretenuz, En prenant tout en pacience.

Messeigneurs , vous diray le ca,s i8i5

Pourquoy nous vous avons mandez, Que nous voulons, en tous estas, A vous estre uniz et bandez, Sans rien faire ne commander

Chose qui soit qui porte branle; 1890

Croyez le et bien Tentendez, Et mieulx en serons, se nous semble.

Or sommes nous bien advertiz , De vray on nous a rapporté.

Que les Ânglois veulent venir iSqô

Devant Orléans, de vérité; Et Tout conclud et appoincté Dedans Chartres, pour tout certain,

^ ï pour iU.

' . Et sont une grant quantité,

Qui n atendent liuy ne demain. i83o

Or est, messeigneurs et amys, Nostre deiiberacion Que, encontre nos anemis, Tant que nous viverons , tenir bon , Sans nulle composicion, i^BS

Ne avoir à eulx accordance, Mais morir sans remission, Ainçois que avoir leur aliance.

Il ont nostre maistre et seigneur p 47 r*. Prisonnier dedans Angleterre; »8^t»

llz ont faulx et desloyal cueur D avoir le corps, vouloir sa terre.

Nous aymerions mieuix morir en serre, Que jamès nous nous consentisions; S'ilz ne l'ont par force de guerre, iBA5

Autrement pas ne nous auront.

Nous voulons avoir vostre advis, Pour encontre eulx remedyer, Aussi pour garder le pays.

Qui veuUent venir exciller'. i85o

Pour subvenir à lencombrier Qu'i pourroient faire cy devant, Aussi pour les contraryer, A les rebouter en tous sens^

Dictes en voz oppinions »B56

Et tout qui «st bon estre affaire, Voz advis et intencions De ce qu'il nous est neccessaire. Vous estes en ceste matière

* ExàUer, détruire.

Plus expers et plus congnoissans, . 1860

Et mieulx en savez la manière Qu'entre nous autres habitans.

LE SIRE DE VILLARS, cappitaine de Montai^gis.

Messieurs les bourgeois et marchans, Qui nous avez cy recité p A7 V. Comment vous estes désirant »865

Garder vostre noble cité, Qui est de grant auctorité, Une chambre des fleur de liz, C'est vraye amour et équité,

Comme bons et loyaulx amys; 1870

Pour donques la cité deffendre Et tenir en grant seureté, Il la fault garder et entendre En toute grande célérité.

Or, ne savez de quel costé 1875

Pourront venir voz anemis; Par quoy, en bonne vérité.

On n'en peut dire son advis.

Vous avez voz faulxbourgs puissans, Qui sont de tçès grant ediffice; *88o

Se vous seroient très fort nuysans , Qui n'y mectra bonne police, Et si vous sera tout propice D'estre abatuz et mis jus,

Qui ne vous tourne à préjudice, i885

Et en dangier d'estre confus.

MESSIRE MATHIAS, aragonnois.

Entre vous, messeigneurs bourgeois, Je voy que vous avez bon vouloir,

Gomme bons et l^yaulx François (Chascun le peut assez savoir 1890

p ^8 r*. Et bien en faictea. le devoir),

De vouloir garder vostre ville; Vous en estes mieulx à valloir, On doit garder son domicilie.

Et, pour vous dire mon advis, 1895

Saulve lonneur des escoutans, Quant ad ce faire suis commis, Je diray comme je l'entend Et que cbascun en soit content :

C'est qu'il fault les faulx bourgs abatre, «o^o

Que chascun en soit consentants Sans faire bruit ne sans debatre.

LE SIRE DE GUITRY

Il est bien de nécessité Que les faulx bourgs soient abatuz, Car, par iceulx, adversité «905

En seroient tantost advenuz.

Quant voz anemis seroient venuz Logier dedans. vos faux bôurs.

Vous settez bien povres et nuz,

Sans y trouver voyetfne tours. 19» *>

Les portes n oseriés saillir.

Non pas monter sur la muraille, Que vous ne fussiez assailliz Et batuz d'estoc et de taille.

Si conviendra, comment qu'il aille, 191^

V 48 y\ Bruller voz faulx bourgs et abatre ,

' Vers raye. On lit au-dessus, d'une autre main : Dcmolii en uDg instaiiL

Ou vous ne feriez chos^ qui vaille; Il ne s'en fault de riens*" debatre.

LE SIRE DE GORAS

Mes bons seigneurs, je vous diray

Qui me semble que devons faire : 19^^

Ghascun est bien délibéré

De tenir bon, cest la manière.

Et le devons ainsi parfaire

Et résister allencontre,

Pour parvenir à la victoire. 1935

Se chascun scet biens, si le monstre.

Premièrement, nous pretenderons

A abatre le Porterez*,

Pour sauver et garder le pont,

Qui est ung très noble joyau. 1980

Le bouloart qui est sur Teau,

Que vous appeliez les Tourelles^,

Qui est bel et fait de nouveau,

Garder nous le fault à merveilles.

Vous avez auprès une église 1935

Fondée des-Âugustins'; 1^

Vous ne pourriez paF nulle guise

James parvenir à voz fins,

S'elle n'est mise par voz mains

En ruyne, au rees de la terre; 19^*0

Le commendra ^ toutes fins

Qui vouldra soustenir la guerre.

^ Faubourg d'Oriéans, sur la rive gauche condaires, s'élevait au bout du pont, et au-

de la Loire, en face de la ville. dessus de la dix-huitième arche.

Le fort des Tourelles, qui se composait ' Couvent d'Augustins, situé au Porte-

de deux grosses tours et de deux tours se- reau.

F* 69 1^. LE SIRE DE SAINTRAILLES, gafloon.

Vous demandez nostre conseil

Entre vous, messieurs d'Orieans,

Lequel vous tourne à grant traveil 19^5

Et à grant inconvénient, '

De quoy nous sommes desplaisans

Du mal et de la grant offenee

Que, pour ce cas, faire convient;

Mais en Dieu avez confiance. 19^0

Vous estes bons ioyaulx François,

On en voit l'expérience;

Pour riens ne vouidriés estre An^ois

Ne avoir à eulx acointance.

Dont y fauit^ pour resistence, 19^^

Et faire ce quil appartient,

Et mectre tout en oubliance

Le mal et Tinconvenient;

Je dy qu'i faut brûler, abatre

Le Portereau entièrement, 19^^'

Qui vouldra les Anglois embatre

Et résister vaillamment;

Que les Tourelles bonnement

Ne pourriez tenir ne deffendre.

Sans mectre tout présentement 19^5

L'église et Portereau en cendre.

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