‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 80 sur 143 · VERDI^XE · texte numérisé non relu

VERDI^XE

Nous en allons présentement,

Pour nostre besoigne acomplir. 739^

Ijors y a pause de trompete8. *— • Puis dit

F t86>^ GAQDET.

Sa, advisons quîl est de faire.

Y nous fault avoir le herault, Luy dire par bonne manière Tout ce que à faire nous fault;

Et que, tantost et sans deifault, 7600

Droit en l*ost des Ibiglois s'en aille Parler es princes des plus hault Présentement, comment quil aille.

VERDILLE.

Voylà venir le messagier.

Allons à luy sans tarder plus. 7605

Nostre cas convient abréger

Et incontinent mectre sus.

GAQUET.

Puisque ainsi qu*d est conclus ,

Y le fault faire en diligence ,

F- 187 1-. Et n'arrestons ne sus ne jus; 7610

Voilà le herault en présence.

Pose. — Et dit ;

Gentil herault, Dieu vous dont joye

Et acomplir vostre désir !

Y fault que vous preignez la voye

En Tost des Ang^ois sans mentir. 761 ^

Nous sommes icy de loisir

Deux compaignons de nostre maistre,

Qui est bien contant, sans mentir,

Que ce fait vous veillez congnoistre :

Si est que en loust des AngioiB 7630

Vous aillez par bonne ordimnance.

Et que soyez saige et courtois,

Savant et remply de prudence;

Car ce cas gist en grant doubtance,

Et fault leur parler humblement, 7635

En leur faisant grant révérence,

Dénoncent amyablement.

Premièrement au cappitaine p 187 V*. Tallebot ou autre seigneur

Luy diras, en la bonne estraine, 7630

Que le saluons par honneur.

Deux que sommes à monseigneur

Le cappitaine dit La Hire.

Pour passer ennuy et labeure

Ainsi que le jour le désire, i^^^y

C'est que par vous luy envoyons

Ung plaisant gaige de bataille :

Que, se il ont deux compaigjions

De nostre estât, de nostre taille,

Pour demonstrer à qui mieulx vaille, 7*>^o

Soit de hache, d'espée ou lance,

Deux contre deux, vaille qui vaille.

Nous les corabastons à oultrance.

Aujourd'uy, en ceste journée,

Qui est la veille jour de l'an, i^^^-y

Se veuUent trouver sus la prée,

En tout honneur et en tout bien.

Entendez vous, n'oubliez rien.

Et de par vous nom soit mandé

Tout leur voloir et leur maintien, 7660

Et ce qu il auront ordonné.

P 188 p'. LE HERAULT.

Messeigneurs, voulentiers iray

En Fost des Ânglois prontement,

Et le voyage acompliray

De très bon ceur entièrement; 7655

Et de tout leur fray parlement

De ce que m'avez recité,

Et en rapporteray plainement

A vous Içur plaine voulenté,

GAQUET.

Voylà le gaige de bataille, 7660

Qui est jolis, plaisant et beau;

Vous leur porterez, comment qu'il aille;

Fait faire l'avons tout nouveau.

Vous voyez, c'est ung rossigneau

Qui tout mélodieusement chante : 7<>^^

Présenter leur ce bel joyau ;

La chose si est belle et gente.

F** 188 ?•. MESSAIGER.

Messeigneurs, ayez ferme entente

Que je feray vostre messaige;

Et m'y en voys la droicte sente 7^70

Par devers eux, et de coraige.

Si leur presenteray le gaige

Et comment vous les deffiez,

Deux contre deux, à, oultraige,

Vous voulez encontre eux luytez. i^i^

VERDILLE.

Vous dictes bien; si n'arrestez Ne tant ne quant, je vous emprie.

Veillez nous bien tout rapporter, Et aujourd'uy, à chère lye.

MESSAIGER.

Messeigneurs , que Dieu vous begnyel i^So

F* 189 1*. Je m'y en vois tout de ce pas;

Croyez que je n'arrestray mye, Quan[d] auray parfait vostre cas.

Lors s'en part, et y a pause. — Puis dit

LE HERAULT

Messeigneurs, Dieu vous sault et gart,

Et à toute la baronnie! 7^^^

Devers vous je viens ceste part

Pour une ambassade jolye.

Il est vray que de la partie

Des François sont deux compaignons,

Suyvant l'armée et seigneurie 7^90

De La Hire, et sont gascons.

Auquieulx leur est pris volante De deffîer deux de voz gens^ Et selon leur faculté

Ainsi comm'eux, qui sont servent; 7^^

Et si m'ont dit eux deux présent, Soit de hache, d'espée oa lance, P* 189 v^ Deux contre deux, voloir justant,

Disant que ce soit à oultrance.

298 Lfi MISTBRE DU SIEGE D'ORLEANS.

Et en signe, mes bons seigneurs, 7700

Voylà leur gaige de bataille " Qui vous présentent en hcmneurs.

Aussi que la ehose le vaille.

Y sont deux de petite taille.

Qui esprouver se veuUent bien, • 7705

Et en partie le font, sans faille.

Tout pour la veille jour de l'an.

TALLEBOT.

Messagier, je ne doubte rieii :

Ce sont deux foulx advenU^*eilx,

Et, ainsi comme je soustien, 77'^'

Y veuUent faire parler deux.

Ne savent s'il auront du mieulx, Se la chose vient à effect;

Que j'é des compaignons plusieurs

Qui leur rabesseront leur caquet. 771^

F* 190 r". Sa, messeigneurs, que dictes vous ?

Vous avez oy ce messaige Qui a declairé son ppopaux Pardevant vous, en brief langaige; Lequel a présenté ung gaige, 11^^

En deffiant deux de noz gens Voire batailler à oultraige, Qui n'est pas expédient.

CONTE SOMBRECET.

Y fault savoir qu^elz gens ce sbnt

Qui entreprennéBt la Ipllie, 1 77^^^

Savoir ce sont duta ou baoe^os De leur estât et seigneuries^ •

Toutesfoiz ce/seroit dommaige

Ung ou deux de nos gens fust mys

A perdicion par oultraige,

Et qu'i fust pery et occis.

Si en ay encore cinq ou six 7760

Qui seraient d'accort y aller;

Mes ne sont que toutes folies.

Je n'en saroye que parier.

MONSEIGNEUR SIMON MOYER, prévoit de Pans.

Je VOUS diray, pour abréger, V' l'^i V-. Refuser on ne le doit mye; 77^^

Nous en serions à despriser Et nous en donnons villannie.

Pour ung, je vous le certifie; Le vestiray de blans harnois.

Et joyeux sera, je vous affie, 777°

De faire un peu peux es François.

RAMETON.

Ung autre, ainsi que je le croys,

Ne fauldra pas à y aller,

Et tantoust abiller le vois

Prestement et luy en parler. 777^

Cependant,, faictes habiller

Le vostre et qu'i soit bien en point;

Le mien est pour les resveiller

Et pour les mectre en petit point.

Or, allez, sans plus de langaige^ 77^**

Aprester voz gens, il est temps;

MËSSAGIER.

Partir je veil d'ici en droit

Leur aller porter la nouvelle ,

Gomment avez conclu et fait 7810

Que la chose se parfera telle.

Lors s'en part, et y a pose. -— Puis dit F» 193 r\ LE MESSAGIEB.

Messeigneurs, je suis revenu

De lost des Ang^ois proprement.

Il est vostre cas tout conclu,

Que la juste ^ aurez vrayement. 7815

De deux de leurs gens seuUement

Vous bailleront, comrme avez ^it,

Et, après disner, proprement

Se trouverront en grant desduit.

Tallebot le ma accordé, 7890

Et se doit trouver en personne,

Qui m'a tout mon fait recordé,

Et dit que ce soit sus la nomie.

Plusieurs s'i trouverront en somme.

Et présent font armer leurs gens; i^sb

Entendez à vostre besoigne,

Et ne soyez point negligens.

F-'igav'. GAQUET.

Joyeux en sommes et contens^ Tu as très bien £ait nostre cas.

Or sus, toust et incontinant, 7^30

* Juste, joute.

r 196 \\ De sa tante et de sa maison

Ghascun se donne bien de garde

Qui n*y ait nulle meprison;

Il est bien gardé qui Dieu garde.

MESSIRE GUmUUME DE LA POLLE.

Pour aujourduy, on ne fra riens; 7860

Y convient bien les aller vois.

Pensez aussi que ceulx d'Orléans

Verront volentiers les Anglois.

Ghascun soit garny de harnois

Et de tous bons abillement; 7865

De cela on se doit provois,

Pour double de inconvénient.

F** 195 ^^ Adont icy tous les princes d* Angleterre sauldront et viendront bonnorablement tous d'une part. Et pareillement La Hire et tous les seigneurs d'Orléans viendront, chascun honnestement abillé de harnois, et se tiendront tous d'une autre part. ^ [Et après ce toutes trompetes, clairons, tant des François comme des Anglois, trompilleront. [Puis après vient Caquet tout armé à blanc, deux hommes après luy. [L'un portera deux lances; [l'autre homme portera après luy deux hallebardes et

F' 195 v^ deux espëes. [Verdille viendra incontinent après, tout armé, qui aussi aura deux hommes qui luy porteront deux lances, deux hallebardes et espées. Item, après cela, deux Anglois viendront de leur cousté des Anglois, qui seront ainsi armez de blans harnois. Et pareillement deux hommes après eux, embrigandinez et empoint, qui leur porteront à chascun deux lances, deux hallebardes et deux espëes. Et là se tiendront ung peu en fiction l'un devant l'autre. Adont les trompetes et clairons

F' 196 ^^ sonneront amoderement; et marcheront les ungs contre les autres tout bellement, jusques ad ce qu'i se entrerenconteront de lances. Et romperont chascun sa lance contre leur homme; [après, encores chascun une autre lance , qui pareillement romperont durant le son des trom-

' Les pages du manuscrit sont ici divisées en paragraphes indiqués par les [. Ces paragraphes sont séparés par des blancs.

Pour y aller scet son trippot/

Et est aussi son heritaige;

Résident luy et son mesnaige,

N'est nulluy qui le peust mieulx faire,

Et est noble, prudent et saige 7^90

Pour bien ce voyage parfaire.

LE SIRE D'ESGALLES.

Vous ne pourriez eslire mieulx.

Facetot, sire, s'il vous plaist, Avecques le bailly d'Esvreux,

Vous deux ensemble, vous yree 7^9^

A Paris, et par exprez Amerez^ vivres à puissance p 199 \\ (Vous savez le besoing qui est),

Et artillerie abondance.

FACETOT.

Messeigneurs, qui ne vous desplaise; . 79o<>

Autres que moy y envoyerez.

Et vous supplie qu'i vous plaise

Autrement en disposer.

De plus suffisant trouverrez

Que moy, se est vostre plaisir; 790^

Et pour ce vous y pourvoirez,

Messeigneurs, à vostre loisir.

LE BAUXY D'ESVREUX.

De moy, je vous en vueil prier,

Messeigneurs, que point je n'y voise;

Et vous en vouldroie supplier, w^

' Amerez pour ametirez, amènerez.

Que ceste chose cy trop poise.

Je ne vueil ne débat ne noise;

Mes vueil servir Toust vouientiers;

Que qui me couste ou qu'i me poise»

A ferir je suis des premiers. 79» 5

TALLEBOT.

Vous, messire Jehan Facetot, p 900 r'. Aussi vous, le bailly d'Esvreux,

Vous deux ensemble, ce complot Acomplirez de cueur joyeux.

Ne vous fault que estre soigneux 79«o

Parler au prevost de Paris.

De vostre cas le fere mieux Qui soit, qu'il est saige et apris :

C'est messire Symon Morchier.

Faictes le avec vous venir 79a5

Pour la conduicte et despecher; Vous pourra vostre fait fournir.

Et aussi, pour nous secourir.

Qui viengne avec l'artillerie.

Pour nostre armée entretenir; 79^0

Qu'il est plain de chevailerie.

FACETOT.

Puis qu'3 vous plaist, je suis content,

Et à moy il ne tendra mie;

Et de Paris, ije vous affie.

Aurez secours comme j'entent. 7935

CONTE DE SDFFORT.

Vous aussi, soyez consentant, Bailly d'Esvreui, je vous emprie.

BAILLY D'ESVREUX.

Puis qu'il vous plaist, j'en suis contant, F* soo y\ Et à moy il ne tendra mie.

LE SIRE D'ESGALLES.

A vous du tout bien m'en atanl; 79^10

De vivres et artillerie Faictes venir, je vous supplie.

Et vous en venez quant et quant.

FACETOT.

Puis qu'il vous plaist, j'en suis contant,

Et à moy y ne tendra mie; 79^^

Et de Paris, je vous affie.

Aurez secours comme j'entent.

Lors partiront, et y a pause. — Puis dit

FACETOT.

Or sommes nous bien arrivez Dedans Paris à seureté,

Où sont nos bons amis privez 7

Et tous de grant auctorité, De France l'extermynité , Le triumphe et où gist la gloire Qui est en nostre liberté, p aot i^. Dont à tousjours sera mémoire.

Si nous convient tout droit aller Noncer au prevost de Paris, Nommé messire Simon Morchier, Qui est ung prince de grant pris,

LE ItfISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 309

De ce que avons entrepris 7960

Pour loust des Anglois vitailler, De toutes choses exquis Pour y mener et detaÛIer.

BAUXY D'ESVREUX.

Voy le là; y luy fault parier

Pour nostre voyage parfaire , 7965

Gomment nous sommes envoyez

Pardevers iuy, pour ceste afaire.

FACETOT.

Sire prevost, de noble afaire, Pardevers vous sommes Vfenuz

Dénoncer chose neccessaire 7970

Qui sont à nostre oust survenuz.

Vous savez que devant Orieans Nous avons là le siège mis.

Où sont nos princes les. plus grans.

Il y a des mois desjà six 7975

Que nostre siège y est permis, En nombre de soixante mille, p aoi V*. Tous gens de fait et exquis

Qui ont enclos toute la ville ;

Ne jamès nous n'en partirons 7980

Que leur cité n'ayons acquise, Les pays et lés environs, De par nous, et leur ville prise.

Dont, pour venir à nostre emprise, Fault avoir vivres à foison, 7986

Harent, poissons de maintes guise, Ainsi comme c'est la saison.

BAILLY D'ESVREUX.

Devans douze jours nous serons

Au jour de caresme prenant.

Pour quoy nous convient du poisson 7990

Avoir et force de harens,

Pour le mener devant Orléans,

En l'oust des princes d'Angleterre,

Qui assemblez sont là devant,

Tous les plus vaillans de la terre. 799^

PREVOST DE PARIS

Messeigneurs, de vous j'ay grant joye Et savoir de vous des nouvelles , Et tous les jours en desiroye Qui nous fussent bonnes et i)dlle8.

F* 309 r'. Les Orlenois vous sont rebelles, 8000

Ainsi que ckascun nous raconte, Et sont ainsi comme infidelles.

Que de morir ne tiennent compte.

FACETOT.

Vous en dictes la vérité,

Semble ne leur chault de finir; SooS

Tant sont de leur roy encha[n]té

Qui ne se rendront pour morir.

Si ne saura mes où fouyr

Leur roy, se nous avons Orléans;

Que y se tient seur, sans mentir, 8010

Après aurons^ le draMrant.

PREVOST DE PARIS

Je le croy véritablement ;

Sans en voloir riens espargnez; Soâo

Que^il en ont neccessité.

Si ne vueiliez plus berguigner;

Que tout soit en bref apresté.

F* ao3 i'. PREVOST DE PARIS.

Ne vous en doubtez nullement.

Pour trois cens charioz, charretes, Sokb

Chargez seront diligemment;

Et vos besoignes toutes nectes,

Avant deux jours , seront parfaictes ,

Et gens de fait pour convoyer.

Ce pendant, bonne chiere faictes; 8q5o

De vostre cas vois provoyer.

Puis icy y a pause. — Et dit

PREVOST DE PARIS

Sus, messagier, legierement

Va publier avau Paris,

De par roy Henry, vistement,

Ghascun soit prest et ententis 8o55

De soy armer, grans et petis,

Pour conduire rartillerie

Et vivres, que en a commis

Pour mener vers la seigneurie,

Laquelle , comme chascun scet , 8o6^

Est assise devant Orléans.

Pour ce, que tout homme de fait

Y viengne tout incontinent.

P ao3 V». BIESSAGIER.

Ghier sire, comme obéissant,

Mectent grant foison vivres siis

A Paris; pour te je conclus

Que bon seroit aller au devant.

Et qui les pourroit ruer jus, «090

Nous y arions prouffit très grant.

Or àe\ez vous tous bien savoir

Que le conte de Gleremont

Il est à Blois, si est bien voir,

Et qui a des gens ung grant mont. ^og5

Advisez de ceulx qui yront

Luy uoncer qui se trouve en Beausse,

Puis nous d'Orléans nous partirons

Afin que nostre armée se hausse.

P so/i V*. LA mRE.

Pour y aller y seroit bon «100

Messire Jacques de Ghabannes,

Avecques luy prier devon

Le Bourt de Bart, Renault de Termes.

Ce sont gens de guerre bien fermes,

Bien savant et duiz de la guerre; Sio5

Yront à Blois sans plus de termes

Ne sans autruy voloir requerre.

GBAfiANNES.

Messeigneurs, sans plus de demeuré, Je suis tous prest quant est de moy.

Page 1