‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 121 sur 154 · ROY · texte numérisé non relu

ROY

Ma belle fdle, levez vous, Et soyez la très bien venue ; Vostre maintien plaisant et doux Me resjouyst dont vous ay veue.

A grant joye serez receue Et toute vostre compaignie. Que riens ne sera soubz la nue Qu'espargné vous soit, chiere amye.

Et s'i vous plaist riens demander En mon royaulme que faire puisse.

Je vueil que vous y entendez, F° 369 v'. Vostre voloir qu'on acomplisse;

Et tout ce qui vous sera propice, Jehanne, que vueil que vous l'ayez, Sans que aucun vous contredise, Ne autrement en délayer.

J'ay tousjours eu de vous nouvelles Depuis vostre département, Lesquelles sont doulces et belles, Par vous conduites saigeraent; Que ouvré avez tellement Sus Anglois, et fait reculler De devant Orléans tellement Que leur siège avez fait lever.

Dont, de ce je vous remercie, De vostre conduite et proesse.

Ne jamès ne vous fauldray mie Que de mes biens n'ayez largesse.

Ayez en vous joye et leesse Gomme faire le povez bien; Que pour vous n'est or ne richesse Que j'espargne, ne doubtez rien.

Or est donques, la mercy Dieu, Le siège de devant Orléans Par vous levé, comme j'ay sceu; En fait d'armes ont esté grans Par vous faits et par voz moyens, Ainsi comme j'c peu savoir.

Dont, fille, salut je vous rens De vostre excellant devoir; Que je scay véritablement De vostre très hauite proesse Y avez fait si vaillamment Que le renon dura grant piesse.

Et vostre nom en grant noblesse Sera à tousjours renommé.

Et vostre très grant hardiesse Sera de tous gens confermé.

Si ne vous doubtez du contraire,

Jehanne, que ainsi sera fait

Que tout temps de vous sera mémoire

De vostre liault excellant fait.

Mon bon voloir avez pai'fait

D'avoir chassé dehors d'Orléans

L'oust des Anglois, qui me grevoit

Et dont j'estoye desplaisant.

Sachez que jamès ne sera

Qu'i ne me souviengne de vous,

Et qui mal faire vous vouldra

De moy ne sera à repoux.

Je vous garderay pardessus tous,

Ainsi que ma fille et amye,

De tous perilz et de tous couroux,

Je le vous promez et affie.

Or çà, Lien soyez vous venue,

Et vostre compaignie aussi;

Pour vous ay eu paine et souci

Qu'esclande vous fust advenue.

LA PUCELLE

Sire roy, à vous suis tenue Du bien que me offrez ainsi.

LE ROY

Or çà, bien soyez vous venue, Et vostre compaignie aussi.

LA PUCELLE

Sire, moy de pauvre value Très humblement je vous mercy; A moy n'appartient pas cecy.

Ne telle chose ne m'est deue.

LE ROY

Or çà, bien soyez vous venue, Et vostre compaignie aussi; Pour vous ay eu peine et souci Qu'esclande vous fust advenue.

Pour vous joye m'est survenue, Quant vostre santé corporelle Devant mes yeulx ay apperçue, Qui m'est une joye nouvelle.

De vostre bonté éternelle, Noble roy, je vous remercie.

A moy n'appartient chose telle; C'est de vostre grant courtoisie Et de vostre grâce planie Que me présentez tant de biens :

Dont, vous et vostre seigneurie Salut et grâces je vous rens.

S'i vous plaist, en bref vous diray Du siège d'Orléans dont je viens, Comme il a esté délivré De voz anemis anciens.

Sachez, Sire, que ceulx d'Orléans Y ont fait grandement devoir; Tant hommes, femmes et en [fans, Vous ont servy de bon voloir.

Et iesquelz de très bon coraige Ont employé eulx et leurs biens; En deffendant vostre heritaige N'ont espargné or ne argent.

Et à moy, du service grant

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEAINS.

Mont fait, Sire, ne doubtez point,

Et sont François bons et vaillans.

Désirant venir à voz lins.

Sont ceulx d'Orléans, ne doubtez mie,

Pour vous servir jusques à morir,

Et ne vous iauldront de leur vie,

Que y vous ayment sans faillir.

Et tousjours prest à vous servir

Comme à leur roy souverain;

Si les vueillez entretenir.

Je vous en supply, de cueur lin.

Oultre plus, vers vous suis venue

Vous deprier et dénoncer,

Ainsi comme je suis tenue

De le vous dire et prononcer,

Vous plaise vous disposer

A faire ce présent voyaige.

Vous mener à Rains couronner,

Vous noble roy, prudent et saige.

Et sachez le temps est venu,

Ainsi que à vous appartient.

Comme de Dieu estes esleu

Vray roy sur tous les crestiens,

Roy de France noble et puissant.

Je vous pry, plus n'en différez,

Que ainsi faire le convient;

A Rains je vous mené sacrer

LE ROY

Ma fdle, vostre beau parler Me plaist moult, je vous certiffie.

Ce qu'i vous plaist me conseiller Acomply sera, ne doubtez mie.

De ceulx d'Orléans, où je me fie,

Je îes tiens de mes bons amis, i '1,785

Et s'i vous ont loyaument servy,

Croyez que très joyeux en suis.

Je say bien véritablement

Que pour morir ne me fauldront;

Jamès ne firent autrement. 1^,790

Y me sont très loyaulx et bons,

Et très grant joye ay dont y sont

Délivrez de noz anemis,

Que grant travail eu il ont;

Dont à vous fort tenu je suis. 1^,795 Reposez vous, vous et voz gens.

Puis de nostre fait penserons, Et vous pry que n'espargnez riens Tout ce que faire nous pourrons,

Que voz plaisirs faire volons, 14,800 Voz bons enseignemens et dis, Que bon conseil trouvé avons En vous, fille de très hault pris.

Voyez cy Jeban, duc d'Alanson,

Qui de nouvel est cy venu ii,8o5 D'Angleterre, paiant renson En laquelle il estoit tenu ; Si sera de par nous esleu, Jehanne, vous tenir compaignie.

Il est puissant et de hault 1 leu, 1 4,8 10

De guerre apris, ne doubtez mie.

Noble roy, je vous remercie Dont de tant de biens me offrez, Que à moy y n'appartient mie.

F°37a \°. Ne faire pas ne le devez. i4,8i5

De monseigneur dont vous parlez, J'ay ouy de sa retournée, Qu'il est à priser et louer Et pour gouverner une armée.

Quant à nioy, bien je suis joyeuse 16,820 Que monseigneur duc d'Alenson, Qui a puissance vertueuse Et est prince de grant façon.

Que ensemble nous parfason

Le remenant de ceste guerre, 1/1,895 Et croy que ensemble y feron Autant que nulz qui soient sus terre.

LE ROY

Gà, ma fiile, reposez vous Pour meshuy, et je vous emprie;

Et de tout ce qui sera en nous, i/i,83o Jehanne, ne nous espargnez mie.

LA PUCELLE

Vostre volante acompiie, Ghier Sire, de par moy sera.

A Dieu toute la compaignie.

LE ROY

Ge que vous plaisa on fera. i/i,835

F" 878 r". Lors icy y a pause. — Et dit

Mes amis et mes bons seigneurs, A qui sont deuz toutes honneurs,

Plaise vous icy nous entendre :

Vous estes mes conservateurs

Et aussi mes prolecteurs,

Ainsi comme je puis comprandre;

Vueiiiez nostre conseil entendre

En ce cas icy, et espandre

De ce que volons proposer.

Afin que ne puissons mesprandre.

A ceste voye volons tandre

Sur nous on ne puisse gloser.

Or est il, comme chascun sait.

Des Anglois le grief et meffait

Que devant Orléans ont commis,

Lesquelz pensoient Lien de fait

Les avoir, et Lien leur semLloit,

Quant il y ont le siège mis

Et assemLlé tous leurs amis.

Tous les plus vaillans et hardis

Que il ont onques peu acquerre,

Et y ont esté là assis

Neuf mois entiers et acomplis

A incessamment faire guerre.

Et ainsi que je croy de vray,

Geulx d'Orléans en grant desarroy

Y ont souffert douleur et paine,

Lesquelz y ont fait, je le croy,

Tout leur devoir de Lonne foy;

Gela, c'est chose Lien certaine.

Leurs corps, leurs Liens et leur domaine

Ont employé en voye plaine,

Sans espargner chose qui soit.

Et par leur volanté haultaine,

Comme la chose est souveraine,

Si ont defïendu le bon droit.

Après aussi devez savoir

Que Dieu de son propre voloir

Nous a envoyé ceste fiHe,

Laquelle j'ay fait esprouvoir

Et en mon grant conseil provoir,

Savoir se c'estoit chose utille.

Interrogée de son stille,

De son savoir la plus habille

Que on peult au monde trou voir,

Saige, prudente et fertille

A respondre, honneste et agille,

Sans luy savoir riens reprouvoir.

Ce dont par le rapport d'iceulx

Du conseil qu'ay trouvé en euix,

L'é fait abiller et armer,

Et vers Orléans, de cueur joyeulx.

Est allée avecques plusieulx

Pour bien son voloir conformer,

Laquelle me veult affermer

Que brièf elle feroit defermer

Le siège clos devant Orléans,

Dont iceulx estoient enfermez

Par Anglois venuz d'oultre mer.

Qui sont anemis anciens.

Vous savez qu'elle y a esté,

Ainsi qu'elle avoit volanté

Y aller sans nulle difl^rance.

Pour conserver de vérité

Orléans, la très noble cité.

Qui estoit en bien grant doubtance.

Dont y a fait par sa puissance,

Par son sens et par sa prudence,

Que ledit siège a fait lever, Et mis Anglois en grant souffrance, De chasser par grant diligence.

Que on ne les sayt où trouver.

Or est elle icy venue, Ainsi comme vous l'avez veue, Pour moy mener sacrer à Rains; Si vous supply sans atandue Que vostre oppinion soit seue , Se mettre me dois en ses mains.

Conseillez m'en à toutes fins Que faire je doy sus ce point.

Et qu'il est bon de luy respondre :

C'est une fille à tout le mains Qui est bien venue à ses fins .

Et qui a eu bonne rencontre.

DUC D'ALANSON, lieutenant gmernl.

Sachez, Sire, de vérité Que grant vertu si est en elle.

Ainsi comme on a rapporté; C'est une très noble pucelle,, Vertueuse, plaisant et belle, Très honneste en fais et en dis, Et croy de vray que sera celle Qui confondra noz anemis.

Vous devez faire son voioir Et luy obbeyr, c'est raison; Que Dieu l'a volu envoyer Garder vostre noble maison.

Si devez en toute saison Luy faire service et plaisir, Et luy bailler tout à bandon

Tout ce qu'elle voulclra choisir.

Au regard vous mener à Rains, Se c'est sou plaisir, qu'el le face; Chascun le doubte, chascun le craint.

jN'ayez jà peur qu'on vous mellace; Que je croy que soit en la grâce De Dieu qui a sus tout povoir :

Si devez en tous lieux et place Acomplir tout son bon voloir.

Mès est ung point que vous diray, Et me semble bien neccessaire, Ainsi comme de vray je say, Et est aussi bien exemplaire.

Vous savez que le lonc de Loire

Y est Jargueau, Meung, Baugenci; Seroit bon nestoyer le repère

Des Anglois qui y sont ainsi , Et de retourner à Orléans Pour faire là une assemblée A ces Anglois, maudites gens, Pour les dechacer à l'espée.

Et suis d'acort, s'i vous agrée,

Y aller avecq la Pucelle,

Et de combattre à main armée

En sa présence, avecques elle,

Puis après, vous mener sacrer;

C'est bien raison, ne doubtez mie,

Et à Orléans vous en vendrez,

Puis nous vous tiendrons compaignie.

Vous avez en présence ouye

Ma volunté et mon vouloir;

S'i n'est bon, que chascun en die,

Et au mieulx je vueil concevoir.

LE SIRE DE RAYS

Monseigneur a bien propposé Et a dit tout le voir sans doubte, Sy a bien le cas exposé, Et n'en a on deffailli goûte.

De la Pucelle, en somme toute, On ne luy doit riens refuser, Et que son plaisir on escoute Que bel vois luy fait propposer.

Des places qui sont à avoir Au lonc la rivière de Loire, Bon seroit premier les avoir, Que y nous sont trop en frontière.

Et en nestoyer le repère Ains que procéder plus avant; Et ne vous doubtez de victoire, Que elle vous est preminant.

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