‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 151 sur 154 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Apelie industrieux par un docte pinceau Tasche d'éterniser sur un large tableau Les honneurs et le nom d'une dextre guerrière: Lisippe sur le marbre et sur la dure pierre Anime les esprits d'un portrait cizaillé : Policlete se plaist sur un œuvre émaiUé Graver de son burin au temple de mémoire

' T. III, p. 55.

^ Manuscrit de ia Bibl. imp. suppl. fr. 5 1 1 5. ' Voyez, sous ce nom de Virey, le Manuel du bibliographe normand, par Edouard Frère.

'' Histoire de Jeanne d'Arc, suivie d'un calalogue, etc. Paris, a vol. in-8°. ^ Avertissement au lecteur.

D'un héros les vertus , les palmes et la gloire ,

Mais le poète saint , le nourrison des Cieux

Par un chant Eternel l avoisine des Dieux,

Mignarde tellement aux fredons de sa lire

Le los d'un généreux et florissant Empire

Qu'il endort , et la Parque , et les tartares sœurs

Le chien à trois gosiers , les juges punisseurs •

Le fleuve Lethean et tout ce qui s'efforce

De priver ses accords et de vie et de force.

Notre poëte, qui courait bien le risque d'endormir, par surcroît, ses lecleurs, fait ainsi parler la Pucelle (acte II, scène i) :

LA PUCELLE

C'est assez habité parmy les froids ombrages :

Assez , assez dormy dans les antres sauvages ,:

C'est assez enlacé les printanieres fleurs :

Couru dessus les prez esmaillez de couleurs.

Escouté les amours des troupes forestières :

Ou des mignards oyseaux les complaintes légères :

Senty le doux gasoûil des argentines eaux :

Et dans les bois muets retiré mes troupeaux ,

Or sus il faut quitter les belles Oreades ,

Les Nimphes, le plaisir de ces ondes jasardes :

Le carquois de Diane et son arc , et ses dards

Et toute me sacrer à l'homicide Mars ,

Sauter dans les combats vestue de poussière .

Accabler l'emiemy de ma dextre guerrière :

Peindre le fer de sang , declorre les conduits :

Chasser la peste loin, pour guarir mon pays.

Hé quoy? que me servoit en ma tendre jeunesse

Pour tromper le repos , voler d'une vistesse

Ore dessus la plaine or' en haut m'accrochej'

Pour attaindre en grimpant sur le haut d'uu cocher?

Or esbransler en vain de mes bras les grans ehesnes 1

Rompre un baston pointu ? si après tant de peines .

Tant d'exercices vains , tant de mal combatu :

Je ne donnois en fin preuve de ma vertu?

Ce casque martial pressant ma chevelure

Ne convient il pas mieux qu'une riche coiffure?

Ce harnois endossé œuvre Vulcanien

N'est-il pas plus plaisant que du froid Serien

Les robes peintes d'or, ou de Tyr empourprées ? Ou les ronds diamans des indiques contrées? Ce glaive furieux qui pend à mon costé Ces grésves, ce boucler des Calibdes porté : Ne m'oment-ils pas mieux qu'une molle quenoiiille? Qu'un fuseau tournoyant ? qu'une riche dépoiiille • Des troupeaux porte-laine? ou d'un fragile ozier De rameaux abatus pour en faire un pannier? Ou qu'une esguile en main au logis de mon pere Et ce rustique habit d'une simple bergère ? Maintenant je me plais d'œillader seulement L'ivoirine splendeur de ce mien vestement : Et cacher au dessous d'une face amoureuse Un courage indomté une ame généreuse?

Depuis que le sommeil sous les pied d'un ormeau Me voila les deux yeux, assise près de l'eau, Et les songes allez coulans dedans mon ame Echauffèrent mon cœur d'une divine flame , Puis comme messager du tout-puissant Jupin Me dirent en tels mots le but de mon destin : Fille le seul soucy de la chaste Lucine Quite, quite les bois, arme, arme ta poitrine. Venge l'injure faite à ton propre pays Et chasse par le fer les douleurs, les ennuis Qui comblent maintenant les subjets de ton Prince : Arme-toy pour l'aider, et sa triste province. Deslors je n'eu désir sinon de manier.

En ma légère main , et le fer et l'acier. Briser la lance au poin , respirer sous les armes . Fendre le Ciel de dards , vaincre entre les gendarmes , Porter la parque aux uns , et d'un masle courage Semer les champs de corps , de testes et de targes. 11 faut doresnavant donc chanter les batailles Et peindre l'estomach du sang de leurs entrailles : Il faut suyvre Ennon pourquoy ne puis-je pas Fille comme je suis m'endurcir aux combats? Les escus enlimez , les mains Amazonides Fendirent par le fer les ondes Thermontides . Et courant au secours du Troyen afligé Chassèrent jusqu'au port l'exercite étranger, Du Grégeois inhumain et là Panthasilee Vosmit la hache au poing une ame ensanglantée.

Les hommes pensent-ils qu'ils ayent seulement Le bras, le cœiir, le fer pour choquer vivement, Et que nous ne devons pour nos belles despouilles Que manier chez-nous les fuseaux et quenouilles ? Garder nostre maison , et pour tous nos malheurs Lire les braves faits des gendarmes vainqueurs ? Non , non , il faut dresser quelque heureuse conqueste , L armem'e nous convient aussi bien sur la teste Que la leur, et nos yeux, et nos pieds, et nos bras, Aussi bien que les leur cerchent les feux de Mars. Celles qui aiment mieux une joiie vermeille, Un beau chef rayé d'or, un œil plein de merveille . Un front y voiriné , un long col albastrin , Un sein chargé d'œillets , de roses et de thin , Qu elles vivent à part sans honneur et sans gloire . Et non pas comme nous remplies de victoire. Puis donc que le renom à cent œles porté En faveur des guerriers fend l'air de tout costé , Et s'ouvrant à la fois cent bouches écumeuses Eclate les honneurs des femmes belliqueuses. Qu"attens-je plus long temps par un fait glorieux De pousser aussi bien ma teste dans les Cieux ? De cercher combatant parmy les morts la Parque, Et faire que Charon me traine en mesme barque , Et mon ame , et ma vie ? hé , que songé-je tant ? Empourprons , empourprons ce coutelas de sang ! Si le destin le veut : si l'hem- revient en France Poursuyvons coup sur coup , ayons bonne espérance.

Le Bâtard d'Orléans lui répond :

Madame d'où renaist ceste divine ardeur

Qui vous brusle à la fois, et la main et le cœur?

Quel espoir vous nourrist qui vous fait entreprendre

Quels songes vains menteurs de nous vouloir défendre

Et chasser l'ennemy par vos Scytiques dards

Plustost que par l'essay de vingt mille soldars?

Les Pasteurs Mœneans et ceux de l'Arcardie

Entre mille troupeaux fiUent leur longue vie :

Or jolient sur la plaine , or pour tous leurs ébats

Contre les animaux exercent leurs combats ,

Et contre l'ennemy qui la forest enserre

79/i APPENDICE.

Sans aller plus avant osent mener la guerre.

Madame , ce n'est pas chasser dedans les bois .

Ce n'est pas topier le fuseau dans les doigts

Qu'avoir le glaive en main quand deux épesses tropes

Choquent di-u et menu en forme de Cyclopes :

Que l'air est plein de feux , de meuglemens de voix

Qu'on [ n' ] entend rien de tout qu'un cliquot de harnois :

Que les champs sont semez de bras , de pieds , de teste

Pied contre pied fichez et creste contre creste

Que les chevaux poudi'eux courent dessus les corpi.

Que les écus froissez sont pendus sur les morts :

Advisez à loisir, car les foibles bergères

N'ont pas ainsi que nous les mains roides et fieres.

Les amantes ou la grande pastorelle par Nicolas Chrestien sieur des Croix Argentenois, en cinq actes, en vers, avec un prologue, enrichie de plusieurs belles et rares inventions, et relevée d'intermèdes herovques à l'honneur des François. Dédié au Roy. A Rouen, chez Raphaël du Petit Val, 161 3, in-12.

Après le subjet de la pastorelle ou sommaire de la pièce, on lit :

Les argumens des intermèdes son[t] tirez de l'histoire de France :

La conversion du Roy Clovis.

La prise de Compostelle par Charlemagne.

La prise de Hierusalem par Godefroy de Bouillon.

La prise de Damiette par S. Loys Roy de France.

La pucelle d'Orléans.

Nous tirons de ce dernier intermède le dialogue ci-après :

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