‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 45 sur 154 · PIERRE DE LA CHAPPELLE · texte numérisé non relu

PIERRE DE LA CHAPPELLE

Il dit voir, il est nécessaire.

Abatre fault premièrement Le Portereau, c'est chose voire, Pour le faire plus seurement.

Combien c'est grant encombrement, Non pourtant ne le devez faindrë:

Car de deux maulx certainement On y doit obvier au maindre.

Vous avez corage et voloir

De bien garder vostre cité , Et en faictes vostre devoir, Chascun le scet de vérité, Et que vous avez en voulenté, En ce cas, de morir ou vivre Par guerre et par adversité, Ains qu'aulx anemis on la livre.

Pour ce ne devez différer Que la chose ne soit parfaicte, Sans le dommaige regarder, Qui à nul de nous pas ne haicte; Mais après elle sera reffaicte En plus grande magnificence.

Si fault donc que soit ainsi faicte Pour fortiffier la deffence.

Messeigneurs , par vostre ordonnance

Nous voulons faire entièrement,

L'acomplir en grant diligence,

Sans différer aucunement;

Car nous voulons totallement

Résister aux anemis,

Qui nous veullent injustement,

Sans cause, gaster le pays.

Puis qu'i vous semble que soit bon

Abatre tout le Portereau,

Qu'i soit fait nous nous consentons,

Et tout jusques au rees de l'eau ,

Combien que ce noble joyeau

Nous fait mal des Augustins;

Mais nous le referons de plus beau ,

S'i plaist à Dieu et à ses sains.

LE SIRE DE VILLARS

Messeigneurs, ce n'est que du mains.

Je vous pry, de ce ne vous chaille, Quant, pour parvenir à voz fins, Vous rompez ung peu de muraille.

On dit souvent : bon est la maille Qui sauve le denier; et mieulx Victoire aurez de la bataille :

N'en soyez melancolieux.

MESSIRE MATHIAS

Quant voz anemis vous verront

Le faire corageusement,

Ne doublez point qui vous craindront.

Leur donrez esbayssement ,

Que alors verront plainement

Que détiendrez vostre heritaige;

Et, se le faictes faintement,

Vous en acroistrez leur coraige.

LE RECEVEUR

Messeigneurs, sans plus de langaige, Faictes à vostre entendement.

Se vous plaist, en prandrez la charge Avecques entre nous d'Orléans, Que nous baillons consentement A vos diz et oppinions; Pour en faire totallement Tout selon les conclusions.

LE SIRE DE GUITRY

Pour meshuit, nous reposerons

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEArvS. 79

Jiisqiies demain au point du jour; Et puis, sans faire nul séjour.

De noz affaires penserons.

Y fault que bon guet nous facions

En my la ville et à l'entour. «060

LE SIRE DE CORAS

Pour meshuit, nous reposerons Jusques demain au point du jour

F° 5i v°. LE RECEVEUR.

Gtiascun voist en ses garnisons.

En son créneau ou en sa toui'.

Et faire comme le butour, so65 De nuyt fait ces^ provisions.

LE SIRE DE SAINTRAILLES

Pour meshuit, nous reposerons Jusques demain au point du jour; Et puis, sans faire nul séjour,

De noz affaires penserons. 2070

Puis y a pause longue. — Et tous les Anglois seront tous armez et en poin! devant Sallcbry, qui dit :

SALLEBRY.

Or çà, messeigneurs, il est tant De partir, ainsi que j'entend, Pour aller les François conquerre.

Geulx qui ne seront consentans

Sic , pour se.i.

A estre à nous obeissans, 2075 Les ruer et mectre par terre, Par si dure et si forte guerre Que ne puissent nul confort querre, Ne de nul avoir alegance; F" 52 r°. Et que de si près on les serre 2080 Qu'on ne puisse plus où les querre, Sans que plus en soit ramembrance.

Monseigneur conte de Suffort, Je vous pry que soyez d'acort

De mener la première armée. ao85 Vostre frère, qui a grant port, Qui est jeune, plaisant et fort.

Vous le merez \ si vous agret.

Puis, en la seconde assemblée,

Par vous elle sera gouvernée , aoç^o Monseigneur d'Escalles, auprès.

Vous avez chiere redoublée, Par vous sera bien ordonnée.

Et y sera le sire de Gres,

Vous, monseigneur de Fouquamberge, 9^95

Avecques vous très noble et saige

Le seigneur de Pons, et Molins.

Vous avez tous gentilz corage.

Pour bien conduire ung tel bernage,

Et pour parvenir à voz fins. a» 00

De guerre estes bien certains.

Trouvez vous estes en hutains.

En plusieurs assaulx et grans lieux;

Par quoy vous en estes plus crains,

Que de hardiesse estes plains, 2105

' Merez, pour menrez, mènerez.

Et en guerre très fort eureux.

Puis après, Lancelot de Lisle,

Ne demourez pas en la ville;

Vous estes nostre niareschal,

En tel cas savant et babille,

Et qui bien savez le stille

Plus qu'autre en especial.

Ayez tousjours franc cueur loyal,

Que ceste armée en gênerai

Si est pour tout perdre ou conquerre.

Vous, Glasides, amy féal.

Pour conduire amont et aval,

De vous ne s'en fault plus enquerre.

Avecques vous je me tendray,

Et la besoigne conduiray

Par vos enseignemens et diz.

Tout au mieulx que faire pourray;

Le corps et les biens y mectray

A confondre noz anemis.

Or est il que adverti suis

Que, au partir de ce pays,

Nous fault tirer vers Baugenci,

Pour passer l'eau, et noz amis;

Et puis, après nostre logis,

Si est que yrons à Clery.

Pour mieulx faire nostre besoigne.

Nous fault aller par la Sauloigne,

Pour Orléans boucher le passaige;

Que de vivres, quel qui en groigne,

N'en n'avons nulz, je le tesm oigne,

Emplus que l'oiseau de la cage.

Orléans! Orléans! vostre corage

Rabessera, se estes saige;

Car à ce coup destruiz serez.

Vous n'eustes jamais nul dommaige, ai^o F" 58 r°. .Si vous scra cecy sauvaige

Et pour vous fort à endurer.

Or çà, partons, ii en est temps, Que Dieu nous veuille bien conduire.

GLASIDES.

L'armée est desjà sur les champs. ^i^s

FOUQUAMBERGE.

Or çà, partons, il en est temps.

• LA POLLE SUPPORT.

Trompetes, sonnez entretant, Pour tousjours nostre armée aduire.

LE SIRE D'ESCALLES.

Or çà, partons, il en est temps.

Que Dieu nous vueille bien conduire. 2i5o

Puis partiront et iront à Baugenci et à Meung, et passeront la rivière de Loire, et yront à Ciery; et pilleront les gens de Sallebry l'église, et prendront sur l'autel calixes , joyaulx et aornemens. Puis dit ung prestre qui les garde :

LE PRESTRE

Las! messeigneurs, que faictes vous?

Et comment pillez vous l'église?

F°53v''. Ce vous est bien mauvais propoux;

N'avez vous point peu qu'i^ vous nuyse? Ce vous est mauvaise entreprise, a» s 5

Et, se les biens vous emportez, Vous n'en ferez pas à vostre guise, ' N'avez-vous point peur qu'il (que cela) vous nuise.

Je veul bien que vous l'entendez.

Onques, pour guerre qui advint,

Ne fut désolée ne pillée. a» 60

Vous valiez pis que Sarrazins,

A la bonne Dame lionnorée, * Qui est partout tant reclamée, Et luy faictes ce desplaisir ;

Vous en maudirez la journée ^ifii) Encore le temps advenir.

Je le vois dire à monseigneur Que Nostre Dame avez pillée, Qui vous est à tous déshonneur,

Dont l'avez ainsi desrobée. 2170

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