SI
LE SIRE D'ESCALLES.
Nuiiuy ne se doit arrester En songe n'en divinerie, F" 71 r". Et s'en doit on du tout oster, Que cela n'est que resverye;
Et vient cela par fantasie, 9()i5 Par fauite de repoux avoir.
Boutez vous en hors, je vous prie, Et pensons de l'assault prouvoir.
SALLEBRY.
C'est très bien dit. Dont ordonnez
Des premiers qui bailleront l'assault, 2990
Et voz trompetes si sonnez ,
Pour donner dedans sans deffault.
Faictes qui soit cruel et chault.
Et frappez dedans de randon,
Sans espargner nul tant soit hault 2926 ]Ne à mercy ne à ranson.
Adonl les trompetes des Anglois sonneront, et ie ballroy de la ville pareillement; et cryront ceulx de la ville à Varme! et chascun va sur le pont, et trouve l'en ie sire de Saintrailles tout arme' avec ses gens; et dit
LE SIRE DE SAINTRAILLES
Messeigneurs, mectez vous en rant, Et y allez par ordonnance; F" 71 v°. Que à ung chacun je deffens
Y aller, sans avoir hcence. 29.80 Vous' qui estes gens de deffence, Montez à mont sus les Tourelles,
' S'adressant à une troupe des défenseurs de la ville.
Et y montrez vostre vaillance, Ainsi comme sus infidelles.
Après, vous\ pour les refreschir, 39^^ Pour leur donner ayde et secours.
Puis les blessez, pour les guérir, Faictes les apporter bien tous.
Afin que autres, sans séjours,
Se puissent bouter en leur place, 29^0 Et secourir à tous propoux, Sans faire faulte ne falace.
Puis se renouvellera l'assault en grant fait d'armes et longuement; et plusieurs morts et blessez des François; puis dit
LE SIRE DE SAINTRAILLES
Enffans, enffans, retrayez vous, Je voy que nous avons le pire,
Et sont fort plus puissans que nous. ag^s Noz gens endurent trop martire; Retrayez vous, sans plus le dire.
Ou je voy que vous estes mors.
Que chascun de vous se retire, F" 7a r". Et se boute tout point dehors. 2950
Puis ici les trompetes des François sonneront une retraicte, et descendront tous des Tourelles , et apporteront des mors et blecez , et habandonneront lesdites Tourelles, se recuUeront jusques en la ville; et y aura une arche rompue et plusieurs se tiendront au bouloart nouveau fait; et les Angloys monteront dedans les Tourelles, cryant ville gaignée, et mecteront leurs estandars dessus lesdites Tourelles et lances, faisant grant bruit. Puis dit
GLASIDAS.
Messeigneurs, nous avons gaigné, " L'acteur désignait ici une seconde troupe.
A ce coup, honneur et chevance.
Sans avoir gueres barguigné, Par force d'armes et puissance; Et avez à vostre plaisance Leurs Tourelles et boulouart, Par vostre proesse et vaillance Des bons amis de nostre part.
LE CONTE DE SUPPORT
Vous voyez noz gens là dedans, Comment il ont gaigné la place; Bien povons dire que Orléans Est nostre, pour peu de menace.
Sy fault bien que pardon ou grâce Leur faciez, ou y sont tous mors.
Vous les aurez en peu d'espasse, Vers vous ne sont puissans ne forts,
FOUQUAMBERGE.
Nous devons bien faire grant chiere , Et avoir bien le cueur en joye, Quant leur bouloart et frontière Avez soubmiz par ceste voye.
De leur ville je ne donroye Pas un bouton que ne l'ayez; Elle est vostre, c'est chose vraye.
Nul ne vous en peut délayer.
SALLEBRY.
J'é grant désir que sus ce soir De m'aler esbatre là mont\ Pour voir la ville à mon vouloir.
Leurs ediffices et maisons, Et aussi que nous regardions/
Pour assiéger, l'artillerye 2980 De noz bombardes et canons.
Pour mieulx faire nostre saillie.
F" 73 r». LE PRINCE D'ESGALLES.
C'est bien dit. Quant il vous plaisa ^ Nous yrons pour veoir leur cité;
A voir fort plaisant vous sera, 3985 Qu'elle est de grant auctorité.
Jamès n'eulrent adversité , C'est ce qui les a fait tenir; Et puis ayment de loyaulté
Leur roy Charles et pour morir. 2990
LANGELOT DE LISLE.
De trop l'aymer bien repentir
Y se pourroient, est grand folye^.
Nul ne les peut plus secourir.
Ne leur ayder, quoy qu'on nous die;
Et est à eulx grant resverye 2995
De vouloir tenir longuement,
Que y luy^ perdront tous la vie,
Et defmeront piteusement.
SALLEBRY.
J'é volenté certainement
De monter en hault en présence, Sooo Pour voir la ville plainement.
Que à la voir je prens plaisance.
' Sic, i^om plaira. ^ Que y luy . . . . car ils y perdront, e(c.
^ Le manuscrit porte : et grand folye.
F'jSm". Glassidas, j'ay espérance
Que nous Tarons en peu de temps.
GLASSIDAS
H n'en fault avoir nulle doubtance 3oo5 Que ne l'ayez incontinent.
SALLEBRY.
J'é désir d'y vouloir aller, Glassidas, et je vous emprie
Que avec moy vous en viengnez, , Et pour me tenir compaignie. 3oio
GLASSIDAS
Monseigneur, mais, je vous emprie, Allons y sans atendre plus; Que joyeux suis, je vous affie, D'avoir les François ruez jus.
Puis y a pause. — Saliebry et Glasidas vont et monlent aux Tourdies. Puis dit
LE RECEVEUR
Messeigneurs et mes bons amis, ■^ois Les Torrelles avons perdus, F° 7^ r\ Et sont dedans noz anemis. Qui n'ont pas esté deffendus.
Si nous fault penser, au seurplus, De bien garder nostre cité, 3o2o Que par eulx ne soyons confuz, Et mis en grant adversité.
LE SIRE DE VILLARS
Y ne se fault point esbayr
Se perdus avons les Torrelles, 'Qui n'estoient pas pour tenir, Pour deffence bonnes ne belles; Mais mieulx vault leur lesser icelles Que nous les tensisions à tort, De nous soufrir mourir pour elles Et noz gens de piteuse mort.
LE SIRE DE SAINTRAILLES
J'en suis de ceste oppinion.
Que moy j'ay fait noz gens retraire, Les voyans à confusion Navrez, morir à vitupère; N'aultre chose n'y saurons faire, Qu'elles. n'estoient pas de deffence.
Trouver nous fault aultre manière Pour faire à eulx resistence.
POTON
Messeigneurs les bourgeois d'Orléans, N'ayez point peur, je vous empri^; Je voys que vous estes dolans, Et avez la chiere esbaye Des Torelles, dont vous supplie Que vous ne vous veillez soucier De la ville, qu'i n'aront mie Legierement sans secouer.
MESSIRE MATHIAS
Point esmouvoir ne vous veillez A faire chiere ne semblant, Que nullement troublez soyez De manière ne autrement.
Que se estes esbayssant, Aux anemis donrez coraige De vous estre plus ravissant, • Et plus vous faire de dommaige.
LE SIRE DE GUITRY
Ne vous esbayssez de riens,
Que nous avons bonne deffence.
Des Tourelles, c'est mains que néant,
Ne n'en ayez nulle desplaisance:
Mais faictes mectre à puissance
Artillerie au bouloart,
Pour les batre, comme je pence,
Incessamment et toust et tart.
LE SIRE DE CORRAS
Y ne se fault nul esbayr.
Mais vaillamment résister; Nous sommes pour les assaillir, Et pour les aller defFyer.
Si, vous devez dont ralyer Sans démener merancolie.
Que à voz anemis donner Coraige de chiere hardie.
LE RECEVEUR
Penser vueil de l'artillerie.
Pour renforcer le bouloart.
LE SIRE DE VILLARS
Faictes le dont, je vous emprie, Sans atendre qu'i soit plus tart.
F" 75 V . LE RECEVEUR
Nous y ferons, de nostre part, 8075 En ce cas, toute diligence; Que chascun y aura regart, Ainsi que j'ay espérance.
Puis icy y a pause. — Et puis dit Giasidas à Sallebry à la lenestre des Tourl elies, que chascun le pourra bien voir.
GLASSIDAS
Très noble conte Sallebry,
Venez voir à ceste fenestre. 3o8o
Jamès ne fustes en party
Qui vous fut plus plaisant à estre;
Regarder^ à destre à senestre,
Ne fut jamais plus gente place,
C'est comme ung paradis terrestre, 3o85 Et aussi comme un lieu de grâce.
Or, est il vostre de présent, Nul ne le vous peut contredire, Que vous estes comme dedans,
Il n'y a comme riens à dire, 3090 F° 76 r". Vous en serez seigneur et sire, Pour le tenir en vostre main.
De France c'est le miel et cire, Et où tout gist pour faire fin.
Vous n'avez plus trois pas de voye, 3095 Que ne l'ayez pour heritaige.
Vous les tenez, c'est chose vraye, Prisonniers comme en une caige.
Sur eulz avez tel avantaige
' Sic, pour regardez.
Qu'i ne savent plus où fouyr. 3ioo Leans sont en vostre servaige, Pour les faire vivre ou morir.
SALLEBRY.
Je prans en moy ung grant plaisir A voir ceste noble cité;
S'i convient les faire morir, 3io5
Ce sera grant adversité,
Et grant dommaige en vérité;
Et n'est que par inadvertence ,
Comme par une hostinité,
Où il ont bouté leur plaisance. Sno Clasidas, j'amasse trop mieulx Qu'il eussent en eulx bon voloir De leur rendre, quan, si mes dieux', F° 76 Je les vouldroye recevoir,
En voulant faire, leur devoir 3 1 1 5
De nous estre bons et loyaulx.
Dont, je voy par leur nonchaloir - Qu'i soufTreront beaucoup de maulx.
A mercy les vouldroie prandre;
Mais je croy qu'i n'en feront riens, 3 120
Par quoy, morir les feray et pendre.
Tous ceulx qui sont leans dedans, Et leurs femmes et leurs enfîans.
Jà personne n'espargneray.
Que tant qu'i sont, petis et grans, 3 1*25
Du tout à Fespée je mecteray.
' Telle est la leçon du manuscrit, qu'il sens paraît être celui-ci : «• Clasidas, j'aime-
Tiiut sans doute corriger ainsi : quant, si m'ait rais mieux qu'ils fussent disposés à se rendre
Dieux (si Dieu m'aide) , locution qui revient (de leur rendre, de rendre eux) . car, de par
h chaque instant dans les anciens textes. Le Dieu, je les recevrais volontiers à merci. 1
Lors sortira ung canon d'une tour nommée Nostre Dame, qui viendra le frapper parmy la moictié de la teste, en la joue, et lui crèvera ung œil. Puis cherra tout à l'enreverse, et Glasidas le cuidera relever. Et y a pause de trompetes; — et font grans admiracions les Englois estant aux Tourelles, qui auront veu le coup. Et puis s'ecrye Glasidas et dit
GLASSIDAS
• Ha! hay! maudicte journée!
Voicy piteux cas advenu.
F° 77 r". Or, est bien perdue nostre armée.
Et tout nostre estât devenu; 3i3o
Luy qui a fait et soustenu ,
Du tout nostre ost par sa vaillance,
Et si très bien entretenu,
Qu'il avoit conquis toute France.
•Puis viennent les seigneurs à Glasidas, et dit
LE CONTE DE SUPPORT
Glasidas, et quelle contenance! 3i35 Qui a il de cryer ainsi?
GLASIDAS.
Messeigneurs, regardez l'ofîence!
Glasidas, et quelle contenance!
• GLASIDAS.
Vous voyez, en vostre présence.
Mort le bon conte Sallebry. 3i4o
LE SIRE D'ESCALLES. ■
Glasidas, et quelle contenance!
F° 77 v°. Qui a il de cryer ainsi?
GLASSIDAS
Helas ! vous le voyez murtry, En luy plus nous n'aurons fiance.
FOUQUAMBERGE.
Et comment? qui a fait cecy?
GLASSIDAS
Helas! vous le voyez murtry.
LANCELOT DE LISLE
Vous parliez en présent à luy, Venu est en une instance.
GLASSIDAS
Helas! vous le voyez murtry, En luy nous n'aurons plus fiance.
C'est ung coup de malle meschance De canon frappé au visaige.
LE BAILLY D'ESVREUX.
Hé Dieu! voicy grant desplaisance, Et à nous tous ung grant dommaige.
LE SIRE D'ESGALLES.
Ha! Sallebry, noble coraige, Ta mort nous sera vendue chiere; Jamès ung tel de ton paraige Ne se trouverra en frontière.
CONTE DE SUPPORT
Vous n'en devez ci^er ne braire,
Ne faire lamenlacion,
Que les François, c'est chose voire,
En auront le cueur plus félon,
Qui sont nostres, se nous volons,
En mains de bailler ung assault.
Tenir secret, c'est la raison,
Qu'ilz en levroient le cueur plus hault.
CLASIDAS.
Ha! se ce cas ne fust venu, Bien estoit son intencion Qu'i n'eust esté grant ne menu Qu'i n'eust mis à destruction; Et eust eu, sans remission, Orléans qu'il avoit entrepris, Sans nulle variacion, Noble vaillant prince de pris!
LE SIRE D'ESGALLES.
Dont, puisqu'ainsi nous est mespris, 78 v°. Si n'en fault il montrer semblant; Nous donrions à nos anemis Le coraige encores plus grant.
Anuyt, de nuyt^ sur l'estrant^ Le conviendra mener à Meung, Et de le penser diligent, Je vous«empry, soit ung chascun.
FOUQUAMBERGE.
A Meung faut bien qu'il soit mené Le plus brief et plus celement.
Anuyt, de myt, aujourdliui, de nuit.
Estrant, estrain (stramen), litière.
12â LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.
Y luy sera mieulx ordonné 3i85 Qu'i ne seroit icy vrayement.
Qu'i soit mené honnestement, Je vous empry, sans faire bruit, Que les François certainement
En meneroient grant joye et desduit. 3190
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE
Aussi, je vous vueil advertir, Rompre fault deux arches du pont.
Que les François pourroient venir A courrir à nous tout du long.
Vous savez que traveillez sont Sigo Nos gens de ce bruit et tempeste; Plus seurement s'en reposeront.
Sans en avoir mal en leur teste.
F" 79 A LE CONTE DE SUPPORT
Ainsi soit, qu'i soient rompuz,
Deux arches du pont promptemeii^ ; 8200 Qu'i soit fait sans actendre plus, Que nous en serons plus seurement.
Puis fault aussi diligamment • Mener le conte Sallebry A Meung, le plus secrètement 3205 Que on pourra, pour le jour' d'uy-
Puis les Angîoys romperont deuxcarches et mèneront en une sentine ^ le conte de Sallebry à Meung bien tenu honnorablement d'orliers^ et ornemens. Et y a pause longue. — Et puis dit *
' iSenime^ sorte de grand bateau en usage ^ Or/î'm^ sans doute, oreillers,
sur la Loire.
LE RECEVEUR
Messeigneurs, comme vous savez, Les Anglois ont le siège mis; H y a douze jours passez, Que cy devant nous ont assis; Lesquelz ont fait plusieurs saillies, Et maint assault nous ont donné, Que nous n'avons esté rassis, Mais de guerroyer n'ont fine.
Je voy qu'il ont mauvais coraige, Et qu'ilz ont en ferme propoux De destruire nostre heritaige.
Sans nous donner aucun repoux.
Si vous vueil dire devant tous Qui seroit bon d'aller vers le Roy, Pour luy requerre du secours, Et luy remonstrer le desroy.
Pour ce en direz voz advis, Lesquelz seront pour y aller.
Et que du Roy nous soit periijis De desmolir et debriser Faubourgs, et églises brûler, Pour la seureté de la ville; Qu'i luy plaise en disposer.
Pour garder- nostre domicilie.
* LE SIRE DE VILLARS
11 est bien raison y aller,
Et luy raconter les nouvelles,
De nostre estât luy en parler.
Et comment il ont les Tourelles ;
Mais que, non pourtant, pour icelles
^ Nous avons bonne intencion
Que contre leur faulces querelles D'estocer^ fermes et tenir bon.
f° 81 r"^ LE SIRE DE SAINTRAILLES.
J'en suis bien de l'opinion , Que vous y devez envoyer 32/10 De gens de bien, il est raison, Incontinant, sans délayer; Qu'i luy plaise vous soulayer Allencontre des anemis,
Qui veullent ainsi chalangier -Sais Son royaulme, le noble pays.
« POTON
Pour y envoyer, je conseille
Seullement bourgeois de la ville .
Desquelz qui vouldront'si traveille^
De leur chambre et leur domicilie, 395o
Ce qu i congnoistront estre utille.
A eulx nous jious en rapportons :
Qu'i soient expers et habille.
Pour faire les conclusions.
LE SIRE DE GOURAS
Messeigneurs, les bourgeois yr-ont; 8255 C'est raison et le fait leur touche, Et au roy Charles parleront Eux mesmes, à sa propre bouche; F" 8 1 V". Et adfm que n'ayent reprouche ,
Le temps advenir, de nulluy, 3260
' Estoquer, frappe? d'estoc. ' Lisez IruveillevI , (ravaillent.
" Le feuillet 80 est en blanc.
Y convient poursuivre la soche Et fondement par iceluy.
LE SIRE DE GUITRY
Entre vous, messeigneurs d'Orléans, Envoyez y qui vous vouldrez;
Vous estes saiges et savans 326.5
Pour en très bien disposer.
Du fait de la guerre savez,
Il ne vous en faut jâ riens dire,
Là y viellez dont envoyer
Au Roy nostre souverain sire. 3270
• LE RECEVEUR
Messeigneurs, nous y envoyrons De la ville de. gens de bien.
Qui très bien faire le sauront Le voyaige, sur toute rien.
Ce pendant, comme je soustien, 8275 Penserons au fait de la guerre.
Pour trouver la voye et moyen Les bouter hors de nostre terre.
Puis dira à deux des eschevins de la ville illec presens ce qui s'ensuit : F" 83 r". LE RECEVEUR.
Çà, messeigneurs, y vous convient
Aller vous deux devers le Roy, 8280
Le plus toust et incontinent
Que vous pourrez et sans delay :
Luy remonstrant le grant desroy
Que font les Anglois cy devant,
Le soucy, la peine et l'esmoy 8285
Que nous en souffrons de présent. Vous ]uy prirez que y luy plaise Nous envoyer, de bref, secours, Que nous sommes en grant malaise, Jour et nuyt, sans avoir repous.
Pareillement, de noz fauxbours, Qui sont beaux merveilleusement, Et des églises à l'entour, Qu'i convient mectre à finement.
Vous savez bien qu'il- est de dire.
Allez, et faictes envers luy, Gomme nostre souverain sire, Qu'i ne nous ait pas en oubly.
PREMIER BOURGEOIS
Vostre vouloir sera acomply^.
Devers le Roy nous en irons Incontinent, et aujourd'uy, Pour y aller, nous partirons.
LE IP BOURGEOIS
Puis qu'i vous plaist, acomplirons Le veaige devers le Roy, Au mieulx que faire le pourrons, Vous asseure de bonne foy.
LE BECEVEUR.
Dictes luy bien le grant esmoy,
En tous les jours, en quoy nous sommes,
De jour et de nuyt à l'effroy.
Quant sommes en noz premiers sompnes.
33oo
Puis partiront. Pose. — Puis dit Glasidas :
Helas ! et Dieu et quel doramaige ^ De nostre maistre Sallebry, Garny d'un si gentil coraige, Nul n'est qui appressast de luy !
En armes estoit fort hardy, 33 1 5
Le plus vaillant dessus la terre, Ne jamès prince ne nasquit Plus vaillant que luy d'Angleterre.
Messeigneurs, y nous lault penser D'envoyer qiierre du secours, 33-2o Que nous ne sommes pas assez F° 83 r°. Pour bien tenir ce siège doux.
S'i vous plaist, vous en direz tous \oz opinions en ce cas;
Que plusieurs ont deul et couroux 3325 Dont Sallebry a pris trespas.
LE CONTE DE SUFFORT
Ce nous est deul et desplaisance De Sallebry, lequel est mort; Qu'il estoit tout nostre espérance
De nostre armée et le confort; 333o Mais puisqu'ainsi, à droit ou tort, » Y nous convient en gré le prandre,
Tallebot est ung prince fort. Mander le nous fault, sans atendre.
LE SIRE D'ESCALLES.
De messire Jehan Tallebot, 3335 Le convient bien envoyer querre; N'est nul qui saiche son trippot
' Il faut lire, sans doute, au lieu de et Dieu el qtiel dommaige, eh Dieu! eli quel. etc.
130 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEAiNS.
Mieulx que iuy, du fait de la guerre.
Mander luy convient à grant erre,
A Roan, je croy qu'i luy soit \ 336o
Voire, jusques en Angleterre,
Se d'aventure il y estoit.
F" 83 v^ MESSIRE JEHAN DE LA POLLE.
Il luy fault mander voirement, Et comment Sallebry est mort,
Qu'il avoit ung peu mataient^, 3345 Et dont il regentoit si fort, Et l'avoit comme en discort.
Pour ce que lieutenant estoit; Luy sembloit bien avoir ce port
Que l'onneur luy appartenoit. 335o
FOUQUAMBERGE.
Je le vy au deppartement De Roan, quant y luy requist^ A Tallebot, honnestement, Que avecques nous y reusist;
Mais gueres de compte n'en fist, 3355 Pour ce n'y veult onques venir.
Je ne scay pourquoy y le fist, • Mais nous doit venir secourir.
LANCELOT DE LISLE
Je vous vueil aussi advertir
De faire faire ung bouloart, 336o Pour leur trait aussi retenir, F° 8i 1 . Et pour deffendre ceste part
' Lisez qu'il y soit. " Quand il y requist.
' Mataient, lisez maltalent.
Qui sera au droit de leur esgart, Pour fortiffier noz Tourelles; Partout nous fault avoir regart, Et nous garder de leurs cautelles.
LE SIRE D'ESVREUX.
Y le convient envoyer querre, Tout le plus toust que on pourra, Et autres seigneurs d'Engleterre, En Normendie qu'on trouvera, Pour les faire venir deçà,
Aussi pour nostre oust solayer^ ; Puis leur cité on assauldra Incontinant, sans varier.
LE SIRE DE MOLINS
Y luy fault doncques envoyer Promptement, sans atendre plus, Si nous convient aussi penser
De nostre fait, quand au seurplus :
C'est que ung bouluart soit mis sus, Pour noz Tourelles préserver De leur trait et de leur abus; Sans cela, nous pourront grever.
LE SIRE DE PONS
Vous avez, vous tous, très bien dit, Et le convient ainsi le faire.
Nous avons perdu Sallebry, Qui estoit tout nostre frontière, Et pour vengier ce vitupère.
soulager.
Allencontre de ceulx d'OHeans, En tous leurs lieux de deçà Loire Je mectroye le feu dedans.
GLASIDAS.
j] n'y aura maison ne bourg
Que dedans le feu je ne boute ,
Leurs mestaieries , de bout en bout,
N'en lairay une seulle toute.
Leurs beaulx lieux seront mis en soute,
Sans y lesser riens que la terre.
Gompaignons, sus! en somme toute.
Allez, sans lesser une perriere.
Ainsi soit fait, sans plus atendre,
Ung bouloart icy devant,
De fagoz, de terre et de cendre,
Pour estre en seureté dedans
Du trait qui pourroit survenir;
Et soit fait en telle manière
Que de ceulx qui seront leans,
On ne leur puisse nul mal faire.
Vous aussi, messagier, allez
Au puissant conte Tallebot,
Et ces lectres cy luy portez.
En luy en faisant le rapport
De la très douloureuse mort
Du vaillant conte Sallebry,
Qui, par ung maleureux sort,
Est mort, Dieu ait l'ame de luy !
Luy diras que nous luy prions
Qu'i viengne et toute sa puissance,
Et que besoing nous en avons
De son ayde et pourvoyance.
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 133 Va, et fays grant diligence,
Et qu'il amené avec luy 3/iao Princes de son apartenance; Mestier en est pour le jour d'uy.
Monseigneur, auray acomply Vostre messaige incontinant.
Je m'y en voys, adieu vous dy, 3/425 Sans m'arrester ne tant ne quant.
Puis partira et dit :
Je voy là je ne scay quelz gens, F° 85 v". Et croy que ce soient espyes.
Puis survient à luy deux ou trois compaignons, les espées toutes nues sur luy; et dit