‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 95 sur 154 · ES GALLES · texte numérisé non relu

ES GALLES

Il nous fault faire une saillie Sur les François, il en fust tant, Et que on ne les espargne mie Tant soit petit ou tant soit grant, Mectre tout à feu et à sanc Et faire fin de leur cité; Que, quant à moy, riens n y entent :

Trop faisons difficulté.

LE SIRE DE GRES

C'est trop mis, par ma venté, Veu que nous avons la puissance, La proesse et l'auctorité Pour subjuguer toute la France.

Près de sept mois a sans doubtance Que nous sommes devant à Orléans; Ce n'est que honte et desplaisance Et reproche de toutes gens.

TALLEBOT.

Les assaillir y nous convient, Et que de près fort on les touche De hache et d'espée poignant.

Et que sur eulx fort on approche.

Vous les mectrez en une poche

Où en faire ce que vouldrez; Jamès ne ies pinsa tel moche Que si toust que les assauldrez.

FAGESTOT.

Y ne fault plus clissimuller, Mais convient en faire une fin; Et ne les fault point chatoiller, Mès les combatre main à main.

Avoir les nous fault en ung plain, Faire saillir de leur tanière, Après, leur clore le chemin, Sans qu'i recouvrent leur barrière.

CONTE DE SUPPORT

Je vous diray que je vueil faire, Si est ung présent es François.

Et pour congnoistre leur manière, Savoir s'i sont doulx et courtois, Au bastard d'Orléans je envoys Ung plat plain de raisins et figues, Et de tater afin de vois Leur voulenté et leur répliques.

Et luy manderay qu'i m'envoye, S'i luy plaist, de la panne noire.

Pour fourrer comme je vouldroye Une robbe que je fais faire.

ESCALLES.

C'est bien dit, conte de Suffort; En cela n'est qu'esbatement.

Et vous, le sire Tallebot, Il le doit faire voirement?

TALLEBOT.

Y ne peult faillir nullement; On congnoistra sa courtoisie.

Le preigne en bien ou autrement, Comme il vouldra, en farcerie, Envoyez luy, je vous emprie.

Vous verrez qu'i vous mandera , S'i luy plaist ou s'il luy ennuyé ; Vous congnoistrez qu'i vous dira.

CONTE DE SUPPORT

Messagier, lieve sus et vicn;

Y te convient faire messaige.

Si fault [il] que entendes bien, Et que tu soys prudent et saige, Pour bien parfaire ton voyaige.

Au bastard d'Orléans tu yras.

Et ce présent par beau langaige, De par moy, luy présenteras.

Après, luy diras que luy prie Qu'i m'envoye de la panne noire Pour une robbe bien jolie,

La forrer en ceste manière.

Et s'il veult riens, le me requerre, Que faire puisse bonnement; Je suis à son bon plaisir faire Et à tout son commandement.

MESSAGIER

Monseigneur, bien diligemment Vostre messaige acompliray, Et vostre présent humblement

Au bastard d'Orléans porteray.

De la panne luy demanderay, Ainsi que chargé le m'avez.

CONTE DE SUPPORT

Or va, puis ici t'atendray Tant que tu puisses retourner.

MESSAGIER

Or doncques, me convient aller A Orléans, porter ce présent. Et au bastard d'Orléans parler Pour ce don icy luy offrant.

Voy le là, ainsi que j'entant;

Y le me convient saluer.

0 très noble et très prudent.

Et qui est tant à honnorer, Monseigneur, Dieu vous doint honneur, Ainsi comme il vous appartient!

Le conte Suffort, mon seigneur, Par moy vous envoyé ce présent.

Et à vous se recommandant Que en gré vous le vueillez prandre.

Y vous envoyé de ses biens.

Ainsi que vous povez entendre, Et m'a dit que y vous supplie Que vous luy veuillez envoyer De la panne, et y vous emprye.

Faire veult sa robbe fourrer De panne noire, se povez

Luy en envoyer, s'i vous plaist;

Et se de luy besoing avez,

Vous le trouverrez toujours prest.

BASTARD D'ORLEANS

Mon amy, je scay bien que c'est;

De son présent le remercye. 10,760 Je vouldroye bien ung autre mes A ma voulenté acomplie.

De la panne, ne doubte mie, Luy en envoyeray de bon cueur,

De noire comme y me supplie, 10,765 Tout de la plus belle et ineilleur.

Et au bon conte de Suffort, Geste panne cy porteras.

Et à luy et à Tallebot;

De par moy les remercyras, 10,770 A eulx me recommanderas.

Au seigneur d'Escalles aussi, Pareillement à Glassidas, Désirant qu'i fussent icy.

MESSAGIER

Monseigneur, je vous remercy. 10,775 De par vous luy sera portée, Et la response tout ainsi Gomme vous l'avez propposée.

Je m'en revoys, sans demourée,

Leur présenter vostre présent. 10,780

BASTARD D'ORLEANS

Dy leur que c'est bien ma pensée De les festoyer à Orléans.

MESSAGIER

Monseigneur conte de Suffort,

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. < â21

Viens de vers le bastard d'Orléans,

Auquel j'ay fait vostre rapport, 10,780

A luy, plusieurs seigneurs presens.

Si a receu vostre presant

Comme gracieux et courtois,

Ghier seigneur, en vous mercyant,

Ainsi que vous le povez vois; 10,790

Que de la panne vous envoyé

Noire, comme le demandez,

De la meilleur qui soit en voyé.

Comme il a voulu commander.

Et c'est volu recommander 10,79.5 \ vous, messeigneurs, cy presens, Disant qu'i vouldroit que fussiez A son plaisir dedans Orléans.

CONTE DE SUPPORT

.le l'en croy véritablement.

Et n'est en luy que bon coraige; 10,800 Mès nous y entrerons voirement, Qu'i ne l'aura pas d'avantaige.

Si a fait que prudent et saige F° 276 y". De la panne avoir envoyée;

Elle sera pour mon usaige 10,800 Et pour l'amour de luy portée.

TALLEBOT.

Messeigneurs, y nous fanlt penser De parfaire nostre entreprise, De jour et de nuyt pourpenser

Gomment ceste cité sera prise. 10,810 C'est trop tardé, quant je m'avise.

Et y sommes trop longuement:

Fault trouver la façon et guise " De les avoir aucunement.

MESSIRE JEHAN FACESTOT.

C'est à VOUS Ijien dit voirement; Le tarder n'est chose qui vaille.

Tous les jours croist abondamment Et renforce nostre bataille.

Fault que devant Orléans on aille Pour les vouloir faire saillir, Faire tant que chascun d'eux saille Les enclorre et faire morir.

F''275 r''. LE CONTE DE SLFFORT.

Sire de Gres yra courrir ■ A Orléans, jusques à leurs portes, Pour faire semblant de fouyr, Que François sauldront à grans flotes.

Nous ferons deux batailles fortes Qui ensemble se joingneront, Pour leur sarrer de près leurs crotes ^ Et qui les Fi-ançois enclorront.

SIRE DE GRES

Quant à de moy, je suis content De fournir la première armée, Et aller frapper sur Orléans, Faire la première levée.

Voicy mes gens toute journée io,835 Qui anuyt ne sont desarmez.

Pour voloir aller en meslée Et pour les François guerroyer. ' Sic , peut-être rotes pour routes ?

io,83o

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Mes gens sont pretz pareiHement, Et ne demandent que besoigne.

Faictes et advisez comment, Et pour Dieu que nul ne se faigne!

Nous ferons icy longue esloigne, Veu la puissance que avons, Qui est à nous honte et vergoigne Que une fin nous n'en faisons,

TALLEBOT.

Vous yrez descouvrir l'embûche, Monseigneur de Gres, s'i vous plaist; Et afin que rien ne trébuche D'Escalles sera au plus près.

Conte de Sufl"ort, vous serez Comme à ung trait d'arc de l'armée; Vous et voz gens vous vous tiendrez Tous serrez en une vallée.

Puis, messire Jehan Facestot, Avec le prevost de Paris, Le frère au conte de SufFort, Vous estes puissans et hardis; Vous serez, comme je vous dis, D'aultre cousté vers la rivière. Sans faire ne noise ne bruys, Mes vous tenez tous en frontière.

Puis menray la grant assemblée, Comme faisant l'arriére garde, Trestous les nobles de l'armée , Qui de tout se donront de garde.

Vous estes, quant je vous regarde,

/i2/i LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Les plus puissans de tout le monde; Bien ni'esbays à c[uoy il tarde

Que nostre oust Orléans ne confonde. 10,870 Boutez au vent voz estandars, Quant viendra en champ de meslée, Voz croix roiges et voz liepars, Afin que gaignez la journée.

Faictes tant ceste matinée, 10,875 Par voz armes et par vous sault , Que François boutez à l'espée, Et que ayez Orléans d'assault.

Lors icy y a pause. — Puis dit

LE BASTARD D'ORLEANS

Messeigneurs et mes bons amis,

Ceulx du guet si m'ont adverti j 0,880

Que les Anglois ont entrepris Qu'i nous assauldront aujourd'uy.

Pour ce, messeigneurs, je vous pry Que faciez sonner les trompetes

Dedans Orléans; je vous supply, lo.esô Gardez le dangier où vous estes.

F" 276 v°. LE SIRE DE GRAVILLE.

Armer ce fault incontinent, Qu'i marchent pour il y venir.

Monstrez vous aujourd'huy vaillant, Qu'i vous convient vivre ou morir. 10.890 Ghascun pense de soy tenir Sur les murs chascun en sa garde, Et de l'artillerie fournir Pour la gecter à l'estrade.

Lors y a pause de trompetes. — Puis dit

BASTARD D'ORLEANS

Regnault Guillaume et vous, Vernade,

Y vous fault aller au devant;

Vous et voz gens ferez l'avant garde,

Et vous monstrez fors et puissans.

Vous, mareschal noble et vaillant.

Avec le sire de Baeil,

Vous yrez vous deux quant et quant,

Pour les Anglois faire requeil.

Puis, sire Jaques de Chambannes,

Et vous, monseigneur de Ghaulmont,

377 r". Je vous pry que tenez vous termes^ Allencontre de ces Gordons, Qui assailiiz nous ainsi ont A tort, sans cause et sans raison; Nous devons bien du cueur parfont Deffendre la noble maison.

Vous, Theaulde de Vaillepaigne, Avecq le sire de Thouars, Je vous pry que nul ne se laigne :

Soyez hardiz comme liepars, Deffendez vous de toutes pars, Que nous ayons sur eulx victoire, Et pour Dieu ne soyons couars; Garder devons nostre repère.

Poton, le sire de Graville, Bien vous convient résister; Pensons de garder nostre ville Dont on nous veult déshériter.

Vous aussi, vueiiiez vous bouter,

' Sicj sans doute t^out fermes.

m LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Le cappilaine de Villars :

Aujourd'uy nous fault surmonter 10,995 Les croix roiges et les iiepars.

Aussi le sire de Guitry, Avecq le sire de Gouras, Monstrez la puissance aujourd'uy, La force qui est en voz bras, 10,980 Et que de guerre n'estes las; F° 277 v°. Mais prenez corraige et vigueur, Que les Anglois soient mis au bas, Pour acquérir ung grant honneur.

Or sus, partons, il en est temps, 10,935 Et allons, que Dieu nous sequeure!

Noz anemis tiennent les champs Et seront près en petit de heure.

Pour la ville , fault qu'i demeure

Les habitans pour la garder, 10,960 Et sur les murs chascun procure Entendre à soy et regarder.

Lors icy les trompetes sonneront des François et pareillement les trompetes des Anglois. Et viendra le sire de Grez poser son estandarl sur la dove des foussez , et doit on tirer ung canon d'Orléans qui tue le dit sire de Gres, et demeure mort. Puis après, ses gens reculleront et Vernade et Regnault Guillaume poursuivront les Anglois ; et les deux batailles des Anglois viennent, qui enclorront les ditz Regnault Guillaume et Vernade, tueront tous leurs gens et prandront prisonnier le dit F" 378 r". Regnault Guillaume et Vernade. Puis après, le bastard d'Orléans et tous les François viennent et saillent sur les dits Anglois , et là y a ung beau fait d'armes, et , en la fin , beaucoup de mors d'une part et d'autre, dont de chascun cousté fait son deul tant François que font les Anglois. Et seront contrains les François de eulx retraire en leur ville, et poursuivys seront jusques aux portes de la ville. Puis dit

TALLEBOT.

Messeigneurs, chascun se retraye.

Voicy merveilleuse rencontre!

Les François ont eu froide joye

Qu'i est mort d'eulx un très grant nombre

Leur ville fault tumber et fondre

Avant qu'i soit six jours entiers.

Y sont venuz faire une monstre

Dont n'est pas reschappé le tiers.

CONTE DE SUPPORT

Bon mestier y leur a esté Avoir trouvé portes ouvertes ; Je cuide que de cest esté Ne les verrez faire penades.

Il ont eu deux grosses pertes, Compris la journée des Harans; Mieulx leur vaulsist jouer es cartes Que d'eulx estre mis si avant.

D'ESCALLES.

Je croy que vous ne savez riens Du sire de Gres, qui est mort, Qui c'estoit mis jusques dedans Leur ville par son grant effort. Son estandart mis sur le bort Des foussez, auprès de la porte; Mès est venu par meschant sort Ung canon qui sa teste emporte.

FACESTOT.

Vous nous dictes grant desconfort De la mort du sire de Gres, Le plus vaillant et le plus fort

Qui fut onques ne sera jamès.

De luy trop fort y me despiait, Et trop desplaisant suis du fait.

Orléans, Orléans! le comparest^ Et en serez destruit et defîait.

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

J'en ay deul et grant desplaisance Du sire de Gres, vrayement.

Or a esté par sa vaillance Qu'il est mort oultrageusement; Mès en morra fmablement Pour sa mort des François dix mille, Et Orléans mis à finement, Que rasée en sera leur ville.

TALLEBOT.

Il estoit ung pi'ince vaillant, Honneste en fais et en dis, Et de sa mort fort desplaisant Et très dolent, pensez, je suis.

Y fault qu'en un seurceur^ soit mis.

Puis de son obit penserons, L'envoyer en nostre pays, Ou se icy renterr[er]ons.

Je vous pry qu'on le voise querre.

Et les autres que nous avons De noz bons amis d'Engleterre, F" 379 v°. Geulx que trouverrez qui en sont.

Puis, au seurplus, nous penserons Ung bien peu de nous refraichir,

^ Sic, pour le comparrez , le paierez. ' Cercueil.

Puis après nous retournerons Derechief, pour les assaillir.

BASTARD D'ORLEANS

Nous avons eu ung grant dommaige, Et de noz gens beaucoup perduz, Des plus vaillans et bon coraige Et qui plus avoient de vertuz.

Plusieurs princes et bien esleuz Y sont demeurez des premiers; Nous en avons esté deçeuz De saillir hors de noz terriers.

GRAVILLE

Nous avons eu du tout le pire En ceste dernière bataille.

De plus saillir nous doit suffire; Nous ne faisons chose qui vaille.

Tenir nous fault, comment qu'il aille, Nostre cité close et fermée, Et entendre à nostre muraille Qu'elle soit tousjours bien gardée.

LE SIRE DE SAINTRAILLES

Je voy ceulx d'Orléans esbayz Pour leurs amys qui y sont mors; Femmes pleurent pour leurs mariz • Qui y ont lessé ame et corps.

De plus saillir delà dehors.

Plus n'en suis de consentement; J'en voy plusieurs grans desconfoi's, Femmes en grans gémissement.

CHABANNES

Encore ne savez vous rien De la perte que avons eue Des bourgeois, manans, habitans, Lesquelz avoient fait yssue.

Quant à îa retraicte venue, Qu'il a convenu se retraire, Les 4nglois l'ont tant poursuiveue Qu'i nous ont fait grant vitupère.

SAINTE SUAIRE

Je croy cecy n'est gueres moins Que de la journée des Harans , Que y tiennent entre leurs mains De noz princes des plus vaillans :

Regnault Guillaume, le puissant, Et Vernade sont mors ou pris; Furent enclos incontinant Et ne les vit on onques puis.

POTON

Je cuide bien qu'i soient pris, Que ung Anglois, que pris avoye, Es enseignes que y me dis.

Des nouvelles luy demandoye :

Si me dist qu'i vit par la voye Des François emmener plusieurs, Si congneu, c'est bien chose vraye, A ses dis que c'estoient iceulx.

VILLARS

Il y a eu grand desarroy.

Et sommes trop sailliz à foiille,

Que nul n'a peu , comme je voy,

Revenir à son preemboHe.

Les mors sont mors, Dieu les absoille!

De leur obbiz nous fault penser.

Une foiz la mort tout engoulle;

Y nous convient tous la passer.

THEAULDE DE VALLEPAIGNE.

Il convient les faire enterrer Et faire prière pour eulx, Sans les lamenter ne plourer; Nul prouffît n'en est pour eulx.

Puis nous convient estre soigneux, Résister au demourant.

Et estre fors et vertueux Pour garder la cité d'Orléans.

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