LE SME DE RAIS
Je double aller par la Beausse :
Le plus fort des Anglois. y est.
Toute leur puissance et force,
Et tout le pays à eulx est.
Y nous pourroient donner arrest,
# S’i savoyent nostre venue,
Et peut estre grant interest Seroit à nostre survenue.
Si me semble que vauldroil mieulx
Y aller devers la Sauloigne;
Le dangier n’est pas si périlleux Et n’y a pas fort grant esloigne.
Mieulx vault faire nostre besoigne Et le dangier passer ainsi,
Entrer par la porte Bourgoigne1;
F* 392 »\ Et yrons passer à Checy2.
AMBROISE DE LORÉ
Vous avez très bien devisé :
A Chccy nous y fault aller,
Et est à vous bien ad visé;
Vous ne pourriez mieulx conseiller. '
Si n’en conviendra point parler A la Pucelle nullement,
1 (^1 porte Bourgogne ou de Sainl-Aignnn , h Test d’Orléans.
* Bourg situé sur la rive droite de la Loire, à to kilomètres est d'Orléans.
1 i.Age
Si non que on la veult mener Droit à Orléans, tant seullement.
JEHAN DE MES
Faictes A vostre entendement, 1 1,495
Messeigncurs : vous avez la charge,
Et y besoignez si saigemcnt,
Au mieulx et à vostre advantaige.
Vous congnoissez tous le passaigc,
Lequel est le bon ou mauvais; »i.5o«
Regardez au mains de doinmaige :
Vous avez la charge et le fais.
BERTHRAX DE CONTES.
Çà, messeigneurs, estes vous prest?
' Y le convient dire à Madame,
Que je scay bien que preste elle est. n,5o5
P* 9>j3 t. Ne luy fault ardillon ne lame;
Elle n’atant heure ne terme A partir, quant il vous plaisa.
RAIS
Je suis prest aussi, par mon ame,
A aller quant elle vouldra. 1 1,510
Dame, se il vous plaist partir,
Voicy en point trestouz voz gens,
Pour vostre vouloir acomplir A vous convoyer à Orléans.
LA PUCELLE
En nom Dieu, croy que il est tant n,5«5
Et avons beaucoup demeuré,
Que, ainsi commS je l’entend,
.sam
Orléans a beaucoup enduré.
Or, mes amys, je vous diray Cv, avant mon deppartement.
Et en bref vous rcmonst reray Par manière (renseignement :
Si est, (jue à tous je commune!
Dévotement vous confesser.
Et que aussi finabicmcnt Vos folles famines delessez.
Ne jurez plus Dieu ne sa mere:
Ne rcnycz, ne maugréez Saints ne saintes, pour nul affaire Ne quelque chose que ayez.
Delessez tout sans delayer Voz vices très déraisonnables,
Et aymez Dieu et le priez;
Tous voz faiz seront prouflitables.
Et gardez ces faiz et ces diz;
Si le faictes, comment qu’i soit,
Vous serez à Dieu ses amys Et vous gardera vostre bon droit.
Ne jamès ne vous delayroit En gardant ses commandemens.
Et sur tout, pour voir, vous donroit Victoire et grans accroissemens.
Or, sus, enlfans, honnestement Partons, et que Dieu nous conduye, Sans plus delayer nullement;
Mes bons amys , je vous emplie.
RAIS
Dame, voyez la compaignie Qui est en point et en bataille,
i i.Soo
Pour vous servir A chiere lye
En quelque lieu que aller faille. n,55o
F* acjO K’. Lors partiront , et y a pause. — Et yront du couslé de la Souloifjne, droit à Checy. Et dit
RAIS
Dame Jehanne, la Dieu mercy,
Vous estes bien ir.y venue.
En ceste ville de Checy,
Sans nulle fortune avoir eue.
Vous n’estes pas que à une lieue 11,555
D’Orléans, comme je puis entendre;
Ferons icy une repeue,
Puis à Orléans yrons descendre.
LA PUCELLE
Chascun pense soy refraichir.
Et puis à Orléans nous yrons Pour bonnement les secourir,
Ainsi que nous espérons.
Je scay bien que joyeulx seront Aujourd’uy de nostre venue,
Que les pouvres gens, certes, l’ont Bien et longuement atandue.
F* *<)4 **. I/irs y a pause. — Puis dit