‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 162 sur 222 · PIERRE DE LA CHAPPELLE · texte numérisé non relu

PIERRE DE LA CHAPPELLE

L’assault a esté oultrageux,

Que du matin, souleil levant,

On n’a point eu repoux contre eux Qu’i n’ait esté souleil couchant.

11 est samedi, et pourtant «3.570

Me semble estre bon soy retraire Et se refroichir à Orléans,

Que n’est nul Anglois qui appere.

LA PUCELLE

Bien dictes, mes loyaulx amis,

Mès y ne se fault pas baster Que par nous bon guet ne soit mis Par la ville et de tous cousiez.

Anglois si sont à redoubler De leur faulce et niaise pencée.

Que croyez qu i sont irritez «3.58o

Dont il ont perdu la journée.

Sur les murs nous fault mcctre gens Et faire garder les Tourelles,

Que plus depiz sont que chiens

Dont leurs bcsoignes sont y telles, >3,585

Qui leur sont rudes et cruelles A leur voir souffrir ceste chose,

Que de leur chappeau et querelle 11 ont perdu leur belle rose.

Or «liions donques, par Jhcsus, >3.590

Ung peu nous reposer meshuit,

Et puis penserons au seurplus A nostre fait sans mener bruit.

Puisqu’ainsi que Dieu nous conduit,

Tenuz sommes le mercyer, >3,595

De très bon cueur, de jour, de nuyt,

Et grandement le regracier.

Lors viendront, et à l'entrée de la ville les douze de la ville viennent au devant. Et dit

LE RECEPVEUR.

Dame, bien soyez vous venue Et toute vostre compaignie!

Par vous grant joye est survenue >3.6o«

Aux citoyens que Dieu begnye.

Quant, par vostre chevallerie,

Nous apportez telles nouvelles,

F* 344 »♦. Que de nostre gent anemye

Avez bouté hors des Tourelles. >3,6o5

II* BOURGEOIS

Dame, humblement vous mercyons De la grant peine que avez prise,

Quant par voz faiz ainsi voyons.

Et par vostre noble entreprise.

Que ceste cité avez mise >3, 610

En joye et en solempnité;

Que ccste place qu’avez prise Nous tcnoit en captivité.

IU* BOURGEOIS

Pucelle de haulte excellence,

Bien sommes tous tcnuz à vous, i3,6i5

Quant par vostre très grant vaillance Les Tourelles avez rccous,

Qui est ung si grand bien pour nous .

Et pour ceste cité notable;

Vostre renom par de sus tous 1 i3,6a<>

Tant que le monde sera estable.

LA PUCELLE

Mes amis, Dieu en soit loué,

De la victoire à nous donnée;

Chascun doit bien estre voué

F* 345 Le mereyer de la journée. i3,6a5

Faictes sonner toute nuytée Toutes voz cloches sus et jus.

Et à haulte voix desployée Chantez Te Demi laudamus.

Lors yci y a f;rant pause et grant bruit en ta ville de joye et resjouyssement ; toute nuvt sonner, trompiller et cryer Noé. — Puis dit

TALLKBOT.

Dollcur et angoisse m’estraint i3,63o

Que je ne scay qui le dire;

Du dcul que j’ay le cueur me taint Tant suis remply de deul et d’ire.

Mon corps endure tel martire

1 Ancienne leçon :

Que tcoux août somms h tout.

Qu’il est prest à desespoir;

Jamès ne le puis avoir pire Ne que me pourroit tant doloir.

O et Dieu quelle journée !

Or sont tous mes bons amis mors.

Noyez, tuez, mis à l’espée.

Sans en eslre misericors!

O faulce putin, de ton corps Je m’en vengeray se je puis.

Que, avant qui soit ung an hors,

Morir te feray sans mercy.

Glasidas, vaillant cappitaine, D’Angleterre le plus vaillant,

Pour vous j’endure moult de painc Autant que homme qui soit vivant.

Donner vouldroye mon pesant D’or fin, et vous fussiez en vie;

Ou avec vous estre presant :

Helasl mort tu ne fusse mie.

Vous aussi, le sire de Pons,

Vous estes mort aveeques luy;

Vous estes ung des vaillans bous Qui fut en tout nostre party,

Le sire de Molins aussi.

Et le noble bailli de Mente,

Et d’autres dont j’ay tel souci Qu’à peine que je ne carvente.

O fleur de toute noblesse,

Fleur de vaillance et hardiesse,

A ce coup cy estre perdue!

D’Angleterre la grant proesse Honneur, vaillantise et largesse,

Bien vous avez esté deceuc.

.Je ne scay qui vous a demeue,

Ni qui vous a ainsi polue,

Veu que vous estiés si puissant; 13,670

Je ne croy pas que soubz la nue Y eust gens à vostre value.

Ne qui fussent si suffisant.

Par le liault Dieu où je me fie,

Je renonce à c.hevallcric 13,675

Si de la putin 11c me venge.

Et des François leur felonnyc;

Dix mille en perdront la vie.

Se jamès en guerre me renge ,

Mon cheval feray baigner en fange ,3.6Ro

Des François, jusques à la sangle,

En leur sang, de ce me fais fort;

Ny aura privé 11c estrange Ne sy hupé que je ne plange.

Et que je 11e le boute ù mort. i3,68»

Arou! arou! arou! j’enrage.

Je sens en mon cueur telle rage Que je ne say que devenir.

Quant y me souvient du dommaige

Que je voy, devant mon visaige, • 3.690

Ainsi povrement advenir,

Et mes bons amis définir,

Les plus vaillans qu’on peust choisir,

Tuez, noyez piteusement.

Plus ne demande que morir, 1.3,695

Ou m’en venger du desplaisir Contre François cruellement.

DUC DE BETEFOItT.

Sachez, le desplaisir est grant,

Et n’est nul à qui n’en desplaise;

Mès si ne faut il pas pourtant Que en souffrez telle malaise.

Y convient que on se rapaisc F* 366 »•. Sans demener tel desplaisir;

I)e ce dommaige ce nous poise.

Et en sommes tous bien marriz.

LF. SIRE D’ESCALLES.

Y fault penser de recouvrer,

Les mors mcctrc en sépulture,

Et pescher cculx qui sont noyez Pour meclre en terre saincte et pure.

Et supportez ceste adventure

Tous le plus gracieusement,

Combien qu'elle nous soit fort dure; Mès aller n’en peut autrement.

LE DUC DF. SOMBRBSET

Sire Tallebot, je vous prie,

Que vous preignez coraige en vous.

Et ne vous desconfortez mie;

Je vous empry, amy très doulx.

Vostre dcul et vostre couroux Nous fait nostre sens bestourner,

Et ne pouvons avoir repoux Dont tellement vous demenez.

CONTE DE SIFFORT.

Tallebot, vous estes prudent F* 347 r\ Et bien apris de toute guerre;

Soubz le ciel n’est nul plus vaillant Que vous qui soit dessus la terre,

Et qui pour perdre ou pour conquerre,

De cela vous estes apris :

Si dy encor povcz acquerre Et à la fin avoir le pris.

LE SIRE HONGREFORT. .

Point ne se fault desconforter, 13.730

Que encor n’avez tout perdu;

Orléans pourrez rcconquester Une autre foiz, en temps et lieu.

Se de présent nous est esleu

Avoir fortune en nostre guerre, 13.735

Y n’est pas dont pour tant conclu Autre foiz ne doyons acquerre.

MESS1RE JEHAN DE LA POLLE

Sire Tallebot, vous savez Toute fortune de bataille,

Et considérer le devez : 13.750

Fortune à qui elle 1 veult le baille.

Peu de gent et de menu taille Abat souvent grosse puissance;

Fortune en fait et en détaillé

F* 347 v*. Tout bien souvent à sa plaisance. 13.745

AUXANDRE DE LA POLLE.

Nulluy ne se doit esmouvoir Des grans fortunes de la guerre;

C’est pour y perdre ou pour avoir:

Nulluy n’est point sceur y conquerre.

A qui y survient le tonnerre >3.750

Ne se peut de ce garantir;

' Lisez comme s'il y avait el.

C’est la planele qui delTerre Les combatans, à son plaisir.

FOUCAMBERGE.

Ne parlons plus de tout cecy.

Penser nous convient autre affaire Et Icsscr tout cela ainsi.

Sans soy donner tant de misaire.

Noz amis nous convient rctraire Qui sont mors, et chanter pour eulx, En faisant à Dieu la prière Que leurs âmes preigne en ces cieulx.

LF. SIRE D’ESCALLES.

Oultrc plus, fault tenir conseil Et assembler nostre puissance,

Et de nostre dueil et traveil

Y mectrc aucune potirvoyancc.

A Saint Poais avez abondance De nobles gens et vertueux;

Faictes les venir en présence.

Et puis vous parlerez à eulx.

MESSIRK SIMON MOYHIER.

Le pleur n’y vault ne le gémir;

Y fault que ce deul nous passions.

Tous voz gens fault faire venir

Et ouyr leurs oppinions.

Et aussi leurs intencions.

En ceste nuyt de samedi

Et ne fault pas que nous dormions;

Mès faisons bon guet, je vous pry.

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