‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 45 sur 222 · LE CANONNIER · texte numérisé non relu

LE CANONNIER

Il a tout fin droit sa visée A frapper dedans la fenestre f‘9* Des Tourelles, qui est levée

Ainsi comme au millieu de l’estre.

LE SIRE DE COÜIUS

En soupeçon ne devez estre.

Je congnois tonte vérité,

Que de9 Anglois est mort leur maistre.

Qui leur est grant adversité.

Et, comme par divinité, <

Que du coup nulluy n’est vanté:

C’est Dieu qui le nous a ousté.

Ainsi je le croy et me vente.

LE RECEVEUR

Sallebry si avoit promis

1 La ftetre, le boulet de pierre.

A nostre naturel seigneur,

Qu’en sa terre n’en son pays • Y ne feroit mal ne douleur,

Dont lequel s’est trouvé menteur,

Et aussi Dieu l’en a pugny;

Puis desroba par grant rigueur *

La Bonne Dame de Clery.

LE SIRE DE VILLA RS

Croyez, c’est divin jugement,

Dont Sallebry a telle fin;

K" !>i v. Dieu vueille qu’en l’acbevement Y luy plaise mectre sa main.

Nous devons bien du cueur enclin Le servir en devocion,

♦ Quant il a osté du chemin Sallebry par permission.

LE SIRE DE SAINTRA1LLES.

Or, devons nous prandre coraige.

Pour résister vaillamment

A rebouter hors du rivage

Noz anemis villainement, * 365t.

Lesquelz n’ont cause nullement De venir en ceste heritaige,

Pour la ravyr ne tant ne quant ,

Mais, croy, ce sera à leur domiuaige.

POTON

Messeigneurs , il nous convient faire 3655

Une bombarde merveilleuse,

Pour contre les Tourelles batre.

Qui soit grosse et adventureuse, •

•sfi'io

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Portant la pierre vertueuse Comme de huit rings livres pesant,

Afin qu elle soit soustcneusc Pour les Angloys esbayssant.

LE RECEVEUR

De la faire sommes contant,

La bombarde spacieuse,

Sans delay et incontinent,

Qui gcctera pierre oultrageuse.

Si m’en voys, tout de cesle aleuse La commander ung ouvrier,

Qu’i la nous face plantureuse,

Au mieulx qu’on la pourra ouvrer.

dit

Puis icy y a pause; — et doivent arriver les bourgeois de la ville à Chiffon. Puis

F’ ga

LE PREMIER

Or sommes nous cy arrivez Dedans la ville de Chynon,

Si nous fault aller présenter Devant le Roy, c’est bien raison.

Nostre ambassade luy diron.

Et ce qui vers luy nous amayne.

Je vous pry que nous y aillons;

Voi le là2 en son grant demainc.

IF BOURGEOIS-

Allons y, sans attendre plus:

Faire nous convient diligence.

Pour retourner, quant au seurpius,

1 Aleuse. aleure, allure, comme ci-dessus plaisa pour pluiru. ' Voi le IA, le voilà.

a J- Jmî-

Sans faire longue deinourance.

Voylà le noble roy de France,

Nous convient à luy ancncer La dolcur et la grant soutïrance Qui est à Orléans sans cesser.

Puis s'agenoilient devant le Roy et dit

LE PREMIER BOURGEOIS

Très hault et très redoubté sire,

Nostre noble roy souverain,

Vers vous voulons noncer et dire ,

Se vous plaist oyr de certain Des nouvelles, du tout à plaisir,

Que voz bons, saiges et arays D’Orléans qu i vous mandent à fin Qu’en vostre grâce soient mis.

Très chier seigneur, il est. bien vrav Que les Anglois ont assiégé Orléans et fait ung grant effroy,

Et ont le pays dommagé.

Les babitans fort oultraigé Par plusieurs assaulx et saillies,

* 9.1 r*. Lesquelz si ont contraryé

Encontre leurs faulx anemis. *•

Dont, par nous vous prient humblement Qu’i vous plaise les secourir.

Que y vcullent totallemcnt Pour vous, sire, vivre et morir,

Ainçois qu’i vueillent consentir Jamès à aux Angloys leur rendre 1 ;

Ltur rftuire, se rendre.

Hf, LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Mais à vous veulent oboyr Et à tous voz plaisirs entendre.

Et/avecqucs ce, vous requièrent Leur donner povoir et licence A démolir maisons presloires,

Qui pourroient faire nuysance A la ville et viollence.

Tous ediflices et églises;

Sire, que c’est leur esperance Eulx deflendre par toutes guises:

Et, s’i vous plaist leur envoyer,

De vostre grâce, du secours Oui les peust ung peu solayer.

Qu’i y aront heure de repoux.

Il ont assigé les faubours.

Pris Tourelles et Portereau;

Il en sont inaistres et des tours.

Et tout jusques au rees de l’eau.

F* ç,3 »•. LE ROY CHARLES, Vil* de cc nom.

Nos chers et bons ainys d’Orléans, Joyeux suis de vostre venue,

Saichez ne vous fauldray en riens De chose qui soit soubz la nue.

Vostre voulbnté je congnue,

Que vous estes bons et loyaulx.

Et en tout temps l’ay apperceue.

Vous estes mes amys feaulx,

Du siégé qu’avez me desplaist.

Dont noz anciens anerais,

Qui vous font des tors et des griefs, Lesquelz si ont le siégé mis.

Je vous prie tant que je puis,

LE Ml ST K K K DU SIEGE D'ORLEANS.

Et sur la foy que me devez,

Que, vous d’Orléans, soyef unyz.

Et en unyon vous tenez.

De tout ce que faire pourray.

Pour vous ayder et secourir.

De très bon cueur je le ferny.

Croyez le de vray, sans faillir;

Et vous vueillcz pour sceurs tenir Que, de mon povoir et puissance.

Je 11e vous lairay encourir,

Mais y feray tout diligence.

En oultre, ce que demandez,

De destruire bours et églises,

Faictes en comine l’entendrez,

Je vueil que «à vous soient soubmises, En faire du tout par voz guises,

Pour préserver vostre cité.

N’en ayez en vous nul faintiscs,

Vous donne toute liberté.

Tenez vous le plus que pourrez.

Que bien est mon intencion Du secours de vous envoyer,

Et ma deliberacion;

Que, de bref, visitacion De gens de bien vous envoyeraÿ,

Et toute consolacion A vous d’Orléans je vous feray.

LE If.

Chier sire, nous vous mercyons Du grant bien et du bon voloir.

Et à Orléans le rapporterons, Douques ainsi nous cousoloir.

'.i-jfiu

Si ferons tous nostre devoir.

Et bien l’avonîf tous entrepris.

De nostre puissance et povoir,

A rachater noz anemis.

Sire, nous vous recommandons Vostre ville et les habitons,

Qui, tous les jours, pour le présent,

En peine et en travail sont.

* LE ROY

Ainsi que nous espérons,

Y seront de nous bien contans.

I" BOURGEOIS

Sire, nous vous recommandons Vostre ville et les habitans.

• LE ROY

Mes vrays amys, je vous respons Que, à tous jours, moy et les myens.

Ne vous fauldray pour nulle riens, 37S&

Que trouvez vous ay lovaulx et bons.

LE II* BOURGEOIS

Sire, nous vous recommandons Vostre ville et les habitans,

Qui, tous les jours, pour le présent.

En peine et en travail sont. 3790

LE ROY

Je scay bien à besoigner il ont,

Dont il me desplaist grandement; p 93 p. Mais de brief y rcmedirons,

LE Ml STERE DU SIEGE D’ORLEANS.

Et n’en doublez aucunement.

Tenez vous vertueusement,

El avez en moy espérance;

Je ne vous fauldray nullement De tout mon povoir et puissance.

r BOURGEOIS.

A vostre congié et licence ,

Chier sire, nous nous en allons.

le II*.

Ne nous ayez en oubliante,

A vostre congié et licence.

LE ROY

Dictes leur qu’il ayent fiiyjce.

Que, de brief, secours il aront.

LE PREMIER

A vostre congié et licence.

LE il*.

Chier sire, nous nous [en] allons.

Rose. — Puis dit

K* 95 v*. LE ROY.

Venez çà, sire de Dunois,

Je vous pry, venez en avant.

Venuz sont noz loyaulx François, Ce sont noz bons amys d’Orléans, En nous priant et requérant Que leur veuillons donner secours Encontre anemis anciens,

38oo

38oâ

F* gfi r\

Qui sont à leur porte et faubours.

Si vous requiers tant que je puis,

A ce faire vueillez pourveoir,

Et y mener de nos amyz,

De noz bons et loyaulx François:

Que, pour certain, assez congnois Se la ville d’Orléans perdoye.

A grant peine la recouveroys.

Et fort dcsplaisant en seroie.

Y m’ayment, je croy, loyaulment.

Et jusques au morir se tendront ; James ne feirenl autrement,

Que tout temps sont loyaulx et bons.

Si vous pry que advisez dont Et apenser 1 qu’il est deflaire,

Que, en ce fait,jious y voulons

Y pourveoir en toute maniéré.

LE SIRE DE DllNOIS, bastard d'Orléans

Je croy qu'il ont beaucoup à faire.

On m’a dit, y a près d’un mois.

Que le siégé y est tout notoire,

Et à grant puissance d’Engloys.

Si est bien besoing y prouvoiv.

Que à Orléans sont gens de bien, Et pour vous y morront ainçois Que vous faillir sur toute riens.

Envoyer fault un messagier Hastivemcnt à voz amis, incontinent, sans séjourner, Viengnent à vous grans et petiz,

1 «Sic , pour'opmm .

38Vo

En armes et les plus hardis,

Pour aller Orléans secourir.

"LE ROY

Je vous en pry tant que je puis, Que vous le vueillez acomplir.

LE S1RJÎ DE DUNOI8, baslard d’Orlean*.

Messagier, amy, lieve sus,

Aller te convient, sans actendre, Hastivement, sans tarder plus.

Vueille moy oyr et entendre :

F* «je »■. Y te convient ton chemin prendre. Pour aller devers les seigneurs.

Leur dire qu’i se vueillent rendre Devant le Roy, grans et mineurs.

Premier, te convient aller querre Le sire de Saincte Severe,

Que il est bien homme de guerre, El en luy très fort j’esperc;

Le sire de Chaumont sur Loire, Aussi au sire de Chambane.

Ung autre dont on fait mémoire, C’est Thcaulde de Vallepaigne.

Après, le sire de Brueil,

Qui est homme de grant façon; Pour gens de guerre a bel recueil.

Et a aussi très grant renom.

Puis tu t’en iras, de rendon,

Au très hault puissant cappitaine.

C’est La Ilire, bien le devons Aymer, c’est bien chose certaine.

Tu leur diras honnestement

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