‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 105 sur 158 · L.K FICELLE · texte numérisé non relu

L.K FICELLE

Je vueil aller présentement

Au bouloart, pour voir à plain ,.2,000

L'oust des Anglois entièrement.

Qui est près de la Croix Morin,

Que je les puisse voir afin,

Et que parler à eulx je peusse

Anuyt, sans atendre à demain, ,2.005

Et que leur voulenté je sceusse.

.\dont partira la PuceUe et plusieurs seigneurs, tous en grand punit. a\ec(|ues elle. Et dit. après qu'elle sera montée,

LA Pl'CELLE.

Çà, messire Jehan Talieljot.

Et vous tous autres chefs de guerre, F° .3o6.°. Où est le duc de Bedesfort,

Qui se dit régent d'Angleterre?

Je vous vueil prier et requerre Que d'Orléans vous vous en aillez:

Car icy vous n'avez (jue (juerre Et sans cause vous travaillez.

Je vous dénonce pour le inieuk Que vous partez diligemment, Et vous en allez en voz lieu.x.

Oultre la mer, tout doulcement.

Vos vyes saulvez tant seullement.

D'acort suis vous lesser aller.

Sans coups ferir aucunement.

Et que ce siège vous levez.

Le Dieu du ciel vers vous m'envoye

Le vous dire, et le vous annonce,

Qu'an France n'avez droit ne voye; 12,020

Pour ce le vous fault delesser.

Vueillez vostre guerre cesser

Et lessez France tout en paix;

Autrement, vous feray couroucer

Et morir vous tous par mes faiz. i2,o3o

TALLEBOT.

Faulce, truande, deshonneste, Bergiere, ribaude, putin.

Nous viens tu faire ceste feste, Et venir à nous de si loing?

F" 3of) v°. Tu es d'un pays tant lointin , 1 a,o35

De Barrois, lessant père et mère, Comme folle courant chemin, Pour à ta voulenté complaire.

CONTE DE SUFFORT

Garce, du duc de Bedesfort

En ose tu parler et dire? la.o'jo

Je suis cy comte de Suffort

Pour luy te voloir contredire:

Et pour bien te garder de rire,

Se aucunement te rencontre,

Morir te feray à martire, i3,o'i5

Qu'i fault que ton maleur se monstre.

FACESTOT.

Dy moy, qui te meult de venir A porter harnoiz contre nous?

Nous pense tu faire fouyr

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. /J7t

Et que pour toy nous ayons poux? i2,oi3o

Encor sont les François plus foulx En tes parolles voloir croire ; A princes c'est bien au rebouz, Chetis et de povre mémoire!

F»3o7r°. LE SIRE D'ESCALLES.

Es François c'est grant deshonneur ia,o55

De soustenir une vachiere,

Pour cuyder venir à honneur,

Que jamès ne fut que bergiere.

Vous estes bien de pouvre afaire ,

De povre maleureux coraige, 1 2,060

De lesser la guerre à parfaire

A une garce de viiiaige.

MESSIRE THOMAS RAMETON.

Messeigneurs, c'est à vous grant honte

De vouloir avoir ce reproche;

Gomme bergiere vous surmonte, 12,065

Et si grant deshonneur vous touche.

Y semble que en une poche

Vous mettroit se elle vouloit;

Ne convient souffrir qu'elle approche

En armes pour faire aucun fait. 12,070

PREVOST DE PARIS

Or pert il bien évidemment Que François n'ont plus de puissance, D'eulx atendre tant seullement F° 307 v". En elle avoir recouvrance.

Mieulx vous fust, dea, de lesser France, 12,075

El la paillarde remener

En son pays et demorance, Puisque en estes abusez.

Garce, de très vilain coraige

Tu nous es venue ataingncr. 12,080

Sorcière et remplie de rage .

Au gibet te feray traingner.

Mieulx y te vaulsist pourmener

En ton pays, par quelque guise,

Que de voloir venir régner ia,o85

Gy en France, en ta paillardise.

LA PUCELLE

Tallebot, or[d], vilain paillart.

Menteux et rempli de laidure, Deshonnete comme un soillart,

Et dont de toy n'ysist que ordure, la.ogo

Ton ort parler et ton injure Te tournera en desarroy, Et congnoistras ta iorlaiture, Que tu morras des gens du Roy.

Et vous tous autres, cappitaines, ! 2,090

F° 3o8 r°. Vous recongnoistrez la follye

De voz folles parolles vaines.

Dont vous me dicte.s villannie, Laquelle chose n[e] est mie;

Mes mentez maleureusement 13,100

Et en perderez vous tous la vie Et definerez piteusement.

Si vous deffenderay le povoir De conquester nul heritaige:

En France n'aurez nul manoir la.ios

Ne n'y aurez nul avantaige.

Mes du tout à vostre dommaige Je vous en feray deppartir, Sans plus jamès avoir coraige Ne puissance mes de finir. ,2,,,,,

Adont se descend et retourne à Orléans, et va ouyr vespres à Saincte Croix. — Et y a pause.

LA PUCELLE

En nom Dieu, j'ai grant voulenté Après disner que nous aillons Voir le bien et honnesteté Des Anglois, qui à Saint Loup sont.

En m'a dit que du mal y font, 13,11.0

p 3o8 Y». Que par là nul François ne passent

Qui ne soient pris, mis à ransons, Et que tout alentour tout gastent.

Bastard d'Orléans, je vous supplie Que nous les aillons visiter, la.iao

Les assaillir, quel que nul die, Pour les vouloir dehors bouter.

Il est temps les persécuter.

Que il ont leans trop esté; Si vous vueillez tous aprester Et armer pour la seureté.

la, 130

BASTARD D'ORLEANS

Dame, à vostre voulenté

Ce qui vous plaisa nous ferons;

Mes y sont très grant quantité ,

Ainsi que rapporté nous ont, ia,,3o

Bien cinq cens, tous fors compaignons,

Par quoy y seront fors à prandre ;

M'i LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Et bien fortifiiez ce sont, Ainsi comme je puis entendre.

LA PUCELLE

En nom Dieu, si yrons nous vois ia,i35

Comme nous les pourrons avoir; \ sont leans comme en ung bois, Et ne font riens que larronner.

F» 3o() r°. Seigneurs, faictes vostre devoir :

Lahire, soyez des premiers la.iio

Et vous y vueiliez esprouvoir;

Vous, messire Fleurant dllliers,

Alan Giron, vous et voz gens.

Et aussi Jamet du Tillay,

Monstrez vous aujourd'uy vaillant J2,iir,

En armes et bien esveillay.

Soyez prest et appareillé

De bien voz anemis combatre,

Que aujourd'luiy les assauldray

Pour vouloir leur orgueil abatre.

Vous, Monseigneur le mareschal.

Baron de Colonces, Graville,

Vous garderez en gênerai

Avecques les gens de la ville,

Et sauldrez près la bastille

De SaintPoair^ vous et voz gens tous,

Que Anglois ne saillent à la fille

Pour leur vouloir donner secours.

Or sus, messeigneurs et amys,

Faictes trestous, je vous emprie, ia,i6o

Et allons voir noz anemis

' Bastille élevée au nord d'Orléans . et fpie les Anglois avaient nommée Paris.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. /i75

Plains d'orgueil et de villannie.

Il est temps, l'eure est acomplie,

Que nul n'en diffère ne tryve;

Mes ayez tous chiere hardie, i2,iC5

Et cil qui m'aymera me suyve.

F'Sogv'. Lors les trompetes sonneront, et partiront le Bastard d'Orléans el plusieurs grant nombre de gens d'armes, bien en point. Et à Saint Loup sonnera une cloiche à i'effroy, et cryront à l'arme. Et vient la Pucelle en grant devoir, faisant grant adniiracion, une espée nue en sa main. Et plusieurs eschellent leur fortresse à force d'armes, et à force entreroni dedans et tueront tout ce qui rencontreront des Anglois fous mors, cl feront saillir du hault de la tour dos Anglois à terre, et seront luez di' deux à trois cens, et prisonniers grant quantité. Puis dit

LA PUCELLE

Enffans, y fault tout mectre jus,

Bastilles et bouloars,

Qui ne puissent plus faire abus,

Et que tout soit brullé et ars. 19,170

Et n'estoient leans que paillars,

Gens de mauvaiz gouvernement,

De roberies de toutes pars,

Lesquelz ont eu leur paiement.

F»3ioi'. LE BASTARD D'ORLEANS.

Dame Jehanne, voicybeau fait, 12,17.5

Bien besoigné pour commancement;

Pour les Anglois ung mauvais trait

Et pour eulx grant encombrement.

Se sont fiez totallement

En leur fortitTication ; 19,180

Mes sont tous mors à grans tormens

Et à leur grant destruction.

/i7(i LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS.

LA PUCELLE

Il est bien temps de nous retraire,

Voicy la nuit qui est venue.

Noz gens ont eu fort à faire, la.iss

Et des Anglois bien deffendue;

Mes, Dieu mcrcy, avons eue

Victoire allencontre d'iceulx,

Que reschappé, ne pie ne queue,

Y n'en est pas ung tout seul d'eulx. 12,190

Lors viendra à Orléans , et y a pause. — Et tous en belle ordonnance , clairons . Irompetos, amènent grant foison prisonniers à tous les roiges croix lyez; et puis (lit la Pucelle :

F°3ioY°. LA PUCELLE.

Messeigneurs et mes bons amis.

Trouver fault expédient

De despecher noz anemis

Qui ont esté par cidevant.

Vous savez, il y a longtemps. la.igs

Huit mois y sont bien acompliz

Qu'il ont tousjours, comme j'entent,

Velu faire grant desplaisir.

Si nous est chose neccessaire

De les ouster du bout du pont, la.aoo

Que il ont toute la frontière

De la Sauloigne et environs.

Par quoy vous ne povez pas dont

Avoir vivres bien à vostre aise.

Pour les ouster de là où y sont, 13,305

Je conseille que on y voise;

Que se vous avez les Torrelles

Et leurs fortifficacions.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. UTi

Plus lie vous seront si rebelles

Ne plus tant ne vous grèveront; ij,2io

Que de là gectent leurs canons Qui font des maulx parmy la ville.

Et est de là où y vous font Plus de mal ad ce domicilie.

Si en vueillez disposer ia,3i5

Par quel point nous les assauldrons.

P 3ii r°. Et tous ensemble propposer

En disant voz oppinions.

Pour aujourd'uy riens n'en ferons Qu'il est jour de l'Ascension, 12,220

Mes nonobstant bien pourrons ■En faire la conclusion.

Et pour dire mon advis. En sauvant l'onneur de vous tous.

Ainsi comme entendre je puis, 12,220

Dire je le vueil devant vous.

Si est que, selon mon propoux, Entre la Tour Neufve et Saint Leu, Que nous passions demain nostre oust, Et ainsi comme au point du jour. 12,280

Il ont aussi Saint Jehan le Blanc , Qu'il ont très fort fortiÛié, Et se sont logez là dedans Qui nous a prejudicié:

Si sera demain defyé 12,235

Pareillement leur bouloart; Mes que par vous notifïié Y soit présent de vostre part.

BASTARD D'ORLEANS

Dame Jehanne, pour vérité

i78 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Je ne vous say que conseiller: 12,940

Faictes à vostre liberté, Je n'en vueil autrement parler.

F" Su v'. \'ous savez que l'on j^eut aller

Mieulx que nous, et bien le savons:

Faictes et vous appareillez, 12. sis

Nous tous autres nous vous suyvrons.

SAINTE SUAIRE

Vous avez bon comniancenient.

Dame Jebanne, il est bien certin,

Quant ainsi vigoureusement

Avez ouvré de vostre main. ia,a.5o

De,s Anglois avez fait la fin

A Saint Loup, là où il estoient.

Dont enclos estoit le chemin.

Et tout ce pays là gastoyent.

GR.AVILLE.

Vous avez victoire et honneur ia,!>55

Dont vous avez Saint Lou conquist:

N'est prince de si grant valeur

En France qui autant acquist.

C'est ung assault par vous exquis ,

Et dont y sera toujours mémoire: la.aôo

Nestoit nul de nous qui le fist.

A vous est louenge et la gloire.

MESSIRE FLEURANT DTLLIERS.

G'estoit une place imprenable F" .3ia r'. De leur taudis et bouloart.

Pour les François fort dommageable: 12,965

Nul n'osoit aller celle part.

Or avez vous rie part en part

Nestoyé ceste truandaille;

Cliasciin doit bien avoir regart

De bien suyvre vostre bataille. 12,270

BARON DE COLLONCES.

Dame Jehanne, avez bien besoigné

En cest assault derrenierement.

Honneur et pris avez gaigné

Devant tous generallement;

Que, par vostre grant hardyment, 12.275

Vous avez la place gaingnée.

Et mis Anglois à finement

Par vostre puissance esprouvée.

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