‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 117 sur 158 · ALIXANDRE DE LA POLLE · texte numérisé non relu

ALIXANDRE DE LA POLLE

NuUuy ne se doit esmouvoir Des grans fortunes de la guerre; C'est pour y perdre ou pour avoir:

Nulluy n'est point sceur y conquerre.

A qui y survient le tonnerre 13,760

Ne se peut de ce garantir; ' Lisez comme s'il v avait el.

C'est la planète qui delTerre Les combatans, à son plaisir.

FODCAMBERGE.

Ne parlons plus de tout cecy.

Penser nous convient autre affaire 13,755

Et lesser tout cela ainsi,

Sans soy donner tant de misaire.

Noz amis nous convient retrairc

Qui sont mors, et chanter pour eulx,

En faisant à Dieu la prière 13,760

Que leurs âmes preigne en ces cieulx.

LE SIRE D'ESCALLES.

Oultre plus, fault tenir conseil Et assembler nostre puissance, Et de nostre dueil et traveil F°3/i8r°. Y mectre aucune pourvoyance. 13,760

A Saint Poais avez abondance De nobles gens et vertueux; Faictes les venir en présence.

Et puis vous parlerez à euh.

MESSIRE SIMON MOYHIER.

Le pleur n'y vault ne le gémir: 13,770

Y fault que ce deul nous passions.

Tous voz gens fault faire venir

Et ouyr leurs oppinions.

Et aussi leurs intencions.

En ceste nuyt de samedi 13,775

Et ne fault pas que nous dormions;

Mes faisons bon guet, je vous pry.

MESSIRE THOMAS RAMETON.

Tallebot, vous commanderez

A voz trompetes, je vous prie,

Chascun se vueille préparer 18,780

Venir vers vostre seigneurie,

Sans leur monstrer cliiere esbaye

Ne qui vous touche tant au cueur.

Faictes ainsi, je vous supplie.

Et demonstrez force et vigueur. '3,785

F» 3Ù8 v°. TALLEBOT.

Ha! quelle journée doloreuse,

D'avoir perdu ce bel joyau

De ceste place vertueuse,

Et qui tant François menoit beau !

Nous croyons tout le Portereau 13,790

Et la ville jà presque prise;

A recommancer de nouveau

Sommes et de nostre entreprise.

Et encore ay plus de doleur

De Glasidas et de sa bande, 13.795

Qui me touche tretout au cueur.

Qu'onques je n'euz doleur si grande.

Mes à voz diz vueil qu'on entende.

Que tous nos princes assemblions.

Et puis api'ès qu'on leur demande 1 3,800

Leurs advis et conclusions.

Sus, messagier, va sans atendre

En la bastille de Saint Pois :

Que chascun d'eulx se vueille rendre

Devant moy, à tous leurs harnois. '3,8o5

Aux aultres compaignyes yras

Leur faire par moy ce messaige,

Et à tretous tu leur diras

Qui viengnent sans plus de langaige.

Monseigneur, de très bon coraige 1 3.810

F" Sfig r°. Le vois faire à tous assavoir.

TALLEBOT.

\a et faiz bien ton messaige; Et qui s'en viengent dès ce soir.

MESSAGIER

Monseigneur, je feray devoir

Envers toute la seigneurie : 1.3,81.5

Vous en pourrez appercevoir.

TALLEBOT.

Fais diligence, je te prie.

Lors y a pause.

MESSAGIER

Messeigneurs, Dieu vous doint honneur, Joye, santé et bonne vie.

ROBIN HERON, cappitaine.

Qui a yl?

MESSAGIER

Il y a douleur. 13,820

ROBIN HERON

N'a pas [joye]?

F° 3i9 y\ MESSAGIER.

N'en doublez mie.

Monseigneur vous mande et vous prie Que tous viengnez par devers luy, Et toute vostre compaignie, Bien armée et en point aussy. 1.5,835

ROBIN HERON

Par tous les sains, nous doubtons bien

Qu'il y a ung très grant dommaige

En noz gens, ainsi que je tien,

Et ung très grant vilain oultraige.

Glasidas gardoit le passaige i.3,83o

Et tout le pays de là l'eau.

Et tenoit à son avantaige

Les Torrelles et Portereau.

MESSAGIER

Messeigneurs, venez vistement

Dès ce soir, ainsi qu'i commande. 1.3.835

ROBIN HERON

Il a à besoigner grandement, F° 35o r'. Et fault que chascun y entende.

Je voys icy en autre bende

Qui est devers la Madalaine;

Si fault bien que chascun s'y rende, i3,8.'io

Si ne veult mal avoir et paine.

Pose.

Messeigneurs , Dieu vous dont santé !

Tallebot devers vous m'envoye.

Que chascun soit entalanté

Venir vers luy ia droicte voye, 1 3,845

Et que chascun de vous se voye^

Monté de harnois et en point.

LE SIRE FASTOT.

Messagier, nous savons assez Des nouvelles de delà Loire.

Noz gens ont esté fort pressez i3,85o

Et y ont eu beaucoup à faire, Dont à nous tous doit bien desplaire D'un y tel oust estre deffait; Que nul homme ne sauroit croire F° 35o V». La vaillance qu'en eulx estoit. i3,855

Va t en, nous allons après toy Pour reconforter Tallebot, Qui endure, comme je croy, En son cueur un divers sanglot;

Que c'estoit tout nostre complot 1 3,860

Et toute nostre espérance.

Que y tenoient pour leur lot Le passaige et la clef de France.

MESSAGIER

Je m'en revoys sans demourance

Devers les seigneurs qui là sont, 1 3,865

Qui vous prient que chascun s'avance,

Ainsi que enchargé le m'ont.

Pose. — Lors vient.

Dieu vous sault, messeigneurs barons!

5d0 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Je viens de vers la seigneurie

Et en toutes les garnisons, 13,870

Lesquelz viennent, ne doubtez raie.

F'Sôi T°. TALLEBOT.

Messagier, fais toust, je te prie;

Sonnez tous clairons et trompetes,

Jusques à une heure et demie,

Que noz besoignes soient faictes. 13,875

Et sonnez ainsi que retraictes

Pour amasser icy nostre oust.

Voz diz et voz raisons parfaictes,

Mon cher seigneur, seront tautost.

Or sus, trompetes et clairons, 1 3,880

Sonnez sans que plus on le die.

Pour assembler tous les barons

Et princes de nostre partie.

Ne cessez heure ne demie.

Que ainsi m'est il commandé. 1 3,885

Ne vous faignez, je vous emprie,

Que vous avez beaucoup tardé.

Lors tous, clairons, trompetes et autres instruniens souneiout justjues F' 35i \°. que les Anglois seront arrivez devant Tallebot, et se serront sus dos bans. Et puis se lieve Tallebot et dit

TALLEBOT.

Messeigneurs, vous savez comment

Nous sommes venuz cy, devant

Geste cité, Orléans nommée, la.Syo

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 5/i1

Et avons esté longuement.

Il y a neuf mois proprement Que l'ut la première arrivée, En la quelle grant assemblée

Y arriva, et noble entrée, 13,895

Des plus haultz princes d'Angleterre, Lesquelz si ont conduit l'armée Si à point et bien ordonnée Que on peust faire en fait de guerre.

Dieu ayt l'ame de Sallebry, 13,900

Lieutenant du bon roy Henry, Qui son parent prochain estoit!

Et de la vaillance de luy N'est à comparoir à nulluy

Ne du sens qui en luy gisoit; 13,905

Que de ce qu'il entreprenoit Tousjours à bonne fin venoit, Et au dessus de son affaire.

• James bataille ne perdoit, Et chascuii luy obeissoit : 18,910

F» 3r.2 1°. Riens ne trouvoit à luy contraire.

Vray est que de plaine arrivée Quant y vint, luy et son armée.

Les Tourelles du pont gaingna,

Dont la ville fut effrayée 13.915

Et griefment molestée.

Si que chascun d'eulx le doubta.

Et du premier qu'il arriva Aux Orlenois notiffia

Qu'd les auroit dedans six jours; 13,920

Mes la mort vint qui le tua D'ung tret qui sa teste emporta.

Dont ne peut fournir son propoux.

Depuis, ainsi que vous savez,

Y vous a pieu de moy mander 18,995

A venir à vostre assemblée. Et, comme à mes amis privez, Ay volu vers vous arriver En personne et tout mon armée.

Et advint que à mon entrée 1 3.980

Charge me fut par vous baillée Estre lieutenant dessus vous, Dont, se je ne l'ay excersée Suffisamment, s'i vous agrée.

Vous le me pardonnez vous tous. 18,93.5

En oultre vous savez aussi Glasidas, nostre bon amy, Fut esleu garde des Torelies F» 35i! V». Et du Portereau , par ainsi

Que il auroit avecques lui 3'9''"

Gens de bien, pour garder les elles;

Dont l'avoir de tous fussent telles

Que pour garder donques y celles

Le sire de Pons y seroit.

Qui savoit des tours et cautelles 'Sq'jS

En fait de guerre, et si cruelles

Que homme vivant n'en craignoit.

Avecques eulx, en celle tante,

Y fust mis le baiUi de Mente,

Aussi le sire de Molins, 18,9.50

Et des chevaliers bien quarante.

Qui eussent osé faire atante

A mille François bien en point.

Et y estoient de point en point

Hommes d'armes les plus certains, > 3,955

Bien cinq cens en leur compaignie,

LE MISTERE DU SIEGE D'OKLEAiNS. ô'iS

Lesquelz sont tous morts et estains, Noyez, tués et mis à fins, Par art ou par enclianterye.

Je en ay en moy tel douleur 13,960

Je n'en puis avoir joie au cueur.

Quant de ce fait cy me souvient.

Helas! quant j'eusse esté bien sceur, Pas y n'eussent eu ce malheur.

Je y fusse bien allé à tant; 13.965

Mes jamès ne pensoie à riens.

Qu'il estoient si suflisans F" 353 r°. Pour atendre toute puissance !

Il estoient artillez leans,

Fortifiiez hors et dedans, '-^-gTo

Et de vivres grant abondance.

Messeigneurs, je vous ay mandez Pour tenir conseil en ce cas, Et à vous tous pour demander

Que nous devons faire en ce pas. 13.975

Dictes en icy hault et bas Ce nous devons plus cy tenir; Que autrement je ne vueil pas Sinon voz voloir acomplir.

DUC DE BETEFORT.

En ce fait cy ne say que dire : 13.980

Je voy devant nous le maleur,

Et voy que nous avons le pire.

Pour le présent, j'en suis bien seur,

Que nous avons perdu la fleur

De nostre armée ou autant vault. 13.985

Si croy que ce seroit le milleur

De ne leur donner plus d'assault.

:,Mi LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

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