‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 28 sur 158 · F» 7 V». MONSEIGNEUR D'ORLEANS · texte numérisé non relu

F» 7 V». MONSEIGNEUR D'ORLEANS

Dieu très digne et très glorieux.

Qui estes gouverneur des cieulx.

Vous pry que ayez souvenance

De moy, très merancolieux, 3o'^'

Fort desplaisant et soussyeux.

Et y a assez apparence.

Je suis en pays de souffrance.

Qui deusse avoir magnificence.

Et estre en ma grant liberté. -^"^

Je yih en grande desplaisance.

Qui suis des haults princes de France,

Et me voy en captivité.

Fortune m'a esté rebelle.

Diverse et très fort cruelle, 3io

De m'avoir ainsi au bas mis :

Bien est fol qui se fye en elle,

Qui n'est si grant qui ne chancelle.

On lie scet qui sont ses ainys.

Elle m'a de tout point desmis, 3i5

Quant ainsi aile m'a soubzmis (Ju'i convient que prisonnier soye Entre mains de mes anemis; Mais puisqu'il est ainsi permis,

Je prye à Dieu qu'i m'en doint joye. 3ao

A vous, Dieu, du tout m'en atend!

Vous estes vray omnipotent, p 8 ['. Donnez moy consolacion.

En vostre ayde je prétend,

Ne autre secours je n'atend Sa.")

Que en, vostre protection.

Qu'après ma tribulacion, Je puisse avoir remission; Et aussi, de bref allegance,

Sans estre en desolacion, 33o

Par la vostre permission, Donnez moi plaine délivrance.

Or, est il que advery suis Que roy Henry a entrepris - De vouloir envoyer en France, 335

Et de degaster le pays Qui est la noble fleur de liz.

Laquelle si est en doubtance.

J'en ay deul et grant desplaisaiice .

Que mectre nulle resislence S'io

Je ne puis, ainsi que je suis.

Dieu y vueille, par sa puissance.

Y donner bonne pourvoyance.

Comme à ses sei'vans et amys !

Si veul aller par devers eulx, . 3/i5

Leur requérant de cueui' piteulx

Qu'en mon pays [ne en]' ma terre N'aillent, mais conserve[nt] mes lieux De mal et de clangier périlleux,

Et de confusion de guerre. sso

Je les voys prier et requerre Que sur moy ne veuUent conquei-re.

F 8 \'. En nulles de mes régions.

Je suis ici tenu en serre,

Leur prisonnier, en Engleterre -^âs

Et en leurs dominacions.

Pose. — Lors vient devers eulx estant au conseil et dit :

Messeigneurs , je viens devers vous, ^ -Me présenter devant vous tous,

Très humblement.

S'i vous plaist oyr mon propos, :- 36o

Qu'il ne desplaise à nul de vous \

Aucunement.

- Vous savez véritablement Que mon corps est totallement

Entre vos mains; 365

Et en povez certainement En faire à vostre entendement,

Estes certains. '

Doncques, mes chers et bons amys.

Vray est que adverty je suis, ^70

Par renommée. Que voz voulentez avez mis Pour aller en nostre pays,

En grant armée, Qui est France bien reclamée, 375

Excellente terre louée,

' Le texte donne nen, qui rend le vers faux.

F° 9 r'. Où biens abonde,

[Et très] crainte et très redoubtée.

De tous les royaulmes exaulcée

Par tout le monde. '^^°

Si vous vueil humblement prier Qu'en ma terre n'en mon dangier,

Que nullement Vous ne m'y vueilliez travailler, Ne à mes amys essayer 385

x\ucunement; Et aussi principallement ^ Ma ville et cité d'Orléans

Vous recommande, Que vous n'y allez nullement 'h°

Pour luy donner empeschement,

Ne nulle esclande.

Vous savez, c'est ma substance, Men manoir et appartenance

Et heritaige; 39»

Là où i'ay toute espCTance, Espoir et très grant fiance,

Et mon bernaige.

C'est la fleur de mon vasselaige.

De mon patrimoigne et lignaige, -'oo

Vous le savez.

Si vous requier, durable coraige.

Que vous n'y faciez nul dommaige F' 9 v°. Ne encombrier.

Vous m'avez cy en vostre terre, ^oS

Ainsi que Fortune de guerre

Sy l'a voulu; Sauvez mon corps, gardez ma terre',

' Le sens paraît demander : gnrdei mon corps . sauvez ma terre

LR MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 15

C'est de ce dont vous vueil requerre

Ou nom de Dieu; 'no

Et à vous tous en seray tenu, - A toute place et en tout lieu.

Je vous affie.

Dont, si vous plaist, je seray receu Et de ma requeste proveu, '"ïî

Je vous emprie.

Page 1