‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 57 sur 158 · DUNOIS · texte numérisé non relu

DUNOIS

Ouy, seurenient, je le congnois Que vous le devez ainsi faire.

LE SIRE DE VILLARS

Diliganiment le faull parfaire, 'i85ô

Avant que mal vous en adviengne.

LE RECEVEUR

Le faire est ung petit ravoire ;

Mais non pourtant à nous ne tiengne.

Adont ioy ceulx de la villo yront aliatre tous les faubours e1 églises, Saiiil Aiuiiaii . Saint Euvertre, Cordeliers, Jacobins, et mectre tout le feu dedans. Puis, cela l'ait. dit

T.\LLEBOT.

Messeigneurs, y nous fault penser F» 12 1 r". En nostre guerre mectre fin, 'uSCm.

Que nous y devons, sans cesser.

V bien besoigner à toute fin.

Nous avons cy des gens tout plain, Nombre plus de .xl. mille;

Nous arions dont le cueur bien vain, iSi5.5

Se nous ne conquestions la ville.

Nous convient, de l'autre cousté, Aller former ung siège clos, Les tenir en captivité,

Et comme prisonniers à nous: m-j<,

Que, ainsi que j'é en propoux.

N'aura nul qui ose saillir De leur ville ne de leurs tours.

S'il ne veuit la mort encourir.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEAiNS. 191

Dedans l'église Saint, Lorens, ^875

Et aussi à la Magdalene,

Nous nous fortiffirons dedans,

Qui est pour nous ung beau demaine.

En ce fait nous fault mectre peine,

Pour avoir Orléans sans deffauli, /1880

Et morront tous de mort \illaine.

S'i convient les avoir d'assault.

LE CONTE DE SL'FFORT

Nous sommes icy longuement,

Sans y faire gueres de chose,

Et sommes assez, largement, uhhj

Pour les François leans enclorre.

Faire le fault, je le suppose,

Qui convient qu'i soient assailliz

De tous coustez; puis, dire l'ose.

Lors se trouverront esbayz. /1890

MESSIRE JEHAN DE LA POLIE

Pour à nostre fôit parvenir,

Nous fault trouver, sur toute rien.

Façon, voye pour les pugnir,

Par habilleté et moyen.

Si dy que vous ferez très bien i8y5

Les enclorre de toutes pars.

Puis les prandrez, comme je tien,

En leur terrier, comme regnars.

D'ESCALLES.

Ainsi faire nous le devons,

Et en avons beaucoup tardé. 4900

Nous nous tenons cy à ce pont.

Où nous n'avons gueres amendé.

Comme j'ay ici regardé,

H y a aujourd'uy trois mois

Que nous avons cy abordé '1905

Grant nombre de puissans Anglois.

K" 12a r'. LANCELOT DE LISLE.

Le \u^ jour d'octobre

Arrivasmes premièrement ,

Où y fut l'ait ung grant obprobre

D'armes très furieusement; 'lo'"

Or, sommes nous présentement

Au m"^ de janvier :

Ce sont trois mois entièrement,

Sans estre de ce port bougez.

FOUQUAMBERGE.

Il est vray. Donques, je conseille

Que promptement on les assaille.

Et que très fort on les resveille,

De tous coustez qu'on le leur baille.

Icy lerrez une bataille

Qui pour les Torrelles garder; '1920

D'aultre costé, comment qu'il aille.

Conviendra que les assaillez.

LE bAILLl D'ESVREUX.

Sire Tallebot, c'est bien dit;

Traverser nous fault la rivière ,

Et y mener, sans contredit, '1920

Gens pour tenir bon de frontière.

Puis, desployez vostre bannière.

Pour les assaillir sans delïault.

Je ne croy janiès, du contraire,

Que vous ne les ayez d'assault. /i<)3o

LE SIRE DE GRES

Messeigneurs, y fault adviser

Lesquelz vous merrez par delà;

Il est temps en disposer,

Tant ceulx qui demorront deçà;

Que ung chascun de nous fera ^935

Tout ce que avez propposé,

Et deust estre fait dès pieca.

Si croy, c'est beaucoup demoré.

LE SIRE DE MOLINS

Il est encores assez à heure.

Tous les jours nostre ost se renforce; 49/10

Ne fault que une bonne adventure

A qui Dieu envoyera la force. *

Y convient que chascun s'elTorce

A faire ung assault fort cruel.

Dont les François auront la force, 49/15

Mais qu'on leur face bien nouvel.

F- 123 r\ LE SIRE DE PONT.

En ce fait, je conseilleroye

Que on y proveust chaudement,

De toutes parts les assailleroye.

Pour faire fin aucunement. igSo

Vous avez bon commancement.

Quant leur rivière vous avez;

Deçà ne sauldra nullement

Ung ozillon, vous le savez.

194 LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS.

GLASIDAS.

Messeigneurs, vous saA^ez assez.

Longuement avez esté cy,

Dont les François avons grevez,

Et mis en tourment et soussy.

Si nous ont fort lassez aussi,

Mais, non pourtant, quelque rigueur 'i<.)i>o

De guerre ou traveil, par ainsi

Fiançois n'ont pas eu le meilleur.

TALLEBOT.

.l'ay ouy les oppinions De vous chascun, de part en part, Si en fais les conclusions 'io*'<^'

Icy présent, que Dieu nous gart!

Glasidas, quant de ceste part, ,

F" 123 v'. Les Torrelles vous garderez,

Et à voz gens aurez regart.

Pour les conduire et aourner. û97<^'

Vous, le sire de Fouquamberge, Bailly d'Esvreux, sire de Grès, Avecques luy, en ce passaige.

Si vous pry vous y demorez.

Sire de Pont, aussi serez - 'i^i^

Avec le sire de Molins, Et la Sauloigne vous garderez, Tout ce pays, à toute fins.

De l'autre cousté nous yrons.

Le vaillant conte de Sullort 'i<)8o

Et son frère nous y merons, Qu'il est ung prince de grant poit:

Le sire d'Escalles, le fort.

Ovec toute sa compaignie.

Nostre mareschal Lancelot, 4980

Qui conduira la seigneurie.

Mo semble que sommes assez,

Avecques nostre artillerie

Et tous mes gens, qui, sans cesser,

Ne desarmeront, je vous affie. iggo

De deçà, ne vous iaignoz mie.

Quant viendra que l'assault baillerons:

Et croy que ne demorra mie

Gueres que la ville n'ayons.

GLASIDAS.

Monseigneur, par vostre ordonnance. tiç^g^

Nous ferons ce qu'il vous plaisa.

Menez voz gens sans differance.

Et nous demorrons par deçà.

Si besoing est que adlons là,

Vous ne nous pourrez que mander. .'jooo

De vous et de nous en aura

Secours, ainsi que l'entendrez.

TALLEBOT.

Or sus, trompetes, sy sonnez,

Et toute nostre compaignie

Se vueille icy assembler 5oo5

A partir, en la seigneurie.

A Dieu, messeigneurs; je vous prie,

Faictes si bien de vostre part,

Affin que cliascun de vous die

Que victoire aura le liepart. 0010

FOUQUAMBERGE.

Lieutenant, ne vous en doublez,

196 LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS.

De ceste part nous y ferons Si bien que François maudiront Qu'il ont voulu résister.

TALLEBOT.

Je vous vueil bien dire et noter &oi5

()ue avant huit jours les arons.

I'°i2/iv'. GLASIDAS.

Lieutenant, ne vous en doubtez.

De ceste part nous y ferons.

TALLEBOT.

Adieu, nous allons api-ester

Pour aller, et nos compaignons; ôc^o

Quant sur les François chargerons.

Gardez vous bien de tous coustez.

LE BAIUY D'ESVREUX.

Lieutenant, ne vous en doubtez.

De nostre part nous y ferons

Si bien que François maudiront ôoso

(Ju'il ont voulu résister.

Lois Taiiebot part, et toutes ses gens, à troiiipetes et ctarruiis; et passent la rivière au droit de Saint Lorens; puis le baltray sonne d'Orléans; et tous les François seront ensemble, tous armez, et viennent au devant. Puis ili(

MONSEIGNEUR DE DUNOIS, bastard d'Orlcans.

Aux armes tous, comment qu"i soit.

Voylà les Anglois cy venir, p 125 i". Devers Saint Lorens, tout le droit.

Si nous convient sur eulx courir, Tk-So

Que y ne puissent parvenir A leur très mauvaise entreprise.

Messeigneurs, pensez de saillir En fait d'armes et vaillantise.

Aller nous convient audevant, 5o3.".

Qu'en riens ne nous puissent surprandre:

Chascun y vueille estre vaillant,

Et penser de soy bien deffendre. *

Je congnois que y veullent tendre

A nostre cité assiger; .'.o^k.

Si nous convient bien y entendre,

Et songneusement y songer.

LA HIRE

Partir l'ault, sans actendre plus.

Et, tant qu'i sont en desarroy.

Saillir y nous convient dessus, ï>o40

En coraige et en grant arroy.

Je suis tout prest, quant est de iiioy.

Et sont mes gens en ordonnance:

Qu'il est heure, comme je voy.

Sans en faire plus differance. ûo.5o

F- 125 r. THEAULDE DE V.4LLEPAIGNE.

Je les voy forment apresser.

Et descendant vers Saint Lorens.

Y nous peuvent trop fort enpresser.

Et nous enfermer cy dedans;

Si vault niieuîx aller au devant joôo

Pour résister allencontre.

i;iS LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEA^S.

De soulïrir venir trop avant,

C'est pour nous donner mal encombre.

POTON

Kaictes les trompetes sonner,

(}ui donroni à noz gens coraige. Jo6o

Pour nos anemis dommaiger, Qui sont au long de ce rivage; \dfin cjue ne facent dommaige *i apressant près de la vdie.

Pour leur deffendre le passaige, ôoe:.

Et leur mauvaistié est subtille.

LE SIRE DE SAINÏRAILLES

Quant vous vouldrez, nous sommes prest

A partir tout présentement.

Si n'en vueillez plus faire arrest.

\ Oicv voz gens entièrement. ^'»T'

]■•■' ,26 ,«. LE SIRE DE DUNOIS, liastard d'Orléans.

Conduisez vous honnestement

Sans saillir sur eulx à la fouHe,

Que vous pourriez aucunement

Peut estre y perdre coq et poulie.

Or sus, seigneurs, en ordonnanct^. •'■o7."i

Lahire fera l'avangarde,

Vous, seigneur marescbal de France.

Aussi vous vous en prandrez garde;

Nous autres, pour l'arriére garde

Fort de près nous vous suyverons. •)o**"

Que cbascun en son fait regarde

Adfm que nous résistions.

LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS. 199

Lors partiront. Puis dit

TALLEBOT.

MesseigiiPurs, chascun bien entende.

Je voy noz anemis qui saillent

En une très notable bantle, .io8.^)

Et voy bien que y nous assaillent.

Mectez vous y tous en batailles Pour résister leur assault, Sans espargner boyaulx, ventrailles, • Tuez tout, soit petit ou bault. ôo^i.

F,36v\ LE CONTE DE SUFFORT.

Je les voy appresser moult fort

Et ne sommes pas bien en point:

Que chascun soit de bon accort

Résister à toutes fins.

IN'ayez point en vous les cueurs vains, doci.t

Soyez bardiz, victorieux;

Se vous gaignez, soyez certains

James ne sera parlé d'eulx.

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