‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 64 sur 158 · GUITRY · texte numérisé non relu

GUITRY

Si veullent trêves accorder.

On s'en rapporte bien à eulx; 0915

S'i les veulent desacorder.

Vous n'en valoir ne pis ne rnieulx.

Je croy qui seront bien joyeux Quant vous leur otïrez ceste chose, Ou y seront bien mal gracieux , ôyao

1A6 v°. Qu'i sont lassez, bien dire l'ose.

LE SIRE DE CORRAS

11 n'ont pas eu le meilleur

En cest assault certainement,

Ne n'y ont acquis nul honneur

Ne nul prouflit pareillement; f>925

Mais de leurs gens piteusement

Y est demeuré ung grant nombre,

Lesquels désormais nullement

Ne vous y donront plus d'encombre.

LE BASTARD D'ORLEANS

Messeigneurs, voz oppinions 5930

Vueil acomplir en diligence,

Et les princes qui esleuz sont

Acompliront vostre ordonnance.

Donques, sans nulle differance

Vous acomplirez le voyaige ôo35

Devers le noble roy de France,

Sans plus en faire de langaige.

Pareillement toy, messagier,

Entens à moy diligemment :

A11(M' te fault, pour abregei'. âçjio

En l'oust des Anglois promptement.

A Tallebot principalment, K 1^7 r". A luy premier te adresseras,

Et ton messaige entièrement

De par les princes luy diras : 5945

Sy est que, ce s'est son plaisir, Que trêves ensemble nous eussions.

Et pour les corps ensevelir Qui gisent au long des buissons.

Des leurs et des nostres y sont jgSf.

Qui piteusement y sont mors; Bien recuillir nous les devons Sans voloir les lesser dehors.

Avecques ce luy pourras dire

Que, s'i veullent parlementer, 0955

De leur cousté vueiilent eslire Ung ou deux pour à nous parier.

Savoir qui viennent demander; Et de nostre cousté aussi

Ung ou deux vouldrons ordonner. 5960

Si leur plaist de le faire ainsi.

Or va, et fais bien la besoigne Pour en rapporter la responce.

MESSAGIER

Je l'accompliray sans esloigne:

Ainçois que le souleil reconche, 5965

Sans en faillir une seule once, \ostre messaige acompliray:

Ne qu'à Tallebot ne prononce.

K i'i7 v. Tout vostre plaisir luy diray.

Adonl icy y a pause. — El doivent ies seigneurs [larlii |iour aller devers le Roy, et le messagier d'autre couslé. Puis dit

LE MESSAGIER

Je voy là Tallebot assis 0970

En son pavillon fort plaisant, Où sont plusieurs gens de hault pris Très nobles princes et vaillant.

Je m'en voys vers luy tout devant

De par les très puissans François 5975

Que Dieu sauve et gart en tous cens, Et confonde les faulx Anglois.

Tallebot, prince redoubté, Venu suis en vostre présence

Du povoir et auctorité .5980

Des très nobles seigneurs de France:

Lesquelz tous, par leur ordonnance, M'ont envoyé par devers vous Pour ung peu avoir abstinence

De guerre, eulx et voz gens tous. Sgss

Si est que de par moy vous mandent De faire trêve ung peu de temps, Adfin que es mors il entendent F' 148 r°. De les recuillir sur les champs.

Longues ou brèves, entretant 0990

Chascun congnoistra ses amis;

S'i vous plaist en estre contant,

Affermées seront de noz parties.

Et m'ont enchargé de vous dire

Que, se parlementer vous plaist, 0995

Vous autres vous vueillez eslire

Ung prince ou deux, se bon vous est;

Et, de leur cousté, seront prest

Les vouloir oyr et entendre

Durant les trêves, se ainsi est 6000

Que à mes dis vous veillez tendre.

TALLEBOT.

Messagier, bien soyes tu venu; Des François je suis bien joyeux.

Doncques, il leur est souvenu

Avoir des nouvelles par eulx ! 6oo5

11 ne nous souvenoit plus deulx Qnï nous voulsissent riens mander; Mes c'est du bien qui est en eulx, Sy leur vueil bien contremander.

Messeigneurs, vous voyez comment 6010

Les François, par leur messagier.

Vous mandent se aucunement Y vous plaist de les solager, Que il ont esté laidengez F' lis v°. En ceste derreniere bataille, • , 6oi5

Dont trêves viennent demandei'.

Conseillez vous qu'on les leur baille?

Encores demandent autre chose.

C'est de vouloir parlamenter.

Il doubtent, comme je suppose. ' 6020

Leur doit on cecy accorder? Des trêves, selon mon cuider, La chose est assez raisonnable:

Mes eulx à nous vouloir parler.

Advisez s'il est convenable. 602a

MESSIRE JEHAN FACETOT.

Quant au regart de leur requeste.

Elle est licite et raisonnable; Et sans en plus faire d'enqueste.

Ello est licite et convenable,

Ne m'est point préjudiciable. 6o3o

De trêves, il est bien raison;

De parler, aussi est notable

Pour vouloir ouyr leur raison.

LE CONTE DE SUPPORT

Messeigneurs, il me semble advis

Que vous leur devez accorder, 6o35

Pour recouvrer noz bons amis F° 1^9 r' Et aussi pour les enterrer.

Puis après, pour parlementer.

En cela ne povez faillir;

Que y vous veulient accorder 6o4o

Peut estre tout vostre plaisir.

LE SIRE D'ESCALLES.

Vous ne leur devez reiTuser

Trêves, ne de parler ensemble;

Autrement vqus vous abusez

Et mal fait seroit, ce me semble. 6o4r.

N'en faictes rien, se bon vous semble.

Ne povez cpie de les ouyr.

Pensez que tout le corps leur tramble

Et ne savent plus oîi fouyr.

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Ainsi faire nous le devons. 6o5o

Peut estre veulient accorder,

Ainsi que faire le voulons.

Ad ce que voulons demander.

Dire vueil et bien l'entendez

Que ad ce ne devez faillir; 6o55

Parlez à eulx et respondez,

Pis ne mieulx y nen peut venir.

F°i.'i9v°. LANCELOT DE LISLE.

Je suis de ceste oppinion

Que leur devez accorder trêves,

Puis qu'i requerent, c'est raison; 6060

Mais vous leur devez bailler brèves.

De trois ou de quatre heures plaines

Pour les corps prandre et enlever:

Il ne vous peut estre grevés.

Ce pendant parler vous devez. 6065

TALLEBOT.

Puis qu'ainsi va, j'en suis contant,

Trêves quatre heures il aront,

Pour parler à eulx, entretant

Que les mors se recuiileront;

Et ung ou deux nous conimectrons 6070

De parler à eulx sus la grève.

Et leur dy que nous leur mandons

Que il viengnent durant la trêve.

LE MESSAGIER

Messeigneurs , je vous remercye.

Vostre responce rapporteray 6075

Aux princes plains de baronuie Et vostre voloir leur diray.

F° i5o r°. De quatre heures, c'est vostre gré,

De trêves pour parler ensemble; / Vostre rapport je leur feray, 6080

Comme dit avez, se me semble.

LE MISTERE DU SIEGE D OHLEANS. 237

Lors part, et y a pause. — Et vient devant les princes de France et di(

LE MESSAGIER

Messeigneurs , par vostre ordonnance,

Vous a pieu m'avoir envoyé

Vers Toust des Anglois en présence,

Par vostre licence et congié; 6oS5

Ausquelz j'é fait et dénoncé

Et tout parlait vostre messaige.

Lesquelz y sont tout supployé

En l'acomplissant de coraige.

Si est que trêves vous aurez 6090

Durant quatre heures seullement.

Pour les corps prandre et enterrer,

Les vostres et eulx pareillement.

Puis, pour faire à vous parlement.

En la grève vous envoyeront 6095

Ung prince ou deux certainement,

Ainsi que eslirre vouldront.

F" i5oi°. I,E BASTARD D'ORLEANS.

Y n'ont pas fait la trêve long.

Mes non pourtant il nous suffist.

Fault adviser lesquelz yront, 6100

Saiges, prudens et entantis.

De bien parler suppellatis'.

Pour à eulx bien dire et respondre.

Vous, messeigneurs, princes gentis,

Eslisez en de vostre nombre. 6105

Le sire Estienne de Vignoilles,

Me semble qu'il y seroit bon,

' Suppellatis, supt'ilatife.

238 LE MISTERE DU SIEGE D'OULEA.NS.

En fait de guerre et de parolles,

Bien entendu le trouve on

De vous dire son oppinion. 6110

Pour y comniectre homme savant,

N'est nul de vous qui n'y fust bon :

Advisez l'expédient.

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