NOTI
Pour sortir de nos sens, ouverts seulement à la matérialité, et nous aventurer dans ce plan mystérieux qui sert d'intermédiaire entre le plan divin et le plan physique, la philosophie occulte nous gratifie de facultés mystiques qui peuvent aller jusqu'à s'extérioriser, errer loin de Tenveloppe charnelle, dans le plan astral. La gnose a fait, plus d'une fois, appel à ces facultés pour se lancer à la poursuite des OEons, intermédiaires selon le principe de Toccultisme, entre Dieu et ses créatures, et, à force de vagabonder, parvenir jusqu'à Tlnefïable. L'Église a repoussé ce que la gnose lui offrait, la connaissance immédiate de Dieu, par l'extase ou autres procédés occultes. Elle redoute, en multipliant les intermédiaires, doublement polarisés, qui établissent des communications si étroites de Tlln aux créatures, un retour oîlensif du panthéisme, son éternel ennemi, auquel elle a été si souvent près de se livrer. Elle veut à tout prix maintenir la scission de TUn et du multiple, sauf en quelques cas particuliers où les deux natures communient comme il arriva pour Christ. Aussi ne laisse-t-elle à Thomme qu'une raison vacillante, prêle cependant à Téblouissement soudain de la révélation et sa doctrine sera dès lors un agnosticisme intermittent. Dieu cache la totalité de son essence, pas de doute là-dessus, mais il en dévoile une partie de temps en temps et daigne le faire suivant les principes de la rationalité qu'il a déposés en nous. D'où la crédibilité du dogme sur laquelle la théologie ne cesse d'appuyer. Il y a disproportion entre la ratiocination humaine et la formidable Raison divine qui est Tàme du monde. Mais leurs catégories cependant s'accordent. Le dogme, c'est à-dire la nature de Dieu révélée dans la mesure où il lui a plu de se. faire connaître, peut s'exprimer, comme Ta fait saint Thomas, sous une forme intellectuelle. Toute tentative en deçà ou au delà doit être condamnée. Au delà, les philosophies mystiques, gnostiques, occultistes qui dotent Thomme de facultés transcendantes, susceptibles de s'extérioriser, daller à travers le plan astral, jusqu'à Tordre divin, face à face. En deçà l'agnosticisme qui refuse à Thomme la science, même médiate, du divin, limite scrupuleusement sa connaissance à ce que lui apportent les sens.
Donc voici ce qu'il faut croire. Nous ne savons rien de Dieu que ce qu'il a bien voulu nous dire lui-même, par à-coups que rien n'explique. Il y a ainsi des explosions de surnaturel à travers Tordre physique, échappant à tuutes nos prévisions humaines. L'Un, pour livrer le secret de son essence, n'a nul souci de Theure — ni des convenances momentanées de ses créatures, car il est l'Immuable et comme tel n'a pas à tenir compte des choses purement humaines, des nécessités absolues pour nous mais simple contin-
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NOTE
gence à ses yeux. Le Verbe a d'abord pris la forme d'un livre qui est une expression de l'immuable vérité et en conséquence est de tous les lieux et de toutes les époques. Puis il est devenu Christ, et les paroles tombées de ses lèvres nont été dites pour aucune période en particulier, mais ont une portée d'éternité. L'Eglise par le souffle de Dieu qui n'a cessé de la pénétrer, perpétue son enseignement et l'essence une et immuable se définit comme il lui convient par intermittences. Notre raison humaine n'a rien à demander de plus, car s'il plaisait à rineffable de se montrer autrement qu'à travers un brouillard, dans toute sa splendeur de Soleil mondial, elle ne pourrait supporter une révélation aussi complète et succomberait parmi tant de flammes.
IL Or cette pensée humaine qu'on humilie ainsi, en la considérant comme une faculté purement passive aux révélations intermittentes de Dieu, puise de l'orgueil dans les découvertes quelle a su tirer des ténèbres ambiantes. Elle a pris conscience de la part qui lui revient dans lélaboration de la vérité, jugée jadis œuvre de passivité pure. Le subjectivisme de Kant a marqué pour l'Église le commencement d'une ère nouvelle. La raison, fière de la collaboration qu'elle apporte à créer le vrai, ne se résigne plus comme jadis à attendre les explosions du surnaturel, les jets de lumière que Tessence de Dieu veut bien lui darder de temps en temps. Elle sait que locculte, de ses vagues énormes, l'enveloppe de toutes parts et lui laisse bien peu de choses à pénétrer de sa propre essence, la rationalité. Mais elle prétende ce peu imprimer sa marque. Elle s'aperçoit que cet affleurement du mystère dans Tordre physique, ce que TÉglise nomme la révélation du divin, le perpétuel miracle du cosmos, dépend en grande partie d'ellemême et de ses catégories. Elle transfigure, elle dé/igiire aussi, et dès lors il importe de dégager dans le livre aussi bien que dans la vie du Christ ce qu'il y a de subjectif, autrement dit
d'humain.
Un des deux termes en présence est suspecté. Notre pensée qui n'est plus un reflet du divin, suivant la croyance antique, mais chose essentiellement active, créatrice de vérité et d'aberration par conséquent, a pris la part la plus importante peut-être dans l'élaboration du livre et de la vie de Ihomme merveilleux. L'autre terme ne tarde pas à soulever les mêmes suspicions. Existe-t-il vraiment? se demande la pensée humaine, à mesure qu'elle va plus avant dans les narrations de TEglise et y reconnaît de plus en plus son essence d'erreur qui défigure et transfigure tout. Y a-t-il en réalité un plan divin supérieur à notre plan physique où règne désormais la seule raison de l'homme? Ne faut-il pas l'éliminer
purement et simplement comme le plan astral des occultistes sur qui la science moderne a soufflé, sans doute à jamais ?0n s'en lient au doute et c'est l'agnosticisme. L'Inconnaissable vient battre de ses flots, sur lesquels il est défendu de s'aventurer, notre raison réduite à ses propres forces, mais fière de son œuvre, si minime, si trouble soit-elle.
Pour échapper à ces conséquences inéluctables du subjectivisme kantien, arrêter sur la voie de l'agnosticisme et par delà de l'athéisme, tant d'âmes modernes prêtes à se détacher du dogme, la méthode d'immanence, renouvelée de Pascal et aussi des Jésuites, est mise en œuvre par une partie du clergé. 11 est hors de conteste que la raison humaine n'est pas uniquement passive, que toute vérité ouce quiestcru tel, aunélémentde subjectivité et par suite de relativisme indéniable. Ces lois, jadis les essences du réalisme moyenâgeux qu'on prenait pour la pensée de Dieu, sont le produit de notre raison, œuvrant sur l'indéterminé de l'expérience, et par suite des symboles étroitement liés à la nature de nos catégories intellectuelles. Il convient donc d'admettre les résultats du subjectivisme et de déprécier la raison autant qu'il sera compatible avec l'esprit de l'Eglise et plus encore, si possible, de faire éclater son impuissance à pénétrer le vrai absolu, désormais relégué dans l'Inconnaissable, mais en même temps il ne faut rien perdre de la rationalité, de la logificalion monistique affirmée par le dogme. 11 faut maintenir, suivant la formule, l'entrelacement accepté de tout temps par l'Eglise, les deux plans, le surnaturel et le naturel qui s'entre-croisente/i nous, reflet de Dieu éclairé par le Livreet mieux encore par le Christ.
Un simple changement de point de vue suffit. La raison humaine, faculté qui défigure et transfigure, n'est que superficialité, « croûte » qu'on peut, sans trop de peine, faire sauter. Au-dessous la rationalité s'illumine,;immanenteet non plus transcendante.Les deux ordres, le surnaturel et le naturel, s'enchevêtrent, deux natures communient en nous comme dans le Christ, car nous sommes tous des créatures de Dieu en relation avec lui, son fils est au fond de nous, plus intérieur, selon le mot célèbre.
Ainsi le subjectivisme est vrai superficiellement. Notre raison ne peut aboutir dans ce domaine qu'à des symboles, variables avec les nécessités du moment. Mais l'enseignement de l'Église n'en est pas moins véridique, profondément. Le surnaturel que nous contenons tous, que les méthodes renouvelées des Exercices spirituels de Loyola ou de Pascal peuvent faire étinceler au cœur des plus incroyants, rayonne et imprègne de rationalité la science trouble et désorganisée de nos sens. Tout ce que le dogme affirme et que
NOTE
notre raison se déclarait désormais, à la suite de Kaiit, incapable de pénétrer, c'est-à-dire de déterminer par ses propres forces, est réintégré en nous, mais de façon immanente. Le tout de la théologie est donc ainsi sauvegardé. 11 ne s agit plus de le penser, la formule, nécessairement discursive, est un symbole quune autre, mieux appropriée à l'époque, peut remplacer sans grand dommage. H s'agit uniquement de le vivre, dVdonner en conséquence la série de ses gestes au terme de laquelle est le salut.
Et la bonne foi des immauentistes était telle quils demandaient aux théologiens, par la voix de M. Le Hoy par exemple, si la conception vitaliste et non plus intellectualiste du dogme était bien conforme à l'enseignement perpétuel de l'Eglise. Us déclaraient par avance se renier, sils étaient menacés de « la censure avec note d'hérésie ». Puisqu'ils n'abandonnaient rien du dogme, que la révélation dans la subconscience demeurait intacte, peu importaient, semble-t-il, les formules qu'on a pu en donner au cours des siècles, nécessairement variables avec les besoins et les capacités intellectuelles de l'époque. Dieu est l'Un et l'Immuable, pas de doute une seconde. Mais il a pris suivant les états de la civilisation plus ou moins barbare ouraflinée, diverses formes pour se faire comprendre et parvenir ainsi à la pensée des hommes.
Il s'est exprimé d'abord par un livre qui n'est nullement celui de tous les âges, mais qui est approprié à la culture très particulière d'Israël à Tépoque où le souffle pénétra ses prophètes. Il s'est incarné une seconde fois en un homme et non plus en un livre : la révélation quil apporta à cette heure était en rapport avec la mentalité des hommes à qui il s'adressait. Le germe dogmatique introduit par le Christ s'est élargi jusqu'à devenir la conception substantialiste des thomistes. Ce lut parfait pour l'époque, car Dieu voulait faire comprendre quelque chose de son être et de ses rapports avec les créatures à des cervelles bourrées de platonisme et d'aristotélisme. Il formula donc, dans l'inspiration des conciles, son essence sous une symbolique substantialiste aujourd'hui démodée. On ne saurait prêter à la partie discursive du dogme une importance que Dieu n'a pas prétendu lui attacher. 11 suffit de maintenir la rêalilé sous-jacenle sans même l'exprimer, car la chose importe peu. Les symboles par lesquels nous pourrions la rendre sont soumis à des changements si brusques en ces temps de métaphysiques mal accordées! Bornons-nous à la vivre, ce qui est l'essentiel. Vivons suivant l'ordre surnaturel qui est en nous, comme il était jadis dans le Christ, Ihomme par excellence, en qui les deux natures communièrent plus visiblement qu'en tout autre. Mettons nos eOorts à faire rayonner autour de nous par
l'exemple plus que par des discours, choses d'intellectualité, donc superficielles, qui ne vont pas jusqu'à l'àme, l'ordre surnaturel, d'où l'apologétique vivante. Pas de motifs de crédibilité. Il y a non plus seulement disproportion de la raison humaine et de la raison divine, mais encore adaptation impossible entre notre intellect, ses puissances redoutables de déformation et la vérité qu'on voudrait lui imposer du dehors. La vérité est en nous par une révélation intérieure. Nous n'avons qu'à la chercher et à nous en éblouir.
Mais c'est l'individualisme, et les égarements du multiple dès qu'il est abandonné à lui-même sans la forte parole de l'Un, ont clamé les théologiens dès qu'un peu partout apparaissaient les traités d'immanence, et l'Aclion de M. Maurice Blondel, et la Lex Orandi du P. Tyrrel et V Expérience religieuse de W. James et tant d'autres. C'est le protestantisme du seizième siècle que vous rénovez, l'appel à cette puissance mystique que nous sommes censés contenir et par laquelle nous pouvons nous passer de l'Église et de ses éclaircissements dogmatiques et de son magistère. Il en sera de votre immanence comme des exaltations individualistes de tous les luthériens, que Bossuet a stigmatisées dans son Histoire des variations. Chacun ayant Christ en lui se jugera seul prêtre et seul Dieu, créateur des valeurs par là même. Nulle expérience religieuse ne peut se décréter supérieure... Ruine complète de l'autorité sur qui repose depuis Bossuet le dogme de l'Eglise.
Pas du tout, ripostent nos modernistes. Nous admettons pour compléter la méthode d'immanence et conservera la réalité sousjacenle du dogme sinon à ses formules intellectualistes le caractère général sans lequel il n'est pas d'Eglise possible, le principe de la permanence divine. La conscience de Jésus contenait un germe, lui-même développement d'un autre germe plus élémentaire encore qui se révèle dans les Livres Saints. L'expérience vécue par les prophètes a trouvé son complément dans l'expérience vécue par le Christ. Et nous tous qui venons à sa suite ne faisons que reprendre et exalter une fois de plus cette semence unique au monde, en dépit de ses floraisons variables suivant les âges et les milieux.
Mais c'est de l'évolutionnisme, répliquaient alors victorieusement les théologiens, elïarés par cette intrusion du mouvement dans le domaine sacré de l'immuable. C'est l'essence de Dieu esclave de la loi de progression et aussi de régression, selon que le milieu dans lequel la conscience s'éveille est plus ou moins approprié. C'est la révélation se dérobant aux intermittences, aux sursauts de la volonté divine, soumise aux conditions de développe-
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ment de tout ce qui est humain. Cest rinefiable s'adaptant comme s'il était quelque chose d^organique qui puise sa vie dans les ambiances. Une heure sonnera où l'une de ces expériences individuelles en qui sébauche le divin, se croira suffisante pour se proclamer la vie religieuse parfaite. Qu objecter du reste a l une d'elles si, éblouie de ce qu'elle est, elle prétend dès maintenant avoir réalisé toute la divinité possible, être le terme de cette évolution que tant de générations ont préparées?...
Le Vatican s'est prononcé avec une violence inattendue. L est plus que la censure, c'est l'anathème qui frappe les modernistes de toute espèce, groupés dans une réprobation synthétique. Depuis ceux qui, sous le couvert de l'encyclique Providenli^simus Dcus essayaient de trier dans la Bible et dans la vie du Christ la part de la nature et celle du surnaturel jusqu'aux immanent.stes sans nombre qui essayaient de faire fleurir Dieu dans leur humanité --trop humaine, nul n'est épargné. Analhème à la raison qui croit, dans son orgueil, contribuer à la création de la vérité et par suite entache de rationalisme tout ce qu'elle touche, serait-ce 1 essence de Dieu, la réduit à n'être plus qu'un symbole,œuvre d'humanité. Plus encore que le subjeclivisme est maudit Tévolutionnisme qui met Dieu dans le devenir et proclame qu'il n'est pas encore, même en une conscience arrivée à son plus haut degré de perfection. Dieu, de toute éternité, a dominé le flux des choses. 11 est indépendant du développement des consciences. Il demeure a jamais, dans son isolement magnifique, irréductible aux normes de la pensée humaine quil a créée pour qu'elle puisse contenir un peu de son essence, jamais le tout... La raison est donc passive et non active, en dépit du subjeclivisme. Dieu est immuable et non dans le devenir, en dépit de l'évolulionnisme. L'immanentisme est fait de ces deux choses exécrées. Il est donc emporte a son tour par l'anathème, quoiqu'il ait prétendu sauver le tout de l'immuable dans l'universelle mobilisme, le tout du rationnel dans l'universel individualisme. A la scolastique, à l'étude de saint Thomas d'Aquin, tous ces fauteurs de nouveautés. Et s'ils protestent, qu'on leur donne, pour abaisser en eux lorgueil coupable, les fonctions les plus humiliées de chaque diocèse, recommande l'Encyclique Pasccndi. Que les béliers qui sonnaient la cloche, marchaient devant le troupeau, soient perdus dans la foule mou-
tonnière !
111. L'attitude des modernistes ainsi frappés ne se dessine pas encore de façon bien nette. Ils s'inclinent pour la plupart devant l'anathème et digèrent, du mieux qu'ils peuvent, le mot de pestilence dont on a qualifié leurs travaux. C'est du moins ce qui semble
NOTE
devoir se passer en France. Par contre, le modernisme en Italie relève la tète. Une réponse à l'encyclique vient, dit-on, de paraître et en deux cents pages extrêmement diffuses essaie de repousser
l'anathème.
Qu'il y ait quelques dissidences çà et là et des ruptures plus ou moins bruyantes de certaines personnalités, la chose n'a guère d'importance. L'ensemble des catholiques obéit aveuglément au Pape infaillible depuis 1870 en matière de dogme. Le pasteur de Rome peut se flatter d'avoir mis de nouveau sous sa houlette le troupeau qui se débandait. L'affirmation d'immutabilité, qui est la raison d'être de l'Eglise, demeure intacte. Mais sera-ce pour bien longtemps ? En dépit de ces proclamations hautaines qui de temps en temps tombent du Vatican, rien au monde n'empêchera le subjeclivisme et l'évolulionnisme d'arracher toujours plus d'àmes aux puissances de l'Immuable.
Malgré les foudres du Vatican, la pensée persistera à se croire créatrice de la vérité scientifique, en la mesure où celle-ci est possible, c est-à-dire dans le domaine de l expérience. Tout le prouve, jusqu'à cette « contingence des lois de la nature y> qui se révèle à nous de plus en plus. Les formidables immobilités qui pesaient jadis sur les choses et nous donnaient l'illusion d'être la pensée de léternel, semblent se détendre. Une flamme court à travers elles. Elles sont, sous la forme rigide que nous leur imprimons, notre œuvre plus encore que celle des choses. C'est notre rationalité d'humains qui leur donne ce caractère de fixité pris si longtemps pour l'expression de l'absolu. Réduites à elles-mêmes, elles ondulent, tels de longs rythmes, enchevêtrés en tous les ordres, également mal définis.
Malgré les foudres plus terribles encore qui s'annoncent, la pensée persistera à se plaire dans l'évolution, V enîwickelang hégélienne, devenue avec Darwin irrationnelle, livrée à tous les hasards et tous les sursauts de l'ambiance. Rien qui ne soit considéré désormais comme issu d'un germe, imperceptible à l origine et développé tour à tour, en des milieux disparates, suivant des progressions et des régressions souvent énigmatiques. L'individualité qui se flattaitjadis de posséder une parcelle de divinisme et par suite d'immutabilité, n'est plus qu'un point de croisement, le résultat presque aussitôt dénoué d'une adaptation à des ambiances sans cesse mouvantes. Galilée, écrasé jadis sous l'affirmation de l'Immuable, est vainqueur aujourd'hui. Ce n'est plus la terre seule, c'est tout le cosmos qui se meut à son geste. E pur si muove. La chose a gagné l'universelle phénoménalité. Or les immanentistes, dans cette exaltation de la mobilité, ren-
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LE MORILISMK MODERNE
daieiit à la cause de l'Immuable un double service, en essayant une conciliation désormais impossible.
Tandis que le subjectivisme éparpillait les individualités avec Nietzsche par exemple, et les instituait, de par ses propres lois, créatrices de valeurs, ils admettaient le principe de la permanence divine, mettant le corps de Christ épars dans l'espace et maintenant ainsi en dépit de tout l'Unité qui importe tant à l'Eglise. Ce n'est plus l'individualité abandonnée à elle-même qui crée les valeurs, mais Jésus en nous, plus intérieur que notre intérieur.
D'autre part, tandis que lévolutionnisme tend à supprimer toute direction rationnelle dans la série des progressions et des régressions auxquelles il livre l'individualité, ils mettaient en quelque sorte le corps de Christ épais dans le temps, sauvant ici encore, autant qu'il est possible, la rationalité, et par là même l'ordre divin que l'Kglise a pour mission de défendre.
Le Vatican a jugé trop compromettant de pactiser avec lennemi et a traité de pestilence toutes les tentatives de l'immanence sans distinction. Donc les pensées qui répugnent à lintellectualisme, ne veulent voir dans les produits de la ratiocination humaine que des symboles toujours susceptibles de variations, qui nient en dautres termes la communion mystique de l'intellect divin et humain dans le fait de la vérité, sont réduites à passer armes et bagages au subjectivisme le plus outrancier, puisque les moyens termes leur sont interdits. Et de même les pensées gagnées par la dialectique merveilleuse du mouvement, se voient obligées ou de faire retour aux immobilités de jadis, au réalisme substantialiste d'un saint Thomas, ou de s'abandonner au devenir sans rationalité. Ici encore la conciliation n'est plus autorisée.
Le Vatican ne se trompe donc pas, quand il prévoit après la condamnation des formes multiples du modernisme une recrudescence de ralliéisme. 11 prépare dès maintenant ses foudres. Peutêtre aura-t-il un jour à regretter de n'avoir pas accepté, lorsqu'il le pouvait encore, le moyen terme qu'oltrait la méthode d'immanence après léchée, à peu près unanimement constaté, de la méthode de transcendance. Par elle il aurait pu reprendre et ramener au bercail quelques-unes de ces brebis qui vont droit, en dehors des foudres dont on les menace, à l'individualisme et pis encore au mobilisme.
(Octobre 1907.)
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION
Pages.
Le problème de l'Un et du multiple posé de nos jours encore comme au temps de Zenon d'Elée. L'Un et le mulliple s'opposent-ils vérital)lement dans le cosmos et ne pourrait-on pas poser autrement le problème logique et métaphysitjue de l'univers? 1
L'Un et rimmuab'e. La logificution monislique objet de révélation selon les théologiens. Les rationalistes n'ont fait que laïciser cette logifîcation. Que le point de dôparl soit placé dans la raison humaine ou dans la raison divine, le multiple sort de l'Un par une série de déductions, immuables de toute élernilé 3
Le mouvement. Idée hégélienne. L'Un et le multiple conciliés dans des synthèses sans cesse dénouées. La rationalité maintenue au sein de l'évolution. Idée darwinienne. Les synthèses de l'hégélianisme résultat des ambiances, c'est-à-dire du dehors. Plus de rationalité immanente. Le fait de révolution, peut-être irrationnel, érigé en l-.)i absolue — Idée bergsonienne. Les synthèses du darwinisme aclicvanl de se dénouer. Plus de concepts, plus d'unification. Triomphe du mulliple et du mouvant. Religion et scientisme unis, au nom de l'Un et de l'Immuable, contre le mobilisme 11
LIVRE I. — L'UN ET L'IMMUABLE CHAPITRE 1. — Dieu dans l'homme et l'homme dans dieu
La pensée d unification sortant du mystère, en dépit de l'expérience courante qui fournit le mulliple et le mouvant. Les milieux n'expliquent pas la genèse de la pensée monislique. Rencontre de la logification hellénique et de la logification hébraïque dans le Christ. L'Un dans tous au Golgolha i7
La logilicalion hébraïque et son histoire depuis la parole du Sinaï. Discussions sur le Penlaleuque. Ne serait-ce pas un livre d'imposture? L'Un, oui ou non, a-l-il parlé au Sinaï, à Moïse? Le Penlateuque livre humain, trop humain. — Le problème e-À le même, tout au long de l'histoire de l Église, de la révélation du Sinaï à celle du Vatican, en 187U, dernière manifestation de Dieu remettant tous ses pouvoirs entre les mains du l^ape. L'Église pose comme article de foi 1 intervention du surnaturel, d'un bout à l'autre de son histoire. Dieu a expliqué son essence sous les formes les plus diverses, comme il lui a plu. Le rationalisme nie le surnaturel, n'admet que l'humain dans le développement du dogme. L'encycliqueProu/c/enf/ss/mus Deus. Efforts du modernisme, à la suite de Loisy, pour concilier les deux adversaires en présence, le naturel et le surnaturel. La révélation au long des siècles résultat de la collaboration divine et de la collaboration humaine. Condamnation imminente du modernisme par le Vatican 2Q
]^a plus belle hisloire du monde. Les sursauts de la révélation d'abord par
TABLE DES MATIERES
le livre, puis par l'homme, mi-humains, mi-divins. Scission des Juifs qui ne croient qu'à la première révélation, celle du livre-Dieu, el des Chrétiens qui lui en ajoutent une seconde, celle de l'homme-Dieu. Çhristologie. Entre 1 exégèse rigoureusement catholique et l'exégèse rationaliste, celle des •< livres rouges »
Le dogme se consliiuanl pou ^à peu par une suite de révélations intérieures, dues au suuflle de Dieu. LEyiise coulinualrice de Christ, el les conciles. Négations du proteslanlisnie qui arrêle à un [)oinl donné, généralement au paulinisme, le souffle, et fait de l'élaboration dogmatique qui a suivi le résultat d'aberrations purement lumiaines
Forme intellectualiste que prend le dogme dans la série des conciles. La relation de l'Un et du multiple de plus en plus imaginée substantiellement. Origine des spéculations métaphysiques du catholicisme' dans l'Evangile johannique. Le logos. Comment ont été distinguées les trois personnes en Dieu. L'Un se servant de la philosophie courante, celle du néoplatonisme, pour exprimer intellectuellement son essence. . . .
Aberrations du gnoslicisrae et de l'origénisnie, balayées par le génie concret de TertuUicn. Retour offensif de l'abstraction. Difficultés subslantialistes soulevées par la querelle des patripassiens et des monarchiens. L'arianisme. Dans lOrient, le problème des deux natures (rapports de l'homme et de Dieu dans le Christ). La lutte de Cyrille et de Neslorius, suivi d'Eutychès. Exaltation de Marie, mère de Dieu, par le triomphe «le Cyrille, patriarche d'Alexandrie. Dans l'Occident, rapports de Dieu et de la créature humaine. Augustin et Pelage. L'Islam, retour à la parole du
Sinaï.
Rome, ville synthétique d'où lUn parlera désormais. Schisme d'Orient, à propos de la troisième personne en Dieu. Dans lOccidenl, élaboration scolasUque du dogme qui aboutit à la Somme de saint Thomas. Thomisme et scotisme
Quelques mots sur le protestantisme du seizième siècle. .....
Les Apologistes. Les Jésuites et Pascal. La méthode d'immanence. Au lieu de recevoir les dogmes tout faits du dehors par une révélation mystérieuse, il faut les faire jaillir de nous qui contenons Christ, sinon Dieu.
L'immanenlisme actuel, à la suite de Newman. Dangers de cette méthode qui laisse comme le protestantisme du seizième siècle une pari trop grande à 1 individualité. Menaces du Vatican qui, à diverses rei)rises déjà, a ramené les fidèles à l'étude de saint Thomas, le maître de 1 intellectualisme, et par là même, désavoué le pragmatisme