A. Houtin, p
V Internationale Wochenschrift, auprès de quelques personnalités marquantes du monde universitaire. Amorcée par Fréd. Paulsen en décembre 1907, l'enquête fut continuée dans les premiers mois de 1908. Six autres docteurs protestants y prirent part : savoir MM.- Ernest Troeltsch^^ professeur de théologie à Heidelberg; Albert Hauck, professeur d'histoire ecclésiastique à Leipzig; Guillaume Herrmann, professeur de théologie à Marbourg; Rodolphe Eucken, professeur de philosophie à léna; Walther Kôhler, professeur d'histoire ecclésiastique à Giessen; Adolphe Harnack, professeur d'histoire ecclésiastique à Berlin, et encore une fois Frédéric Paulsen, professeur de philosophie à la même université de Berlin.
Tous s'accordaient à plaindre le sort des Facultés catholiques. M. Harnack observait, en guise de conclusion (col. 261), que la raideur de Rome jurait avec toutes les mœurs allemandes. Quant au fond, il tenait que « non seulement l'encyclique jette le gant à toute la science moderne, mais encore qu'elle traduit une moralité inférieure par les coups mortels qu'elle dirige contre le sens de la vérité. » On peut juger par ces traits de ce que fût le ton de l'ensemble \ D'une manière moins bruyante mais d'autant plus sérieuse, les organes de l'orthodoxie applaudissaient aux embarras de l'Église et raillaient, en termes plus ou moins hautains, l'aveugle intransigeance de la papauté ^.
Des catholiques libéraux reprenaient à ce propos le procès
1. C'est au milieu de ce concert antiromain, oîi quelques catholiques furent admis à faire entendre leur voix, que MM. Ehrhard et Schnitzer eurent le mauvais goût de porter l'expression de leurs doléances. Voir plus haut, p. 417 418.
2. Voir, par exemple, R. Seeberg, Der neue Syllabus, dans Die Reformaiion, 1907, t. ^^, p. 519-522; J. Kûbel, Syllabus und Enzyklika, dans Neue kirchliche Zeitschrifi, 1908, t. xix, p. 130-161, qui trouve justifiée « sur plus d'un point» (p. 156) la condamnation du modernisme, mais ne peut accorder au pape « même des circonstances atténuantes ï pour la manière dont il a conduit la lutte.
Il n'est pas besoin de dire que les fossiles du a vieux catholicisme » ne voyaient dans les documents pontificaux qu'une occasion de clam.er en termes plus ou moins amers laruine de l'infaillibilité romaine et de tout le système dont elle fait partie. Voir Reçue internationale de théologie, 1907, t. xv, p. 672-682; 1908, t. xvi, p. 191-205, 352-356, 400-402,- 631-634; 1909", t. xvii, p. 196-198, 379-383,- 43'2, 833-836.
de l'ultramontanisme. Témoin les Suddeutsche Monatshefte, qui commençaient, à partir de juin 1908, la publication de « lettres ecclésiastiques » — signées, en souvenir évident de Fr. X. Kraus, - Spectator novus — où les actes du Saint- Siège et de l'épiscopat allaitent être régulièrement passés au crible d'une minutieuse et malveillante critique. La première opposait à Pie X la noble insurrection du modernisme dans toute la chrétienté ^, et l'une des suivantes concluait à l'avance irrésistible des modernistes à Allemagne ^. Une feuille hebdomadaire fut même créée à Munich, en 1909, sous le titre de Fortschritt {Progrès), que le Neue Jahrhundert présentait comme « l'organe d' un libéralisme résolu dans la Bavière et l'AUeijiagne méridionale ^. »
On peut aisément supposer que la cause spéciale du modernisme était parfaitement indifférente à ces folliculaires anticléricaux et à ces protestants sectaires. Leur opposition violente ou railleuse aux enseignements que l'Église veilait de promulguer à son endroit, n'en avait pas moins pour effet de travailler indirectement pour lui.
Au lieu de prendre cette attitude polémique, stérile autant qu'agressive, d'autres jugèrent plus élégant ou plus avisé de prêter la main à cette entreprise de dissociation catholique, en l'entourant aussitôt de leurs sympathies et lui promettant le succès. ,
Ce rôle convenait évidemment aux catholiques libéraux, qui, pour étrangers qu'ils fussent au modernisme proprement dit, ne pouvaient manquer d'y voir un frère d'armes. Aussi un de leurs oracles, Julien de Narfon, exprimait-il aux modernistes ses exhortations, dans le Journal, de Genève du 4 novembre 1907. « Les encycliques passent, y prophétisait-il, mais l'Église demeure*. » Nombre de journaux s'empressèrent de recueillir ce trait, qui passa pour fort spirituel.