‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 94 sur 451 · Lettre du 17 novembre 1909, p · texte numérisé non relu

Lettre du 17 novembre 1909, p

4. C'est pourquoi P. Sabatier {op. cit., p. u) a pu dire de lui, en pleine crise, qu'il était « devenu en quelque sorte l'évêque laïque des modernistes. 1) En termes moins pittoresques, à propos de la publication de: sa correspondance, il était naguère présenté [Repue d'hist. eccL, 1927',. t. xxui, p. 653) comme « une des principales figures du mouvement, peut-être même la figure centrale et qui, pendant de longues années, assuma volontiers le rôle d'agent de liaison entre les penseurs et écrivains britanniques et ceux du continent. » « Not only a leader, but an arch-leader of modernism in its early history, » écrit Miss Petre, loc. cit., p. 85. Cf. Congrès cité, p. 233-234 : « En Angleterre, c'était notre maître à tous ... Par son savoir, sa personnalité et son immense pouvoir de sympathie, il a été le trait d'union entre les penseurs religieux de <!ifîérents pays. »

(1858-1928). De même qu'il a sacré Fr. von Hûgel « évêque" des modernistes », ne l'a-t-on pas lui-même surnommé, dès cette époque ^, sans doute pour ajouter à cette pseudohiérarchie son suprême échelon, le « pape du modernisme » ?

Formé à ,1a théologie la plus libérale par son homonyme Aug. Sabatier, auteur d'une vie de saint François d'Assise (1894) qui avait remporté un très gros succès, même dans les milieux catholiques, bien que le biographe y fût légitimement suspect de protestantiser son héros, amené de ce chef à faire de longs séjours en Italie, il y avait contracté le besoin de s'intéresser aux personnes et aux choses ecclésiastiques ^. La régénération de l'Église ne devait pas avoir d'apôtre plus zélé ni plus persévérant.

Un témoin l'a dépeint en ces termes :

Je trouvai un petit homme d'allure vive et gaie, légèrement méridionale. Il souriait très fréquemment; mais l'expression de ce sourire trop habituel était fréquemment démentie par une lueur ironique de ses yeux, des yeux bleus très vifs qui auraient été admirables sans un éclat trop sec et trop métallique. Ses quarante-cinq ans jetaient de légers (ils d'argent dans sa chevelure romantique, ses épaisses et longues moustaches, sa barbiche pointue. Bien qu'il portât toujours la cravate blanche de pasteur — une vieille habitude, me dit-il — son aspect évoquait l'idée d'un artiste un peu « quartier latin », cossu et rangé.

Au demeurant, homme aux idées ouvertes, qui se donnait volontiers « comme une secte de libre-penseur catholique, plus catholique que libre-penseur ^ », aux manières affables et enveloppantes, à'ia conversation libre et enjouée : bref, tout ce qu'il faut pour inspirer la confiance. En dehors des milieux protestants qu'il atteignait de plain pied, son crédit

1. Plaisanterie à laquelle s'est associé G. Tyrrell (lettre du 18 décembre 1908, dans A. Houtin, Autour d'un prêtre marié, Paris, 1910, p. 212) et qui, sous sa forme humoristique, dénote une observation assez aiguë de la réalité, encore que l'incrédulité du personnage incitât Fr. von Hugel (Selecled letters, p. 142) à se garder de lui presque autant que d'H. Loyson.

2. ce Depuis de longues années, déclarait-il lui-même en 1908, non sans quelque coquetterie {Les modernistes, p. 17), je n'ai pas cessé de fréquenter les églises, les sacristies et les couvents. »

3. A. Houtin, Une vie- de prêtre, p. 291-292. Ct. Ma vie laïque p. 145-147.

fut bientôt assez grand auprès du petit inonde ecclésiastique, où l'on se piquait de vues larges et de relations distinguées.

Son rôle fut surtout considérable au moment de la grande crise. Mais il a pu se rendre à lui-même le témoignage d'avoir « dès longtemps déjà, et à Londres m"ême, annoncé la naissance de ce magnifique mouvement, cherche à attirer l'attention sur lui ^ ». C'était le commencement d'un long système de progagande par la parole et la plume que son existence cosmopolite devait particulièrement faciliter. Étrange apostolat où l'on ne saurait dire ce qui dominait, du snobisme, de l'illusion candide ou de la sincère conviction, mais qui fut aussi actif que sans doute peu fructueux ^.

Peut-être un jour saura-t-on mieux l'origine et les premières formes de cette vocation. Les sources aujourd'hui connues nous la montrent en plein exercice dès le début du siècle, et d'une façon qui oblige à lui supposer de plus lointaines racines. Il dut correspondre avec G. Tyrrell ^. Dès 1901, il pouvait appeler Marcel Hébert son « cher ami », et, l'année suivante, il lui offrait l'hospitalité patriarcale de sa maison et de sa table * : geste qu'il allait réitérer peu après pour A. Houtin, auprès duquel il aimait faire état de ses nombreuses références ecclésiastiques ^. En 1903, il présentait à Tolstoï les premiers modernistes italiens ^, On voit que la sympathie de l'éclectique pasteur allait alternativement des doctrines aux personnes, des personnes

1. Op. cit., p. 16. Allusion, prccise-t-il, à des Conférences données à l'abbaye de Westminter (Jérusalem Chambers) et à Kensington Town-Hall en 1902.

2. De sa personnalitéun contemporain a pu écrire qu' «elle apparaît presque inévitablement depuis quelques années, dans la coulisse ou sur la scène, toutes les fois que l'Eglise catholique a des affaires à régler avec quelqu'un, pour donner des conseils qu'on ne lui demande pas ou formuler des critiques dont on n'a cure. » J.-M. Vidal, dans Revue du clergé fr., 1910, t. i-xii, p. 474.

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