‹ Le moine Guibert et son temps (1053-1124)Chapitre 1 sur 64 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

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Mon fils Bernard est mort le 6 janvier 1905, d'une maladie de poitrine qui avait éclaté subitement en mars i 904 et qui prit presque aussitôt le caractère d'une phtisie à marche rapide et incurable. Il venait d'obtenir les deux diplômes de l'Ecole des Chartes et de l'Ecole des Hautes Etudes avec deux thèses sur les relations du pape Pascal II avec les rois Philippe I" et Louis VI; il était en route ptour Rome oii il devait passer deux ans comme membre de l'Ecole française d'histoire et d'archéologie, quand la maladie l'a brutalement arraché à ses rêves, à ses projets d'avenir, à ses travaux. Il avait, pendant les aimées 190'2 et 1903, déployé une activité extraordinaire, imprudeyitemême, poursuivant à côté de la préparation de ses examens

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et de SCS thèses, des études personnelles sur i histoire relif/ieuse du moyen âge et sur r histoire de l'art. C'est de ces études qu'est sorti le livre que nous j)uhlions sur le Moine Guibert et son temps. // avait été amené à lire et à analyser les ouvrages de Guibert par ses travaux sur l'église de France à l'époque de Pascal II. Il avait été d'autant plus séduit par la figure de ce moine historien et moraliste, par sa naïve et vivante autobiographie, par sa critique spirituelle et indignée des mœurs et des superstitions de ses contemporains, qu'il savait que l'autobiographie de Guibert avait été pour moi, lorsque j'étais tout jeune écolier, une révélation du moyen âge, que cette lecture avait décidé ma vocation historique avec/ celle du second volume de Michelet et des Lettres d' Augustin Thierry sur l'histoire de France. Il résolut de me faire la surprise qui pouvait le plus toucher mon cœur de père ef, de. professeur. Il prépara en secret, guidé par les couse tU de mes collègues et amis MM. Gebhart et Roy^ tout un volume sur Guibert et son temps, dont, à mon joyeux étonnement, je vis tout à coup, à la fin de 1903, paraître plusieurs fragments dam diverses

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revues cl dont il m apporta un chapitre important pour la l{evue historique./// fut ravi du succès de son petit complot. Il se réjouissait de ■ni apporter bientôt Je livre complet, pour lequel M. Gehhart lui avait ptromis de trouver un éditeur et d'écrire une préface. Grâce à la bienveillance amicale de la maison Hachette, ce livre paraît aujourd'hui avec la préface promise. Ce premier essai littéraire d'un jeune auteur qui n'a pu lui apporter la dernière main et lui donner toute la perfection qu'il rêvait, devait m' être dédié. Je ne l'ai connu en entier qu'après sa mort, et au lieu de le recevoir de ses mains, c'est moi qui viens le déposer, comme une funèbre offrande, sur son tombeau.

GaBIUEL MOiNOD.

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