Monnditic. III
lution de H 12. Guibert poursuit ses déductions avec précision, sans rien oublier de ce qui peut éclairer le lecteur; il se sent maître de son sujet, il le domine.
Non seulement Guibert recherche les causes des événements, mais encore il s'intéresse à leurs conséquences. Rien n'est plus curieux à ce point de vue que l'étude qu'il fait, après avoir montré l'enthousiasme excité en France par la prédication d'Urbain II, des résultats économiques de ce mouvement. Une disette terrible ruinait la France; les accapareurs avaient spéculé sur les blés et affamaient le peuple. Survient la croisade; aussitôt tout le monde des croisés s'empresse de vendre à vil prix terres, bestiaux et récoltes pour s'acheter des équipements. Ce petit fait suffit pour vider les greniers et conjurer la disette. Guibert remarque aussi les conséquences sociales importantes : tandis que jusque-là tous les seigneurs étaient uniquement occupés à ces guerres privées, terribles pour le peuple et
désastreuses pour la prospérité du pays, on vit tout à coup, comme par miracle, ces hommes belliqueux abandonner leurs querelles et supplier les évoques et les prêtres de les revêtir du sig-ne de la Croix selon les ordres donnés par le Saint-Père. Aussitôt la paix et la tranquillité régnèrent à nouveau sur le pays de France \
Ainsi conçu, le travail de l'historien est chose fort délicate et difficile. Guibert n'ignore pas les écueils qu'il affronte; « que dirais-je, s'écrie-t-il, des intentions qui sont presque toujours tellement bien cachées que l'homme doué de l'esprit le plus pénétrant peut à peine les discerner en lui-même-? » Ce n'est qu'à force de travail et de réflexion qu'il y arrivera. Au lieu de se contenter « des raisons les plus naturelles, qui viennent à l'esprit de chacun », il fera un effort pour en trouver d'autres; c'est pourquoi il affectionne cette recherche de ce