A NOTRE-DAME II
Nous vous priions, nous vous bénissions^ nous vous acclamions. Et le soir, quand les processions s étaient déployées à travers les lacets de la montagne et jusque sur les chemins, près des pelouses de V immense esplanade, nous revenions à la Grotte pour les suprêmes effusions de la journée. Là des groupes de Bretons et de Bretonnes, jamais fatigués de célébrer vos louanges y se reprenaient à chanter : une plaintive cantilène prêtait ses notes aux strophes d'un dialogue entre les fils de la Bretagne et les habitants de Lourdes. Après avoir répondu qu'ils ne venaient point, attirés par le Gave rapide, puisque, disaient-ils, a nous avons l'Océan chez nous, » ils ajoutaient, à propos de Bernadette et de sa Dame :
Elle entendit le doux langage Que sa tendresse lui parla, Et l'on sent près du roc sauvage Que le Ciel a passé par là.
Comblés seraient nos vœux, ô Notre-Dame, si ceux et celles, qui, par nous, vont vous louer à la Grotte durant un mois entier, trouvaient en nos pages, avec la solidité de votre roc pour la doc-
trine, la bienfaisance de votre fontaine pour la piété. Que tous, du moins, entendent le doux langage que votre tendresse sait seule parler, et que chacun sente, à travers nos lignes, que, par r unique effet de votre bienveillance, le Ciel a passé par là!...
Nous osons solliciter cette grâce de votre cœur, en ce jour désormais historique où, pour vous glorifier dans la magnificence de fêtes incomparables, Pie X se fait représenter lui-même, à Lourdes, par un de nos Cardinaux devenu son Légat (i).
Ne scribam vanum, Duc, pia Virgo, manum.
Presbytère de VJnimaculée-Concepiion, Elbeuf, ii février 1908
En la Fête de l'Apparition
de la Bienheureuse Marie Vierge Immaculée,
à Lourdes.
(i) Son Ém. le Cardinal Lecot, archevêque de Bordeaux.
L'arrivée à la Grotte.
VEILLE DU MOIS DE MARIE L'arrivée à la Grotte.
'est donc à Lourdes que nous allons passer ce ^lois de ]\Iai tant désiré et enfin
revenu.
Pour le soin, souvent exagéré, du corps, on se ménage dans les stations balnéaires des cures d'eau, dans les stations climatériques des cures d'air. Remercions Dieu de nous avoir inspiré la pensée, fourni le mo3^en, d'entreprendre aux Pyrénées, en la station mystique la plus bienfaisante du monde, la cure d'âme dont notre esprit, notre volonté, notre cœur, plus ou moins fatigués, éprouvent le besoin.
Quand on arrive au sommet des montagnes, dans les coins de forêt, sur la grève des plages, aux bords des sources, après lesquels on soupirait, la première chose qu'on fait, une fois installé en sa chambre d'hôtel, c'est de respirer en toute hâte le grand air, d'écouter le rythme,
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de regarder l'écume, de recevoir Tembrun des vagues, de se livrer, à l'orifice des fontaines, à d'impatientes libations.
De même, sitôt arrivé à Lourdes, se hâte-t-on, avec une célérité plus légitime, de venir « voir le roc sauvage, où la Vierge un jour descendit, la \'ierge au radieux visage qui nous console et nous bénit ». Et, tant qu'on a le bonheur de demeurer en cette ville sainte et d'y vivre en pèlerin, on fait de la Grotte le centre principal de ses journalières activités.
Ainsi ferons-nous, si vous le voulez, chaque jour de ce mois ! La Grotte de Massabieille explique d'ailleurs tout Lourdes — comme la grotte de Bethléem révéla aux Bergers tout le mystère de Xo 1, comme la grotte du jardin des Olives initia les trois Apôtres à l'agonie du Sauveur, comme le tabernacle, façon de grotte symbolique, contient toute l'économie cultuelle de nos églises par la présence de Jésus-Hostie....
Transportons-nous donc au ii février 1858, et apprenons aujourd'hui de Bernadette ellemême les préliminaires de la Première Apparition.
« Le jeudi gras, il faisait froid et le temps
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était sombre. Après notre dîner, ma mère nous dit qu'il n'y avait plus de bois dans la maison, et elle s'en chagrinait. Ma sœur Toinette (i) et moi, pour lui faire plaisir, nous nous offrîmes à aller ramasser des branches sèches sur le bord de la rivière. Ma mère nous répondit que non, parce que le temps était trop mauvais et que nous pourrions nous exposer à tomber dans le Gave. Jeanne Abadie, notre voisine et notre amie, qui gardait son petit frère à la maison et qui avait envie de venir avec nous, alla remettre son frère chez elle, et revint un moment après, en nous disant qu'elle avait la permission de nous accompagner. I\Ia mère se fit prier encore, mais voyant que nous étions à trois, elle nous laissa partir. Nous prîmes tout d'abord la rue qui conduit au cimetière, à côté duquel on décharge du bois, et où l'on trouve par moments des copeaux abandonnés. Nous n'y trouvâmes rien ce jour-là. Nous descendîmes la côte qui mène près du Gave, et arrivées au Pont-Vieux, nous nous deman-
(i) Bernadette n'appelait jamais sa sœur que Toinette, et eelle-ci est enrej^istrée à la mairie de Lourdes sous ce nom. Plus tard, dans la famille, on l'appela Marie.
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dames s'il fallait aller vers le haut ou le bas de la rivière. Nous décidâmes d'aller vers le bas; et prenant le chemin de la forêt nous arrivâmes à la Merlasse. Là, nous entrâmes dans la prairie de M. de Lafitte par le moulin de Savy. Une fois à l'extrémité de cette prairie, presque en face de la Grotte de Massabieille, nous fûmes arrêtées par le canal du moulin que nous venions de traverser. Les eaux de ce canal n'étaient pas fortes, car le moulin ne marchait pas, mais elles étaient froides, et, pour ma part, je craignais d'3' entrer. Jeanne Abadie et ma sœur, moins peureuses que moi, prirent leurs sabots à la main et passèrent le ruisseau. Cependant lorsqu'elles furent de l'autre côté, ces drôles (i) se mirent à crier au froid, et se baissèrent sur eUes-mêmes pour réchauffer leurs pieds. Tout cela augmentait ma crainte, et je sentais que, si j'entrais dans l'eau, mon asthme allait me reprendre. Alors j e priai Jeanne Abadie, qui était plus grande et plus forte que moi, de venir me passer sur ses épaules. — « Oh ! ma
(I) Cette appellation n'a rien d'offensant dans la signification patoise. Les jeunes filles l'emploient familièrement pour se distinguer entre elles.