OCTOBRE
IN nomine sancte et indivîdue Trinitatis, Patris , et Filii et Spiritus Sancti , amen.
— Anne ejusdem Incarnacionis m*'ccc*' xlij"* et die ultima mensis octobris, serenissimo principe domino Philippo, Dei gratia Francorum rege régnante, etreverendo in Christo pâtre et domino domino Amaldo miseracione divina Magalonensi episcopo présidente, noyerint universi et singuli hujus instrumenti publici seriem inspecturi ac eciam audituri, quod, presentibus me notario et testibus infrascriptis , existens ante presenciam venerabilis et circumspecti viri doixiini Ysarni de Vuhaco, in legibus licenciati , commissarii seu vi-
carii ad intrascripta peragenda una cum domino G. de Planhano, officiali, per dictum dominum Magalonensem episcopum specialiter deputati, prout de dicta commissione seu vicariatu plene constat per quasdampatenteslitterasipsiusdominiepiscopi in papiro scriptas, ejusque sigillo parvo cereo in cera rubea a terguo earumdem , ut prima facîe apparebat, sigillatas, ténor quarum inferius inseretur, venerabilis et religiosus vir dominus Paulus de Deucio, decretorum doctor, monachus monasterii Sancti G[uillelmi] de Desertis, Lodovensis diocesis, priorque prioratus Sancti Martini de Londris, Magalonensis diocesis, requisivit humiliter et cum débita reverencia eumdem dominum vicarium quatenus super examinacione quam statim die presenti discretus vir frater Guillelmus Grimoardi, monachus monasterii Cluniacensis , baccallarius in decretis, subierat in facultate juris canohici eidem dignaretur bénigne respondere, et dictus dominus YsarnusdeVuhaco,commissariusvicarius predictus, cum neccessario, ut dixit, die crastina haberetsc a villa Montispessulani absentare, ideo volebat se de dicta requisicione expedire, et propositis per eum verbis plurimis , laudabilibus in commendacionem baccalariipredicti, dixit et res-
pondit eidem quod , cum sibi constet dictum bacallarium fuisse in moribus et natalibus légitime examinatum , ac eciam approbatum, juxta statuta pappalia super his de novo édita et die presenti fuissent eidem baccallario punctain jure canonico, ut moris est, in ipsius domini vicariipresencia et de mandate ejusdem assignata, presentibus dominis doctoribus dicte facultatis qui interesse voluerunt , absentibus légitime spectatis , in cappella Sancte Trinitatis ecclesie Sancti Firmini de Montepessulano , deindeque in cappella Aule episcopalis Montispessulani . nora vesperorum presentis diei, per venerabiles viros dominos Jacobum Ymberti , Dominicum Sanxii , Alexandrum de Cressessio , Guillelmum deColumberio Johannem Sanxii, Raymundum de Gozono et Arnaudum Laurerii, decretorum doctores, vel, obmisso de contingentibus, examinatus fuisset in ipsius domini vicarii presencia , aliis dominis doctoribus venerabilis collegii dominorum doctorum juris canonici absentibus légitime spectatis,tandem de voluntate, consilio,concensu et assensu expressis ipsorum dominorum doctorum et cujuslibet ex ipsis, nemine discrepante, qui secundum Deum et eorum bonas consciencias dictum bacallarium aptum, suficientem
et ydoneum ad assumendum in facultate juris xanonici doctoratus honorem , suis exigentibus meritis, reputabant, etdignum ac racioni conveniens esse dinoscatur ut hii quos propter diuturnam vigiliarum et studiorum instanciam sciencie nobilitas
{)redotavit honoris et dignitatis prerogativa etentur et privilegio gaudeant speciali, ut Eer continuas laboris amaritudines , quas abuerunt in studio, fructum desideratum inveniantindocendo, utipsorum premii remuneracionis exemplo alii ad continue perseveracionis studium inducantur. Idcirco prius ab ipso domino vicario petito et a prefato bacallario prestito ad sancta quatuor Dei ewangelia juramento in infrascriptis litteris dicti domini episcopi contento, dictus dominus vicarius memoratum bacallarium , quantum ad prefatam secretam examinacionem predicta auctoritate laudabiliter approbavit , et eidem concessit auctoritatem et licenciam faciendi publicam suam [lectionem] in facultate juris canonici predicta, prout moris [est] in dicto Montispessulani studio , cum voluerit quandocumque.
Ténor vero litterarum vicariatus dicti domini Ysarni de Vuhaco , de quibus superius facta est mencio, sequitur sub tenore scquente : Arnaldus, etc.
De quibus omnibus et singulis predictis, etc.
Acta sunt hec in dicta capella Aule episcopalis Montispessulani, presentibus testibus discretis viris dominis Matheo Blegerii , in le2[ibus approbato , Andréa Beriomerli , in legibus baccallario , Ymberto de Previnqueriis , priore de Ponte , baccallario in decretis, Nicholao Perentis, baccallario in decretis, diocesis Mimathensis, Guidone de Gozone, priore de Cosoles, monacho monasterii Vabrensis, magistro Jacobo Porcelli, notario, habitatoribus de Montepessulano, et me Johanne de Sala, notario, etc.
( Arch. dép. de l'Hérault, série G, minutes du notaire Jean de Sala, de 1341 à 1342, f^» 56 et 57 ).
JA mémoire d'Urbain V , restée précieuse à plusieurs villes à cause des bienfaits qu'elles en reçurent, devrait, à ce titre, être particulièrement en honneur dans celle de Montpellier : aucune n'ayant été au même degré l'objet de sa protection , de sa sollicitude , de ses préférences ne se trouve en droit, autant qu'elle, d'y répondre par une gratitude mêlée d'orgueil. Aussi nos historiens locaux se sont-ils gardés d'oublier cet insigne bienfaiteur de la cité ; et le plus ancien d'entre eux, rapproché des temps où son souvenir n'avait pas été altéré par la disparition à peu prés totale de ses œuvres, s'est même laissé entraîner dans l'énumération de celles-ci à un enthousiasme plus instinctif que raisonné. Notre siècle se défie de tels procédés , et l'on ne saurait
Lt Monastère Saint-Benoît.
Yen blâmer ni s*en plaindre dans un sujet qui peut abandonner quelque chose à la critique sans rien ôter à l'admiration. Nous ne rapporterons donc pas à Urbain V, sur la foi de Gariel (i), la création d'un canal destiné à conduire dans nos murs les eaux du Lez, pas plus que la construction delà palissade, seconde enceinte fortifiée de la ville. Du premier ouvrage aucune trace ne subsista jamais et l'on ne peut trouver l'origine de cette assertion que dans une dérivation partielle du cours de la rivière, exécutée à une époque incertaine. Quant à la palissade, nous sommes en mesure d'affirmer que ce travail de défense , dû à l'initiative des Consuls, était au moins décidé quelques années avunt l'exaltation de Guillaume Grimoard à la papauté, puisque son prédécesseur, Innocent VI, engagea, le i^'' mars I3S7> le clergé de Maguelone à contribuer à la dépense qu'il nécessitait (2). Ces réserves étant posées , les
(i) Gariel , L'origine, Us changemens, etc., de S. Pierre de Mompelier , p. 32 et 33 ^ Idée de la ville de Montpelier : De Montpelier en particulier, p.i54etiS5.
(2) € Sane petitio dilectorum filiorum consulum ville Mon- » iispessulani , Magahtiensis diocesis^ nobis nuper exhibita,
> corUinebat quod ipsi, dierum maliiiam ei pericula temporum
> intuerUes, ei cupientes adversus illa sic arUe tempus remédia » oportuna prospicere qttod in tempore si, quodavertat Dominus^ » evenirent, tiulla nuichinamentahosiium eisadversantia iimeant, » nullosque inimicorum vereantur incursus, consulta délibéra- » tione prehabita^ statuerunt tnuros ac valla etfossata que villam
> ipsam ambiunt instaurare fortius, et que vetustatis detrimenta
bienfaits très réels d'Urbain V à Tégard de Montpellier doivent appeler une reconnaissance dont les marques effectives se sont fait attendre jusqu'ici (i). Nous serions trop heureux que ces Études servissent à les provoquer ; du moins y
> sentiunt, innovcUione roborare valido, d insuper construire ac » erigere necessaria quedam àlia munimenta, ad que complenda
> dicti cansules, ipsius ville impotentiam preUndenUs^ necessa- » rium eis nostrum subsidium allegaruni, y* ( Arch. mun. de Montpellier , grand chairtrier, arm. E, cass. v, liasse 4 bis, pièce 64).
(i) En 1857 déjà M. Th. Roussel, aujourd'hui sénateur de la Lozère, s*étonnait de voir la ville de Montpellier si indifférente à la mémoire d'Urbain V et aU souvenir de ses bienfaits. Il s'efforça même de rappeler nos concitoyens au devoir de la reconnaissance : à sa prière, M. le docteur Fréd. Cazaiis remit en 1858 à Mgr. Thibault, évêque de Montpellier, les numéros du Bulletin de la Société d'Agricullure, etc.. de la Lozère relatant les fondations du Pape dans notre ville, et demanda Térection d'une sutue â ce Pontife en face de Téglise Saint-Pierre. Mgr. Thibault répondit que la pensée lui paraissait trop juste pour qu'il ne la prît pas à cœur. Ce projet pourtant n'eut pas de suites. Quelques années après, à l'invitation de Mgr. TËvêque de Marseille, en instance près de la Cour de Rome pour faire reconnaître le culte du B. Urbain V , Mgr. Le Courtier répondit bien par sou adhésion ; mais depuis le 10 mars 1870, date du décret d'approbation^ rien encore n'avertit celui qui entre, le 19 décembre , dans la cathédrale de Montpellier que les murs de celle-ci ont été édifiés par ce grand Pape, dont le culte y fut célébré pendant deux cents ans : sa fête y passe sans éclat particulier, et les échos de ces voûtes, endormis par un oubli séculaire, ne savent d'eux-mêmes se réveiller^ à l'occasion, pour redire un nom qu'ils n'entendent plus.
Ix Monastère Saint^Benctt.
attachons-nous la pensée d'un hommage tardif, mais bien mérité i ce grand Pape.
Les fondations qu'il établit pour soutenir l'Université de Montpellier suffiraient à justifier de pareils sentiments (i), mais elles n'ont pas seules contribué à les inspirer. D'aucun pape nos archives civiles et religieuses, toutes réduites qu'elles ont été, n'ont gardé tant de privilèges signalés, car il n'est pas un seul des intérêts locaux qui n'ait attiré sa sollicitude et éprouvé sa protection. Ne nous arrêtons point aux Éiveurs dues aux pontifes ses prédécesseurs et maintenues par lui : ses bienÊiits personnels sont assez nombreux et variés pour s'être étendus à la ville, aux habitants, aux Écoles, au commerce et aux églises de Montpellier.
Dès les premiers mois de son élévation, Urbain V reconnut et confirma les libertés, droits et privilèges du Consulat (2), et plus d'une fois il couvrit ses membres de la sauvegarde pontificale (3). Les malheurs et les dangers d'une époque troublée entre toutes lui fournirent de fréquentes occasions de protéger ce peuple de Montpellier, qu'il considérait comme les ouailles propres du Saint-Siège, et chérissait d'une singu-
(i) L. Guiraud, Les Fondations du Pape Urbain V à Montpellier : t. I , Le Collège des Douze Médecins ; t. Il , I^ Collège Saint-Benoit.
(2) Arch. mua. de Montpellier, grand chartrier, arm. E, cass. V, liasse 5, pièces i à 4.
(3) Ihid., pièces 13 et 14-
Hère affection. Il prit sa défense tantôt contre l'avidité des gens de Louis d'Anjou, gouverneur de Languedoc (i), tantôt contre les redoutables compagnies qui ravageaient la province (2). Mais, comme ici la prudence s'alliait à la force pour régler un zèle dont la témérité pourrait devenir funeste, quels conseils pleins de bonté et de prévoyance n'inspira-t-elle point au Pape ! Il venait d'apprendre que certaines personnes du diocèse de Lombez, étant parties pour combattre les routiers, avaient été surprises et tuées par eux à Sauveterre; aussitôt il écrivit aux Consuls de Montpellier pour leur recommander de ne point laisser leurs gens se mettre en route sans un bon chef, de crainte d'un sort semblable (3).
Les deux établissements scolaires d'Urbain V sont uniques dans notre ville par le rang de celui qui les créa, par l'ampleur qu'il sut leur donner, enfin par l'étendue de leurs résultats ; mais que d'autres marques de protection ne pourrionsnous pas citer de ce pape à l'égard des Écoles de Montpellier ! Renouvellement de leurs privilèges, maintien de leurs statuts, dispenses et grâces générales , faveurs personnelles , encouragements à des fondations analogues aux siennes (4), rien
(1) Arch. mun. de Montpellier, grand chartrier, arm. £, cass. v, liasse 5, pièce 11.
(2) Ibid , pièces 6, 7 et 8.
'3) Ibid,, pièce 9.
M) Arch. Vatic, Urb. V regest. passim.
Ix Monastère Saint^Benoit.
ne fut épargné afin de procurer par le bien des professeurs et celui des étudiants la gloire même de la cité. Le commerce , source de sa richesse , était également encouragé : les marchands de Montpellier obtinrent , faveur d'autant plus rare au moment où le Pontife préparait la croisade contre les Turcs , la permission d'envoyer deux navires dans le Levant, un à Alexandrie, chaque année, pour y trafiquer (i).
A leur tour les communautés religieuses furent l'objet de sa sollicitude. Le chapitre régulier de Maguelone avait besoin de réforme : il lui donna pour évêque l'un des hommes qui possédaient sa confiance entière, nous le dirons plus loin. Tandis qu'il recommandait à la charité des Consuls la reconstruction de l'église et du monastère des Carmes, abattus pour la défense de la ville (2), il leur demandait de donner asile dans la chapelle et l'hôpital Saint-Guilhem aux religieuses du Vignogoul, exposées loin de toute protection à l'insolence dçs gens d'armes (3).' Aux Frères Mineurs il envoyait une relique du bienheureux Louis de Sicile , et rehaussait la valeur de ce
(i) Arch. mun. de Montpellier, grand chartrier, arm. E, cass. V, pièce 9 ; ihid,, série BB, actes du Consulat , reg. de Tan 1365, f°» 6, 7 et 13.
(2) Arch. mun. de Montpellier, arm. £, cass. v, liasse 5, pièce 12.
(3) Arch. mun. de Montpellier, série BB, reg. de délib. du Conseil de Ville de Tan 1365, au 2 octobre.
don par un procédé d'exquise délicatesse, en choisissant pour l'apporter frère Pierre d'Aragon, le propre neveu du Saint (i). La reconstruction des églises attirant également son attention , on le vit la favoriser en concédant des indulgences à celles de Notre-Dame des Tables (2) et de Notre-Dame du Paradis, chapelle des pauvres Clarisses (3).
Tant de marques de sollicitude montrent bien la toute particulière prédilection du Pape pour notre ville, dont son esprit faisait comme sa patrie de choix; mais on n'en trouvera pas de meilleure preuve que l'étroite alliance contractée par ses soins entre sa propre famille et une Êimille montpelliéraine. Ses plus anciens biographes nous apprennent qu'il maria son unique neveu à la fille d'un marchand de Montpellier. Grâce aux résultats déjà publiés de recherches faites depuis longues années par M. le chanoine J.-H. Albanès, de Marseille, et grâce à nos investigations personnelles, nous sommes en mesure d'ajouter quelques détails à un fait déjà relevé par d'Aigrefeuille (4). Ce neveu d'Urbain V s'appelait Raymond de Montant; il était fils de Guillaume de Montant, damoiseau du diocèse d'Uzès, et de
(I) Petit Thalamus, éd., p. 371.
( 2) Gariel , Séries Prasulum^ p • 4 2 3 • (3) Arch. dép. de THérault, série H, fonds de la Visitation.
8 L^ Monastère Saint-'Benoit,
Delphine Grimoard, sœur du pape et du cardinal Anglic. Guillaume, père de ces derniers, étant mort presque centenaire à Avignon le i6 octobre 1 3 66, l'héritage des Grimoard revenait à Urbain V, en sa qualité d'aîné. Mais, le 3 avril 1367, il en investit Raymond de Montant , que la parenté, l'affection et une éducation faite à sa cour lui rendaient cher. Vers cette époque aussi il songea à l'établir (i). A quelles alliances aurait pu prétendre le neveu d'un Pape qui joignait au prestige de sa dignité tout l'ascendant de son mérite personnel ! Les pensées d'ambition furent néanmoins écartées soit pour réaliser une promesse antérieure, soit afin de donner à notre ville une préférence pleine d'honneur. C'est donc au sein d'une famille de marchands de Montpellier qu'Urbain V choisit l'épouse du jeune seigneur de Grisac. Faisons-le observer cependant : cette alliance fut loin d'être aussi disproportionnée qu'elle pourrait le paraître, car les marchands de Montpellier au xjv* siècle étaient en réalité de hauts bourgeois , de puissants financiers , de véritables armateurs. Leurs privilèges, leur organisation ont été étudiés par M. A. Germain dans son Histoire du Commerce de Montpellier d'après des documents officiels et généraux; mais, pour préciser la nature et mesurer l'étendue de leur négoce , il faudrait recourir à une source d'informations très précieuse,
(i ) J.-H. Albanès, Recherches sur la famille de Grimoard , p. 49-
L£ Monastère Saint-Benoit.
que cet auteur a négligée : nous voulons parler des livres particuliers de recettes, comptes, dépenses et banque de certains de ces marchands, conservés au dépôt des Archives de l'Hérault. C'est là que nous avons recherché, mais en vain, le nom de la famille Joverie, communiqué par M. le chanoine Albanès comme celui que porta la femme de Raymond de Montant. Son prénom de Jacquette, accompagné de la qualification de « noble», est consigné dans un acte de Pons Émeric , notaire de Montpellier, dans les minutes duquel nous l'avons découvert. Cet acte marque approximativement son âge, puisqu'elle y déclare, le 17 novembre 1374, avoir plus de vingt ans et moins de vingt-cinq. Elle était alors déjà veuve et revenue dans notre ville, où elle habitait. C'est là qu'elle reçut des mains de PonsLoberie, prévôt de l'Église de Toulon, une somme de 2000 francs d'or à elle léguée par son époux, dont elle n'eut pas d'enlants, survivants du moins (i). Cette
(i) € Noverint universi quod ego nobilis Jacoba, reîicta » domini Raymuhdi Montaudi^ quondam ntiîitis, iomini de » GrisacOy sciens et aUmdens vos venerabilem virum dominum » Poncium Lbberie^ prepositum Tholonensem, ut procuraiorem » meum Ijohuisse et reçusse a reverendissimo in Christo pâtre » et domino meo domino Angîico, miser atione divina episcopo » Albamnsi, sacrosancte Romane eccUsie cardinali ut gadiaiore » sive exequtore ultimi testamenti et uUime voîuntatis dicii > quondam domini Raymundi Montaudi , viri mei, nepotisque » ^f , videlicet duo milia francos auri boni ponderis cugni » domini nostri Francorum régis in diminutione legalorum
lo Ix MotkisUre SaitU'^BenoiL
indication sur Tàge de Jacquette et la mention de son voyage en Italie, où elle suivit le Pape avec Raymond , ainsi que l'a constaté M. Albanès , reportent son mariage vers l'époque de la venue d'Urbain V à Montpellier. Cette visite solennelle fut en quelque sorte le couronnement des faveurs du Pontife à l'égard de notre ville ; mais, comme elle eut pour but principal la consécration de l'église du monastère Saint-Benoît , il est temps de retracer les travaux que nécessita une si importante création, objet spécial de cette Étude.
I A première préoccupation du Pape devait être celle de l'emplacement ; son choix
fut guidé par les nécessités du temps. Il
n'est pas d'époque plus funeste au Languedoc et à Montpellier que cette période embrassant la dernière moitié du xiv* siècle et la première du xv^. Les ravages des grandes compagnies enlevaient toute sécurité à la campagne et même aux faubourgs , et obligeaient leurs habitants à chercher un refuge dans l'enceinte fortifiée de la ville.
» michi factarum per dictum quondam dominum Raymundum, » virum nuutn, in suo ultimo testamento. Idcirco majoris me » asserms ego dicta nobilis Jacoba vigifUi annis, minoris tamen » viginii quinqiu », etc. ( Arch. dép. de l'Hérault , série G, notaires du Clergé : Pons Emeric, reg. i, f° in )•
1/ Monastère Saint^Benoit, ii
L'immigration devint , à un moment donné , si marquée qu'on prit le parti de chasser les Juifs du quartier de Castel-Moton, qu'ils avaient envahi, et de les parquer dans la rue de la Vacaria (aujourd'hui rue Roucher), près du portail de la Saunerie(i). Les communautés de femmes, exposées aux plus graves dangers, étaient contraintes d'abandonner leurs établissements primitif pour se rapprocher des habitations (2). Les monastères d'hommes même étaient en butte aux attaques des routiers, comme celui des Franciscains en 13 61 (3)>ou sacrifiés aux nécessités de la défense, comme celui des Carmes, dont l'église, alors démolie par ordre des Consuls, ne fut reconstruite qu'en 1393 , et encore sous certaines conditions (4).
Témoin de ces dangers, le Pape ne pouvait y
(1) Arch. lïiun. de Montpellier, grand charirier, arm. E, cass. VII, liasse 33, pièce 5, acte du 18 juin 1365.
(2) L'hôpital Saint-Guilhem , qui avait été demandé aux Consuls par le cardinal Anglic\ au nom du Pape afin d y transférer les religieuses du Vignogoul, fut, en 1381, cédé aux Prouilianes ou Dominicaines, qui abandonnèrent pour Toccuper leur couvent primitif hors la portalière de Lavérune. (Arch. mun. de Montpellier, série BB, reg. de délib. du G)nseil de Ville de l'an 1365 , au 2 octobre , et de Tan 1381).
(3) Petit Thalamus, éd., p. 358.
(4) € Quod dicta eccUsia et cor ejusdem in tali statu hediffi- » cmiur quod turris portalis Carmelitarum Montispessulkmi sit » altior duarum cannarum quant eccUsia fienda. . . • adeo et in » tantnm quod dicta turris posset domittari dictam eccUsiam, si
12 Le Mofiastire Saint-Benoit.
exposer un jour son monastère ; aussi résolut-il de le placer dans Tenceinte de la Commune- Clôture, et de le prémunir contre toute entreprise par les murs les plus épais et les défenses les plus redoutables. Pour réaliser ce plan et satisfeire en même temps aux exigences de la vie de prière et d'étude qu'il y voulait établir, le quartier de Coste-Frège (ij lui parut avec raison naturellement désigné. Ce coin de ville , déjà protégé par sa position en contre-bas , était commandé par les fortifications du Palais et celles de la porte des Carmes ; de plus , il était alors , et devait rester par la force des choses, isolé du mouvement politique , intellectuel , industriel et commercial répandu dans les autres quartiers. De modestes maisons , la plupart possédées par des ouvriers ou des cultivateurs , ainsi que des vergers et jardins l'occupaient; l'acquisition n'en offrirait pas de difficultés , et serait assez peu coûteuse, relativement à l'espace nécessaire.
Là s'éleva de bonne heure VHospicium Papa , premier rudiment du Collège Saint-Benoît et noyau des constructions du monastère, qui finirent
» genUs artfwrum in eadem ecclesia aîîogiare veniebant. » (Arch. mun. de Montpellier, grand chartrier, arm. F, cass. vu, pièce 69 ).
(i; € Carreria vulgariUr nuncupcUa Costafraga, . . Costa^ > fr^o> » trouve-t-on dans les documents de l'époque. La dénomination ne comporte pas d'explication ; quant à la rue qu'elle affectait, nous y reviendrons.
Lt Monastère Saint-^Benoit. 13
par l'absorber après l'avoir remplacé. -La position en est approximativement déterminée parles confronts des maisons achetées alentour, et nous croyons qu'on peut la fixer sans trop d'écart au vacant ménagé ensuite devant l'église, dans la partie contiguë à la rue dite rue* Droite de l'Abbéd'Aniane (i). Il n'est pas inutile de le faire observer : la rue à laquelle on a affecté aujourd'hui le nom de Coste-Frège ne représente pas celle qui le portait au xiv* siècle et qui n'était autre que la rue actuelle de l'École-de-Médecine. Le doute à cet égard ne saurait subsister, car la liste des acquisitions du Pape mentionne divers immeubles ouvrant sur la rue G>ste-Frège , dont l'autre côté appartenait déjà au Collège Saint-Ruf en construction (2).
L'achat de VHospicium Papa doit remonter au commencement de l'année 1364, d'après la date des lettres patentes (20 avril 1364) confirmant les premières acquisitions. On s'occupa de l'aménagement dans le courant de l'été , puisque nous voyons Michel de Solastro, fustier, recevoir le 4 juillet lé sols pour couvrir la maison (3). En même temps on y place une cloche, que le fustier Jean Coste et ses compagnons transportent et
(i) Voir Appendice VI .
(2) Arch. Vatic, Urb. V'reg., t. 261, f^» 140 et suiv. Cf. Cartidaire de TUniversîU de Montpellier^ 1. 1, p. 468.
(3) Arch. Vatic, Introitus etExitusCameraeapostolicae , vol. 309, f" 67. .
14 1/ Monastère Saint^Benoit.
adaptent pour la somme de 48 sols (i). G)ste et Bernard Terre, autre fustier , réparent ensuite les dégâts causés à la toiture dans cette occasion (2). Or une cloche est l'indice de la vie commune, et celle-ci, en effet, était inaugurée à ce moment à YHospicium Papa, ainsi qu'en témoignent les états des administrateurs Pierre Roque, Hugues de Ylaroet Guillaum.e Fabre, qui se succédèrent dans cet emploi. La dépense ordinaire et extraordinaire varie pour chaque mois de 60 à 186 florins, et se tient communément à une moyenne de 75 florins. Y sont compris des comptes de viande de boucherie, les provisions de foin et d'avoine pour les jeunes chevaux entretenus dans la maison, un achat de couvertures à Gignac, etc (3). A l'approche de l'hiver, le peyrier Jacques Bernard et le fustier Jean Barte sont chargés de mettre en état les fenêtres (4).
Car cette demeure, ainsi aménagée, est destinée, on l'a compris, aux étudiants soit en droit, soit en médecine que le Pape , impatient de faire servir au progrès des études les ressources dont il dispose , y a groupés en attendant l'exécution d'un plus vaste dessein. Là enseigna ce Raymond Salairon dont nous avons parlé ailleurs, et que
(i) Arch. Vatic. , Intr. et Eût. Cam. apost., vol. 309, fo 67 vo.
(2) Ibid., vol. 309, f» 67 V».
(3) Ibid., vol. 309, fo» 7 et 8.
(4) Ibid,, vol. 309, f> 71 v».
Lt Monastère Saint^Benait. 15
les documents nous montrent entouré d'écoliers gévaudannais en médecine (i); là durent aussi être logés, avec les premiers étudiants bénédictins envoyés à Montpellier dès la fin de 1366 (2), les religieux de Saint-Victor députés à la fondation du monastère de Montpellier la quatrième année du pontificat d'Urbain V , c'est-à-dire entre les mois de novembre 1365 et 1366 (3). La date exacte de leur transfert au Collège Saint-Benoît , 20 avril 1368 , nous est fournie par une mention du compte de l'économe (4). *
Mais il est temps d'abandonner nous-même VHospicium Papte pour jeter un coup d'œil sur les travaux préliminaires du monastère. Les achats d'immeubles continuaient et furent très nombreux, comme on peut en juger par la liste de ceux qu'amortit en 1372 le roi de Navarre, alors seigneur de Montpellier. Cette énumération fort intéressante ne comprend pas moins de cinquante- Ci) L. Guiraud, Ix Collège Saint-Benoit , p. 12 et 35.
(2) L. Guiraud, c»^. cit , p, 31.
(3) Arch. dép. de THérault, série G, Invent, des actes du Chap. cathédral de Montpellier par Fr. Joffre, t. I*^**, p. 147.
(4) € Item eadem die mutavitnus nos in bistidam^ et corne-
> derunt in conventu dominus Philippus, emptor domini Maga-
> lone, et quidam alter presbyter. — Expendi pro tribus quartis
> eduli..,. vgr, iiij pat. — Isti duo erant in villa ut facerent
> quoddeprecepto domini Magalonemonachi [inhabitent ]domum
> istam de novo, » ( Arch. Vatic, Urb. V reg. Avinion., vol. XVII, fo« 104 v^-iiçv® ).
i6 Lt Monastère Saint-Benoit.
une maisons, deux vergers et un vacant ou place (i) ; mais elle n*est pas complète, quelques mentions spéciales, empruntées à la Vaticane, augmentant un nombre (2) que nous n'osons fixer exactement, car beaucoup de dépenses ne sont mentionnées qu'en gros . La démolition de ces immeubles fut autorisée par des lettres patentes de Charles V du 20 avril 1364 et du 28 octobre 1365 (3). Relevons ce détail: on employa le soufre et l'huile pour l'activer par le feu (4). Hugues de Barno en dirigea les travaux (5).
Les plans paraissent avoir été élaborés à Avignon, par les architectes du Pape : Bernard de Manse, sacristain de l'église Saint-Didier, que nous voyons intervenir fréquemment dans la
(1) Voir Appendice VI.
f2) Citons en particulier une maison acquise de maître Helie et de son épouse au pri^i de 75 florins; une autre de Guillemette, veuve de Pierre Guibaud, sabatier, pour iio florins (Ârch. Vatic, Intr. et Exit. Cam. apost , vol. 321, £<) 102) ; un verger acquis de Guidete, veuve de Giraud de Cabanes , pour 200 florins (Ibid., vol. 319, fo ^j v» ).
(3) Arch. dép. de THérault, série G , In vent, des actes du Chap. cathédral de Montpellier par Fr. JofFre, t. I*'^ p. 432. ~- Arch. mun. de Montpellier, série GG, Collège Saint- Benoit, une pièce pap. copie.
(4) « Item die veneris xiij septembris, cum daretur incendie » hospicio ohm de Na Marina , solvi manu Johannis Cumhas p pro sulphure et oleo,,. iiij sol. viijden. (Arch. Vatic, Intr. et Exit. Cam. apost., vol. 309, f^ 69 ).
(5) Ihid., vol. 309, fo« 38 à 44.
Lt Manastire Saint-Benott. 17
surveillance de la construction ou pour Tachât des matières nécessaires, et Bertrand Nogayrol, directeur des œuvres d'Urbain V : on ne trouve pas, en effet, d'honoraires payés à d'autres artistes. La gestion des finances affectées à l'œuvre fut confiée à Jean Garrigue , chanoine de Narbonne et collecteur pontifical pour cette province (i) ; Bernard Franc et G)lin Bertrand, de Montpellier , deux amis d'Urbain V , s'en occupèrent aussi avec le titre de commissaires spéciaux (2). Enfin la conduite, des travaux fut donnée à maître Guillaume G>mbes , peyrier de Villefranche en Rouergue , qu'on envoya chercher pour diriger l'œuvre, dans la seconde quinzaine de juin (3). Aussitôt arrivé, il s'occupa à mesurer l'espace choisi pour l'église, et en traça le pourtour (4). Cette opération fut suivie de la passation d'un contrat avec Guillaume Maura et Jacques de Viols, terrassiers de Montpellier, qui se chargèrent de creuser les fondements de l'église. Leur salaire fut fixé à 14 gros d'argent la catme de sept palmes d'arête sur tous les sens. On stipula que, rencontrant la pierre dure, qui ne peut être entamée
(i) Arch. Vatic, Intr. et Eut. Cam. apost., vol. 309, fo» ( etsuiv.; vol. 317, f* 9S«
(2) Ibid., vol. 317, fo» 97, 107, 113, etc.
(3) Ibid,, vol. 309, fo 67.— Cf. E. Mumz, Les Constructions du pape Urbain Va Montpellier, p. 9.
(4) Jbid., vol- 309, fo 67 vo.— Cf. E. Mûntz,<^.a<., p. 10.
i8 Z/ Monastère Saint-- Benoît.
par le pic y ils ne seraient pas tenus de creuser plus bas ; s'ils le faisaient, il leur serait compté un supplément de salaire à déterminer. Le cas se produisit après l'extraction de 144 cannes et demie : Maura et ses compagnons durent employer un outil plus fort, appelé encore vulgairement de nos jours escoude , et sur l'estimation de Guillaume Combes et de Jean Gilles, peyrier de Montpellier, ils reçurent 4 gros de plus par canne. 200 cannes furent payées à raison de ce nouveau prix, et le tout s'éleva à 468 florins 7 gros (i).
Afin de feiciliter Tenlôvement des décombres et plus tard le transport des matériaux, Guillaume Maura fut chargé d'agrandir le pont sur le Merdanson qui donnait accès au portail des Carmes, vulgairement du Legassieu (2), et Jacques Bernard de réparer l'ouverture de ce portail (3). Enfin, la saison des pluies approchant , on employa le même ouvrier à refeire la conduite ou gazilian depuis le carrefour de Coste-Frège jusqu'à celui de la rue de l'Abbé-d'Aniane, sur une longueur de 38 cannes et demie (4). Ainsi furent assurés le service et la préservation des chantiers.
Dès que l'état des travaux le permit, on posa la première pierre de l'édifice. Cette cérémonie se
fi) Voir Appendice I.
(2) Arch. Vatic.^ lotr. et Exit. Cam. apost., vol. 309, fo 67 v».
($) ihVI., vol. 309, foéyvo.— Cf.E. Mûnt2,o/>.«/.,p.9. (4) Ibid,, vol. 309, f» 19.
Le Monastère Saini^BenalL 19
fit avec une grande solennité le i*' octobre 1364, fête de saint Germain et de saint Rémi. Une longue procession, formée par les communautés religieuses et le clergé des églises, par les G>nsuls, les Ouvriers de la G>mmune-Clôture et les G>nsuls de mer, partit de l'Hôtel- de-Ville au son des instruments. Jean Gasc , abbé de Saint- Sauveur d'Aniane et ami d'Urbain V, y poruit, sous le dais du consulat, la tète de saint Biaise, martyr. Un sermon fut prêché sur le lieu même où allait s'élever l'église par Fr. Gordon Tinel, franciscain, notre concitoyen. L'abbé d'Aniane, au nom du Pape, posa la première pierre au chevet du chœur en l'honneur de la Bienheureuse Vierge Marie et de saint Benoît ; une seconde fut placée au côté droit, en l'honneur de saint Biaise, par les Consuls de Tannée, qui jetèrent dessous une poignée de menue monnaie d'argent ; Philippe de Lantilla , recteur de la Part antique , et Jacques de la Manhania, bayle de Montpellier, érigèrent la troisième au côté gauche, en l'honneur de saint Germain. Les maîtres ouvriers reçurent pour étrennes six tasses d'argent (i) ; ils étaient alors , en effet , au nombre de six , dont noas rappelons les noms : Guillaume Combes et Jeaii Combes (2), de Villefranche en Rouergue ; Jean
(1) Petit Thalamus, ms., f^ (ii v»; éd., p. 366. —Tous les passages de cette chronique concernant notre sujet ont été revisés sur le texte.
(2) Arch.Vatic.,Intr.et£xit.Cam.apost ,vol. 309,fc^26.
20 Le Monastite Saint^Benoît,
Gilles, Jacques Bernard, Jacques de Viols et Guillaume Maura, de Montpellier. L'élément local, on le voit, y était largement représenté.
Le complément de la cérémonie fut un repas offert, au nom et aux frais du Pape, par le collecteur Jean Garrigue à TAbbé, aux Consuls, au Recteur , au Bayle et à nombre de notables personnages qui les entouraient. Le compte de ce repas, que nous avons sous les yeux, permet d'en reconstituer le menu solide : potage de poireaux, longes de porc frais et jambonneaux salés, quartiers de bœuf et de mouton rôtis au charbon de bois ou cuits au four, le tout accompagné d'oseille et fortement assaisonné de moutarde, d'épices et de vinaigre. Le palais des convives, des méridionaux d'ailleurs, dut être pourtant dédommagé par les 150 tartes aux amandes, confiées aux soins habiles du pâtissier Jean de Gizevieille (i).
Grâce aux précautions prises, l'hiver n'interrompit point les travaux. Le 22 octobre, Jean Garrigue et Colin Bertrand passèrent un nouvel accord avec Sauveur Roque, peyrier de Montpellier, pour creuser les fondements de l'église du côté du cloître. Le prix fut fixé à 18 gros la canne, ce qui nous fait supposer qu'on était assuré de rencontrer le roc. En deux mois et demi ce travail était terminé, et Guillaume Combes, ayant
il) Arch. Vatic, Intr. et Hxit. Cam. apost , vol. 309, f»70.
Lt Monastère Saint^Benoît. 21
vérifié l'ouvrage , reconnut que Roque avait creusé 204 cannes , pour lesquelles il reçut en divers payements 306 florins. Sans désemparer, il se mit, le 22^ janvier, à creuser la seconde tour , sans doute celle de droite sur la façade , et l*eut achevée le 7 février : il en avait extrait 40 cannes (i).
Partout on s'occupait de l'œuvre favorite d'Urbain V. Lui-même en donnait l'exemple. Le choix qu'il avait fait pour le vocable principal de l'église et celui dés deux autels secondaires du chœur, répondait à ses goûts les plus intimes : le nom de saint Benoit s'imposait à la fidélité de sa vocation monastique; celui de saint Germain d'Auxerre aux souvenirs encore récents de son séjour comme abbé dans le monastère dédié à ce grand évêque ; celui de saint Biaise à sa particulière affection pour la ville de Montpellier, qui l'honorait d'un culte ancien. Ayant fixé ces vocables, Urbain V voulut procurer à son futur monastère de précieuses parcelles des corps de ces saints. Il s'adressa donc aux abbés de Saint- Benoît sur Loire, et de Saint-Germain d'Auxerre, réputés pour s'en trouver possesseurs, et leur demanda à chacun une portion analogue de leur trésor : le quart ou au moins le cinquième de la tête, un os du bras droit et un ou deux palmes de l'étoffe qui les recouvrait. L'ordre était exprès
(i) Voir Appendice L
22 Le Mofiasîire Saint-Benoit.
et ne souffrait aucun refus ; de plus, il prévenait certains risques: la remise des reliques devait être, dans l'un et l'autre monastère, effectuée entre les mains de deux envoyés spéciaux et sûrs, Raymond Chabaud et Pierre de Chissac. Afin de déjouer les tentatives qui pourraient être Eûtes soit dans les communautés pour conserver ces pieux dépôts, soit sur la route pour les enlever, il ordonna, sous les peines les plus sévères, de bannir toute fraude dans la cession des reliques et de garder un mois après le départ de ses délégués le silence le plus absolu sur l'objet de leur voyage. En cette circonstance, c'est-à-dire dès le 7 janvier 1365, Urbain V manifesta l'intention de procéder lui-même à la consécration de la future église (i). ,
( I ) < Ad divinum dbsequium et réiigwnis in qua ah annis
> teneris mutriti augmentum in loco Moniispessulani , Maga-
> hmensis diocesis , unum solemne monasterium monachorum » ordinis Sancti Benedicti faàtnus construis ctijus eccîesiam
^y^propriis manibus iiUendimus consecrare, ac diversis sacris » reUquiis communire Jgitur. . . . presertim quia in dicto loco ^ Moniispessulani aliqua miracula ^usdem sancti Germani » meritisfieri asseruntur. . . . discretionem vestram hortamur
> attente, vohis districte predpiendo mandantes quatenus quar^
> tam partent vel circa capitis , et unum os hracchii dextri
» ejusdem sancti Germani ac duos vel saltem unumpalmos
» syndonis , in quo hujusmodi caput et bracchium invohtta
> fuisse noscuntur assignetis,— Datum Avinione vij idus
> januarii pontif. nostrianno tertio.^ (Arch. Vatic, Urb. V, de Curia, an. m®, f<>» 198 v° et 199, trois bulles des vu et VI des ides de janvier, communiquées par M. le chanoine ].-H.Albanès).
Ld Monastère Saint-Benoît, 23
A la même époque, le Pape chargeait son chapelain et parent Bernard de Saint-Étienne d'acquérir des biens pour la dotation du monastère : les châteaux de Roquevaire et de Gémenos, au diocèse de Marseille , devinrent sa propriété dans ce but (i). Sous les yeux mêmes du Pontife , Bernard de Manse mettait aux plans la dernière main: le 3 avril 1365, on lui compta 12 livres pour le salaire de trois artistes employés à tracer les dessins des portails de l'église (2). Enfin les carrières de Pignan , près Montpellier, étaient sondées, fouillées pour fournir les pierres nécessaires à la bâtisse , comme l'atteste le détail porté dans un intéressant registre que nous avons découvert aux archives de l'Hérault, parmi les nombreux brouillards de notaires conservés dans ce dépôt. La suscription en gothique de sa cou-
(1 Arch. Vatic, Urb. V, de Curia, an. iii«>, f<> 196 v**. — Arch. dép. des Bouches-du- Rhône . série B , Cour des Comptes d*Aix,reg. 9, Armorum, f<*» 56, $8 v<*, 62 r® et v", 64, 66; reg. 4 Viridis, fo» 203, 205, 207, 208 v»; liasse 560, un parch. orig. — Ibid., série H, fonds Saint- Victor^ charte 16:8.— Cf. J.-H. Albanès, Histoire de la ville de Roquevaire, p. 1 16 et suiv., et preuves.
(2) « Eadem die soluti fturunt domino Bernardode Manso, > sacriste ecclesie sancti Desiderii Avinionensis , pro expensis » et salario trium hominumqui pertractaverunt pertracla porta- » liorum pro ecchsia quam dominas noster papa facit fieri in » Montepessulano , ipso mantialiltr recipienle . . , . xijlibr. » ( Arch. Vatic, Intr. et Exit. Cam. apost , vol. $17 , i* 105 '.
24 L^ Monastère Saint^BenoU.
verture de parchemin ne laisse lire aujourd'hui que les mots:
Liber col. . . . domini Urbani pape quintipont (?) . .
a natîvitate domini mec
cum peyreriis. «
Une épreuve photographique, essayée avec l'autorisatiou de M. l'Archiviste départemental de l'Hérault, n'a pu nous fournir un texte plus complet , à cause de l'action corrosive de l'encre sur le parchemin ; mais le contenu du registre complète la lumière sur ce point. Le notaire Pierre Mas Rigaud y a couché les prix-faits passés au nom du pape Urbain V pour l'exploitation de dix carrières différentes de Pignan. Les formules se répétant d'une manière presque identique, nous publions la première, comme la plus complète et la plus intéressante. Le propriétaire y promet d'extraire, de tailler et de sortir la pierre à ses frais et avec ses instruments jusqu'au moment où l'épuisement de la carrière rendra impossibles ces opérations. Le prix des matériaux est fixé à 8 florins le cent pour les pierres de taille, à 5 florins pour les cairons , et à un cours raisonnable , selon estimation , pour les pierres de moindres dimensions. La carrière sera exclusivement réservée aux ouvrages du Pape, et l'extraction se continuera jusqu'à l'entière fourniture. Celleci dura du milieu de mars à la fin de juin, et s'élevait à cette époque à la somme de 2000 flo-
Le Monastère Saint-'BenaiL 25
rins environ, d'après les quittances de livraison qui suivent les prix-Êdts (i). Mais la perte de nombreux cahiers du registre ne nous permet nullement d'assurer que ce total soit complet, et nous savons, d'autre part , que le payement des carriers pignanais fut achevé seulement le 24 novembre 1366(2).
Les travaux de l'église et du monastère furent poussés activement tout l'été de 1365, durant lequel Gaucelin de Deaux, trésorier d'Urbain V, et plus tard destiné à un rôle si actif dans l'orga-nisation, vint les visiter. Comme témoignage de satisfaction, lemaitre-d'œuvre Guillaume Combes reçut, le 21 septembre, une gratification de 20 florins(3). Dès lors on commença de s'occuper de la charpente du monastère. Le 24 septembre, Bernard de Saint-Étienne acquit pour 500 florins de bois affecté à cet usage , Michel Liabon pour 750 florins, le 29 novembre (4). Toute l'année suivante nous trouvons des payements analogues ; mais on commence aussi la décoration intérieure. Cinq maîtres peyriers, parmi lesquels Philippe, Fermin, Guillaume Lambin et Simon Boce, viennent inspecter les sous-sols et la nef de
(1) Voir Appendice II.
(2) Arch. Vatic, Intr. et Exit. Cam. apost., vol. 319, f» So.
(3) Ibid., vol 3 18, f> 103.— Cf. E. MûnXz,op.cU.,p, 10.
(4) Iba., vol. 317, f> isi v«; vol. 314. ^72; et vol. 318, f» 80 v«.— Cf. E. Mûntz, op. ciL, p. 3.
26 Lt Monastère SairU^Benoit,
l'église en septembre 1366 (i). La vérification Élite, le Pape envoie d'Avignon Simonet de Columba, pour peindre les clefs de voûte de la nef et des chapelles (2), Un autre artiste de la cour pontificale, Jacques Rosset, dit de Verceil, l'y accompagne pour des ouvrages plus délicats , dont il sera question bientôt (3).
La difficulté qu'aurait présentée le transport des cloches dut faire décider de les couler sur place ; cette opération eut lieu pendant le courant de Tannée 1366 et dans un verger contigu au monastère , acheté par le Pape à dame Guidette , veuve de Giraud de Gibanes, marchand de Montpellier (4) , dont le gendre , Bernard Palmier , remplit plus tard avec honneur les charges de consul et d'ambassadeur de la Ville. Le métal fut fourni par Guillaume Valibouze (de FalU Luposd),
(i) € Eadem die soluti fuerutU nu^isiris PhiUppo Fermini » et Guiîleîmo Lambini et Symoni Boce, ac duohus aliis sociis
> suis , missis ad videndum pretium factum de croiis et navis
> ecclesie, et ad recipiendum etiam pretium factum de ^apellis ?\ » (lacune de 18 lettres environ) J«:/««ï:fert>>. (Arch. Vaiic, Iiitr. et Exit. Cam apost , vol. 318, f^ 105).
(2) < Symoneto de Coîumba, de Avinione, pictori, in deduc-
> iioiu eorum que sibi debentur pro pingendis clavibus ecclesie
> quam fecii fieri dominus noster papa in Monl^pessuîano et » capelîarum ejusdem.'» ( Ihid,, vol. 319, f* 59).
(3; « Jacoho Rosseto de FarseUo, pictori, misso ad Montem-
» pessulaniim iijft.w— €]acobode Vercétîis%, etc {Ihid.,
vol. 318 , fo 102 v® ; vol. 322, fo 53 v®. — Cf E. Mûntz, op, cit. y p. 16).
(4) Ihid., vol. 319 ,f» 93 v<>.
I^ Monastère Saint-Benoit. 27
marchand de Montpellier, par Nicolas Comte, et par Hugues Michel, de Civita-Vecchia (i). Les deux maîtres fondeurs qui présidèrent à l'ouvrage s'appelaient Déodat Brusquet , de Rodez , et Aymonet Floret, de Lausanne (2).
La décoration du chœur, en bois de noyer, fut confiée à un artiste d'Avignon , Etienne Bonand ou Bonnaud, fustier du Pape, sous la surveillance de Bernard de Manse. Tous deux allèrent sur place choisir le bois nécessaire, et leur voyage dura dSx jours. Selon le compte produit par eux, ils achetèrent de maître Pierre Ayraud, fustier, 92 cannes de madriers de noyer de deux palmes de largeur et d'un demi-palme d'épaisseur destinés aux stalles (3) ; et de maître Arnaud Brun, fustier de Montdragon , 76 cannes pour faire les panneaux (?i«/^r^/w5^), 80 cannes pour un certain nombre de grandes statues (4), et enfin quatre pièces , toujours du même bois , pour des statues
(i) Ârch. Vatic, Intr. et Exit. Cam apost., vol. 302, f>66 V»; vol. 317, f»« 100 et 116 ; vol. 319, f^« 48, 81 v et 83; vol. 32:, f> 104.
(2) Ihid., vol. 317, f® 100 ; vol. 31% f^ 94 ; vol. 321, f> 105. — Cf. E. Mùntz,o/». cit. y p. 16.
(3) < Pro copderiis cbori'k. La signification de ce mot, que ne donne pas Ducinge, nous paraît déterminée par celui de ridioroe vulgaire local cadieira, dérivé de cathedra , siège.
(4) < Popeyas majores 9 pou^t (?;, statue ; dans le langage populaire îas petelas, synonyme à la fois du jouet d'enfant et des statues d'église.
28 i> Mottostire Samt-^Bmdt.
plus petites placées à l'entrée du chœur. Grossi par divers frais, tels que le transport par eau de ce bois à Avignon dans Tatelier de maître Bonnaud, les honoraires et débours de celui-ci, un supplément de fourniture, etc., le montant s'éleva jusqu'au total de 3 57 florins 18 sols (i).
Concurremment à ces travaux si divers, le Pape faisait dès lors exécuter les œuvres d'art qu'il destinait au monastère, et dont la description trouvera place plus loin. Mentionnons cependant, avant de clore cette année 136e, le transporta Montpellier, le 29 juillet , par Pierre de Banhac , abbé de Montmajour, d'une chasuble, d'un calice et d'un reliquaire, prémices des dons précieux du Pontife à son monastère (2). On le voit aux détails qui précèdent, grâce au zèle déployé de tous côtés, l'état des travaux permettait désormais à Urbain V de réaliser un dessein longtemps caressé, et de venir par une cérémonie solennelle consacrer l'œuvre accomplie déjà , en préparant au moyen de sages mesures son entier achèvement.
(1) Arch. Vdtic , într. et Exit. Cam. apost., vol. )02, P 89; document publié par M. E Mûntz, op. cit., p 4.
(2) Petit Thalamus, ms., f» 117 ; éd., p. 373.
Ix Monastère Saint^Benoît, 29
|e projet de ce voyage, au témoignage d'Urbain V lui-même, remonte jusqu'au commencement de l'année 1365 (i); il ne fut réalisé qu'en janvier 1367. Cette longue attente fut remplie par les soins de la construction du monastère Saint-Benoît, et parles préparatifs de l'entrée solennelle du Pontife. Les détails et le cérémonial de cette dernière ayant été réglés dans le courant de 1366, nous ne saurions trop regretter la perte des registres des délibérations consulaires pour cette année-là: ils nous auraient fourni les plus précieux renseignements, auxquels ne supplée que d'une manière brève et insuffisante le brouillard du greffier Piètre Gilles. La chronique contemporaine du Petit Thalamus , généralement attribuée à Jacques Rebuffy, se montre heureusement plus explicite, et, les livres de comptes de la Trésorerie apostolique aidant, nous pouvons rappeler en leurs détails les plus minutieux l'arrivée et le séjour d'Urbain V à Montpellier.
Si rien ne fut négligé du côté des Consuls pour faire de la visite pontificale un événement local , rien non plus de ce qui devait procurer à la ville un avantage ou une faveur ne fut oublié par Urbain V.
(i) Voir p. 22, note.
30 Ld MouasUre Saint-BetwtL
n était d'usage à Montpellier de lever sur toutes les bêtes de trait séjournant dans ses murs une imposition spéciale. L'affluence des nobles, des prélats et des gens d'Église , et leurs prétentions avaient souvent causé des rixes violentes à ce sujet; et la récente entrée du duc d'Anjou et du cardinal Anglic Grimoard avait donné lieu à des scènes de désordres. Le Pape et son frère, redoutant de les voir se renouveler dans une occasion encore plus solennelle, engagèrent, à diverses reprises et avec instances , les Consuls ou leurs ambassadeurs à supprimer cette taxe. Nos magistrats y consentirent enfin par déférence pour le Pape et le Cardinal, et, le 12 mars 1366, ils la déchirèrent formellement abolie (r).
La nouvelle put en être apportée à la cour d'Avignon le mois suivant par Bernard Guiraud, consul, et Colin Bertrand, bourgeois, ambassadeurs de la Ville (2) Ils durent y rejoindre Pierre
(i) € ImposUio seu ciza vocaia de stagnis, que solvi consueoit » in villa MorUispessulani pro animaJibus que contingU bospi- » tari in Jjoslalariis Montispessulam . . . . âictam impositUmem » stagnarum'k^ etc. ( Arch. mun. de Montpellier, série BB, actes du Consulat, reg. de l'an 136$, P 60). Nous avoos vainement cherché ce mot dans les glossaires. Il renferme évidemment l'idée de station , à l'instar des mots français stage^ étage, qui s'en rapprochent beaucoup par la forme et qui dérivent du même radical. Ajoutons-y celui de stanmem: € Item unum stannum pro sedendo ».
(2) Arch. mun. de Montpellier, série BB, reg. ûotul. Consnl., an 1366, 17 avril.
1/ MonasUre Saint-^Benctt. 31
Pelegrin, et tous obtinrent du Pape, le 29 avril, une sauvegarde pour leur voyage à Paris, où les appelait la cession de Montpellier au roi de Navarre (i). Les rapports étaient d'ailleurs ininterrompus : fin juin, les ambassadeurs étant revenus, Gaucelin de Deaux, trésorier du Pape, et Bernard de Saint-Étienne, son chapelain, s'occupaient avec eux à surveiller les travaux de Saint-Benoit (2). On pouvait ainsi facilement arrêter les mesures à prendre.
Une des plus importantes concernait le logement à offrir au Pontife et à sa suite, le monastère n'étant pas encore achevé ; nos magistrats le prièrent d'accepter pour demeure la nouvelle maison du Consulat. Celle de l'Herberie venait d'être . abandonnée comme insuffisante et délabrée, et Ton avait agréé les propositions de Pierre, fils de Jean Bonami, qui pour 4200 florins d'or, destinés à payer ses dettes et marier sa sœur Clémence , cédait à la Ville un bel immeuble derrière l'église Notre-Dame des Tables, à l'angle de la rue menant à la porte de Lattes (3). Une chapelle y avait été consacrée, le 5 octobre 1363, par Fr. Thibaut, franciscain (4). Â la messe qu'on y disait chaque
(1) Arch. mun. de Montpellier, grand chartrier, arm. E, cass. v^ liasse 5, pièce 1 3, bulle orig. avec sceau.
(2) Ibid , série BB, reg. notul. G)nsui.^an. \^66, passim.
(3) Ihîd., grand chartrier , arm. F, cass. vu , pièce 35, aae de vente du 27 août 1361.
(4; rM Thalamus, ms., P 139 v^ ; éd., p. 364.
32 I^ Monastire Saint^Benott.
jour les Consuls avaient sollicité du prieur de Saint-Firmin Tautorisation d'en faire joindre une seconde ^pro hano statu et incolumitate sanctissimi y^ patris et domini nostri domini Urbani^ divina » providentia pape quinti , conservandis et manutei^nendisn. D'Avignon même, le 4 avril 1365, Pons de Garde avait fait droit à leur requête (i); en conséquence, le 15 octobre 1366, la nouvelle chapellenie fut conférée au prêtre Benoit Coste, avec les honoraires de 30 florins par an (2).
Le service religieux éunt ainsi assuré , on ne négligea pas les détails matériels. La grande salle neuve , disposée par les Consuls à THôtel-de- Ville, fut récrépie dans toute sa hauteur par Bernard Rasoris , plâtrier , pour la somme de 22 livres 7 sols 6 deniers (3). Dès que cette appropriation fut faite, on transféra provisoirement le Consulat à la maison des héritiers de Bernard de Roujan(4), afin de livrer THôtel-de-Ville aux
(i ; Arch. œun de Montpellier, grand chartrier.ann. F, cass. VII, pièce 80, parch. orig. avec sceau provisoirement déposé dans la cassette xi de rarmoire D.
(2 et 3) Ibid., série BB, reg. notul. Consul., an. 1366.
(4) € Item, die xxiij octohriSy domini bajulus et judex^ ob » reuerendam domini nostri pape qui venturus et hospitaturus > in domo Consuîatus, ad supplicaiionem dominorum P. PeUp griniy etc., consuîum Montispessuîani^ dedenmt licentiam et » auctoritatem mutandi eorum Consuîatum ad domum heredum » Bemardi de Rojano quondam, et ibidem exercendi qmscumque » acttis cofisulares, quos in hoc domo Consuîatus facere consue- 9 verunt. {Ibid.)
Lt Monastère Saint-Benoît. 33
ouvriers du Pape , qui l'aménagèrent à ses frais pour le recevoir selon sa dignité (i).
Cependant l'accès du Consulat était encombré par les cables des changeurs adossées aux murs de l'église Notre-Dame des Tables; nos magistrats n'hésitèrent point à faire disparaître momentanément cet obstacle. Du 2 au 12 décembre, ils traitèrent avec les possesseurs de ces tables pour la démolition de sept d'entre elles, promettant de les remettre en l'éLit primitif et d'en rembourser le loyer tout le temps de leur suppression. Cette mesure entraîna des débours considérables et même des difficultés : pour les résoudre, il fallut faire appel à l'autorité de Pons Guillaume , docteur en décrets, et à la compétence professionnelle du peyrier Raymond Martelenas. La dépense totale s'éleva à plus de cinq cents florins (2).
(i) Le 27 novembre 1366 € AUmdino Falqui pro répara- » tûmibus in hospicio Montùpessulani in quo dominuspapa » inhabitabil.9 (Arch. Vatic, Iiitr. etExit. Cam. apost., vol. 319, P> 50) — € Die iiij dicti mensis (janvier 1367) scltUi » fuerunt de dicto mandata domino Londinio Falqui , canonko » Reyensi, pro certis operibus et reparationibusfactis etfaciendis » in domibus in quibus. dominus noster papa débet inhabitare in
» Montepessulkmo xcj fior, CXXI franch, j sol. ix den. »
( Ibid,^ vol. 319, fo 63 . — Cf. E. Muntz., op. cit., p. 5).
(2) € Item, diesecundadecembris, domini P» Pekgrini^ etc., » consuîes, promiserunt Bemardo Roardi presenti, . . . reedificare » tàbularia sua , que nunc oportet diruti propter adventum > domini nostri pape , et reducere in estatum in quo nunc sunt » expensis Consulatus, et sibi satisfacere de loquerio pro tempore
34 Lt Monastère Saint-^Benoît.
En même temps on s'occupait à décorer soit THôtel-de-Ville, soit les rues où le cortège devait se déployer : deux drapiers montpelliérains, Jacques Guillaume et Etienne Raymond, fournirent les tentures nécessaires, pour le prix de plus de 300 florins (i). La grosse cloche de Notre-Dame des Tables (fo seniTi gros)^ celle du Consulat et l'artillerie des portes de la ville furent aussi mises en état, moyennant 10 florins, auxquels nous devons ajouter 8 francs et 2 gros, payés à Gilles Dumas pour le transport des pièces (2).
Le cortège à former au Pape devait , selon la pensée des Consuls, se distinguer par son bon ordre et par son éclat. On assura celui-ci en commandant quelques objets indispensables dans la circonstance. Le dais neuf qu'on destinait au Pontife sera décrit plus loin. Paul , fils de Nicolas de Pise , artiste montpelliérain , se chargea d'en fournir la frange , ainsi que celle de la bannière et des pennons également exécutés à cette occa-
» quovaccahit, habito respiciu ad loquerium quod nunc îocantur.^ { Arch. mun. de Montpellier, série BB, reg. notul. Consul., an. 1366: ibid., an. 1367, 8 et 2t novembre). ( I ) € Item, die xxiv martii, pro parte panmrum am-
> baxiate Navarre et pro parte pannorum librate introbitus
> domini nostri pape , in universo trecentos très florenos auri » unum grossum argenti cum dimidio, — Item simiîiter Ste-
> phano Raymundi, draperio, pro parte pannorum librate dicti
> domini nostri pape, xlvfl. auri vj gross. argenti i^. (Ibid,, an. 1366 ).
(2) Ibid , an. 1366.
I^ Monastère Saint-Benoît, 35
sion; il reçut pour cet ouvrage seul 21 florins 3 gros et demi (i). On s'adressa enfin à l'argentier Jacques de Romans pour les lambels et les clochettes, formant la garniture du dais (2). Qpant au bon ordre, que pouvait seul compromettre l'enthousiasme de la population, on s'efforça de le maintenir par les recommandations les plus formelles : la veille même de l'arrivée d'Urbain V, le bayle fit appeler sept des maîtres-ouvriers montpelliérains , peyriers et /ustiers , et leur enjoignit de s'en tenir aux dispositions réglées, afin de ne pas compromettre la sécurité et la décence publiques en se portant au-devant du Pape avec un zèle exagéré (3).
( I ) < Eadem die ( 8 janvier 1 367 ) ... , pro perfiîa pàba- » Ihoni, handene et pennonum factorum pro domino nostro papa, » sctlicet viginti unumflor, très grosses cum dimidio.i^ (Arch. mun. de Montpellier , série BB, reg. notul. Consul., an. 1366).
(2) Jbid,, 30 septembre 1366. — Cf. J. Renouvieret A. Ricard , Des maîtres de pierre, etc., dans les Mémoires de ta Société Archéologique de Montpellier ^ t. II, p. 31$.
(3) € Item y die viij januarii , dominus bajulus preupii 9 Jacobo Satgerii , Petro Saturnini, Raymundo Martelenas ^ » Johanni Egidii , lapicidis , Petro Salvanni , Raymundo de
•> Ayrico et Jacobo Pope , fusteriis , presentibus , ut sequantur
> ordinem inchoatum in exitu domini nostri pape^ et qui in » ipsum velint sequi quod non exeant versus ipsum, protestando » de dampno et scandalo et periculo cum intrantibus, quod alUer
> puniat graviter delinquentes, et hic idempreupit per eos aîiis » de eoruM scala p. (Arch. mun. de Montpellier, série BB, reg. notul. Consul., an. 1366).
Enfin arriva le moment attendu depuis de longs mois : ce fut le matin du samedi 9 janvier 1367 (i). Du faubourg de Villefranche, le cortège se déploya pour aller recevoir hors la ville l'auguste visiteur, et il s'échelonna sur la route de Nimes, depuis la croix des Âreniers jusqu'au pont de Castelnau , où se fit la rencontre. Est-ce en ce lieu , à ce moment , qu'il faut placer la longue harangue prêtée à Philippe de Lantilla , recteur de la Part-Antique, et l'un des plus dévoués amis du Pape à Montpellier? Nous avouons que le silence du chroniqueur local à cet égard et la lecture du discours ne nous engagent guère à l'accepter comme authentique en tous ses détails. Il peut et doit pourtant offrir un fonds de vérité, car il est fort naturel qu'une allocution de bienvenue ait été adressée à Urbain V au nom des pouvoirs publics; et la réception ecclésiastique ayant eu lieu ailleurs, ainsi que nous le dirons, nous placerions volontiers comme ayant été prononcée au pont de Castelnau la harangue du Recteur. Quant à la scène de la rencontre, le cœur en saisit mieux le charme que l'histoire ne le rend : dans la joie mutuelle de se revoir après vingt ans à quelles effusions ne se fût pas aban-
(i) Le PM Thalamus nous ayant fourni bon nombre de détails sur Teutrée et le séjour du Pape, nous y renvoyons pour tous ceux à propos desquels il ne sera pas donné de cote spéciale dans ce paragraphe. (Voir ms., f^* 117 i 119V», et éd., p. 373 a 376).
Lt Monastère Saint-Beftoit, 37
donné le Pape, si le Heu , la saison et les circonstances ne les avaient encore retardées ! Honoré pour tous d'une étreinte familière, ce fut au nom de to\i$ aussi que Philippe de Lantilla lui rappela avec émotion les visites et les bienfaits de ses prédécesseurs , les motife de la joie particulière du peuple en cette occasion , et son bonheur à lui-même d'avoir été choisi pour la lui exprimer; sentiments pleins de, vraisemblance dans le fond, si les termes dans lesquels ils furent exprimés ne sont pas d'une absolue exactitude (i).
Ces premiers vœux échangés, le cortège, grossi de la suite pontificale , reprit le chemin de la ville. Quels souvenirs ne dut pas éveiller chez Urbain V l'itinéraire adopté, comme les éveillent chez l'historien local , après trois siècles de dbparition, tant de monuments religieux qui le marquaient h chaque pas (2) ! Du pont de Castelnau il pouvait apercevoir la maladrerie Saint-Lazare, dont notre cimetière actuel rappelle au même lieu le vocable: plus d'une fois, durant son séjour à Montpellier , ne s'était-il pas mêlé à la foule charitable qui s'y rendait le cinquième vendredi de Carême? Un peu plus près de la ville s'élevait, au milieu de prairies , le couvent des Trinitaîres, jadis doté par les religieux bénédictins de la chapelle
(i) Gariel, L'origine, îes changemens, etc., de S. Pierre de Mompelier^ p- S^-
(2) L Guiraud , La Paroisse Saint-Denis de Montpellier , I*^* partie et plan.
38 Lt Monastère Saint-Benoit,
Saint-Maur, transformée dès le commencement du XIV* siècle en une spacieuse et belle église. Encore quelques centaines de pas et voici le monastère des Augustins, qui s'étend sur la rive gauche du Merdanson et confine par le pont des Augustins et la portalière de Montferrand aux faubourgs de la ville; c'est en ce lieu que le Pape s'arrête pour échanger ses vêtements de voyage contre les ornements pontificaux. Désormais l'aflSuence dut être de plus en plus considérable , et contenue avec peine dans les ruelles aboutissantes au faubourg Saint-Gély, à côté de l'hôpital du Saint-Esprit, des chapelles Saint- Michel, Saint-Martial et des hôtelleries nombreuses de ce quartier. Joignons-nous à cette foule et , comme elle , admirons le développement et la variété d'un cortège tel que nos rues n'en virent jamais ni de plus solennel ni de plus sincèrement acclamé.
En tête marchent les ménétriers du Pape et ceux du Consulat , lançant dans les airs les sons gais et clairs de leurs fanfares auxquelles se mêlent les volées joyeuses des cloches de Montpellier. Une large bannière aux armes pontificales et une autre à celles de la Ville les accompagnent. Sous un étendard semblable à celui-ci se groupent les corps de métiers divisés en échelles , selon le vieil usage, chacun précédé d'un pennon de tafietas à couleur particulière, décoré de l'image du patron. Saluons en eux les représentants de
Lt Monastère Sainte-Benoit. 39
notre industrie et de notre commerce locaux, et accordons-leur quelques moments d'attention.
Là paraissent avec les peyriers, les fus tiers groupés sous la bannière de saint Jacques , patron de leur quartier du Peyrou ; admis expressément à l'honneur des véjolades à Notre-Dame des Tables, les pelissiersetlessediersse ressentent de cette faveur et ont fait représenter sur leur étendard le type de la Magtsiat et le mystère de TAnnonciaiion ; voici également les blanquiers, dont l'industrie , cantonnée aux environs du Merdanson , est placée sous la protection de saint Antoine, devenu leur voisin par l'établissement de Thôpital de son ordre au faubourg de Villefranche ; les* sabatiers de la Barralerie et les épiciers se groupent sous la bannière de saint André ; les canabassiers sous celle de sainte Catherine. A côté de ces artisans laborieux marchent les corporations des orgiers, dont saint Jean est le patron, et des mazeliers, qui reconnaissent pour tel l'apôtre . saint Paul, tandis que les laboureurs se rangent sous les couleurs de saint Georges (i). Ainsi défilent avec leurs officiers et leurs emblèmes ces classes variées et distinctes de la population. Leurs élus, les sept Ouvriers de la Commune-Clôture, les suivent à cheval, précédés de leur bannière si originale : une éminence abrupte , souvenir du mont pri-
(i) Arch. mun. de Montpellier, série BB, CérémoDial consulaire du xv« siècle, coté Jofl&rc, A, 7, f»* 13 etsuiv.
40 Lt Monastère Saint-^Benoit .
mitif dont la fortification sommaire a valu le baptême à notre ville (i).
Derrière ces corps essentiellement montpelliérains marchent de concert les gens du roi de France et ceux du roi de Navarre, seigneur actuel de la ville. Vient après eux la suite pontificale, où nous pouvons remarquer sous la pourpre cardinalice des visages connus. Nous ne nous arrêterons pas sur Guy de Boulogne, doyen du Sacré- Collège et le récent compétiteur de Guillaume Grimoard à la papauté: grand-oncle du roi de France Charles V, il Test aussi de ce duc d'Anjou qui attend , tout près de là , le cortège pontifical ; mais vorci Raymond de Canillac, ce lozérien, compatriote et ami des Grimoard, qui rivalise avec eux dans sa généreuse amitié pour nos pères. Ancien chanoine de Maguelone, il vient d'y fonder le Collège de la Trinité et d'acquérir dans notre faubourg Saint-Jaume une étendue considérable de terrains. L'entière réalisation de son œuvre, que la mort viendra interrompre , sera , comme celle d'Urbain V lui-même, léguée à ce troisième
(i) € Mons pessulus , mont fermé, clos». Cette étymologie ayant été souvent donnée, avec raison, croyons-noas, mais sans preuves , nous consignons ici un texte local du XV* siècle, qui fournit du moins le radical en question : € per traditionem clavis domino ceîîerario pertineniis sacristie. > majoris eccîesie, traditionem et dispesuîlationem sarrature » ipsius clavis 9. (Arch. dép. de THérault, série G, notaires du Clergé: Guillaume Amorozi, reg. 12, f® 98 v*^).
Ix Monastère SaintSenoiL 41
cardinal sur lequel se fixent avec une ardente sympathie les yeux du peuple de Montpellier : nous avons nommé Anglic Grimoard, firère du pontife régnant , le fondateur du Collège Saint- Ruf. n n'est pas un seul des intérêts de la ville qui lui soit demeuré ou doive lui rester étranger : besoins religieux des paroisses et des monastères (i), vicissitudes des Écoles, dangers matériels menaçant la sécurité des murailles (2) ou la vie des citoyens, tout ce qui touche au bien ou à la prospérité de Montpellier trouvera dans son cœur un écho et dans son autorité un secours (3). Pour posséder moins d'attaches avec notre ville, les cardinaux de Thérouanne, de Saragosse, de Vabre, de Pampelune, de Limoges, de Carcassonne et de Saint-Martial , Guillaume Beaufort et Raynaud d'Orsins n'en seront pas moins accueillis avec joie par sa religieuse population , car ils servent
(ï) Voir p. II, note 2, et plus loin paragraphe iv pour les conventions avec Saint-Fimiin et Saint- Denis.
(2) Arch. mun. de Montpellier, série ££, fortifications, une pièce papier copie contemporaine de bulle de Grégoire XI, du 3 février 1578.
(3) Le rôle de pacification joué par le cardinal Anglic lors de la sédition de 1379 ^^^ ^^^P connu pour que nous ayons à le rappeler. Peu de mois auparavant. Clément VII envoyait auprès de nos Consuls < AngUcum, episcopum Alha- » nensetn^ qui vestrum et ville vestre hotiorem et commodum^ ac » stdlum prosperum toiis zeîatur affectilms » ( Arch. mun. de Montpellier, grand chariricr, arm. E, cass. v, liasse 6, pièce D).
42 le Mouastire Saint^Benott.
de cortège au Pontife sur lequel s'attachent tous les regards.
Lui cependant, avec son visage gracieux d'ordinaire et maintenant éclairé par la joie, il s'avance sous un riche dais formé de trois paixs de drap d'or fin, à chauds reflets, que supportent huit bâtons d'argent. La frange qui le décore est ornée aux quatre angles d'écussons de vermeil aux. armes du Pape , et dans les intervalles des lambels semblables, les uns aux mêmes armes, les autres à celles du Consulat , alternent avec des clochettes d'argent doré. De fines chaînes assorties fixent ces ornements, qui n'ont pas coûté moins de 89 florins de France (i). Huit des Consuls montpelliérains portent les bâtons du dais, et les quatre autres tiennent la bride du cheval que monte le Pontife, deux à la tête, deux aux flancs.
Jusqu'ici , on l'aura remarqué , à part la suite pontificale , l'élément laïque et local est seul représenté. Mais franchissons, sur les pas du cortège , la porte Saint-Gély qui donne accès dans l'enceinte urbaine. Au seuil l'attend Pierre de la Jugie, archevêque de Narbonne et métropolitain de l'Église de Maguelone, veuve alors de son chef; tous les évêques, ses suffragants et ses voisins, l'entourent parés de leurs ornements pontificaux. Derrière eux se pressent le clergé des paroisses, des succursales, des chapelles, ainsi
• I; Voir p. 35, note 2.
ht Monasitrt Saint^Benoit. 43
que les délégués des ordres religieux^ mendiants et autres, si nombreux dans notre ville. Bien que mention expresse n'en soit pas faite , nous ne doutons guère que TUniversité y ait fait également figurer ses diverses Facultés, déjà représentées d'ailleurs dans tous les rangs de la société par ' leurs membres les plus éminents. Mais ce qui attirait surtout l'attention dans les rangs du cortège ecclésiastique, c'étaient les moines et les étudiants du monastère Saint-Benoît , porteurs des riches présents envoyés par le Pape à son église et que nous avons déjà signalés. Enfin cette pompe , sans précédent comme sans rivale à Montpellier, était encore rehaussée par la présence du duc d'Anjou , lieutenant de son frère Charles V en Languedoc. Notre chroniqueur rapporte , en effet, que ce prince, entouré de sa suite, attendait à cheval Urbain V en cet endroit; que, l'ayant aperçu, il mit aussitôt pied à terre , s'avança vers le Pontife , prit sa monture par la bride , et le conduisit en cet appareil jusqu'à la maison du Consulat. Pour y parvenir, le cortège remonta la rue Pilar Saint-Gély , tourna au trivium d'En Camburat afin de prendre la rue Française , vulgairement dite de VAgulharia^ qui aboutissait devant l'église Notre-Dame des Tables, et côtoya celle-ci jusqu'à la porte du logement assigné au Pape.
Le trajet' dut être assez long, une suite aussi nombreuse, aussi solennelle ne pouvant se déve-
44 Lt Monastète Saint^Bcfioît.
lopper qu'avec lenteur dans les rues étroites alors de la cité; cependant la piété du Pontife ne craignit point d'en augmenter encore la durée. Sur la place du Consulat il mit pied à terre; mais, au lieu d'en franchir le seuil, il voulut aller rendre hommage à la patronne vénérée de Montpellier. Il pénétra donc dans le sanctuaire par la petite porte du chevet, à l'usage des Consuls, etse rendit devant la Magestat Aniiqua pour y prier. Une foule nombreuse se pressait dans l'enceinte de l'église , le Pape lui accorda sept ans et sept quarantaines d'indulgences ; il étendit même cette grâce à tous ceux qui visiteraient le sanctuaire l'un des huit jpurs suivants. Enfin il entra au Consulat, où la réception solennelle dut se terminer par l'offrande d'épices , cadeau estimé au moyen âge , et dont nous voyons figurer la meniion aux dépenses extraordinaires de cette année. Désormais le Pontife, ayant satisfait aux exigences du cérémonial, pouvait s'abandonner sans réserve à ces joies, à cesépanchements du cœur dont le charme le retint près de deux mois dans notre ville.
U serait trop long de rappeler les relations que Guillaume Grimoard s'y était jadis créées, et qu'il y retrouvait en 1367 à la tète de tous les emplois publics et dans tous les rangs de la société. Le recteur de la Part-Antique, c'est Philippe de Lantilla, que nous avons vu recevoir ses premières effusions à l'arrivée. Le lieutenant du gouverneur Anicdce des Baux . c'est Colin Bertrand, dont
Le Monastère Saint^Benott. 45
il a déjà fait son sergent d'armes et son homme de confiance. Le premier consul, c'est Pierre Pelegrîn , désormais l'un de ses plus fidèles familiers. Des revers immérités lui attirèrent la protection du Pape qui, à trois reprises, écrivit à nos Consuls pour leur demar^der secours en faveur de ce représentant dévoué des intérêts montpelliérains à la cour d'Avignon (i). Son collègue , Jacques Guillaume , gendre de Colin Bertrand , appartient à l'une des familles les plus attachées à Urbain V. Pons et Sauveur en font partie: le premier est, cette année même, conseiller des Consuls ; le second se prépare à illustrer la chaire du Collège Saint-Benoît (2). Dans le haut commerce, les Franc ne le cèdent pas aux Guillaume : Raymond et Bernard ont été maintes fois les mandataires du Pontife (3), le dernier surtout, qui éprouvera bientôt avec les angoisses de la pauvreté, la fidélité de son affection et son appui efficace (4). Tous ceux-là et bien d'autres, dont rénumération serait longue, s'empressent autour d'Urbain V et lui font cortège dans sa visite au monastère Saint-Benoît.
1 1) Arch mun. de Montpellier, grand chartrier, arm. E, cass. V, liasse 5, pièces 16 et 17 ; ibid.^ série BB, actes du Consulat, reg. de Tan. 1370, au 18 décembre.
(2; L. Guiraud, Le Collège Saint-Benoit^ P- S7 ^M^.
(3) Voir p. 17.
(4) Arch. mun. de Montpellier, grand chartrier, ann. E, cass. v, pièce i s •
4é Li Monastère Saint-Benoît.
L'impatience du Pape ne lui permit pas, en effet , de remettre au lendemain l'objet même de son voyage. Dans l'après-midi il reprit ses ornements pontificaux , et à cheval , accompagné par les Consuls avec le cérémonial de la matinée , il se rendit à travers les rues principales de la cité à l'église et au Collège construits par ses ordres. Ici devrait se placer la scène rapportée par Gariel au sujet du prétendu mécontentement exprimé à ses architectes en termes assez vife : « Vous deviez » faire une église , et voilà que vous n'avez fait » qu'une chapelle. Je ne trouve guère à propos » que l'on ait fait la maison des serviteurs si » grande, et celle du maître si petite ; sans doute » vous pensiez travailler pour ces Pères du désert » qui n'avaient que de petits oratoires et de grandes » cabanes» (i). Après notre vieil historien, D'Aigrefeuille et J.-P. Thomas ont répété ces paroles. Or elles peuvent déjà surprendre , si l'on songe qu'Urbain V s'était certainement fait soumettre les plans élaborés à sa cour , qu'il disposait en outre de plus de terrain qu'il ne fut nécessaire pour les réaliser, qu'enfin les proportions de l'église ne sont nullement en désaccord avec celles du monastère. Mais, de plus , ne reposant sur aucune donnée sérieuse, elles se trouvent en formelle contradiction avec le témoignage écrit du Pape à
(i) Gariel, V origine, les changemenSj etc., de 5. Pierre de A4ompeUer, p. 77'.
2> Monastère Saint-Benùtt. 47
ce sujet. Rapportons-le, pour faire justice d'une légende propagée jusqu'ici. Le 3 août 1368 , s'adressant à Gaucelin de Deaux , son trésorier , il disait de cette même église Saint-Bendît : « InUllexi quod ecclesia dicH prioratus est pul- » critudine mirabili decorata , et dubitc ijuod de" » corem pariât , si aliquid faciam infra ipsam , nisi » sit tam nohile et tam pulcrum quod respondeat » ecclesiei> (i).
A partir de ce moment , le Pape ne cessa de stimuler le zèle des travailleurs par sa présence , ses exhortations et ses secours pécuniaires. Il avait donné l'ordre à son trésorier d'emporter la somme de 3000 florins pour l'œuvre de Saint-Benoît, et Gaucelin prit la précaution de la convertir chez le changeur Jean Vezat en monnaie de France ayant cours à Montpellier (2). Mais cette somme même suffit à peine aux dépenses que multiplia Urbain V dans notre ville. Guidé par un sentiment de justice délicate, il augmenta, de son propre mouvement, le prix de certains immeubles déjà acquis , et dont la valeur lui parut supérieure à l'estimation feite (3). Il en acheta d'autres, afin d'agrandir la place ménagée devant l'église (4). Nous croyons aussi qu'il décida l'acquisition de la prairie de Lattes , dont nous parlerons plus
(i) L. Guiraud, Le Collège Saint' Benoit^ p. 213.
(2) Arch. Vatic, Intr.etExit. Cam. apost., vol. 3 19, f^ 97.
(3) Ihid., vol. 3«9>f^95-
(4) /Hi{., vol. 321, fo 102
48 Lt Monastère Saint^Bencit.
tard (i). Nombre d'ouvriers reçurent à cette époque leur salaire « de mandato dontini nosiri » Pape, tune in Montepessulano existentisy^ ; et chacun s'efforça d'être agréable à un pontife qui savait récompenser le zèle avec libéralité et délicatesse. C'est ainsi que Jacques de Verceil lui offrit deux plateaux et une coupe à épices en cuir doré peints par lui , et obtint 10 francs « pro donc specialiii(2). De son côté, le fustier Etienne Bonnaud mettait à l'achèvement des ouvrages du chœur la plus grande diligence, pour complaire au désir du Pape (3); et les pièces, aussitôt achevées , étaient transportées par eau de la ville d'Avignon au port de Lattes (4).
(i) Arch. Vatîc.Intr.etExit, Cam.apost.,vol. }2i,f«89.
(2) Ihid,, vol. 321 , fo 87 v»; et vol. 319 , f<* 76. — Q. E. Mûnu,(^. cit., p. x6.
(3) < Mapstro Stephano Bonandi^ fusterio de Avinûmepro » nn popeis iraditis etpositis inchoro eccîesie monasterii sattcti » Benedicti Moniispessulani , quod et quant facitfieri dominus » noster papa ibidem, facto pretio dudum cum ipso ad xl fio- » renos Camere de mandato domini nostri [pape] et par liUeras » domini Bernardi de Sancto Stephano, habito juramento a dicto » magistro Stephano qui juravit se expendisse plus xî florenos % propter festinationem dicti operis de precepto domini nostri » pape quam alias constitisset^ wlens eidem complacere. Item pro » iiij angulariis , que valent iiij cellas duplices, in dicto loeo, » habita super hoc relatione domini Guillelmi Aiherti, cUrici » Canure apostolice xxxiiij floreni , qui sunt in summa bcxiiij i^florenii^ {Ibid., vol. 327, f^ 82).
(4) Arch. Vatic, Intr. et Exil. Cam. apost., vol. 321, fo 84 V». - Cf. E Mûniz, op cit , p. 15.
Il Monastère Saint^Benctt. 49
En même temps et par la même voie arrivait le rétable de vermeil destiné à l'autel majeur , cadeau précieux bien digne de fixer l'attention. L'orfèvre Jean Baroncelli avait été chargé de l'exécution de ce travail , pour lequel il reçut environ 6900 florins, et la peinture sur émail qui le décorait fut confiée à Jacques de Verceil. Ce rétable se composait de deux parties placées l'une sur l'autel, l'autre devant. Dans la première on avait représenté au milieu la figure de saint Benoit , et de chaque côté difiérentes scènes de sa vie : l'or , l'argent , l'azur et diverses couleurs y avaient été employés. Une légende explicative, tracée en caractères fort lisibles, était au bas de chacune. On avait divisé la seconde partie en caissons émaillés de fleurs et de branchages , que séparaient des colonnes de vermeil ; le compartiment central portait les armes d'Urbain V (i).
Ainsi l'ornementation intérieure s'accroissait chaque jour , et déjà on entrevoyait celui de la consécration , en vue duquel avait été entrepris le
voyage pontifical. Une cérémonie solennelle y
(i) Arch. Vatic, Intr. et Exit. Cam. apost., vol. 502, {• 99; vol. 318, f^ 103 v® ; vol. 319, f® 70; vol. 321, fo« 81, 87 et 122 ; vol. 322, fo» 53 et 73. Cf. E. Mûntz, op, cit., p. 13, 14 et 15.— Arch. dép. de l'Hérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier , monast. Saint- Germain, invent, de 149$. Cf. J. Renouvier et A. Ricard, Des maitrts de pierre > etc. , dans les Mémoires de h SociiU archéologique de MontpiUier , t. II, p. 31$.
50 Lt Manastire Saint'-Bettoit,
préluda le dimanche 30 janvier: elle eut pour objet le transport au monastère de trois dons de grande valeur , dus à la munificence inépuisable du Pape. Le premier était une statue de la Vierge- Mère achetée dès le mois de septembre 1365 avec l'agrément de Raymond de Canillac, exécuteur testamentaire du cardinal Gaillard de Mota. Elle était alors d'argent pur, et pesait 295 marcs 5 onces et demie ; à 8 florins le marc , le prix s'élevait à 2365 florins et demi ; la couronne et la fleur de lis d*or qui l'accompagnaient l'augmentèrent de 240 florins. Jean Baroncelli , orfèvre du Pape , fut chargé de la faire réparer et dorer ; on y grava aussi les armes d'Urbain V. Baroncelli reçut pour ce travail, le 30 septembre 1365, la somme de 626 florins 23 sols 6 deniers. L'objet atteignit dès lors le poids de 3 50 marcs. La valeur du métal était d'ailleurs plus que doublée parcelle des pierreries qui le rehaussaient. La Vierge était probablement assise, selon le type du moyen âge, et il est question d'un tahernaculum avec tours, flanqué de deux anges. Du bras gauche elle soutenait l'Enfiint Jésus , de la main droite une branche de lis en or, décorée de quatre saphirs et de deux rubis balais. Sa couronne d'or était enrichie de perles et de pierreries , son trône ou siège avait pour appuis trois lions. Des anges qui l'accostaient, l'un tenait un reliquaire de cristal serti de vermeil , renfermant des parcelles d'ossements de saint Germain, l'autre, tout semblable,
Lt Monastère Saint^BenotL 51
portait des reliques de saint Martin ; chacun reposait sur trois petits lions (i).
Le second objet était le chef en vermeil de saint Benoît, également exécuté par Jean Baroncelli. Il pesait 172 marcs 2 onces, soit 168 marcs 3 onces 14 deniers d'argent et 2 marcs 7 onces 21 deniers d'or. La peinture sur émail du visage était l'œuvre de Jacques de Verceil. On avait orné d'un rubis l'extrémité du capuce monastique , tandis qu'un magnifique saphir , de la grosseur et de la forme d'une amande , entouré de perles et de pierres précieuses , était placé au sommet de la tête. Le collare (2) et un riche pectoral arrondi étaient ornés de la même manière. On employa à cet ouvrage 18 balais, 42 saphirs, i grenat, des améthystes et 60 perles, et il ne coûta pas moins de 2580 florins 2 sols 3 deniers. Le piédestal était soutenu par quatre lions de cuivre doré (3).
(i) Arch. Vatic, Intr. et Eidt. Cam. apost., vol. 302, f» 69 ; vol. 517, f> 115 v<>. — Arch. dép. des Bouches-du- RhôDe, série H, fonds Saint- Victor, reg. i^his-, procès de béatification. — Arch. dép. de THérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier , monast. Saint-Germain , invent, de 1495*
(2) Ducange : «colarium idem quod collare, omamentum » ecclesiasticum quod sacerdotis aut diaconi coUo aptatur >.
(3) Arch. Vatic, Intr. et Exit. Cam. apost., vol. 302, fo 102 v«; vol. 318, f» 107 ; vol. 319, fo* 69 V», 76 et 127 v<>; vol. 321, r>8i. Cf. E. Mûntz, op,cit,^ p. 14. — Arch. dép. de THérault , série G^ fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain, invent, de 149$.
52 Ix Monastirt SaintSenùtt.
A peu de deuils près , le chef de saint Biaise était semblable au précédent , et nous nous contenterons de consigner ici son poids : 117 marcs 6 onces, et le nom de Tartiste , Marchus Landi , qui Texécuta pour les Consuls de Montpellier , le Pape n'y ayant contribué que pour un quart de l'argent , soit 20 marcs , et pour les pierreries. Ses armes y figurèrent à côté de celles du G>nsulat (i). Au point de vue historique , ce chef de saint Biaise soulève une qtiestion que nous ne prétendons pas résoudre devant l'évidente contradiction des textes. Est-ce, en effet, l'église cathédrale de Mende ou- celle de Saint-Benoît de Montpellier qui posséda la tête du saint martyr ? Depuis longtemps son culte était établi à Montpellier, avec la réputation médicale duquel il ne paraît pas avoir été sans rapport (2). Le monastère bénédictin fondé en 1138 près du Lez par Guillem VI était placé sous le vocable de saint Biaise (3 ), et en 1 3 64 le Pape le choisit comme titulaire d'un des
(1) Arch. Vatic , Intr et Exit. Cam. apost., vol. 302 , f«99; vol. 318, f» 103 vO; vol. 319, P» 127 v». Cf. E. MiintZ) op. cit,, p. 13 et 15.— Arch, dép. de l'Hérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain, invent.de 1495.
(2) « Deus, qui beatum Blasium, martyrem tuum atque » pontificem, in suis perferendis suppliciis et in aliorum » depellendis infirmitatibus admirabilem effecisti », etc. (Missaîe Romanum, die iij februarii ).
(3) Liber instrumentorummemariàliumfP» 289. — L. Guiraud, La Paroisse Saint-Denis de Montpellier, p. 91.
principaux autels de son église. Les Consuls, invités à en poser la première pierre , résolurent dès lors de faire confectionner le buste dont il a été question plus haut. Ce reliquaire fut évidemment destiné à renfermer la tête du saint , déjà possédée par la ville en 1364 , puisqu'elle y fut processionnellement portée du Consulat sur le sol delà future église Saint-Benoît (i). De plus, cette relique figure dans mainte cérémonie montpelliéraine pendant tout le moyen âge. Comment interpréter dès lors les termes si exprès de la donation faite par Urbain V à la cathédrale de Mende , le 28 février 1369(2), donation qui fut bien réalisée , comme en témoignent le procès de béatification (3), un inventaire des joyaux de
(i) Pau Thalamus, ms. f» 1 1 1 ; éd., p. 366.
( 2; < Nos ad ipsius euUsie honorent et cotnmodum cum inten- ^ » damus. ...ad laudent et gloriam omnipotentis Dei et beati » Blasii^ martiris, cujusfestum, ut asseritur, inpredkta ecclesia » annis singuîis sollempniter coïlitur, et ipsius Mimatensis » eulesie, quam gerimusin viscerihus caritatis sicutfitiam pre» » diïectam, decus et honorent, unam de spinis corone domini » nostri Jhesu Christi, ac caput qiiod esse dicitur ejusdem Bîasii, » que pênes nos habemus, necnon quamdam- ymaginem beati o Blasii de argento deauratam, in qua capud ipsum reconditum » existit. » (Arch. dép. de la Lozère, série G, n® 32 ).
(3) Ce document contemporain affirme quTJrbaln Y fit porter â Rome toutes les reliques trouvées à Assise, nexctpto » capite beati Blasii , martyris , et quibusdam aliis reliquiis » diversorum sanctorum, quas solemniier in aura et argento » cum lapidibus pretiosis usque ad valorem mille et quingentorum » florenorum de Caméra ad suam Mimatensem ecclesiam desti-
54 Lt Monastère Saint-Benùtt.
l'église de Mende en 1380 (i) , et une procédure du cardinal Pierre de Luna (2)? L'hypothèse d'une cession étant forcément écartée , il faudrait peut-être recourir à la distinction établie par un acte de 15 18: à cette époque, Boscavin, cellerier, attesta que la tête entière de saint Biaise était honorée au monastère de Montpellier, à l'exception de la mâchoire inférieure conservée à Mende (3). La diflSculté soulevée pour la relique ne le serait pas moins pour sa châsse identique dans les deux villes.
Décrire , après les précédents , le chef de saint Germain, apporté en 1366 au monastère, serait nous exposera des redites. De forme et de détails il s'harmonisait avec ceux que nous venons de citer; Baroncelli y avait employé 102 marcs 9 deniers d'argent doré , et reçu , avec ses fournitures pour le reliquaire de saint Biaise , la somme de 1447 florins 19 sols (4).
> navit, et ibidem nunc aduàliUr dicte reJiquie et dictum capui » in magna veneratione habetitur.^ (Arch. dép. des Bouchesdu -Rhône, série H, fonds Saint- Victor, reg. 24 ^ ). (i) Arch. dép. de la Lozère, série G , invent, de 1389.
(2) Ibid,, série G, reg. 1149.
(3) € Porciuncuïa extrada a capiU sancti Bîasii, episcopi, et » memhris ejus, cujus toinm caput decoratur in diclo nosiro % Colkgio, excepta mand[ib]uîa inferiori, que in ecclesia Mima- » thensi decoratur et veneratur, » ( Arch. dép. de THérauh, série G, fonds du Chap. cathédralde Montpellier, monast. Saint-Germain, reg. 7, f<» 9 v® ).
(4) Arch. Vatic, Intr. et Exit. Cam. apost., vol. 302,
Lt Monastère Saint^Benott, 55
Le surlendemain du jour où s'était &it le transpon solennel des chefs de saint Benoît et de saint Biaise, était la fête de la Purification. Les cérémonies qui l'accompagnent ne pouvant être célébrées dans l'église Saint-Benoît , enftore non consacrée, s'accomplirent au monastère des Frères- Prêcheurs au faubourg , dont l'église fut décorée aux frais du Pape (i). Après la bénédiction des cierges par le cardinal Anglic , Urbain V vint en faire lui-même la distribution au peuple , ensuite il officia pontificalement, assisté des douze cardinaux et de nombre d'évêques. Ces pompes religieuses allaient se renouveler d'ailleurs le 7 février , jour primitivement fixé pour la consécration. On en préparait activement les détails. Fr. Pierre de Pamiers , socius de Raymond , évêque de Fréjus et confesseur du Pape , et un chanoine de Riez, nommé Falc, furent chargés de la fourniture des nappes, de la toile cirée et autres objets nécessaires (2). Mais quelque diligence qu'on apponât aux dernières dispositions, elles imposèrent le renvoi de la cérémonie à huit jours. Ce
f» 99; vol. Î18, f=» 103 yo. Cf. E. Mùntz, op, cit., p. 13.— Arch. dép. de THérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint- Germain , invent, de 1495.
(i) Le 30 janvier 1367, payement de 95 florins 10 sois < AlrUo CîuseîUpro partis, cancellis in eccîesia Fratrumardinis 1^ Predicaiorum MotUispessuîani, ^ (Arch. Vatic, Intr. et Elit. Cam. apost, vol. 319, f® 84 ).
(2) Ihid,, vol. 319, fo« 88 v<> et 91,
$6 Lt Manastire Saint-^Benolt.
retard causa un grand désappointement aux nombreux étrangers, venus de plus de vingt lieues à la ronde pour y assister ; aussi le Pontife se montrat-il, à l'exemple du Divin Maître, touché de leur zèle pieux , et porté à le récompenser. Rien n'égale la naïveté d'expression du chroniqueur local traduisant, à son insu peut-être, le Misereor super turbam de l'Évangile : « Per tal que lo pobol » non say fosvengut de badas», le Pape accorda à chaque fidèle sept ans et sept quarantaines d'indulgences. Les jours suivants il accrut l'étendue de ces grâces spirituelles , car il survint dans la nuit du dimanche au lundi une pluie torrentielle, mêlée d'éclairs et de tonnerres, qui, durant jusqu'au mardi soir , retint en ville les étrangers. On ne pouvait songer à différer plus longtemps la cérémonie , quelque regret que dût éprouver- Urbain V à ne pas voir ce jour-là sa chère église décorée de tous les ornements qu'il lui réservait. Au nombre de ceux qu'on n'avait pu terminer encore se trouvait une oeuvre d'an digne d'être remarquée. Elle' se composait de 56 toiles dues à Matteo di Giovanetto de Viterbe, peintre attitré de ]a cour pontificale , que secondaient nombre d'artistes placés sous sa direction. Ces toiles, destinées à parer les murs , retraçaient toutes les scènes de la vie du bienheureux patriarche d'Occident, auquel était dédié le monastère. On y avait employé 1760 feuilles d'or et 850 feuilles d'étain (stagni subtilis). Cet ouvrage fut porté d'Avignon
Ix Monastère Saint-Senott. 37
à Montpellier le 27 avril suivant, sur un chariot à deux chevaux conduit par deux hommes, et Matteo vint en surveiller lui-même la pose (i).
G)mme on fut forcé de renoncer à cette décoration, on la remplaça par des draperies perse , assurent nos vieux historiens (2) ; ils s'accordent également à louer la chapelle dont le Pape se servit le jour de la consécration , dimanche 14 février 1 3 67, et qu'il laissa au monastère. Depuis six mois déjà il en avait envoyé les deux objets les plus précieux : la chasuble et le calice. Nous ne saurions négliger de les décrire.
Ainsi que la majeure partie des ornements destinés au monastère , cette chasuble était l'œuvre des frères Guillaume et Bernard de Frezenques(3). Sa beauté devint proverbiale dans notre ville, où l'on avait coutume de dire en parlant d'un prodigue : « Manjariè la capa de sant Peyre » (4).
(1) Arch. Vatic, Intr. et Exit. Cam. apost., vol. 319, fasyov® et 109 yo; vol. 321, f®«82 v<>, ii9et 127.— Cf. £. Mûntz, op. cit,^ p. 11 et 1 2.
(2) Ce détail semble confirmé par la mention suivante du 28 février 1 367 : « Alrico Cluselïi, custodi paramentorum, > ratione dicti officii et occasiane consecrationis altarium motias- 1^ terii MotUispessulani,,,, vi fior.% (Arch. Vatic, Intr. et Exit. Cam. apost., vol. 321 , f° 103 ).
(3) <De Frezenchiis'k, (Ihid.^ vol. 319, ("* 66 v« et 73 v». — Cf. E. Mûntz, Cf. Cl/., p. i S ).
(4) Faisons observer que Téglise cathédrale de Saint* Pierre hcriu de la plupart des joyaux -et ornements donnés par le Pape au monastère Saint- Benoit, de ceux du moins
58 Le Monaslirt Saint-Benolt.
Faisons observer d'abord que cette chasuble était à la romaine, comme celles du moyen âge, c*està-dire ample, arrondie et faite d'un seul pan d'étoffe. Un drap d'or à gros grains, semé de petites perles , formait le fond , que relevait une broderie en relief représentant des gerbes de blé aux chaumes d'argent , aux épis d'or , chargés de perles en guise de grains. Un cordon de grosses perles et des bouillonnes de drap d'or séparés par des rangs de diamants formaient bordure. La croix , échiquetée , était brodée d'or et d'argent et garnie de perles. Tant d'ornements rendaient cette chasuble si pesante que , déployée, elle se soutenait par elle-même, et que le prêtre , ne pouvant la revêtir comme à l'ordinaire , devait s'y introduire par le dessous : aussi tout mouvement lui était-il interdit , si on ne lui aidait à la soulever (ij.
Quant au calice, dû à Jean Baroncelli, il était d'or pur et ne pesait pas moins de 8 marcs, selon le procès de béatification. Deux anges émaillés l'un de blanc, l'autre de tanné en formaient le pied orné de fleurs également émaillées et de perles. La coupe , évasée à l'ouverture, était enrichie de turquoises et bordée par des cabochons de pierres
qui n'avaient pas été compris dans les diverses aliénations du trésor. La chasuble en faisait partie, et Gariel a pu être renseigné à ce sujet par ceux qui lavaient vue.
(I) Gariel f L'origine, les cJjangenuns, me, de S. Pierre de Mompelier, p. 43 etsuiv.
U ManasUre SaintSenott. 59
précieuses (i). A part ces objets on citait encore la mitre, lamée d'argent et relevée par des perles et six gros saphirs; la crosse d'argent en quatre parties, ornée d'une Vierge assise tenant son divin Fils; toutes les autres pièces enfin marquées aux armes du Pape (2).
La cérémonie de la consécration, faite par Urbain V lui-même, fut suivie de la messe pontificale, et se termina par la publication d'indulgences. Celle du soir comprit le chant des vêpres et un sermon prêché par Pierre de la Jugie, archevêque de Narbonne. En le finissant, il fit appel à la protection des rois de France, à là bienveillance des évêques de Maguelone et des magistrats de Montpellier en faveur de l'œuvre nouvelle , et concéda au nom du Pape, des car-
(i) Gariel, L origine, les changemens, etc., de S, Pierre de Mompelier^ p. 43 et suiv. — « Die xu dicti mensis (janvier
» 1 367 ) soîuti fuerunt Johanni Baroncelli pfo ij marchis
» ij unciis etxvdenariisetxijgranisauripositisinduûbtiscàli* » cihusmagnis auri, quorum unus partatus fuit Massiliam, et
> alius apud Montempessulanum, et pro factura ipsorum^ et qui-
> busdam perîis et custodiis seu repositoriis ipsorum. » ( Arch. Vatic, Intr. et Exit. Cam. apost., vol. 321, f* 77). — » Necnon unum caïicem aureum ponderis octo marcharutn vel » circa margaritis et aliislapidibus pretiosis ornatum.i^ (Arch. dép. des Bouches-du-Rhône , série H ,. fonds Saint- Victor , reg. 24 bis : procès de béatification ).
(2) Ibid, — Arch. dép. de l'Hérault , série G, fonds du Chap. cathédtal de Montpellier , monast. Saint-Germain, invent, de 1495, et reg. i, (^64, invent, de 1438.
6o Lt Monastire Saint^Benait.
dinaux et au sien de nombreuses indulgences pour ce jour, son octave et son anniversaire (i).
Pour en fixer à jamais le souvenir Urbain V fit dresser le procès-verbal de la cérémonie , et rassembler les actes relatifs à la fondation du monastère; aussi regretterons-nous toujours la perte de l'œuvre du scribe Jacques Meier de Bruges : cinq registres sur parchemin, un rouleau de papier , et douze feuilles , qui nous auraient fourni les détails les plus circonstanciés sur ces événements (2).
Le lendemain, le Pape accorda une distinction signalée à l'Université de Montpellier en la personne d'un de ses membres, Bernard de Chàteauneuf, parent des Grimoard et professeur en décrets, qu'il nomma évéque de Cahors; et le dimanche suivant , 21 février, il le fit sacrer, avec quelques autres nouvellement promus, par le cardinal de Canillac, en l'église Saint-Benoît. C'est probablement dans le même sanctuaire qu'il conféra en personne les sacrements de l'ordre et
( I ) Gariel, L'origine^ les changemens, etc., de S. Pierre de Mompelier, p. 58 et suiv.
(2) € Die eadtm (^ avril 1367) soîuti ftterunt Jacobo » Meiere^ derico deBrugis, qui copiavit quinquelibro5inperga' 1^ meno et unum rotulum in papiro super fundacione monasterii it predicH sancii Betiedicti de Montepessnlatto, eciam xij folia » super consecratione altaris dicti tnonasterii, quod domiuus » noster ibidem consecrdrat, ipso cîerico tnamuiliter recipiente » vj fl. Cam. » ( Arch. Vaiic , Intr. et Exit. Cam. apost., vol. 321, fo 108).
Ix Monastère Saint'^Benott. 6i
de la confirmation , comme nous l'apprend le procès de béatification.
Cependant le séjour du Pontife touchait à sa fin^ et celui-ci éprouvait le besoin de placer à la tête de son œuvre un homme d'intelligence et de dévouement. Le choix de son trésorier paraissait indiqué, car nul mieux que lui n'était capable d'achever avec succès ce qu'il avait commencé avec tant de zèle. Or les circonstances favorisaient les désirs d'Urbain V: l'évêché de Maguelone étant vacant depuis la mort de Déodat en 1365, le Pape y nomma, le 5 mars 1367, Gaucelin de Deaux, qu'il remplaça sur le siège épiscopal de Nimes par Jean Gasc , abbé d'Âniane , et l'un de ses plus fidèles amis. Sur le point de repartir, le Pontife se prêtait de plus en plus fréquemment aux démonstrations d'amour dont il était l'objet : tandis que jusque-là il s'était montré une fois par jour au peuple des fenêtres du Consulat, il doubla cette feveur vers la fin , et le dernier jour il dut même s'y présenter trois fois. Chaque apparition, saluée sans doute par des acclamations joyeuses, valait aux assistants l'octroi de sept ans et sept quarantaines d'indulgences.
Enfin, le lundi 8 mars, Urbain V quitta la ville après y avoir passé dans les plus pures joies du cœur cinquante-huit jours pleins. Presque tous nos concitoyens l'accompagnèrent au loin sur la route, les plus favorisés achevai, les plus pauvres et non les moins zélés h pied. Quelques-uns des
62 I^ Monastère Saint-Bendt.
consuls anciens et des nouveaux, près d'entrer en charge le 25 mars, l'escortèrent jusqu'à la ville d'Avignon, prolongeant ainsi les douceurs d'une réunion jugée trop courte encore, malgré son exceptionnelle durée. Au-delà des adieux présents tous n'entrevoyaient-ils pas , avec le départ pour Rome, une séparation consommée pour la vie ?
Et pourtant , à travers les monts , les rapports devaient rester intimes et fréquents : sous la brève sécheresse d'un compte de dépenses, une pièce conservée aux Archives municipales de Montpellier nous ouvre à cet égard, après les détails que nous avons relatés, toute une suite de conjectures sur les courriers échangés entre Rome et Montpellier, entre Urbain V et nos aïeux (i).
[race au choix judicieux du Pape, son éloignement, alors considéré comme définitif, ne pouvait porter aucune atteinte à la prospérité de son œuvre naissante. Le nom de Gaucelin de Deaux est destiné à revenir trop fréquemment sous notre plume, dans la
(i) €Aysoson las despensas que a fait Alencin de Breysac 1^ perlas Utras las quais li trameron los senhors cosols de Mont-
> pelie Neapols, las quais letras porttt a nostre senhor lo papa a
> Roma. » ( Arch. mun. de Montpellier, série BB, pièces extraites du reg de délib. du Conseil de Viue^ année 1 370)-
Ix Monastère Saint^Benoît. 63
période d'organisation du monastère Saint-Benoit, pour que nous ne lui consacrions pas quelques instants d'attention. Il le mérite d'ailleurs comme un des évèques les plus dignes entre tous ceux qui ont occupé avec honneur le siège de Maguelone.
Gaucelin appartenait à une vieille et noble famille du diocèse d'Uzès y voisin de celui de Nimes, à la tète duquel il fut placé dans la suite. Les distinctions ecclésiastiques étaient venues récompenser le mérite de plusieurs de ses membres , que les Écoles de Montpellier peuvent revendiquer^à divers titres: le cardinal Bertrand, légat de Benoît XII , avait promulgué les Statuts de l'Université de Droit de 13 3 9-1 340; Paul de Deaux y avait professé le droit canonique dès 1 339 et s'y trouvait encore en 1366 ; Jean de Blauzac, dit le cardinal de Saint-Marc , était, en 1364, intervenu au nom d'Urbain V pour fixer le mode d'élection du Chancelier de l'Université de Médecine ; enfin la confiance seule du Pape envers son trésorier témoigne de la capacité de celui-ci tout autant que de son dévouement.
Si le Pontife en multiplia jamais les témoignages, ce fut bien à la veille de son départ pour Rome. Il était alors au monastère Saint- Victor, prêt à prendre la mer ; une fois éloigné , les difficultés surgiraient peut-être autour de celui qu'il établissait en quelque sorte son vicaire au-delà des monts , et dans sa propre église, de Maguelone le pieux prélat devait s'attendre à rencontrer les
64 L^ Monastère Saint^Benott.
résistances dont ses prédécesseurs avaient été les témoins affligés ou les infortunées victimes. Vingt bulles diverses, presque toutes datées du même jour, établirent nettement les droits de Gaucelin comme trésorier et comme évêque (i) : les dispositions qu'elles contiennent restent étrangères à notre sujet, mais nous ne saurions résister à la satisfaction d'y recueillir quelques-unes de ces expressions si touchantes qui révèlent, au milieu même des questions d'affaires, le cœur d'Urbain V. Son affection pour l'Évêque de Maguelone emprunte les formes les plus délicates : tantôt c'est « la faveur d'une grâce spéciale recherchant votre » personne , en qui nous avons mis dans le Sei- » gneur une confiance singulière » ; tantôt a une » paternelle bienveillance qui nous pousse à vous » concéder gracieusement tous les privilèges par » lesquels vous saurez vous rendre cher aux » autres ». La confiance du Pape « est entière en la » prudence et conscience x> de son trésorier, car il considère avec estime « les dons merveilleux des » vertus , dont l'insigne dispensateur a orné sa » personnes». Ailleurs il rappelle «les dépenses » considérables qu'ont nécessitées les services » gracieux par lesquels il s'est rendu agréable au » Saint-Siège et au Pontife romain, et sa prompte » et vigilante exécution dans l'office de trésorier
(i) Arch. dép. de THérault , série G, Cartulaire de Maguelone, reg. F, (^ 39 v» à 46.— Cf. ibid,, Bullaire de Maguelone, £<>• 55 v<> à 61.
Le Monastère Saint-Benatt. 65
a apostolique, ainsi que dans les autres affaires » confiées à ses soins ». Nous ne doutons pas qu'il ne s'agisse ici du monastère Saint-Benoit , parce qu'un autre bref parle expressément des missions que le Pape va confier de nouveau à Gaucelîn dans la province de Narbonne et ailleurs. Gariel nous assure aussi avoir vu une bulle, dont il donne , prétend-il , tout au moins le sens; elle se termine par une exhortation à « n'oublier point » aussi nostre entreprinse duG>llegede S. Benoit, » dont je désire une prompte expédition autant B pour la gloire de ce grand Saint qui a esté p mon père que pour l'avancement des bonnes » lettres » (i).
L'attente d'Urbain V ne fut pas trompée. Au moment où il investit l'Évêque de Maguelone de la direction du monastère Saint-Benoît, trois œuvres y restaient à réaliser ; l'achèvement des travaux, la dotation matérielle et l'organisation intérieure ; toutes trois furent conduites de front par Gaucelin , avec un zèle égal et un même succès.
A peine le clocher de la façade situé vers le monastère eut-il été disposé convenablement qu'il reçut deux cloches : la plus grande , nommée Urbain, placée le vendredi 20 août 1367; la seconde, appelée Germain, le lundi suivant (2).
(i) Gariel» L'origine, Us changemtns, etc., de 5. Pierre de Mampeiier, p. 68.
(2) Petit Thalamus, ms., f» 122; éd., p. 380.
66 Lr Monastère SainUBenoti.
La bâtisse des autres tours se poursuivit Tannée 1368 , puisqu'au mois de mai Pons Auger , Tun des huit maîtres-maçons qui la dirigeaient , vint rendre compte de l'état des travaux au trésorierévêque (i). Nous pouvons citer les noms de ses sept compagnons , dont quelques-uns avaient été envoyés d'Avignon à Montpellier le mois précédent: c'étaient Jean Ricôme (2), Guillaume Lambin (3) , Jean de Cazenove (4) , Arnaud Coste (5), Jean Dupin (6) , Jean Pascal (7), Jean Ucas (8).
Quant au portail de l'église , il fut confié à Jean Le Court, également appelé près de Gaucelin au mois d'août, sans doute afin d'en recevoir les instructions (9). La pierre à colonnes qu'on y
(i) Arch. Vatic, Intr. et Exit. Cam. apost. , vol. 322 , fo 69.— Cf. E. Mûntz, Les Constructions du pape Urbain Va Montpellier f p. 1 1 .
(2) « Die eadem ( 2 1 avril 1 368 ) iraditi et soluti fuerunt 3» de mandato domini thesaurarii cum cedula nu^siris Johanni
> Richotne et Guilhimino Lambi[ni] , lapicidis , qui miituntur » apud Montempessulanum, et quibus datum est ad certum pre- » tiumfactum operarum in opère monasterii sancti Benedicti. . . » pro suis expensis et certorum aliorumquos debent secum ducere
> eundo apud Montempessulanum », etc. (Arch. Vatic, Intr. et Exit. Cam. apost., vol. 322, f» 65 v^.— Cf. ibid,^ f®* 73
etiSi).
(5) Voir note précédente. — Cf. ibid., P 84 v®. (4) Ibid., vol. 322, fo8 72 vo et 88.
(5 et 6) Ibid., vol. 322, f» 73.
(7 et 8) Ibid., vol. 322, f»75.
(9) « Die xviij dicti mensis. . . . Johanni Lo Cart, operario
Le Monasiire Saint-Benott. 67
employa avait été fournie par Bérenger Hulard, marchand de Narbonne (i) ; ce détail et Tidée qu'en donne Gariel nous font penser qu'il s'agit de marbre desP3nrénées. Au-dessus du portail fut placée une verrière due à Pierre Coupiac, peintre sur verre, que nous rencontrons occupé en 1368 et 1369 à l'œuvre du monastère (2).
Simultanément on travaillait au cloître , et Guillaume de Peletro, peyrier de Montpellier, était adjoint aux artistes déjà nommés (3). Les charpentes étant terminées , la toiture de plomb (4) fut posée par le couvreur Juardo Jean (5). Enfin l'infirmerie fut commencée (6). Pour l'aménage-
> fmrtalis monasUrii sancti Bmedicti^ pro expensis suis quas » fecit vmiendo de Moniepessuïano Avinionem , et quas faciet » redtundo.,.. ij flor» de cornu >. (Arch. Vatic, Intr. et Exit. Gim. apost., vol. 322, f* 78).
(i) € Die xj februarii (1367).... Berengario Hulardi , » mercaiori de Narhona , pro certis lapidihus marmoreis pro
> coîumpnis'faciendis, , . . cf ranch, boni ponderis>. {Ibid. , vol. 319, fo 88.— Cf. E. Mûntz, op. ciUy p. 7).
(2) Ihid,, vol. 322, fo loo v<>, et vol. 329, (^ 9s v*>.— Cf. £. Mûntz,o^. dt., p. 10.
(3) Vnd,, vol. 322, f> 72 V».
(4) « Die xvij novembris ( 1 3 67 ) . . . . Johanni de Penestra,pro * portu plutnbi, . . xivflor, degrayle>. {Ihid,, vol. 322, f^ 53) .
(5) < Die eadem (16 juin 1368).... Juardo Johannis, » Jatonio, qui facit coperturas monasUrii sancti Benedidi de
> Mon^fessuîano, pro expensis per eumfactis eundo et redeundo
> de Avinione apud MontempessuJanum .... ijftor. de cornu* . {Ibid,, vol. 322, f« 73).
(6) Jhid., vol. 322, fo 151. — Cf. E. Muntz,o/>. cit., p. 7.
ment intérieur, le fustier Pierre Vidal , maîtred'œavre, alla jusque dans le diocèse d'Uzès acheter des tables de noyer et d'autres objets nécessaires (i). Sous ses ordres travaillaient les fustiers Jacques Aufabas (2) et Jean Delorme (3). On monta aussi la cuisine par l'achat d'étain pour les marmites grandes et petites (4).
Un mobilier bien plus intéressant d'ailleurs est celui de l'église. Si l'énumération en est trop longue pour songer à la faire complète, nous devons néanmoins indiquer sommairement de quels objets il se composait. On y voyait des vases sacrés, la plupart marqués aux armes du Pape et dus à l'habile orfèvre Giovanni di Bartolo de Sienne (5) ; des reliquaires aux formes variées et originales : bustes, bras, coffrets, tours, croix, tabernacles ; des ornements pontificaux et sacerdotaux en drap d'or et» de soie aux couleurs diverses de la liturgie commandés à Venise et à Florence (6) ; des garnitures d'autel peintes sur
(i) Arch. Vatic, Intr. et Exit. Cam. apost., vol. 333,
fO jy v®.
(2) Ibid., vol. 322, fo 114 v».
(3) Ibid , vol. 322, f<> 73.
(4) Ibid,, vol. 328, f»40.-.Cf.E. Mûnt2,o/>.«7.. p. 16. (s) Le 18 février 1367 on payait à cet artiste 158 florins
4 sols pour douze calices de vermeil et divers objets sacrés. ( £. Mûntz , Giovanni di Bartok da Siena , orafo délia carte, di Avignone nel xiv secolo , dans VArchivio storico itàliano, sér. v, t. II, p. 4 ).
(6) Arch Vatic, Intr. et Exit. Cam. apost., vol. 3 m.
i-e Monastère Saini-Betioît. 69
cuir ou brodées sur étoffe ; des livres de chœur solennels et fériés; enfin des instruments de musique sacrée (i). Le 23 mars 1367, Etienne Soûlas et les autres religieux de Saint- Victor délégués pour la fondation du monastère firent dresser quittance et inventaire de toutes ces richesses. Cet acte, malheureusement perdu en son original et ses deux copies (2), eût été bien intéressant à connaître; sa teneur est suppléée cependant par divers inventaires du xv*' siècle, où Ton retrouve aisément les objets précités , bien qu'à peu près tous aient subi de notables détériorations (3).
Avant de terminer les détails relatifs à la construction, il nous resterait à supputer les dépenses qu'elle occasionna ; mais rien n'est plus malaisé que d'en fixer le montant, car souvent les comptes de la Vaticane ou bien font double emploi , ou
f*> 141 . — Cf. E. Mùntz, Lus Constructions du pape Urbain V à Montpellier y p. 16.
(i) Arch. dép. des Bouchcs-du-Rh6ne , série H, fonds Saint- Victor, reg. 24 his : procès de béatification.
(2) Arch. dép. de THérault, série G, Invent, des actes du Oiap. caihédral de Montpellier par Fr. Joffre, 1. 1^', p. 147.
(3) Arch. dép. de l'Hérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain, reg. 1, r» 27, inventaire de 1439, Jn^^iqiiè seulement; f«» 64, inventaire delà petite sacristie en 1442 ; i^ 103, inventaire analogue de 1444; reg. 4, f^ 30, inventaire analogue de 1492 ; un cahier papier, inventait c de la grande sacristie en I49S-
70 L^ Monastire Saint^Btnoit.
bien confondent des articles concernant la construction, lès dons et la dotation. En tous cas, ce chiffre serait fort élevé , d'après les mentions si fréquentes et si considérables des registres de la Chambre apostolique ; c'est donc avec beaucoup de raison que M. Eugène Mùntz a fait justice de l'assertion de l'abbé de Moissac, portant à un peu plus de 7000 francs le total des dépenses (i). Comme cette assertion cependant a été répétée jusqu'au jour où l'érudit Conservateur de l'École Nationale des Beaux-Arts a pu pénétrer à la Vaticane pour en tirer des données uniques sur l'histoire de l'art , expliquons de quelle manière elle a pris naissance. La situation financière de la ville de Montpellier était, en 1365, des plus obérées : quelques dépenses extraordinaires, telles que l'acquisition d'un nouvel Hôtel-de- Ville et la construction de la palissade , s'étaient ajoutées aux charges des impôts que levaient avec avidité les gens du gouverneur de Languedoc , et au manque de produits causé par les ravages des hommes d'armes parcourant le pays. Urbain V, pour venir en aide aux Consuls, leur fit avancer à diverses reprises des sommes considérables, qu'ils devaient lui rendre pour ainsi dire jour par jour
(i) « Et audivi ab eis , qui dicti operis faciendi erant » commissarii deputati , quod in septem tnillia firancorum » et ultra in opère iiio expensa fuerant cum dependentibus » subsequutis. ». ( Baluze, ViUe Paparum Avenianmsium , t. !•', p. 41 S). — Voir E. Mûntz, op. dt., p, 8.
Ix Monastère Saint-Benoit, ;fi
en payant les ouvriers employés à la construction. Nos G)nsuls reçurent ainsi, selon le détail qu'en établit le trésorier apostolique, la somme de 7696 florins 13 sols, et se libérèrent par petits versements entre les mains de Bernard de Manse, de Gaucelin de Deaux, de Bernard Franc, ou des mandataires de ceux-ci, jusqu'à concurrence de 7503 florins 3 sols 8 deniers. Le solde, soit 193 florins 3 sols 8 deniers de l'époque =186 francs 7 sols 3 deniers, ne fut acquitté que le 28 janvier 1376 , date du compte qui nous fournit ces chifires. Réduite en francs, au moyen de l'équivalence établie par ce document , la somme payée aux ouvriers par les mains des commissaires est bien égale en effet à 7003 francs 3 sols 4 deniers, et justifie ainsi les renseignements qu'ils auront donnés à l'abbé de Moissac (i). Mais elle est loin de représenter le total véritable , une infinité de versements ayant été faits soit aux ouvriers mêmes à Avignon, soit aux architectes pour fournitures, soit enfin directement par le trésorier entre les mains des Valaucière , des Mercier, des Allemand, tous qualifiés a solutores operis » (2). Tant de dépenses , prodiguées avec une telle libéralité , aboutirent à une œuvre architecturale qui, incomplète encore, satisfaisait néanmoins un
(i) Arch. muD. de Montpellier, grand chartrie^^ arm. F^ cass. VII , pièce 48 , parch. orig. — Cf. Grand Thalamus , f» 154 v®.
(2) Arch. Vatic, Intr. et Exit. dm. apost., passim.
72 Lt Monastire Saint-^ Benoit.
Pontife dont le goût pour la magnificence des édifices fut remarqué par ses contempprains.
Qu'on nous permette de rappeler de nouveau à cette occasion sa lettre à Gaucelirt en août 1368 , témoignage mérité de satisÊiction. La beauté de l'église est telle qu'il redoute par une construction quelconque à l'intérieur d'en altérer l'heureuse ordonnance ; cependant , comme il ne saurait tolérer pour ses religieux le contact des laïques et des femmes les jours d'affluence , il prescrit d'y construire une tribune assez élégante pour n'apporter à l'édifice qu'une décoration de plus (i). De Rome, la dotation et l'organisation du monastère Saint-Benoît faisaient l'objet de la sollicitude d'Urbain V, servie sur les lieux mêmes par le zèle actif de Gaucelin. L'année 1368 fut spécialement consacrée à constituer cette dotation, à régler cette organisation. Nous avons déjà publié l'acte fondamental du 31 janvier 1368 (2) et relevé celles de ses dispositions qui sont relatives aux étudiants. A l^égard des conventuels, la bulle fixa leur nombre à vingt, et les plaça sous la conduite d'un prieur claustral annuel. L'autorité de ce dernier s'étendit également sur les douze prêtres séculiers adjoints aux moines pour la célébration des offices^ et même sur les étudiants. Le prieuré fut soumis immédiatement
(i) L. Guiraud, Le Collège Saint-Benoit^ p. 213. (2) Ibid,y p. 210.
Lt Monastire Saint-^Benott. 73
au monastère Saint-Victor de Marseille , qui devait lui fournir ses membres, à la réserve toutefois de six places d'étudiants et quatre de claustraux affectées à des sujets mendois.
Quant à la dotation, elle fut constituée les jours suivants par une série de bulles que nous empruntons aux regestes d'Urbain V. Elles forment, avec les privilèges dont nous parlerons plus loin et nos précédentes publications, un intéressant et riche cartulaire pour le monastère bénédictin de Montpellier. Nous nous contenterons ici d'en donner rénumération, la divisant en deux classes : unions de prieurés, acquisitions de biens.
13 février 1368, union éventuelle du prieuré bénédictin de Mézouls, diocèse de Maguelone, dépendant du monastère Saint-Victor de Marseille, sous condition d*y continuer le service divin (i).
Même jour, union du prieuré augustin de Montaubéron , diocèse de Maguelone , vacant par résignation du cardinal de Sainte-Marie in Via lata, et transféré de l'ordre de Saint-Augustin à celui de Saint-Benoît (2).
20 février 1368, union du prieuré bénédictin de Rouet , diocèse de Maguelone , dépendant de
( i) Voir Appendice III. Nous publions cette bulle comme
spécimen des suivantes, dont les. formules sont analogues.
(2) Arch. Vatic. , Urb. V Comm. , an. vi , vol. 258 .
74 Le Monastère SaitUSenott.
Tabbaye Saint-Sauveur d'Aniane, et vacant par le transfert de Guillaume Vilate au prieuré de Villeneuve-la-Crémade , diocèse de Béziers(i).
Même jour, union du prieuré bénédictin de Saint- Michel de Meynes , archidiocèse d'Arles , dépendant du monastère Saint- Victor de Marseille, et vacant par le décès de Bernard de Manda j ors (2).
Même jour, union du prieuré bénédictin du Caylar, diocèse de Nimes , dépendant de Tabbaye de Saint-Gilles , et vacant par le décès de Jean de la Bastide (3).
Même jour, union effective du prieuré de Mézouls, vacant par le transfert à Saint-Victor d'Aldebert de Clapiers (4).
21 février 1368, union du prieuré bénédictin de Bruguières, diocèse de Maguelone, dépendant du monastère Saint-Victor de Marseille , pour être effectuée à la vacance du priorat (5).
29 juillet 1368, union du prieuré bénédictin de Saint-Pierre , alias Saint-Biaise près le Lez , diocèse de Maguelone, vacant par la nomination de Bernard Fournier à Saint-AndrédeGap(6).
(1) Arch. Vatic. , Urb. V Comni. , an. vi , vol. 258 , f» 20, ep.83.
(2) Ihid., f» 20 yo, ep. 84.
(3) lUd., (^ 20 vS ep. 85.
(4) Ibid,, fo 21, ep. 86.
(5) Ihid,, fo 20, ep. 8;i.
(6j Ibid., f» 21, ep. 87.
Le. Mmastère Saint^Benoit, 75
Ces diverses unions furent suivies, le 17 septembre 1368, de la rémission accordée au monastère Saint-Benoit des annates dues au Saint-Si^e pour les prieurés susnommés et pour tous ceux qui pourraient lui être également unis dans la suite (i).
Les acquisitions faites par Bernard de Saint- Étienne , par Gaucelin de Deaux et par d'autres mandataires d'Urbain V furent constituées en dotation dès le 10 février 1368 (2); mais, comme on les accrut pendant les mois suivants, le Pape en renouvela la donation , en y comprenant les plus récentes^ le 17 septembre 1368. Le détail que nous en donnons fait éclater la libéralité du fondateur.
1® Châteaux de Roquevaire et Gémenos, acquis de Guillaume de Marseille et de Raymond Bernard Flamenc, au prix de 6oooflorins.
2* Censés sur l'Orgerie de Montpellier, acquises de r%lise de Narbonne , et possessions de Bertrand de Montpezat au diocèse de Béziers, acquises de ses exécuteurs testamentaires, au prix total de 1400 fr. lor.
3® Censés et revenus à Marseillan, diocèse d'Agde, acquis de Guillaume
(1) Arch. Vatic. , Urb. V Comm , an. vi , vol. 258 , f® 22, ep. 90.
(2) Ihid., fo 19, ep. 80.
76 Ix Monastire Saint^Benoît.
Gros , seigneur de Château-Rouge,
au prix de 600 francs.
4** Censés et revenus à Plaisssn et Adissan, diocèse de Béziers, acquis des iiéritiers d'Arnaud de Bloquefeuil, damoiseau, seigneur dudit lieu de Plaissan, au prix de 2911 fr. 8 s.
5** Censés et usages à Mèze, diocèse d'Agde, au prix de 900 florins.
6* Prairie vieille à Lattes, acquise de Pierre de la Gautrinie , marchand de Montpellier, et de Raymond de Rabastens , chevalier du diocèse d'Albi, au prix de 86oofl. (i).
Là ne se bornèrent pas les largesses d* Urbain V: le 17 septembre 1368, il fit don au monastère des troupeaux acquis sur son ordre (2) et , fe 8 mars 1369, il fit acheter à Jean de Londres, marchand de Montpellier, pour 850 florins un moulin sur le Lez, près Castelnau (3). Gaucelin s'empressa de faire dresser pour ces diverses possessions des registres où furent inscrites les reconnaissances du Prieuré. De ceux qui existaient encore à Montpellier au xvii** siècle un seul est
( I ) Voir Appendice IV.-— Cf. Arch. Vatic, Intr. et Exit. Cam. apost., vol. 321, f® 89.
(2) Arch. Vatic , Urb. V Comm., an vi, vol. 258, f» 23, ep. 93.
(3) Arch. dép. de PHérault, série G,- Invent, desactes du Chap cathédral de Montpellier par Fr. Joffre,!.!**^, p.488.
Ix Manastire SaintSenoit, 'j'j
parvenu jusqu'à nous; il est actuellement conservé au dépôt des Archives départementales de la Lozère. Quoique incomplet au commencement, il s'étend de Tannée 1368 a Tannée 1371 et contient le relevé des rentes sur les lieux de Montpellier, Montaubéron,Plaissan, Adissan, Servian, Alignan et Magalas (i), ces dernières provenant de libéralités royales dont nous parlerons plus loin. Tandis qu'il assurait à son monastère une large et riche dotation, Urbain V se préoccupa de lui procurer ces privilèges si nécessaires et si goûtés au moyen âge , qui devaient le placer au rang des abbayes les plus favorisées. Lui-même les multiplia pour son œuvre de prédilection, et ses regestes nous en fournissent des preuves intéressantes. Par une bulle du 17 septembre 1368, il affecta le produit des offrandes faites à l'église Saint-Benoît à Tentretien et à la réparation des ornements , le surplus devant constituer un fonds de réserve dont Temploi ne pourra être fait qu'avec Tassentiment du Chapitre et Tapprobatîon de Tabbé de Saint-Victor (2). Le même jour, il accorda au monastère un cimetière particulier à Tusage de ses membres et même de tous les moines bénédictins décédant à Montpellier (3). Les dispositions de cette bulle furent
(i) Arch. dép. de U Lozère, série G, n<> 102 1. (2) Arch. Vatic, Urb. V Comm., an. vi, vol. 258, f» 21, ep. 88.
(î) Voir Appendice V.
78 1/ Manastire Saint-Benott.
développées par celles de deux autres y en date du II novembre 1369 (i) et du 19 novembre 1370(2). L'église étant Kvrée au culte, le Pape renrichit, le 6 novembre 1369, de nombreuses indulgences (3).
Enfin y pour maintenir la régularité et la piété dans un monastère qui lui était si cher, Urbain V en confia l'entière juridiction à son fidèle trésorier, le 17 septembre 1368; mais cette faveur toute personnelle ne devait jamais être étendue à ses successeurs au siège de Maguelone. Gaucelin recevait tout pouvoir de connaître des délits commis par les membres de la communauté et de frapper ceux-ci des peines canoniques ; il était en outre autorisé à renvoyer au monastère Saint- Victor les religieux qui fourniraient un sujet de plainte, et à les remplacer par de plus dignes pris dans le même Ordre (4). Avec ces pouvoirs ofliciels, le Pape lui adressa ses instructions intimes dans une lettre que nous avons souven citée. Comme elle embrasse dans une sollicitude minutieuse tout le détail de ses fondations , chacune y peut revendiquer un intérêt nouveau. Les passages relatifs à la vie claustrale ne le
(i) Arch. Vatic, Urb. V reg. Avinion., an. vin et ne, part. II, t. XXIII, fo 344.
(2) Ibid,, fo 509 vo. •
(3) ihid,, fo 344.
(4) Arch. Vatic. , Urb. V Comm., aa.vi, vol. 258 , f» 22,ep. 91.
Lt Monastire Saini-'Benoit. 79
cèdent pas à ceux que nous avons cités sur les études, car une bonté toute paternelle s'y unit à une ferme rigueur. Les soins du corps, en effet, en tant qu'ils peuvent assurer la liberté de l'âme , sont autorisés par le fondateur : usage modéré du vin , création de salles commodément et agréablement disposées pour les malades , concession d'un vaste jardin commun. Mais toute cause de désordre ou de scandale est sévèrement proscrite : que sous aucun prétexte la clôture ne soit franchie, qu'on ne tolère point la diversité des habits, surtout que Gaucelin de Deaux-ne s'abandonne pas à une indulgence exagérée. Les délits^ une fois instruits avec discernement, doivent être réprimés avec justice, car, en véritable religieux, Urbain V se montre avant tout préoccupé de la régularité monastique (i).
Nous aurions à peine besoin d'ajouter que le Pape, quelque autorité qu'il déléguât à Gaucelin, conservait , en qualité de fondateur , le droit d'intervenir personnellement dans le recrutement ou les affaires du monastère. C'est ainsi que peu de mois avant sa mort il y accorda une place de religieux à Bertrand de Côme, moine de Saint- Victor (2), de même qu'il avait jadis donné à un simple laïque l'autorisation d'y vivre sous l'habit
(i) L. Guiraud, Le Collège SaitU-BenoUt p. 213.
(2) Arch. Vatic. , Urb. V reg. Avinion. , an. vni , part. I, t. XXII, f^ 502, bulle du xv des calendes de septembre.
8o Ix Monastère Saint^Benoit.
séculier (i); et qu'en 1369 il y établit renseignement des arts libéraux (2). Mais tout en s!inspirant de ses volontés (3) , 'Gaucelin nous apparaît comme le véritable organisateur : c'est par ses ordres qu'ont lieu l'installation de la communauté dans le nouveau monastère (4), et l'examen des étudiants du Collège (5); c'est luimême qui interroge les écoliers es arts et décide de leur admission (6) , qui remplace les sujets incapables ou indociles (7), lui enfin qui veille à tous les besoins.
Non content de prodiguer ses propres faveurs au prieuré Saint-Benoît , Urbain V prit soin de lui procurer celles des princes ses contemporains ; ses bons rapports avec eux rendaient la chose
(i) Arch. Vatic, Urb. V reg. Avinion., an. v, part. II, t. XIV , fo 258 yo, lict. cccxxx. — Cf. Cartulaire de VUniversiU de Montpellier, t. I, p. 489 , où nous avons tout lieu de nous étonner qu^on indique comme perdu l'original dont nous possédons l'entière copie, ainsi que celle de la bulle suivante relative i la même affaire.
(2) L. Guiraud, Le Collège Saint-Benoit, p. 43.
(3) Gaucelin envoya à diverses reprises des messagers au Pape lorsque celui-ci était i Rome. Bertrand Raffin entre autres, clerc de Rodez ei licencié en décrets, reçut une mission pendant Tété de 1369 ^ipro negotiis operis et funda- 1^ tionis Collegiii^, (Arch. Vatic, Intr. et Eut. Cam. apost., vol. 327, f<> 98).
(4) Voir p. is.
(5) L. GuiTAud, Le Collège Saint'Bemdt, p. 38.
(6) iW.,p. 4S.
(7) IMd., p. 237.
Lt Monastère Saint^Benott. 8i
aisée. Il saisit l'occasion du voyage à Avignon de Charles IV de Luxembourg , empereur d'Allemagne, pour en obtenir, le 7 juin 1365, une bulle d'or commune au monastère Saint-Victor de Marseille et au Collège Saint-Benoit de Montpellier (i). Intéressé dès la première heure à ses projets , Charles V , roi de France , lui accorda nombre de privilèges. Nous avons déjà cité les lettres patentes du 20 avril 1364, autorisant la démolition de certaines maisons au lieu où devait être construit le monastère (2). Le 28 octobre 1365 , il confirma les acquisitions faites ou à faire jusqu'à concurrence d'un revenu de 1000 florins (3). Au mois d'août précédent, il avait accordé semblable privilège pour le fief de Bertrand de Montpezat , relevant de la directe du Roi , de l'évêque de Béziers et de l'abbé de Saint- Jacques de cette ville (4). Sur le vidimus du sénéchal de Carcassonne, en date du 2 septembre
(i) Arch. dép. des Bouches-du-Rhône « série H, fonds Saint- Victor, Liber Bullarum, f° 97 ; loriginal i bulle d'or manque aujourd'hui. *
(2) Arch. dép. de THérault , série G, Invent, des actes du Chap. cathédral de Montpellier par Fr. Jofiîre , t. I*^
(3) Und., p. 432. — Cf. Arch. mun. de Montpellier , série GG, Collège Saint-Benoit, une pièce papier copie.
(4) Arch. Nat., Trésor des Chartes , série JJ, reg. 198, f* 177 v<>. — Ce privilège royal est le seul qui ait pu être retrouvé dans les regbtres sur le nombre de ceux indiqués par Tinvenuire de JofFre, où celui-ci ne figure pas.
suivant y le viguier de Béziers donna ses lettres d'exécution le 8 août 1366, ce qui n'empêcha pas^ le 22 mars suivant, qu'on ne fût obligé de recourir à de nouvelles lettres patentes, aussitôt accordées, pour maintenir le monastère en possession du fief contesté (i). Mais de toutes ces marques de la protection et de la libéralité royales, la plus curieuse comme la plus importante est la fondation d'une chapellenie en l'honneur de saint Louis , faite par Charles V dans l'église Saint- Benoît. Cette chapellenie fut établie par lettres patentes données à Vinccnnes le 18 octobre 1367. Le Roi constitua à ses desservants des redevances considérables pour l'époque : elles consistaient en 509 setiers i hémine d'orge, i salmée de vin, 44 quartes d'huile, 41 livres 3 deniers i obole tournois, 19 setiers de fi-omentou leur valeur, soit 7 livres, enfin au rapport non fixé d'une maison à Magalas. Tous ces revenus avaient été acquis de Bernard Raymond, chevalier d'Issalgualier , à l'exception d'une rente de 40 livres tournois à prendre sur les biens de la communauté de Saint- Pons de Mauchiens sis à Béziers (2).
Les relations d'Urbain V n'étaient pas moins cordiales avec Louis d'Anjou , frère du roi : nous avons vu ce prince recevoir le Pontife à Mont-
(i) Arch. dép. deTHérault, série G, Invent, des actes du Chap. cathédral de Montpellier par Fr.JofFre, t.I«^p.434.
(2) Ibid., t. P', p. 436. — Cf. Gariel , Séries prasuJum , p. 423-
Ix Monastère SaintSetK^t. 83
pellieravec les égards les plus marqués ; lui-même faisait de fréquents voyages à la cour d'Avignon, et sa profonde vénération envers le saint Pape devait survivre à la perte de celui-ci ; enfin il fut un des premiers à solliciter de l'antipape Clément VII la canonisation d'Urbain V , et légua une certaine somme pour être affectée à son culte, quand il serait officiellement reconnu. Sa protection fut donc aussi aisée à obtenir en faveur du monastère Saint-Benoît qu'elle était précieuse à rechercher; comme son frère, il en réitéra les preuves. Si le texte de ces titres, perdus aujourd'hui, n'a pu être restitué , d'intéressantes analyses en ont conservé la teneur. Le 28 novembre 1367, par lettres adressées de Beaucaire au sénéchal de Carcassonne , il lui ordonna de maintenir le monastère en possession des rentes acquises par le Pape jusqu'à concurrence de 1000 florins, en vertu du privilège royal du 28 octobre 1365. L'année suivante et le 28 juillet, il manda de Villeneuve près Avignon au sénéchal de Beaucaire de veiller à ce que les religieux ni leurs agents ne fussent astreints aux péages ni traites foraines pour les denrées transportées par terre ou par mer et destinées à la consommation du monastère. C'est encore de la même ville qu'il exempta , le 28 mars 1 370, de tout droit de gabelle le sel à l'usage de la communauté. Peu de mois après, le 10 octobre 1370, par lettres datées de Montpellier, il accorda au procureur du monastère , toujours en
84 Le Monastère SaintSenôlt,
considération du Pape fondateur, l'autorisation de faire paître ses troupeaux dans les terroirs de Saint-Michel de Meynes, du Caylar, de Rouet, de Bruguières et de Mézouls , une lieue autour des prieurés de ce nom. Enfin, le 27 octobre 1374, il assurait aux religieux la possession du fief acquis de Bertrand de Montpezat. Le frère et successeur du duc d'Anjou dans le gouvernement de Languedoc , Jean de Berry, marcha sur ses traces : de Villeneuve près Avignon il prescrivit, le 7 février 1385 , au bayle de Montpellier de tenir la main à l'exécution des patentes d'amortissement de 1365 (i).
Car elle constituait une véritable tradition de famille , cette vénération pour Urbain V se traduisant en faveurs multipliées à l'endroit de ses fondations de Montpellier , et ce malheureux prince dont l'enfance prolongée devint si fatale à notre France, ne faillit pas aux exemples reçus. Rappelons-en, d'après le biographe d'Urbain V, un trait bien significatif: « C'était en 1392; l'in- »} fortuné Charles VI, roi de France, venait d'être » frappé de la triste maladie qui fut la cause de » tant de maux. Immédiatement il tourna les » yeux vers celui auquel le peuple avait attribué » la grâce de sa naissance^ et, pour demander à » Dieu sa guérison , il recourut avec confiance à
(1) Arch. dép. de l'Hérault, série G, Invent, des acte du Chap. cathédral de Montpellier par Fr. JofTre, 1. 1^^ , p. 439» 441, 442, 460 et 462.
Z/ Monastère SaintSenoît. 85
» rintervention du bienheureux Urbain V. Il » envoya donc à Marseille Pierre de Rheims, son » chambellan , avec une offrande de 40 francs » d'or , demandant que de solennelles prières 9 fussent faites pour sa santé au tombeau du » Pontife» (i). Mais le roi n'avait pas attendu que le malheur vînt le frapper pour se souvenir d'Urbain V et de ses fondations. Au mois de juin de cette même année 1392, il avait déjà confirmé les lettres patentes d'amortissement octroyées par son père (2) ; et, le 6 juillet suivant, il en avait accru l'effet , en permettant aux religieux de bâtir tant à Lattes qu'ailleurs pour la commodité de leurs possessions (3). Le 14 août 1393, le prince comprenait dans l'amortissement accordé par Charles V 30 livres de censés nouvellement acquises (4); et le 31 octobre suivant, même faveur était étendue aux écoles données par Pierre Flamenc (5); enfin, le 12 juillet 1413, il couvrit de la sauvegarde royale le monastère Saint-Benoît , dont les Consuls de Montpellier menaçaient de démolir les tours. Cette faveur de
(1) J.-H. Albanès , Abrégé de la vie et des miracles du B. Urbain V, p. 180.
(2) Arch. dép. de THérault , série G , Invent, des actes du Chap. cathédral de Montpellier par Fr. Jofïre , t. P^ p. 466.
(3) Ibid., 1. 1«, p. 466.
(4) Ibid., t. 1", p. 467.
(5) L. Guiraud, Le Collège Saint-Bettoit, p. 71.
86 Lt Monastère Saint-^BenoU.
si grande portée fut concédée , y dit le prince , à la considération du feu Pape fondateur (i); ainsi
(i) A défaut de ce privilège, qui eût été si intéressant â publier, nous transcrivons ici l'analyse qu'en fait JofFre et un fragment conservé par Gariel.
€ Autres patentes du Roy Charles données à Paris le » 12 juillet 141 3, par lesquelles Sa Majesté, sur Texposition » â elle faicte de la part des religieux du couvent et collège » Sainct Benoit, fondé par le pape Urbain V en la ville de » Montpelier a Thonneur dud. sainct Benoit et saint Ger- » main, que ceruins mal intentionez aud. couvent s*estu- » dioient a persuader aux consulz dud. Montpellier de faire » démolir les tours dud. monastère et à se servir d'autres » moyens préjudiciables ausd. religieux, auroit mis lesd. » religieux, monastère, rentes et possessions en deppendans » en sa protection et sauvegarde, et ce en considération de » sa Saincteté, fondateur susd., nottamant pour ce que sad. » Saincteté avoit fondé une chapelle en Tesglise dud. monas- » tere a Thonneur de Nostrc Dame et de sainct Louys, roy » de France , dans laquelle se dévoient célébrer par lesd. » religieux deux messes chaque jour a perpétuité pour le » salut de Famé du Roy son Père et de ses prédécesseurs, » de laquelle fondation le Hoy son perc estant informé » auroit dotté icelle chapelle de 20 1. 1. de rente, et pour » d'autres pieuses raisons a ce la mouvant, mandant exprès- » semeut au seneschal de Beaucaire de prester la main à » l'exécution des susd. pattantes». ( Arch. dép. de l'Hérault, série G, Invent, des actes du Chap. cathédral de Montpellier par Fr. Joffre, t. Iw,;p. 466. — Cf. ibid., p. 434 ).
€ Quod dictum collegium constructum fuerit potenter > et condecenter infra villam Montispessuli , ut melius et » securius subjaceret, mœniis, turribus et aliis multiplicibus » sedificiis villa eadem non modicum viribus et potentia est » adjuta et in mèlius reformata ». ( Gariel , L origine <t Us changemtnSf etc., de 5, Pierre de Montpelier^ p. 81 ).
Ix Monastère Sainte-Benoit. 87
la mémoire vénérée de celui-ci couvrait-elle encore de son efficace protection les œuvres qui, pendant sa vie ^ avaient eu le meilleur de ses pensées.
A l'époque, en effet, où nous a entraîné cette énumération, la mort était déjà venue saisir prématurément Urbain V aux derniers jours de Tannée 1370. Quel deuil jeta sa perte dans le cœur des Montpelliérains et des religieux de Saint-^ Benoit , c'est ce dont notre chronique municipale ne donne qu'une idée bien incomplète. Empruntons néanmoins ses termes pour rapporter cet événement : « Item aquel an meteys a i dijous » que era a xix de dezembre, lodit nostre senhor » lo papa anet a Dieu en la dita ciutal d'Avinhon » e pueys lo dimars après, que era la vegelia de » Nadal, los senhors cossols e los senhors obriers » ne feron per el i solempne cantar en la glieyza » de Nostra Dona de las Taulas, en que los senhors ï> cossols y giteron i bel drap d'aur fin de Lucha » orlat e xxiiii entortas , e los senhors obriers y » gyteron i autre drap d'aur amb x entortas, e » cantet la messa mossen Berenguier de Salve , » prebost de Magalona e prior de la dicha glieya » de Nostra Dona deTaulas » (i).
Des cérémonies qui eurent lieu au monastère nous n'avons pu trouver aucun récit; mais, comme à Saint-Victor, en gardant les regrets du
(i> Pdit Thalamus, ms , f<* 127; éd., p. 384.
88 U Monastèrt Saint^Benoit.
cœur aussi vifs qu'à la première heure , on dut bientôt y mêler les justes espérances de la foi. Le 3 juin 1372 éclaira une bien touchante cérémonie dans la ville d'Avignon. Ce jour-là, Etienne Aubert , abbé de Saint-Victor , entouré de quelques-uns de ses moines , recevait des mains du cardinal Anglic Grimoard le corps de son bienheureux frère, afin de le déposer, selon ses désirs, dans l'église de Saint- Victor. Tous les amis d'Urbain V et du monastère étaient là : le fidèle Gaucelin de Deaux, Bernard de Châteauneuf, Bernard de Saint-Étienne (i) ; mais que de vides la mort allait faire en peu d'années dans leurs rangs! Le cardinal de Canillac fut frappé le premier (19 juin 1373 ) ; son corps , transporté à Maguelone , y fut enseveli en présence de plusieurs prélats et d'abbés dévoués à nôtre ville (2). Encore quelques jours (9 août 1373) et Gaucelin, à son tour, allait rejoindre celui qu'il n'avait cessé de pleurer (3). Au milieu de ces tristesses eut lieu, le dimanche 1 1 septembre, la consécration de l'église Saint-Benoît par le cardinal Anglic. Elle ne pouvait laisser place, en de tels jours d'affliction, qu'aux joies surnaturelles: la concession d'une indulgence de trois ans et trois quarantaines et l'établissement d'une cérémonie commémora-
(X) Arch. dép. des Bouches-du-Rhône, série H, fonds Saint-Victor, reg. 23 quaUr.
(2; Petit Thalamus, xxis., £<* 132; éd., p. 390. (3) Ihid., ms., f<> 119, note marginale; éd., p. 379, note.
Ix Monastère Saint^-Benoit, 89
tive annuelle sontles seuls détails qui nous en aient été conservés (i). Cependant la liste des deuils n'était point close: en 1374, Bernard de Saint- Étienne quittait ce monde (2) ; à son tour , le 7 mars 1376, Bernard de Cliâteauneuf, alors évêque de Saint-Papoul , «allait à Dieu en Montpellier», et le lendemain on l'ensevelissait dans l'église Saint-Benoit, au pied de cet autel où naguère il avait reçu l'onction épiscopale le jour octaval de sa dédicace (3).
Mais, pour tant d'amis disparus, deux soutiens puissants restaient au monastère: la mémoire d'Urbain V et la vigilance du cardinal son frère. Que le souvenir du saint Pape fût demeuré en notre ville populaire et vivant , c'est ce dont nous avons trouvé des preuves évidentes dans la procédure de béatification dressée peu d'années après sa mort et dans les actes notariés contemporains constatant ses miracles. Ces actes précieux, conservés en original aux archives des Bouches-du- Rbône, y ont été retrouvés en 1864 par M. Ferd. André, alors sous-archiviste de ce dépôt, aujourd'hui archiviste dépanemental de la Lozère. Nous y avons relevé quelques grâces obtenues par Urbain V en faveur de nos compatriotes.
La première suivit de près la translation des
fi) Petit Thalamus, ms., £«132; éd., p. 390.
(2) J.-H. Albanès, Entrée solennelle du pape Urbain y à Mirsdïle, p. 69.
(3> Petit Thalamus, ms., f® 136 v*; éd., p. 394.
90 Ix Monastère SaitU^Benoît,
restes du Pontife à Saint- Victor : Bernard Orenec, du diocèse de Barcelone , étudiant es arts à Montpellier, en fut l'objet. Le 27 septembre 1372, en venant rendre grâces au bienheureux Pape devant son tombeau, il déposa que, six mois après son arrivée à l'Université , il avait été grièvement blessé dans une querelle avec ses condisciples. La santé ne lui avait été rendue qu'à la suite d'un vœu, à l'accomplissement duquel il venait satisfaire (i).
Orenec était étranger à Montpellier , quoiqu'il y habitât momentanément; mais voici peu de temps après au tombeau d'Urbain V une de nos concitoyennes , Guillaumette , femme de Jean Auriol. Elle s'y présenta munie d'une torche de cire pesant quatre livres; Pierre Aymeric de Montpellier, son compère, l'accompagnait. Sous la foi du serment , tous deux attestèrent que trois années auparavant Guillaumette avait subitement perdu la vue , l'ouïe , la parole et tous ses sens. Déjà, la croyant morte , on s'apprêtaità la mettre au suaire , lorsque survint Aymeric. Celui-ci avait entendu raconter les nombreux miracles opérés par l'intercession du bienheureux Urbain ; sa confiance lui suggéra la promesse conditionnelle de se rendre avec la malade au tombeau du Pontife vénéré. A peine avait- il prononcé son
(i) Arch. dép. des Bouches-du -Rhône, série H, fonds Saint-Victor, reg. 24 /<jr, P 151.
Lx Monastère Saint-Benoit. 91
vœu 9 que la santé fut rendue à Guillaumette. Celle-ci fit suivre son récit de Texpression de son absolue confiance mcredens pie quod ad preces pre- » dicte sancte memorie Deus benedictus sibi hujusmodi » graciant fecerat » (i). Enfin le prieur de Lunel vit à la même époque son serviteur et le neveu de ce dernier préservés- d'une mort infaillible par l'invocation du secours d'Urbain V (2).
Que d'autres grâces analogues ne pourrionsnous pas enregistrer à la gloire de ce grand Pape , si les fureurs calvinistes du xvi^ siècle n'en avaient à dessein anéanti les témoignages ! Avant cet effort des haines de secte dont les traces désastreuses ont marqué le domaine de l'histoire comme celui de la religion ( on le dissimule beaucoup trop de nos jours), le récit des miracles du bienheureux Urbain V était conservé à Saint-Benoît de Montpellier (3). Et ces grâces nombreuses opérées par l'intercession du saint Pontife , en attirant sur SCS fondations privilégiées la sympathie de tous , facilitaient la tâche imposée à la piété fraternelle d'Anglic Grimoard.
(x) Arch. dép. des Bouchcs-d u* Rhône , série H, fonds Saint-Victor, reg. 24 ter, f» 193.
(2) Ihid., reg. 24 his : articulî pro beatificatione.
(3) « Item unam caxiam modicam cum duabus sarraturis et > duabus clavihus y in qua sutit reposiia munimenta miraculorum » heati Urbani*. ( Arch. dép. de l'Hérault, série G , fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast Saint-Germain, reg. I, f- 64, inventaire de 1442 ).
92 Lr Monastère Sainte-Benoît.
Nul mieux que lui n'était capable de la remplir avec avantage au milieu des épreuves suscitées à toute œuvre encore naissante , et privée dès le début de ses appuis naturels. Son nom seul faisait autorité, et son aptitude spéciale aux affaires lui en aplanissait les difficultés. Aussi fut-il commis par le pape Grégoire XI pouf trancher un différend survenu entre l'abbaye Saint- Victor et le prieuré Saint- Benoit au sujet de la délimitation de leurs droits sur les châteaux de Roquevaire et Gémenos. Le 29 juillet 1375, Anglic, ayant convoqué dans son palais à Avignon les procureurs des deux monastères et quelques amis communs, accorda les parties sur les bases suivantes: les châteaux en litige, trop éloignés de Montpellier, seront abandonnés à Saint- Victor, moyennant une pension annuelle de 150 florins d'or servie par ce monastère à celui de Saint-Benoît (i).
Cette affaire étant réglée, le cardinal d'Albane eut à apaiser un conflit de juridiction. Le siège de Maguelone n'était plus occupé par Gaucelin de Deaux, et les chanoines-prieurs, surtout ceux de Saint-Firmin de Montpellier et de Saint-Denis de Montpelliéret, voyaient d'un œil chagrin les privilèges dont le Pape avait comblé son monastère. Les réclamations portèrent d'abord sur les processions. Le prieur de Saint-Firmin prétendait les
(i) Arch. dép. des Bouches-du-Rhône , série H , fonds Saint-Victor, charte 1770.
2> Monastère Saint-^Benoît 93
interdire aux religieux bénédictins , et invoquait avec ses droits paroissiaux nombre d'exemples analc^ues. La sentence arbitrale d'Anglic, en date du II mars 1378, reconnut au monastère le droit de faire quatre processions par aq aux fêtes du Corpus Christi et des saints Benoît, Biaise et Germain (i). On dut s'en tenir à ce règlement, puisque le Petit Thalamus nous montre, en 1392, les.raoines de Saint-Benoît faisant, le 12 février, fête de sainte Eulalie chômée dans l'Université de Droit, qui y assista tout entière, une solennelle procession dans Tintérieur du monastère , « car » non Vauxavon far deforas per débat de la parro- » quia » (2).
Deux ans après s'éleva un autre différend à propos des droits de sépulture: celui-ci fut beaucoup plus sétieux, la question de juridiction se doublant de celle d'intérêt. Or jamais prieurs de Saint-Firmin et de Saint-Denis ne montrèrent plus de vivacité à faire prévaloir leurs droits que Hugues de Nalhac et Guillaume de Vézenobres, alors en charge (3). Le chapitre de Maguelone et
( I ) Bibliothèque du Musée Calvet à Avignon, cartulaire de Bertrand de Cazis, notaire d'Anglic , f«" i:^8 v® à 133. — Arch. dép. de l'Hérault, série -G , Privilèges de Saint- Firmin. Cf. A. Germain, La Paroisse à Montpellier au moyen âge, p. 42.
(2) Petit Thalamus^ ms., (^ 168; éd., p. 420.
(3) A. Germain, La paroisse â Montpellier au moyen âge, — L. Guîraud, La paroisse Saint-Denis de Montpellier, 1» partie.
94 1^ Monastère Saint-Benott.
tous les autres prieurs ruraux se rendirent solidaires de ceux de notre ville. Des deux côtés on s'appuyait sur des bulles pontificales : le monastère invoquait celles que nous avons citées, et ' qu'avait confirmées Clément VII ; la partie adverse excipaitd'un acte restrictif de cet antipape. Après d'assez longs débats , le cardinal d'Âlbane et Pons de l'Orme, abbé de Saint- Victor , furent pris pour arbitres. Nous résumons les points essentiels de leur sentence , rendue le 5 juillet 1380. Tout moine, membre du prieuré, sera de droit enseveli dans son cimetière ; ceux de l'Ordre ont faculté d'y élire sépulture , mais à la double condition que le monastère respectera les prérogatives de la paroisse en faisant la levée du corps sans cérémonies, et ses intérêts en lui laissant fournir tous les accessoires funèbres. Quant à la sépulture des fidèles, on se réglera sur l'exemple des ordres mendiants. Pour compenser à la paroisse la perte des oblations qui parviendront au monastère, celui-ci doit acquérir en sa faveur une censé annuelle de 15 sols au territoire de Montpellier (i). La transaction qui s'ensuivit ne fut ratifiée qu'en mai 1382 (2).
(i) Bibliothèque du MuséeCalvetà Avignon, cartnlaire de Bertrand de Cazis, notaire d*Anglic, f*>« 166 à 172. — Arch. dép. de l'Hérault, série G, Privilèges de Saint-Firmin. Cf. A. Germain, La Paroisse à Montpellier au moyen dgc, p . 43 .
(2) Arch. dép. de l*HérauIt, série G, notaires du Qergé: Pons Emeric, reg. 3, f^ 32.
Ix Monastère Saint-Bendt. 95
Ainsi le cardinal Ânglic se montrait-il non moins jaloux d'assurer au monastère le maintien de ses privilèges au-dehors que d'y maintenir la régularité à l'intérieur (i) ; ainsi son administration se réglait-elle sur les désirs mêmes de son frère. On en vit une preuve nouvelle dans le soin qu'il prit de faire parvenir à Saint-Benoît, le 23 juillet 1383, un des cadeaux les plus précieux que lui eût destinés Urbain V. Nous voulons parler d'une parcelle considérable de la vraie Croix enchâssée >dans un merveilleux reliquaire de vermeil, dont la valeur atteignait 3000 florins. Il n'avait pas moins de cinq palmes, soit i mètre 25 centimètres de haut, et se composait d'une croix avec le Christ entre la Sainte-Vierge et saint Jean , ainsi que d'un piédestal orné de six colonnes. Sur chacune de celles-ci on avait représenté des personnages , portant les instruments de la Passion , et au milieu deux anges d'argent soutenaient le reliquaire proprement dit, en cristal garni de vermeil. Sauveur Guillaume, abbé de Saint-Gilles, et jadis professeur au Collège Saint-Benoît, fut chargé d'apporter cet objet au monastère; il le fit avec grande solennité (2).
(1) L.GuirsLud, LeCoîl^eSaint'Benoit, p. 54 et suivantes.
(2) Petit Thalamus, ms. , f® 154; éd., p. 408. — Arch. dép. des Bouches-du-Rhône, série H , fonds Saint- Victor , reg. 24 bis: procès de béatification. — Arch. dép. de THérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monastère Saint-Germain, inventaire de 1495.
96 Lt Monastère Saint^Benoit.
La sollicitude dû cardinal Ânglic ne se ralentit jamais pendant les dix-huit années qu'il survécut à son frère (i). Mais enfin l'heure de le rejoindre sonna le mardi 14 avril 1388. Cet événement dut renouveler à Saint-Benoit le deuil et les regrecs qu'on y avait prématurément connus. Un obit solennel y fut célébré le lundi 20 avril, et le prieur des Augustins prononça l'oraison funèbre (2). Désormais l'œuvre d'Urbain V, continuée par le cardinal d'Âlbane , était abandonnée à sa propre impulsion; elle entrait dans sa période de vie personnelle, mais elle y entrait, après cette sage tutelle, dans des conditions d'ordre intérieur et de prospérité matérielle qui lui promettaient les destinées les plus durables en même temps que le rôle le plus fécond.
[e rôle, dans ses effets par rapport à l'Université de Montpellier , a été étudié ailleurs , et il ne nous reste plus ici qu'à considérer la vie claustrale à Saint-Benoît. Nous ne nous dissimulons point , dans cette partie de notre tâche, l'aridité d'un travail où les traits
( i) L. Guiraud, i> Collège Saint-Benoit, p. 52 et suivantes, pour le rôle du cardinal AngUc touchant lorganisation scolaire et claustrale à Saint-Benoft.
(2) Petit Thalamus, ms., f« 160; éd., p. 412.
Ix Monastère Saint^Benoît. 97
originaux disparaissent dans l'uniforme existence des monastères du moyen âge ; l'intérêt local y sera pourtant largement représenté par la restitution des lieux, aussi complète qu'ont pu nous la fournir des documents absolument inédits, les souvenirs des contemporains (i), et les vestiges qui subsistent encore , tendant à disparaître de jour en jour (2^. Or, s'il a pu sembler opportun
(t) Nous indiquerons toujours, dans le courant de notre description , l'auteur qui nous aura fourni son témoignage, et souvent même nous serons amené à rectifier son opinion ; mais d'ores et déjà nous renvoyons, une fois pour toutes , aux trois ouvrages où Ton a traité avant nous de la topographie du monastère.
Gariel , L'origine, les changemens et Testât présent de Vesgliu cathédrale de S. Pierre de Motnpelier , p. 42 , et 77 à 80.— Montpellier, J. Pech, 1634.
D'Aigrefeuille, Histoire de Montpellier, t. II, p 1 30 à 1 32. — Montpellier,]. Martel, 1739.
J.-P. Thomas, Mémoires historiques sur Montpellier, p. 1 1 3 à 120. — Montpellier, Vve. Picot, 1827.
(2) Nous ne saurions méconnaître les exigences qui , à diverses reprises, et en vue d'aménagements intérieurs, ont amené la transformation aujourd'hui totalement accomplie des anciens locaux du monastère; mais pourquoi aider, sans nécessité aucune, à une œuvre de destruction qui restera toujours regrettable pour Tarchéologie locale? Les traces du cloître , côté ouest , subsistaient encore visibles sur le mur de gauche dans la grande cour de la Faculté de Médecine ; elles ont à peu près disparu , il y a quelque temps , sous un badigeonnage malencontreux. La partie nord-est , dépendante de la Cathédrale , a subi la même opération , véritable outrage pour ces murs vieux de cinq siècles et plus.
98 Ix Monastère Saint^ Benoit.
de révéler l'œuvre scolaire d'Urbain V dans notre ville à l'heure où se célébrait le siidème centenaire de l'Université de celle-ci , il nous paraît également utile de fixer l'état primitif de ses constructions dans un siècle où s'y sont opérées des transformations si radicales.
La beauté du monastère Saint-Benoit est attestée par les contemporains les plus dignes de foi et même par ceux qui avaient un intérêt personnel i l'amoindrir. Le passage de la bulle de sécularisation de 1536 est connu : Cujuseulesia cum un adjacente claustro miris constet adificiis , qua magis spedem eccîesia cathcdralis habent quam habitationi numachorum congruanî (i). Nous empruntons celui-ci à un mémoire antérieur de quatre ans : l'auteur y déplore l'état du monastère « qui s'en va a tputelle ruyne, que seroit plusques » dommaiges que de monastère de Languedoc ,
(:) Bulla secuîarisationis , etc. Lugduni^D. Giletus, MDXcix, petit in-8^ <ie 55 pages. — Nous signalons cet exemplaire, le seul connu de Tédition princeps de La bulle de sécularisation. Imprimé par les soins des chanoines de la Cathédrale, il fut coUationné sur l'original, en 1600, par Jean de Solas, juge de l'ordinaire de la Ville , dont il porte l'attestation manuscrite. Ce petit volume appartient i la Bibliothèque de la ville de Montpellier, enrichie par son érudit Conservateur de tant d'ouvrages rares ou curieux sur notre ville et le Languedoc. Nous sommes heureux de remercier ici M. L. Gaudin de l'extrême obligeance avec laquelle il a bien voulu faciliter constamment nos recherches par la communication de volumes et dessins piécieuK pour la topographie du monnsièie
Lz Monastère Saint^Benoît. 99
» pource qu'est magniflSque » (i). Renchérissant sur ce témoignage, l'un de nos chroniqueurs montpelliérains de l'époque , et de tous le plus remarquable par son esprit de mesure et d'impartialité , nous vante « ce tant bel et somptueux » édifice, si point il y en avoit de tel en France »; et encore « lieu pour lors beau et grand édifice et » fort, et aussi beau monceau de pierres de taille » que fust en ce royaume , après le Palais de » Avignon » (2). Enfin , au milieu des ruines dont l'avaient couvert les protestants, ceux qui venaient de les y amonceler étaient forcés de reconnaître que sa perte totale causerait un irréparable dommage et devait être prévenue sans retard (3). Hâtons-nous pourtant d'en convenir : une telle
(i) Arch. dép. des Bouches-du- Rhône, série H, fonds Saint- Victor, liasse 228, un cahier papier de 18 feuillets.
(2; Mémoires de Jean Philippi , p. 155 et 5.
(3) Ce témoignage nous parait d'autant plus intéressant à reproduire, qu'il fait remonter à Tannée 1563 un projet d*afFectation de Tancien monastère Saint- Benoit réalisé seulement à la fin du xviii*' siècle en faveur de la Faculté de Médecine ( alors simple École de Santé ). Les écoles de Montpellier , et surtout celle de la Blanquerie , étant ruinées, le G)nseil de Ville décida, le 13 juin , de demander au Roi , pour y établir les classes , « les cloistres » du temple appelle de S* Pierre d'icelle ville, qu'est a pre- » sent inhabité et lequel de prochain s'en yra en ruyne , si » bien tost n est reparé, estantz les couvertz descouvertz . .■> tous rompus , cassés et en manière que , si de brief n'est >• reparé, lesd. cloistres sont en danger de se ruyner et des- >• uiolir , que scroii une grau 1 perle cl domaigc irréparable,
loo Lt MonasUre Saint-Bcnoit.
admiration nous parait justifiée bien plus par la solidité des bâtiments et la commodité de leur disposition que par leur mérite architectural. Il en devait être ainsi d'ailleurs pour répondre aux besoins de l'époque et au dessein du Pape, et nul de ceux qui virent le monastère en son état primitif ne s'est mépris sur son caractère de forteresse. Dès 1368, l'économe de la communauté lui donnait le nom de « basiida » (i), et quatre ans plus tard les gens d'armes essayaient déjà de s'y établir-, au péril de la ville elle-même (2). Pour prévenir un pareil danger, les Consuls de Montpellier furent contraints , au xv* siècle , de feiire monter la garde « ad fortalidum Collegii Sancii » Benedictiin, Arriva le moment où cette obligation devint onéreuse, car, le 2 décembre 1412, Guillaume de Marthinici, changeur et dizainier de semaine, vint avec ses hommes notifier leur refus de faire le guet au fort , s'ils ne recevaient pas de solde pour ce service (3).
L'exemple pouvait être suivi , et c'est proba-
» veu la beaulté et la commodité du lieu , joinct que des > sa fondation il a esté dressé et ediffié pour colliege , et » despuis environ vingt cinq ou trente ans seulement led . » lieu avoit estéoccuppé par les chanoines, que y avoient esté » transmués du lieu de Maguelonne». (Arch. mun.de Montpellier, série BB, reg. de délib. du Conseil de Ville, fo 125).
(1) Voir p. 15, note 4.
(2) L. Guiraud, Le Collège SaitU-BenoU, p. 53 et 238.
(3) Arch mun. de Montpellier, série BB, reg. notul. Consul., an. 1412.
Li Momstére Saint-Benoit. loi
blement à cette crainte qu'il faut attribuer la tentative des Consuls pour obtenir le démantèlement du monastère dès Tannée suivante. La communauté recourut aussitôt à la protection de Charles VI , et les lettres de sauvegarde royale , octroyées le 12 juillet 141 3 , anéantirent les projets de nos magistrats. Il n'est pas inutile de rappeler qu'elles nous représentent l'édifice comme une puissante protection pour la ville en même temps qu'un de ses plus beaux ornements (i).
En effaçant le titre de monastère, la sécularisation de 1536 semble avoir d'autant mieux consacré la dénomination de fort ou château Saint-Pierre, que lui donnent les contemporains, et certes à aucune époque il ne la mérita davantage. Nous ne rappelons ici que pour mémoire les sièges qu'y soutinrent les catholiques en 15 61 et en 1567: le dernier ne dura pas moins de quarante-huit jours, et la famine seule détermina la capitulation.
Ces ténioignages unanimes sont amplement justifiés par l'aspect extérieur du monastère Saint- Benoît. Son enceinte, de forme irrégulière , était limitée à l'ouest par le mur de ville et le chemin des Douze pans; au midi, par l'ancienne rue de Coste-Frège, aujourd'hui rue de l'École-de- Médecine , et par la place ; à l'est , par la rue dite de l'Abbé-d'Aniane (2), ou rue Droite des Car- Ci) Voir p. 86, note.
(2) Aiusi appelée au xiv« siècle de l'immeuble qu'y possédait Tabbé de Saint-Sauveur d*Aniane , et qui , jus-
102 Lt Mof tas tire Saint-Benoit.
mes (i), actuellement rue Saint-Pierre ; au nord, par une impasse disparue au xvui' siècle. La plus grande partie de cet enclos était occupée par Téglise et par l'habitation des religieux, bâtiments munis de défenses importantes, et dont l'ensemble avait l'apparence d'une vaste forteresse.
La feiçade du midi s'étendait du clocher de gauche au chemin des Douze pans. Elle était formée par un mur épais de i",6o environ , d'appareil moyen et de même hauteur que celui de l'église, couronné par des mâchicoulis en ogive, à corbeaux moulurés, dont quelques-uns existent encore vers le clocher : on peut ainsi observer que dans ces mâchicoulis primitifs l'arc est plus resserré que dans les nouveaux, refaits en 1658. Audessus régnaient des créneaux , derrière lesquels devait courir un chemin de ronde pris dans l'épaisseur du mur : Philippi mentionne expressément en 1568 la démolition de «créneaux et galleries d'hault » (2) ; et les premiers sont encore figurés du côté du nord sur une vue du xvii* siècle, qui nous a été fort utile (3). Nous n'aban-
qu*aux guerres de religion, passa à ses successeurs dans cette dignité. La maison était située sur la droite en se dirigeant vers la porte des Carmes, et répondait à peu près à 1h hauteur de la place actuelle Saint-Pierre.
( I ) Ce nom prévalut au xvi« siècle pour désigner la rue précédente, principalement dans la partie comprise depuis l'église Saint-Benoit jusqu'à la porte des Carmes.
(2) Méftioires de Jean Philippi , p. 164.
(3) Vue dessinée et gravée par Is. Silvesire avant 1629.
Lt Monastère Sainte-Benoit. 103
donnerons pas cette partie supérieure de l'édifice sans dire que la toiture , recouvene de plomb , était à deux pentes, dont on voit encore les traces contre le mur du clocher, ainsi que les ruines d'un petit abri ménagé auprès , soit pour un guetteur, soit pour donner, par un escalier, accès sur le couvert.
D'après M. J.-P. Thomas , le mur du midi aurait été soutenu à l'extérieur par cinq contreforts de même hauteur que l'édifice , et placés à vingt-deux pieds l'un de l'autre ; il ajoute qu'on voyait encore à son époque les vestiges de trois d'entre eux. Mais nous pensons qu'il y a ici confusion avec le mur extérieur du côté nord , où, d'après un plan de 1737, existaient cinq contreforts à la distance indiquée ; nous en avons nousmème constaté les traces à l'égard de trois. Leur répétition en nombre égal sur la feçade méridionale, de moitié plus longue que l'autre, aurait constitué en outre une irrégularité d'espacement que rien ne justifie.
A chacun des trois étages supérieurs on avait pratiqué d'étroites fenêtres ogivales , que figurent vers le clocher les vues prises avant le ravalement de la Êiçade de la Faculté de Médecine (i). Nous savons d autre part que les fenêtres actuelles, à l'italienne, faites en 1658, l'ont été en utilisant
( I ) Citons celle de Boilly, et un dessin manuscrit possédé par M. le docteur Léon Coste , qui a bien voulu nous le communiquer.
104 ^ Motmstère Saint^Bemît.
les ouvertures déjà existantes (i); pareil procédé fut employé pour celles de l'aile nord, sous Mgr. de Malide d'abord et ensuite au commencement de ce siècle, quand on construisit l'amphithéâtre d'anatomie (2). Enfin il reste encore une de ces fenêtres primitives dans la grande cour, à l'angle de gauche en entrant. Nous ferons aussi remarquer que leur ouverture sur les diverses façades ne constituait aucun danger , vu leur peu de largeur et l'épaisseur excessive du mur; tout en ménageant au contraire un nouveau moyen de défense pour les habitants du monastère, ces fenêtres leur fournissaient un jour indispensable et déjà trop parcimonieusement distribué. Aussi paraît-on les avoir multipliées à l'étage le plus élevé , comme l'indiquent celles de style roman qu'on voit murées à moitié épaisseur dans la partie vers le clocher. La disposition
(i) Voir Appendice X.
(2) Nous empruntons ces détails à un mémoire justificatif des entrepreneurs : « Je dis que les fenêtres n'ont point » été refaittes, mais seulement, se trouvant terminées en » ogive, elles ont été élargies sur le tal , faisant une plate- » bande pour lui donner une forme quarrée, tel qu'on le voit » par le profil ci- joint ; par dessus du voussoir a été garni » en pierre de taille dedans et dehors , et le milieu a été » laissé vuide , tel que toutes les fenêtres du coté du nord » dans la cour , lesquelles fenêtres ont été faites du temps » du ci devant eveque, auquel [ouvrage] j ai travaillé sous » la direction du même architecte Roussel». (Arch. dép. de l'Hérault, série S, ix, Faculté de Médecine).
Ld MonasUre Sainl-Befioit, 105
qu'elles affectent ne laisse pas que d'être fort malaisée à décrire et à justifier: on y observe une ouverture plus haute alternant avec deux plus basses , qui en sont très rapprochées en général ; de distance en distance cependant , mais sans règle fixe, un espace a été ménagé. Ajoutons encore que les ouvertures de forme ogivale à l'extérieur correspondent exactement à quelques-unes des ouvertures romanes à l'intérieur; il en est ainsi notamment pour la fenêtre géminée qui est la plus rapprochée du clocher. Les unes peuvent avoir été des fenêtres, les autres des armoires où les étudiants serraient leurs vêtements ou leurs livres ; l'espace plein marquerait la place laissée pour les murs de séparation. Cette conjecture semble justifiée par l'obligation imposée à l'entrepreneur de 1686 , comme à celui de 1658, de « fermer » toutes les pones, fenestres, armoires et autres » trous quy se treuveront dans les vielhes mu- , » railles dud. bastimant despuis le degré jusques » au bout joignant la muraille de la ville » (i). Ce dernier prix-fait prouve que la disposition observée près du clocher continuait tout le long de la façade du midi, et l'on voit encore sur celle du couchant les marques d'ouvertures analogues , ainsi que de plusieurs contreforts.
Nous n'aurons pas à répéter pour les autres façades les détails que nous avons donnés sur celle
(i) Voir Appendice X.
io6 Le Monastère Saint^Betioit.
du côté de Saint-Ruf , car leur aspect était semblable. Faisons remarquer néanmoins que l'aile sud se prolongeait vers le mur de ville au-delà de son point de jonction avec Taile ouest et constituait , à cet angle de l'enceinte, un avancement de forme carrée, muni de mâchicoulis qui existent encore, au nombre de dfac , dans un appartement du troisième étage. De ce point à l'angle nord-ouest du monastère on avait élevé un mur de clôture, qui subsiste , croyons-nous, aujourd'hui en partie comme mur de soutènement dans la cour de la Faculté où sont gardés les animaux destinés aux expériences. Le chemin des Douze pans (i) séparait cette muraille de clôture de celle de la ville, qui était à créneaux et de la hauteur indiquée par le reste adjacent à la Tour des Pins , du côté de l'Institut de Physique et Chimie.
Près du mur de ville , qui constituait en arrière
( I ) Kous lui conservons cette dénomination généralement usitée, bien que , dans la partie qui nous occupe , sa largeur ait été réduite à six pans eu faveur du monastère. Les exemples d'inféodations analogues consenties à des particuliers par les Ouvriers de la Commune -Clôture abondent depuis le xiv« siècle ; et , si nous n'avons pu retrouver l'acte spécial à celle-ci , les preuves ne manquent pas pour établir le fait. Ce sont .d*abord les confrontsdu verger faisant suite au prolongement de Taile sud ; c'est ensuite la distance marquée par un plan de 1737 entre l'extrémité du corps-de-logis nord et la muraille de la ville ; enfin la position du mur de clôture destiné à relier les angles nord- ouest et sud-ouest.
U MonasUrt Saint-Benoit. 107
une nouvelle défense, la jonction des ailes nord et ouest formait une sorte d'éperon en maçonnerie, d'où partait un autre mur délimitant du côté nord l'enceinte du monastère. Tous les actes du xv« siècle le désignent sous le nom de « mur de commune clôture du monastère». D'Aigrefeuille, qui en vit quelques restes , lui donne une largeur de cinq à six pieds, c'est-à-dire celle même des murailles de la bâtisse. Le dessin de Silvestre nous le montre crénelé et s'élevant à mi-hauteur environ du fort Saint-Pierre; mais, bien qu'il y paraisse lié à la Tour des Pins, nous croyons que son angle restait en-deçà de celle-ci. Sa direction, en effet, est établie par l'existence dans l'épaisseur même de ce mur d'un puits, aujourd'hui englobé par les agrandissements du chœur de la Cathédrale. Ce puits, sur lequel nous reviendrons en décrivant l'aménagement intérieur, comblé lors de la réparation de Saint-Pierre , se trouve près des . contreforts du chevet, du côté de l'évangile. Il est marqué sur le plan de 1737 et figure sur un autre du commencement de ce siècle avec deux parties du vieux mur (i). On y voit évidemment que ce dernier ne correspondait pas à l'ancienne impasse Martin Tisson , comme l'a cru M. J.-P. Thomas, et qu'ainsi l'enceinte assignée par cet auteur au monastère Saint-Benoît doit être un peu réduite vers le nord. Malgré cette
(i) Arch. raun. de Montpellier , série M */8» Tour des Pins.
io8 Le. Monastère Saint-Benoit.
rectification , par son extrême voisinage la Tour des Pins pouvait être considérée comme jouant un nouveau rôle de défense par rapport au monastère , avec l'architecture duquel elle ofiFre des détails communs , soit que cette analogie résulte simplement d'une destination similaire , soit qu'elle provienne d'un dessein arrêté (i). Enfin, longitudinalement à la rue des Carmes , le mur de clôture venait se lier à la tour placée à l'angle de la nef vers le chœur et du côté de l'épître.
L'église occupait toute la partie est de la construction. Sa nef, vaste vaisseau en parallélogramme, était terminée au chevet parles cinq côtés d'un octogone régulier qui, en se prolongeant,
(i) Il n'est pas en effet sans intérêt de faire remarquer que la Tour des Pins , seul reste de notre ancien système de fortification , offre des mâchicoulis absolument analogues à ceux du monastère Saint-Benoit. Or , si sa construction primitive remonte probablement jusqu'au xu« siècle, sa réfection doit être fixée à la fin du xiii" ou au commencement du xiv", c'est-à-dire après l'achèvement du monastère. Le Thalamus des Ouvriers, f" 89 v*>, en fait mention en énumérant les réparations les plus urgentes à faire l'an 1407 : € Cobrir la torre que es tras la obra del Papa, entre » la dicha obra del Papa et lo portai del Carme. . . per so > car non ha trop de temps que foron fâchas, et son novas » et las darrieras que foron bastidas après aquela del Palays, » et mot costeron de far, et bevian tant grandament quant » plovia que de tôt en tôt venian a destruction ». Ajoutons que la différence d'appareil permet de déterminer très aisément la part de construction afférente à chaque époque.
Lt Monastère Sainte-Benoît. , 109
formait le sanctuaire. Un contrefort se trouvait à chacun des quatre angles extérieurs de ce sanctuaire , que flanquaient à son entrée deux chapelles plus basses, étroites et peu profondes. Celles qui sont situées aux angles de la nef portent quatre tours de dimensions inégales, comme le sont ces chapelles elles-mêmes : les tours de la façade, plus larges et plus élevées , munies de tourelles de pareille hauteur renfermant l'escalier; celles du chevet où Ton accédait par des tourelles analogues , mais plus petites et partant seulement du couvert de l'église. Trois de ces tours existent dans leur état primitif, n'ayant subi que des réparations ; la quatrième, celle de droite sur la façade, a été reconstruite en 1855-57 sur le modèle de celle qui lui fait pendant. Chacune est couronnée de pyramidions quadrangulaires , ornés sur leurs arêtes de sept bossages en forme de feuilles et surmontés d'un panaché. Les tours du devant ont seize ouïes au-dessus du couvert de l'église , dont quatre sur chaque face en deux rangées ; celles de la partie postérieure n'en ont que douze , disposées aussi sur deux étages : quatre de tout côté dans la profondeur, deux seulement dans la largeur. Les unes et les autres offrent une terrasse à leur sommet.
Nous connaissons les noms des deux plus grandes : celle de l'ouest s'appelait tour d'Urbain , celle de l'est , tour de Benoît , vulgairement de Benezech. La première avait reçu en 1367 deux
iio Lz Monastère Saint-Benott.
cloches : Urbain et Germain (i). La plus grosse de celles-ci , Urbain , s'étant rompue, fat re&ite en 1440 et augmentée de dix ou douze quinuux. Jean Gilles , fondeur de Montpellier , fat chargé de cet ouvrage , qu'il ezécuu sur place pour la somme de 41 écus d'or 7 sols 6 deniers tournois. Le prix-fait passé à cette occasion nous a été conservé et nous le publions in-extenso comme intéressant une industrie qui tient si peu de place dans un ouvrage consacré à nos artistes locaux du moyen âge (2). La cloche ne fat terminée qu'en 1445. Le 12 janvier de l'année suivante, les religieux convinrent avec Siméon Jaubert, du Thor, fastîer à Montpellier, du prix de 95 moutons d'or pour la monter au lieu où elle était jadis placée (3). Quant à la tour de Bénézech, elle était également pourvue de cloches. En 1523 la garniture de bois des quatre qui s'y trouvaient fat remplacée par les fastiers Jean Audoyn de Lodève et Jean Rochas de Montpellier, pour 65 livres tournois, bois et transport à la charge du monastère (4).
Il ne paraît pas que les tours vers le chevet
(i) Pelit Thalamus^ ms., f® 122; éd., p. }8o.
(2) J. Renouvier et A. Ricard , Des maîtres de pierre et des autres artistes gothiques de Montpellier, dans les Mètnoires de la Société archéologique de Montpellier , t. U.
(3) Voir Appendice VIL
(4) Arch. dép. de l'Hérault, série G, fonds du Chap. cathedra! de Montpellier, monast. Saint-Germain , reg. 7, fo 8}. — Cf. reg. 6, f^ 163, acte du 5 mars 1522 (1525).
Li Monastère Saint-^Benott. m
aient jamais reçu de cloches y car elles ne portent pas de voûtes, et l'étroit escalier conduisant à leur terrasse n'oflfre aucune trace de communication avec l'intérieur. C'est donc uniquement dans les tours antérieures ou sur divers points du monastère , tels que le cloître devant la chambre du Prévôt , qu'il Êiut placer les cloches , petites , moyennes et grosses , que mentionne le procès de béatification. Il en porte le nombre à vingtquatre et plus , et Ciacconius le fixe à vingt-sept. Le couven de l'église, qui formait terrasse, était pavé en pierres plates de Mus , comme il résulte des livraisons faites pour sa réfection au xv* siècle (i), et du soin constant d'y employer les mêmes matériaux (2). La communication, assurée entre les tours par cette terrasse, était également établie avec le monastère : on remarque encore dans la tourelle du clocher ouest et dans
( I ) < Scilicet quaUr centos lapides y sive lauzas^ honos et suffi- » ciifUes de peyreria de Murs, Nemausetisis diocesis , adpavi- » merUandum illud spaàum quod est supra chorum eccîesie dicti » Collent , et alia spacia ad pavimentandum necessaria, longi- 2» tudinis trium palmorum , îatttudinis vero duorum palmorum )» et spiciiudinis quatuor digitorum vel àrca », etc. ( Arch . dép. de l'Hérault, série G , fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint -Germain , reg. 2. f® 63 v®, acte du 20 juin 1459. — Cf. ibid., i^ 78 v<>, au 15 décembre 1460, autre livraison de mille pavés pour le même usage ).
(2) Noummenten 1629, en 1677, en 1734. (Arch. dép. de THérault , série G , fonds du Chap. cathédral de Montpellier, notaires, passim ).
112 Li Monastère Sainte-Benoit,
ce clocher lui-même la trace d'ouvertures pratiquées au mur répondant au corps-de-logis sud.
La façade de l'église n'était point telle que nous la voyons aujourd'hui. Le péristyle, composé de deux piliers ronds et massifs terminés en cône et d'une voûte à quatre pendentifs reposant sur ces piliers et sur le mur de façade, n'a pas subi de notables changements : peut-être l'ogive de la voûte primitive , deux fois refaite, était-elle plus accusée. Cette partie de l'édifice a néanmoins supporté une mutilation inepte et trop commune à l'époque de la Révolution. Jadis on y voyait sculptées sur quatre écussons, dont les traces subsistent au côté de face et au côté extérieur de chaque pilier , les armoiries du pape Urbain V et du roi Charles V, du fondateur et de l'insigne bienfaiteur du monastère (i). Elles ont été efecées en vertu d'un décret du 14 août 1792.
Quant au grand portail , l'état actuel ne saurait en donner la moindre idée, car la fureur de destruction du xvi' siècle s'y est acharnée d'une manière spéciale comme sur la partie où l'art s'était plus particulièrement attaché à prêter son concours à la religion. Pour en restaurer le souvenir, faisons d'abord disparaître ces disgracieux pilastres triangulaires, au moyen desquels les restaurateurs du xvii* siècle se sont eflforcés de combler les brèches ouvertes par les protestants. Sinon
(1) Mémoires inédits de M. J.-P. Thomas, p. 14s-
Lt Monastère Sainte-Benoit. 113
par l'exécution , dont nous ne pouvons juger, du moins par les détails que nous en a conservés notre vieux Gariel , le portail primitif, de style gothique, rappelait les merveilles architecturales du XIII* siè^e. On y voyait une statue de la Vierge tenant TEnfisint Jésus , et entourée de celles des douze Apôtres chacun dans sa niche. Au-dessous se lisait sur une table de marbre l'inscription suivante :
URBANUS V PONT. VAX. MONASTERUM ET COLLEGIUM HOC SOENTIARUM SEMINARIUM FRO SUA IN CHRISTIANAM RELI- GIONEM ET ORDINEM S. BENEDICTI PIETATE A FUNDA- MENTIS kXTRUXIT ET UOTAVIT ANN. VIRGINEI PARTUS M. CCC. LXVJ.
Cette ornementation était complétée par des
bas-reliefs retraçant les scènes de la vie de saint
Benoit et de ses disciples Maur et Placide. Le
portail était surmonté d'une grande verrière
carrée , dont la place est encore marquée par le
fragment de cadre qui subsiste du côté gauche.
« On y avoit Êiit , rapporte Gariel, d'un ccsté
n une naifve représentation de S. Benoit, de sa
» nourrice, de sa Qverne, de son Q)rbeau et du
» Moine Romain qui le nourrissoit en sa solitude
» incognuë. De l'autre on avoit fait la represen-
» tation des Seigneurs de l'Empire qui le visitoyent
t» après que Dieu eust révélé ceste grande lumière
•» cachée sous le boisseau, de Rîgaud, de Totilas,
» du murmure des Moines et du reste des admi-
» râbles adventures de cette vie si exercée dans le
» combat Chrestien. » Le tout était accompagné
114 ^ Monastère SaintSenctt.
de nombreuses moulures à feuillage « et autres » singularitez ». La baie de la porte était divisée par une colonne fiaite d'une pierre grise, dure et polie comme du marbre ; le fût de celle-ci était cannelé dans toute sa hauteur , le piédestal et le chapiteau fouillés avec art. Au milieu des ornements de ce dernier se détachaient deux statues de femmes représentant la Prudence et la Patience. Les battants de la porte, aux armatures de ferfixées par de gros clous à tète large , tournaient sur des pivots de bronze ; une serrure à double clef les fermait (i). ^
Sur le mur latéral de l'église , vers la rue des Carmes , existait une aut^ porte , dont il ne reste plus ' aujourd'hui que des vestiges audessus de celle qui l'a remplacée en 1629. Ces vestiges, tout en indiquant que le portail, appelé de Saint-Urbain dans l'inventaire de 1443, était également précédé d'un péristyle, ne permettent pas de déterminer le genre de celui-ci. Nous ne saurions pourtant négliger d'y mentionner, comme nos devanciers , une naissance d'arc doubleau et un panache au-dessus de la porte , et, de plus qu'eux, de signaler l'existence , à l'angle
(I) Arch. dép. de THérault , série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain , reg. x , fo8 6^ et suiv., inventaire de 1443. G: document nous ayant fourni nombre d'indications , nous en donnons ici la cote une fois pour toutes, et ne le désignerons dorénavant que par sa date.
Le Monastère Saint-Betwit. 113
droit, d'un écusson négligé par les exécuteurs du décret de 1792. Le temps n'y a pas encore complètement e&cé les armoiries des Grimoard.
Afin de justifier la dénomination usitée de fort Saint-Benoit , nous n'avons jusqu'ici considéré que l'aspect extérieur de l'édifice. Pénétrons maintenant dans son enceinte pour en étudier l'aménagement intérieur et constater combien il répondait à sa destination de monastère-collège. Et tout d'abord, ainsi qu'Urbain V lui-même l'avait fait, commençons avant celle des serviteurs par la maison du Maître.
Vue de la grande porte, l'église apparaît comme un vaste vaisseau voûté en croisée d'ogive , à nef unique, flanquée de chapelles latérales au nombre de six de chaque côté. Dans le fond, le sanctuaire se présente séparé par un mur de ses deux chapelles-annexes. La vue extérieure de Silvestre nous le montre percé de longues fenêtres ogivales, à l'instar de celles qui existent encore fermées dans les chapelles vers la rue Saint-Pierre. Une verrière à rosace ornait le milieu. Les murs de ce sanctuaire étaient garnis de stalles de noyer ; aux quatre angles rentrants, ces stalles étaient doubles et d'une forme particulière. De grandes statues du même bois l'ornaient aussi. On en voyait quatre analogues, mais plus petites aux faisceaux de piliers qui marquaient l'entrée du sanctuaire et de ses chapelles latérales (i), dont l'une, à droite
(i) Voir p. 27 et 48, note 3.
ii6 Lt Monastère Saint^Benoit,
du côté de l'évangile, était dédiée à saint Biaise , l'autre, à gauche du côté de Tépître, à saint Germain. Derrière celle-ci s'ouvrait la grande porte donnant accès du chœurdans le cimetière (i) ; une seconde vis-à-vis conduisait à la petite sacristie (2). La clef de voûte du sanctuaire, en berceau d'ogive, était, dit Gariel, ornée d'une peinture représentant la Vierge à l'Enfant, accostée de deux anges qui portaient des flambeaux ; celles de la nef et des chapelles étaient décorées d'écussons aux armes des bienfaiteurs de l'église ou fondateurs de chapellenie.i (3). Nous ne savons rien ni des autels ni de la chaire ; l'existence d'orgues est constatée par l'inventaire de 1443.
Les chapelles de la nef, dont l'élévation est aux deux tiers de celle de l'église , avaient leurs autels tournés vers le chevet de l'édifice, excepté peut-être celles de l'entrée; nous connaissons leurs vocables, sans pouvoir pour toutes garantir la position. L'ordre dans lequel les énumère Gariel est celui même de l'inventaire de 1443, qui nous a fourni tant de précieux détails ; mais M. J.-P. Thomas, en l'adoptant, a commis Terreur de prendre pour point de départ la grande porte de l'église. Il a ainsi été amené à placer la chapelle Notre- Dame la première à droite en entrant , sous la tour
( I ) « Item quatuor claves magni portalis eccîesie a parte )» cimilerii existeiitis > . i Invent, de 1443 ).
(2) Ihid. — Cf. Plan de 1737.
(3) Mémoires inédits de M. J.-P, Tljomas, p. 14$.
Le Monastère Sainl'-BcnoU. 117
de Benoît , alors que nous savons positivement que la chapelle Saint-Martin occupait ce lieu (i). Celle qui lui était contiguë était dédiée i\ sainte Ursule et les onze mille Vierges. Notre inventaire y mentionne une porte ouvrant dans l'escalier de la tour de Benoît, et Ton constate en effet à Tangle droit du fond de cette chapelle la trace d'une ouverture répondant exactement dans la tourelle du clocher. La chapelle Saint-Lazare était assez probablement la troisième à droite en entrant , c'està-dire celle même où s'ouvre la porte de la rue Saint-Pierre. Voici sur quels motifs nous formons cette conjecture. Dans l'inventaire de 1443 , elle n'est pas assimilée en tout aux autres : « In cappella Sancti La:^at i seit altari » , ces derniers mots servant de correctif en quelque sorte. Ensuite on ne paraît pas y dire habituellement la messe, l'autel ne possédant qu'une seule nappe au lieu des trois que requiert la liturgie, et qui garnissent les autres, et l'armoire ne renfermant qu'une chasuble verte, couleur rarement en usage et jamais les jours de férié. Enfin la chapelle n'est pas fermée à clef. Tous ces détails ne s'accordent-ils pas avec la nécessité d'un passage incessant ?
Une remarque semblable peut être faite pour
(i) « Cest assavoir le garniture et scituation de quattre > cloches que sont de présent en le tour de Benoist sur la » chappclie de Saiuct Manin » ( Arch. dép, de l'Hérault , série G, fonds du Chap. catbédral de Montpellier, monast. Saint-Germain, reg. 7, f** 83 ).
ii8 Le Monastère Saint-Benoit.
la chapelle Saint-Michel , que nous savons par le même document avoir établi la communication avec le cloître. Mais, comme il s'agit ici d'un passage interdit au public, on le tient fermé, ayant seulement la précaution de faire servir une clef unique à la serrure de sa grille et à celle de la porte sur le cloître. Cette indication et les traces de la porte en question nous permettent de désigner la sixième chapelle de gauche en entrant comme dédiée à l'archange saint Michel. Celle qui lui fait vis-à-vis était dite du Roi, parce que la chapellenie en l'honneur de Saint-Louis, fondée par Charles V, y était attachée, mais son vocable réel était Notre- Dame ( i). La position de ces cinq chapelles étant ainsi fixée, nous ne voyons plus d'inconvénient à suivre l'ordre énuméré dans l'inventaire de 1443, et qui nous paraît aussi logique que concordant avec les faits établis : prenant en effet pour point de départ la chapelle Saint-Germain , à gauche du grand autel , il revient à celle de Saint-Biaise, à droite, en laissant pour les dernières les chapellespassages Saint-Lazare et Saint-Michel. Voici donc cet ordre complet : Saint-Germain, Notre-Dame ,
(i) Voir p. 82 et 86, note. — Le souvenir de la position de cette chapelle avait persisté jusqu'en 1667, puisqu'un prix-fait en date du 20 mai de cette année la donne comme confront au lieu occupé par l'ancien cimetière de Saint- Benott. ( Arch. dép. de l'Hérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, minutes d'Antoine Pages, notaire, de i6$9 à 1668, f» 739 ).
Iz Monastère Saini-BetioU, 119
Saint-Victor , Sainte-Cécile , Sainte-Ursule et les onze mille Vierges, Saint - Martin , Sainte- Catherine, Sainte-Marguerite, la Sainte-Croix, Saint-Pierre, Sainte-Marie- Madeleine , Saint - Biaise , Saint -Lazare , Saint-Michel.
L'ornementation de l'église se distinguait par sa richesse. L'autel majeur disparaissait sous le magnifique rétable de vermeil que nous avons décrit ailleurs (i) ; son tabernacle était orné de conopées. Divers autels : Notre-Dame, la Sainte- Croix, etc., possédaient aussi des rétables. Des statues , la plupart servant de reliquaires, les décoraient , les unes en or ou en argent , comme celles de sainte Ursule, de sainte Madeleine , de sainte Cécile , les autres en albâtre , comme celle de sainte Catherine. Dans certaines chapelles on avait érigé de petits autels supplémentaires en l'honneur de nouveaux titulaires: Notre-Dame de Consolation , Notre-Dame de Grâce , Saint- Sébastien, Sainte- Alette. Des chapellenies y avaient été fondées par divers particuliers (2).
Le derrière et le côté de la chapelle Saint-Biaise
(2) Voir p. 49
(2) La fondation de ces chapellenies n'offrant pasd'intérêt particulier, nous nous contentons d'indiquer les actes qui s*y rapportent. ( Arch. dép. de l'Hérault . série G , fonds du Chap cathédral de MontpelMer. monast. Saint-Germain , reg. I, fs 2 v», 89 v» et 167 ; reg. 5, f"" 23 et 72; reg. 6, byette Calvin et Cancer, f" 24 ; et série G, notaires du Clergé : Arnaud Viulis, reg. 131, (^ 121 v°}.
120 Le Moftastire Saint^Bettoit.
éuient occupés par un bâtiment un peu plus bas que le monastère et qui allait joindre celui-ci. Les dépendances de l'église se trouvaient dans ce petit bâtiment et dans le corps-de-logis nord; elles comprenaient diverses salles , que nous énumérerons ici , toujours d'après notre inventaire. Au rez-de-chaussée, la petite sacristie communiquait avec l'église. Nous ne dirons qu'un mot de son mobilier : il se composait d'une grande armoire à huit serrures; d'une seconde , où l'on avait coutume de tenir les bras d'argent de saint Benoît , de saint Germain et de saint Biaise ; de quelques coffres à compartiments , d'une fontaine et de trois vestiaires. Les livres, les ornements , les aubes , le linge, le tout en grande abondance à Saint- Benoît, y étaient renfermés. Cette sacristie était dite mineure par opposition à celle qui contenait k trésor, et qu'on appelait majeure. Cette dernière était meublée par quatre grandes armoires , dont deux, à double rayon chacune, contenaient les reliquaires et vases sacrés, et deux, à plusieurs tiroirs, renfermaient les ornements les plus précieux. Nous avons signalé à diverses reprises les richesses artistiques de ce trésor. A côté se trouvait le magasin â huile , réduit exigu et obscur , où l'on remisait avec les jarres d'huile les outils et objets hors d'usage. Nous ne sommes pas fixé sur la destination de la salle appelée « studitwi sacristie » : aurait-elle servi de lieu de réunion pour former les novices à l'étude du plain-chant ou à la celé-
Ij^ ,\tonastére Suint-^Benoit 12 1
bration des cérémonies du cuite ? La chambre de la sacristie, sans doute occupée par quelque serviteur chargé de la garde > possédait un lit avec ses accessoires et quelques meubles indispensables ; celle du clerc sonneur n'avait qu'une couchette sommaire. Ces deux chambres étaient situées au premier étage , et , tout au moins la seconde , daps le petit bâtiment qui portait encore au XVIII* siècle, le nom de « maison du Campanier ».
A cette époque, en effet , D'Aigrefeuille constate que la grande salle, voûtée dessus et dessous, qu'occupait alors le sacristain de la Cathédrale , était adossée à la chapelle Saint-Michel, position répondant à celle du petit bâtiment ; mais c'est à tort qu'il l'identifie avec l'infirmerie du monastère, que nous fixerons ailleurs. Sa conjecture ne repose que sur l'existence dans la chapelle de deux fenêtres longues à côté de l'autel et d'une ronde par-dessus , permettant , selon lui , aux malades d'entendre la messe ; comment n'a-t-il point pris garde que ces fenêtres ogivales et cette rosace , qu'elles fussent ouvertes ou aveuglées , répondaient simplement pour la symétrie à celles de la chapelle Notre-Dame, jadis contiguë à un vacant, le cimetière ?
Abandonnons pour quelques instants ce corpsde-logis nord, où nous sommes entré par les sacristies, et descendons dans la cour intérieure , pour y saisir d'un coup d'oeil l'ensemble des bâtiments. Nous voici au milieu d'un quadrilatère , dont les
122 Lt Monastère Saint" benoît,
irrégularités ont été tant bien que mai dissimulées au moyen d'un cloître ogival qui déroule autour du préau ses cinquante-six travées réparties sur deux étages. Le côté est, qui subsiste encore sur le flanc de la Cathédrale, en donne une idée assez exacte , et offre la plus grande analogie avec le cloître de Saint-Jean des Vignes à Soissons. Les retombées de voûtes sont ornées à leurs extrémités de culs-de-lampe variés, dont la plupart sont aujourd'hui complètement mutilés ; nous ferons la même remarque pour les clefs. Ajoutons que , si ce cloître est loin d'offrir la richesse et l'élégance de détails qu'on rencontre dans des œuvres analogues de l'époque , nous pouvons incliner à croire ou bien que cette partie de l'édifice , la dernière construite avec l'infirmerie du vivant d'Urbain V, demeura inachevée comme celle-ci, lorsque la mort du Pape eut tari les ressources eecceptionnelles dont on disposait ; ou bien qu'elle ne nous est point parvenue dans son état primitif. Il est en effet impossible aujourd'hui de décider si les larges piliers carrés sur lesquels reposent les grandes arcades, leur servaient simplement de contreforts extérieurs, ou s'ils constituaient, à eux seuls, leurs appuis du côté du préau. Dans le premier cas , chaque travée pourrait avoir été subdivisée par des colonnettes plus légères et travaillées avec une certaine recherche, hypothèse que semble appuyer l'examen des vestiges du retour de cloître , conservé à l'angle nord-est.
Le Monastère Sainl-Beuoit, 123
Au levant , le cloître n'avait qu'un étage afin de ne pas masquer le jour des chapelles; mais des trois autres côtés il était à double étage. Le nombre des travées aux ailes nord , est et ouest était de huit; nu midi on en avait construit deux de plus, pour régulariser en partie le défaut d'équerre. Le dessus du cloître était pavé en pierres plates de Mus et formait une galerie appelée mcursorium » (i). A un moment donné, ces galeries, tout au moins celle du côté de Péglise, reçurent une légère toiture en charpente , mais nous ne saurions dire à quelle époque.
Au midi , au couchant et au nord s'élevaient les trois corps de bâtiment, desservis par des escaliers dont il est fort difficile aujourd'hui de déterminer Texacte position. Nous croyons cependant qu'on les avait en général placés aux angles du quadrilatère. Celui du sud-est devait être dans la partie attenante au clocher et plus haute que le monastère, où l'on voit superposées deux fenêtres étroites en forme de meurtrières , jadis protégées par des parabandes, dont il subsiste un débris. Nous savons positivement aussi qu'on ne pouvait autrefois pénétrer dans le clocher que par ce passage (2). Quant à l'escalier situé plus
(I) Arch. dép. de l'Hérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellfer, monast. Saint-Germain , reg. 1 , f» 97 v®.
<2) Arch. dép. de l'Hérault, série S, ix, Faculté de Médecine.
124 ^ Monaslèit Sainl-Benoit .
loin , et indiqué par M. J.-P. Thomas comme primitif, il ne fut construit qu'en 1658 (i). Il est certain que les angles sud-ouest et nord-ouest avaient leur escalier chacun , puisqu'une transaction de 1539 entre TÉvêque de Montpellier et son Chapitre les assigne pour limites à la seconde aile cédée à Pellicier, outre celle du midi : a Et » Taultre cartier est des degrez près de la grande » salle haulte jusques aux degrez estans près de » Ja porte de la cuisine des cloicstriers » (2). Pour ce dernier escalier, aucun doute ne peut être conservé sur son emplacement: il répond exactement à l'éperon que nous avons signalé, et qui se trouvait en effet derrière la cuisine. De plus, le second quartier cédé h Pellicier étant celui du couchant, « les degrez près de la grande salle haulte », qui lui servent de limite, occupent nécessairement l'angle sud-ouest. Quant au corps-de-logis nord , son escalier principal devait être à l'endroit où le marque le plan de 1737, c'est-à-dire vers le milieu du bâtiment, car nous ne croyons pas que cette partie ait été profondément remaniée jusqu'à la construction de l'amphithéâtre d'anatomie ; mais il en existait un autre dans la première sacristie, desservant le petit bâtiment (3).
(1) Voir Appendice X.
(2) Arch. dép. de l'Hérault, série G, notaires du Clergé : Guil aume Jaymar, reg. $, f" 82, acte du 20 niars ISÎ9-
•3 Arch. dép de THérault, série S, ix , Faculté de Médecine.
Ix Monastère Saint-Benoît. 125
Ces divers escaliers mettaient en communication les quatre étages dont se composait ciiacun des corps-de-logis. Malgré tous nos efforts, il ne nous a pas été possible de reconstituer entièrement la distribution détaillée de ces derniers. D'une manière générale nous savons que le côté nord était réservé aux claustraux, et que les étudiants avaient de même un quartier spécial (i); ajoutons que celui-ci nous paraît avoir été l'aile sud. Notre opinion est basée sur la disposition des logements de Tétage supérieur de cette aile, qui ne sauraient convenir qu'à des cellules : or les étudiants occupaient des chambres séparées, à l'inverse des claustraux réunis dans un dortoir commun ; sur la position du verger des étudiants, auquel ils pouvaient accéder par le prolongement de l'aile du midi ; enfin et surtout par l'existence au rez-de-chaussée de ce bâtiment d'une salle appelée en 1539 « le chapitre vieulx » et dans les actes du xv* siècle « capilulum parvuvi , ca- » pilulum studentium » Mais l'etfondrement des voûtes et murs intérieurs par le fliit des destructions calvinistes en 1567 et 1568, empêche de connaître la division de ce corps-de-logis. Avec la salle capitulaîre du rez-de-chaussée (2), précédemment mentionnée, nous citerons encore le
(iM Acium in claustris super ioribus studentium ». ^Arch. dép. dtf l'Hérault, série G , fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monastère Saint-Germain ^^reg. 2, f» 1 10 v<*;.
(2) îhià., reg. 2, f° 191.
126 Lt Monastère Saint-Benoît.
réfectoire, situé au premier étage, puisqu'on pouvait descendre en en sortant (i); et la chambre du Prévôt, qui, également au premier, ouvrait sur le cloître (2).
Nous ne possédons aucune indication quant à Taile du couchant. Renfermait-elle les logements des six dignitaires mixtes qui avaient droit chacun à deux pièces (3) , la chambre de Tabbé de Saint- Victor , qui donnait sur le cursorium (4), et les salles de la bibliothèque , dont nous n'avons jamais rencontré la moindre mention ? On peut incliner à le croire , à cause de sa position intermédiaire.
Derrière ce corps-de-logis s'étendait le verger des étudiants, aujourd'hui représenté par la cour des animaux à la Faculté de Médecine. Il formait un triangle allongé , ayant pour base le prolongement de l'aile sud , et pour sommet l'éperon de maçonnerie déjà mentionné, qui renfermait un escalier. Au rez-de-chaussée, celui-ci servait de communication entre le verger des étudiants et la grande cour du monastère ; mais le pavillon anatomiquc, construit en 1872, empêche de retrouver à l'extrémité nord les traces de la porte
(1) Arch. dép. de THérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monastère Saint-Germain, reg. i . f» 66 yo.
(2) Ihid,^ reg. 1, Î9 143 v«, ci passim,
(3) Ibid., reg. 5, f^ 75 v«.
(4)/Wa., reg. i,f«97vo.
Lt Monastère SaintSencit, 127
remarquées par D'Aigrefeuille. Un escalier de dix niarclies, taillé dans ce passage , conduit audessous à un couloir souterrain, étroit et surbaissé, fermé par un amoncellement de pierre brute ; ce couloir parait avoir été ménagé dans le pâté de la fondation, fort épais à cet endroit, pour assurer l'écoulement des eaux pluviales et ménagères dans le fossé de la Ville et le Merdanson, Nous pensons qu'on doit y voir quelqu'un des « gasi- » lians et conduits des eaux y estans, par lesquels » un certain nombre d'assiégés s'estoient sauvez, » d'où eschapperent après » (i).
Il nous faut revenir encore dans le verger des étudiants. Bien que nous croyions mur primitif, au moins dans sa partie inférieure et vers le nord, celui où s'appuient aujourd'hui les loges des^ chiens, il nous semble certain que du côté du midi il se dirigeait de manière à laisser entre le mur de clôture et le bâtiment un petit espace. Ce point est établi par les confronts d'un verger contigu, qu'acquirent en 15 13 les étudiants, et qui occupait avec un vacant derrière le monastère, le sol de la rue actuelle de l'École-de-Médecine compris depuis la rue de l'Ancien-Évêché jusqu'au boulevard (2). Car, il est bon de le rappeler,
(i) Mémoires de Jean Philippiy p. 26.
(2) € Scilicet totum quoddam viridarium, sUum injra muros > communis Clausure dicte ville Montispessulani rétro dictum » fiumasterium sanctorum Benedicti et Germani dicti Montis- » pessulani, confrotUatur cum viridaHo nobilis Stephani Cezdli^
128 Lu Monastère Saint^Bmott.
. aucune ouverture n'exista jamais dans le mur de ville à ce dernier endroit , où quelques contemporains se souviennent avoir vu une terrasse, construite par Mgr. de Pradel en 1686.
Est-ce dans le verger même des étudiants, dans la grande cour du monastère ou ailleurs qu'il faut placer la poterne ouverte dans le rempart ? La convenance qui la fit établir devait aussi engager à choisir la première position. Rappelons, en eflPet, que cette issue offrit l'avantage d'épargner aux étudiants, pour se rendre aux écoles du Puech Saintc-Aularie, le long trajet de leur quartier à la porte du monastère sur la rue des Carmes , puis de cette dernière à celle de Saint-Jacques, au fond de !a rue Basse. De plus, la vue de Silvestre semble figurer une porte ouverte dans le mur de ville vers le milieu de la distance qui sépare la Tour des Pins et le prolongement de l'aile méridionale.
» ft cum meniis dicte ville, et cum viridario sludenlium diciiCd- » hgii sanclorum Benedicli et Germant, etcumcarreriapublica » tendente a portale saticti Jacobi ad sattctum Ruphum », etc. ( .^rcli. dép. de l'Hérault , série G , notaires du Clergé: Michel Charnus et autres, reg. 24, f® 255 ). — *c Videticet » totum predicium viridarium, silum infra muros dicte viUe » Motitispessiilani et proxime dictum Collegium, confrontalur » ah una parte cum quodam alio viridario dicti Collegii et » communitatis dictorum dominorum ejusdem Collegii studen- » tium, a parte rétro cum sextis palmis dicte ville, traversa in » medio, cum quodam alio viridario beredum hofiorabilis viri » StfplMfii Cezelli, quondam burgensis dicte ville », etc. (Ibid. : Guillaume de Belloc, reg. 154, f^ 42 ).
Lt Monastère SaintSenoît. 129
Cependant D'Âigrefeuille place sa fausse porte de Saint-Germain plus au nord et assez près de la Tour des Pins; et, quoique nous prêtions en général peu de confiance à cet auteur, nous suivons ses indications sur un point qu'il était mieux que nous en mesure de fixer d'après les traces de l'ouverture faite au mur de ville.
Le corps-de-logis du côté nord était affecté aux claustraux. A part les sacristies , dont il a été question, il renfermait au rez-de-chaussée le réfectoire, vaste salle voûtée servant aussi pour la tenue des Chapitres , et où fut faite en 1536 la publication de la bulle de sécularisation. Elle s'ouvrait au nord dans la grande cour: cette entrée est mentionnée par Jacques de Montagne , à propos du siège de 1 561 (i) ; mais on n'en aperçoit plus aujourd'hui démarques bien certaines. A côté se trouvait la cuisine. Du temps de D'Aigrefeuille, son large tuyau en maçonnerie, de trois pieds de diamètre et taillé en rond , existait encore; il n'en reste actuellement que la place, marquée par une longue et profonde rainure ménagée dans l'éperon nord-ouest. La cuisine était voûtée, ainsi que la salle placée au-dessus; mais, au troisième étage, l'espace qu'elle occupait semblerait avoir formé terrasse, d'après l'aspect plus noirci des murs qui le dominent et dont l'un porte encore le débris d'une parabande. Derrière
(i) Mémoires dé Philippi, p. 22, note.
130 Le Monastère Saint-Bcttoit.
la cuisine se trouvait le passage qui faisait communiquer le verger des étudiants avec la cour du monastère.
Le dessus du réfectoire était occupé par le dortoir, subdivisé en chambres où les claustraux étaient répartis deux à deux. Quelques planches et de la paille composaient les lits , si nous nous en rapportons à une assez divertissante enquête du gouverneur de Montpellier, en 1496. Elle relate les causes de l'incendie provoqué par l'imprudence de deux tout jeunes novices : Bertrand Estienne , de Poussan , et Michel Madame , de Montpellier. Ayant constaté la présence incommode de certains parasites dont la chaleur de juin multipliait le nombre, ils résolurent, un soir, de s'en débarrasser , et dès le lendemain , s'ètant munis d'instruments , montèrent au dortoir dans cette intention. Mais pourquoi ne pas laisser la parole aux délinquants ? La scène toute familière à laquelle leur déposition nous fait assister, nous fournira l'occasion d'une petite halte dans notre course archéologique.
« Bertrand Estienne dict aussi estre vray que
» led. lundi dernier vj du présent moys s'en
» entrèrent dans leur chambre ou avoit deux litz, » l'un fait avec certaines barres et sans nulle » pailhe et l'autre estoit fait de postz et pailhe » dedans , lesquels litz avec ung martel et unes n tenailhes, que avoient portées avec eulxdeffirent
» et portarent toutes les postz et barres hors le » dormitoire pour netoyer, et leyssarent la palhe » dans lad. chambre» laquelle estendirent dans » icelle chambre. Et ce fait, led. frère Michel » Madame, son compaignon, ala a la cusine dud. » coUiege pour quérir du feu, dont porta aucuns » charbons de feu, et amena avec soi led. Estienne » Tozellier, cusinier. Eteulx venuzavecled. feu, » led. qui parle print une pugnée d'aspic, que » illec estoit, pour enflamer led. feu, ce qu'il ne » peust fere. Qpoy voyant, led. cusinier dit telles » paroles: Prenes ung plen poing de palhe et s'anfle- » mera plus tout , ce qu'il fit. Et après, enflaraé » que fust, le mit dans la pailhe de lad. chambre, » cuydant que tout bellement se bruslast sans fere. » aucun dommaige. Et quand led. feu fust dans lad. » pailhe, sortit si grant fumée qu'ilz ne povoient » demourer dedans, et ne peurent garder que led. » feu ne s'arapast aux postz de lad. chambre. »
Il va sans dire que l'incendie se propagea d'une chambre à l'autre et causa d'importants dégâts (i). Ils ne furent réparés que quarante-et-un an après, et nous publions le prix-fait passé à cette occasion avec Vital Valette (2).
Entre le monastère et le mur d'enceinte s'étendaient les communs, compris dans un espace
(() Arch. muQ. de Montpellier, série BB, pièce e&traite da reg. de Salamon , nouire du Consulat , de l'année 1496. (2) Voir Appendice Vm.
132 Le MonasUre Sainte-Benoît,
qu'on appelait la Cour ou Corraterie de Saint- Germain. Primitivement destiné à servir aux religieux de lieu de promenade, ce vacant fut peu à peu occupé par des constructions diverses, que nous étudierons successivement. On y accédait de la rue des Carmes par la grande porte d'entrée, appelée porte Saint-Pierre et quelquefois Saint- Pierre et Saini-Paul (i). Elle était de forme carrée, et dans les derniers temps, en 1525, reçut un valet (2) ; c'est ainsi que la représente la vue de Silvestre.
En franchissant cette porte, on se trouvait dans une première cour appelée Cour du Puits (3), à
(i) Arch. dép. de l'Hérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain, reg. 8, fo« 6 v^ et 27. — Cf. ibid.j reg. 6, layette Calvin, Cancer et Roger, f» 78.
(2) ^Quoddam amhuîatorium^ vulgariter dictum ung valet». ( Ihid,, reg. 7, f^ 92 ). — Sauvage, au mot haU ou halen: auvent dressé devant une boutique, soit pour garantir du soleil la marchandise , soit pour en dissimuler les imperfections. Il est évident par notre texte que cette signification doit être étendue à une sorte de galerie légère, peut-être ouverte d'un côté, élevée sur une construction comme promenoir, ou jetée entre deux bâtiments pour servir de passage : le valet pouvait donc être en bois ou en briques. C*est ainsi qu'on donnait ce nom à la galerie établie chaque année, pendant la tenue des États, entre la maison Consulaire, lieu habituel des réunions, et l'église N.-D. des Tables, et par laquelle les membres de cette assemblée se rendaient au sanctuaire vénéré de Montpellier.
(3) Mhnoires de Jean Philippi, p. 22, note.
Lr Monastire Saint-Benoit. 133
gauche de laquelle s'étendait le cimetière entre le mur de clôture et le chevet de l'église. Son emplacement est déterminé par les actes qui mentionnent en 1 443 la porte ouvrant de l'église sur le cimetière (i), et en 1458 l'existence de celui-ci près de la grande porte d'entrée (2). Il est également fixé par la découverte faite à cet endroit de bières renfermant des cadavres vêtus de dalmatiques et chasubles de prix, dont la soie se réduisait en poussière au loucher. D'Aigrefeuille tenait ces détails du fils de l'architecte ayant dirigé, au commencement du xviii* siècle, les travaux d'agrandissement de la maison curiale, construite sur cet emplacement en 1667. A Tautre côté du chevet de l'église s'élevait le petit bâtiment renfermant la sacristie mineure, dont nous avons fait mention plus haut.
L'angle de droite , vis-à-vis le cimetière, était occupé par une maison qu'y fit b«^tir en 15 15 le cellerier Boscavin; nous en donnerons la descrip-
(i) Voir p. 116, note i .
(2) L'itinéraire de la procession du Saint-Sacrement pour la paroisse Saint-Firmin porte ; « a S^* f, et daqui descendra » per la davalada. et intrara per la grant porta de la gleysa % de Sant German , passant per io cor et claustra de la » dicha gleysa. Et salhira per la porta devers lo charnie, > et intrara a la carrieyrade la Cadena »*. ( Arch. mun. de Montpellier , série BB , pièce extraite du reg. de Jassiles, notaire du Consulat, de Tannée 1458).
* Attjotird^bui rue Monteis.
134 I^ Monastire Sain^Benoît,
tion en traitant du rôle joué par celui-ci lors de la décadence du monastère. A la suite subsistait une partie de Tancien verger des claustraux, dans laquelle se trouvait le puits qui donnait son nom à la cour. Ce puits était construit dans la muraille même de clôture, et commun à une maison de Tile voisine , qu'acheta Boscavin en 1509 (i); il figure sur le plan de 1737 comme dépendance de la maîtrise , et fut compris dans la partie aliénée à la Révolution. Passé en 1809 avec le reste de la propriété Tîsson aux mains de la Ville, qui établit dans cet immeuble les Dames de Saint-Maur^ il n'a disparu qu'à l'époque de l'agrandissement de la Cathédrale, et se trouve aujourd'hui entre deux contreforts du chevet, du côté de l'évangile. Quelques personnes se sou-
( I ) Voici comment, à défaut de Tacte aujourd'hui perdu, le puits est décrit par un inventaire du xtii" siècle : < maison » ruinée avec verger joignant, ensemble un puits situé dans » la muraille de Tenclos du Collège Sainct Benoict et Sainct » Germain dud. Montpellier», etc. (Arch. dép.de THérault, série G, Invent, des actes du Chap. cathédralde Montpellier par Fr. JofFre, t. I*'',p. 638.) — A son tour Pacte de revente, quelques années après, est ainsi conçu : « Quamdam parvam » dotnum , sitam in carreria Carmtlitarum , una cum servùuU » puthey existentis in pariete communis Clausurc dicti Coîlegii, » carreria in medio », etc. ( Arch. dép. de THérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain, reg. 8, f® 5 v"). — Enfin nous savons que les claustraux avaient la libre jouissance du même puits. (/«d.,rcg. 5if^7S vo).
Lt Moitaslère Saint-Benoit, 135
viennent Tavoir vu encore adossé à un pan de vieille muraille ; il était fort large et très abondant. La Cour du Puits était fermée du côté opposé à M rue des Carmes par un mur percé d'une seconde porte , dite régulière , sans doute parce qu'elle délimitait plus exactement la clôture monastique. Divers actes la mentionnent avec des détails qui fixent sa position. Par eux nous savons qu'elle était près des fenêtres du dortoir (i); qu'elle continuait de se fermer à une heure réglée, à l'inverse de celle de Saint-Pierre, par laquelle les religieux arrivant du dehors tardivement pouvaient pénétrer dans la maison de Boscavin (2); enfin qu'elle donnait accès dans la seconde cour, puisque les assiégeants de 1361, y ayant mis le feu, purent ainsi arriver sous les murailles mômes du fort (3). Quant à la forme de cette porte, elle paraît déterminée par le dessin de Silvestre, qui figure nettement à cet endroit un grand arceau. A ce sujet, D'Aigrefeuille prétend avoir vu sur le mur de clôture et sur ceux du monastère deux naissances d'arceau se répondant :
(1) Voir Appendice VIII.
(2) < Quiquidem infir marins in eadem domo inhàbitare » pciuerit , et infirmos ac religiosos forts venientes hora qua t porte régulâtes clause reperientur recipere tenébiiur >. (Arch. dép. de l'Hérault , série G , fonds du Chap. cathedra! de Montpellier, monast. Saint- Germain, reg. 8, f» 250 ). — Ajoutons ici que la maison de Hoscavin n'avait d*issue que sur la cour du monastère (Ibid., reg. 8, f 27).
(3) Voir p. 140.
136 I^ ManasUre Saint-Bcnoit.
il suffit de donner la largeur de la cour dans cette partie, trente-deux mètres environ, pour démontrer Terreur de cet historien ; mais sa constatation est bonne à retenir, en ce qu'elle confirme l'existence , au xvni* siècle , des traces du mur qui faisait la séparation des deux cours.
La seconde , la Corraterie de l'office du Cellerier, comme la désignent généralement les confronts des maisons voisines, nous paraît avoir été plus large que la première , par suite de la direction du mur d'enceinte (i). Elle présentait tout d'abord un vacant resté libre au milieu de quatre constructions différentes; en 1361 on l'appelait plan du Prévôt , parce qu'il se trouvait devant la maison échue à ce dignitaire du nouveau Chapitre cathédral Saint-Pierre. Disons à quelle époque et dans quel but avait été bâti cet immeuble.
On se souvient peut-être qu'une des recomman-
(I) Il fallait qu'il en fût ainsi , puisqu'une des maisons de nie voisine revendues par Boscavin , elle-même située à la rue des Carmes, pouvait à la fois avoir pour coufronts sur le côté un autre immeuble la séparant du monastère , t't sur le deniëre la cour du Cellerier. € Canfrantatur a » parte anUriori cum carreria publica Undente a dicto Collcgio » versus partaîe Carmelitarum , a parte posteriori sive rétro » cum orto sive corraterie dicti Coîîegii, ab utto\latere cum trait versia vocata de dona Romana et viridario Johannis VaUta , > et ab aîio latere cum domo et viridario , que fuit condam itfratris Gilberti de Montellis 1^, (Arch. dép. de l'Hérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain, reg. 8, f» ayi ).
U Monastère Saint^Beftoit. 137
dations faites par Urbain V à Gaucelin de Deaux concernait la construction d'une infirmerie (i). Commencée en 1369, elle était, à la mort du Pontife, restée inachevée. Telle qu'on en avait interrompu la bâtisse, celle-ci comprenait plusieurs maisons; des pans de vieilles murailles, provenant sans doute des immeubles acquis par le Pape, s'y enchevêtraient ec produisaient un effet désagréable à la vue. De plus, on était obligé , faute d'un local convenable et même quelconque , de loger les malades en ville, à grands frais pour la communauté; et cependant le besoin d'une infirmerie bien disposée se faisait sentir plus vivement dans un lieu humide , froid et battu du vent, comme l'était le monastère. Or mille écus eussent été nécessaires à Tachèvement de la construction abandonnée depuis un siècle et demi, et les ressources faisaient absolument défaut. Antoine Raymond, prieur de Sainte-Énimie et religieux à Saint-Benoît , résolut de consacrer son bien à cette œuvre utile. Le 19 avril 1505, le Chapitre lui accorda l'autorisation d'accomplir son charitable dessein aux conditions suivantes. Raymond se réserve pendant sa vie l'usage exclusif de l'immeuble; après sa mort celui-ci sera, ainsi que son mobilier, affecté au logement des malades , mais non de l'Infirmier, qui jouit déjà, selon Tusage, de deux chambres au monastère. Ce dignitaire
M) L. Guiraud, Le Collège Saint-Benoit y p. 214.
138 L£ Monastère Saint^Benoit.
ne pourra prétendre qu'au droit de visite. La maison sera fermée avec deux clefs différentes, dont Tune restera entre les mains du Prieur, l'autre dans celles du Prévôt. Nul n'y sera admis qu'après un examen médical et sur l'avis des quatre moines les plus âgés ; ses gardes-malades seuls pourront l'y suivre. Ni prélats ni seigneurs étrangers ne devront y être logés, si ce n'est l'abbé de Saint -Victor venant visiter le monastère, mais pour trois jours seulement. Un inventaire du mobilier de chaque chambre sera dressé à l'entrée des pensionnaires , et récolé à leur sortie, afin de prévenir la perte des objets ou d'en exiger le remboursement. Le puits du monastère étant enclavé dans le pâté de constructions cédées à Raymond, les claustraux stipulèrent que le passage en resterait libre; mais ils lui permirent de mettre en culture une partie de leur jardin, sa vie durant, sauf à l'affecter après sa mort h un agrandissement de l'infirmerie (i).
Cette partie de jardin ou verger était, croyonsnous, située à la suite de l'immeuble précédent et lui était commune avec la maison dite en 1561 du grand archidiacre. Cette dernière avait été assignée à ce dignitaire par une transaction intervenue, le 23 mars 1337, entre le nouveau Cha-
(I) Arch. dép. de l'Hérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain, reg. s, f« 7S v<>.
Le Monastère Saint-BenoU. 139
pitre cathédral et son archidiacre-mage, Pierre Nougarède, ancien cellerier du monastère Saint- Benoit. Elle est ainsi décrite dans l'analyse de l'acte aujourd'hui perdu : « Et le Chapitre assignera » av grand archidiacre la maison d'habitation » dud. Nogarede, confrontant avec la maison de » la Cellererie ancienne , avec les doutze palms » des murailles de la ville , et avec le verger » commun avec lad. maison et la maison de la » prevosté » (i).
L'immeuble de Nougarède , dont nous ne saurions déterminer la date de construction, confrontait , est-il dit , celui de la Cellerie ; cette dernière maison est fréquemment mentionnée dans les actes anciens, qui parlent même de toutes les deux dès 1505 : « in domibus Cellerariei» (2). Elle était adossée à l'aile nord, comme le prouvent les traces de voûte qu'on aperçoit au mur extérieur de cette aile au rez-de-chaussée et au premier étage , et servait à serrer toutes les provisions du monastère: blé, vin, fruits et fromages, viandes salées et huile, que le Cellerier était tenu de fournb* aux membres des deux communautés dans des proportions réglées. Aussi était-elle voisine de la cuisine.
Enfin, vis-à-vis l'infirmerie et contre le monas-
(1) Arch. dép. de l'Hérault, série G, Invent, des actes du Chap. cathédral de Montpellier par Fr Joffre, t. 1er, p. 83 1 .
(2) Arch. dép. de THérault, série G, notaires du Clergé : Guillaume Amorozy, reg. 13, f» 98 v®.
140 Lt Monastère Saint-Benoit,
tèreyëtait établi un grenier: la rangée de trous carrés destinés à supporter les solives de sa toiture existe encore aujourd'hui dans le mur de la Faculté. D'Aigrefeuille crut y voir la place de ceUes qui auraient soutenu les rayons de la bibliothèque; aussi mettait-il cette dernière à Tendroit où nous avons prouvé qu'était le réfectoire. Il n'aurait pas commis cette erreur s'il eût remarqué, dans les mémoires de Jenn Philippi , dont il avait le manuscrit entre les mains, la mention expresse du grenier en question : « Le soir et nuict venant (du » 19 octobre 1561) les assiegeans bruslerent In » grande porte du Plan du Prévost qu'on appeloit, » et ce faict, saisirent les maisons dudit prevost, » archidiacre-mage, et grenier joignant le fon, D pour de ces lieux , par sappe ou autrement , » faire bresche à couvert audit fort » ( i) Ajoutons, après ce texte déjà si explicite, et dont notre restauration des lieux éclaircit tous les détails, que, selon les documents, le grenier était bien situé à l'endroit où Ton en constate les traces, puisqu'il se trouvait près des fenêtres du dortoir. L'acte qui nous Tassure, nous apprend aussi qu'il renfermait les tinats ou cuves (2).
Nous terminerons cette longue description par quelques mots sur l'île du Sesteiral d'En Capmal, située derrière le monastère. Le Pape avait acquis
(1) Mémoires de Jean Philippi, p. 2 1 .
(2) Voir Appendice VIII.
1/ Monastère Sainte Benoit. 141
en cet endroit divers immeubles, dont certains iurentaliénés par Gaucelin de Deaux aprèsPachëvement de Toeuvre (i); mais les événements devaient plus tard les ramener sous la directe de la communauté. En effet, Boscavin, cellerier en 1509, désirant se construire une maison particulière, où il pût recevoir les soins que nécessitait son état de santé , acquit dans cette ile deux petits immeubles voisins du puits, ainsi que la servitude de celui-ci (2). U s'y établit commodément jusqu'au jour où^ résolu à rentrer dans la clôture et par là dans la régularité monastique, il les vendit pour faire bâtir la maison dans la Cour du Puits. Moins rigides, Gilbert de Montels, camérier, et Jean Rivière, infirmier, s'en chargèrent le II mai 1514(3). Dans le contrat qu'il passa avec eux, Boscavin se réserva la directe des deux maisons ; dès ce moment sans doute il projetait , en faveur de la communauté de Saint-Benoît, la donation , effectuée en 1520, de tous les droits acquis par lui sur l'île du Sesteiral. On voit par l'acte dressé à cette occasion que cette dernière avait alors pour limites à l'ouest le mur de ville, au midi le monastère , à l'est la rue droite des Carmes , et au nord la tour de ce
^i) Arch. dép. du Gard, série H, n^» 120 et 107.
(2) Voir p. 134, note.
(3) Arch. dép. de l'Hérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain , reg. 8, f» 5 v».
lip Lr Monastère Saint^Benoit.
nom (i). Elle avait donc englobé les divers groupes de maisons séparés par quatre impasses qui formaient , aux xiv* et xv* siècles , les îles diverses a del gran ort del Papa , alias de Sant Benezech » — « de Bernât de Galhac ( es davant lo pos de Sant German) » — «del Sesteyral d'En Capmal » — « del forn del Legassieu » (2).
Telles sont les indications que nous avons pu recueillir sur l'état du monastère Saint-Benoît avant sa sécularisation. Quand les données précises faisaient défaut , nous nous sommes gardé d'y suppléer par ces conjectures ingénieuses dont rétudé des lieux et des actes fait justice un jour ou l'autre : on n'a pas toujours le bonheur d'être complet en restaurant un passé si ancien , mais on ne saurait du moins se priver du mérite d'être exact.
(i ) € Certa usaiica que percipi soUbani in insula del Sesteyral » super omnibus domibus , curtibus , viridariis siiis infra » dictant insuîam , que confrontatur cum clausura numasterU
> Sancii Germant , traversia in meâio que non transit , et a » rétro cum duodecim paîmis murum Montispessulani , et a
> parte ante cum carreria qua itur de Sancto Germano ad con- » ventum Carmélitarum , et cum turris (sic) Carmelitarum et » cum suis aliis >, etc. ( Arch dép. de THérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier , nionast. Saint- Germain, reg. 7, f® 40).
(2) Arch. mun. de Montpellier, sérieCC,coni poix Sainte- Croix, an 1387, reg. $78* f**" X04» 112 v<>, 115 v® ; et an *43S» reg 608, f®» 31 et suivants.
U MonasUre Saint-Bmoit 143
[es religieux qui habitèrent pendant cent soixante-dix années le monastère Saint- Benoity les uns nous sont déjà connus:
ce sont les étudiants , dont nous avons retracé ailleurs la vie de travail ; il nous reste à suivre les autres au milieu des occupations créées par la vie claustrale à laquelle ils étaient voués.
Leur chef est le Prieur, élu pour un an vers la fête de saint Benoit , au mois de mars ; ses mérites et sa capacité le désignent aux suffrages des religieux. L'élection du 18 mars 1482 offre un exemple remarquable de ces vertus monastiques dont la lutte même annonce dans les âmes le triomphe de la grâce de Dieu. Pleinement informés de la religion, de la vie, de la capacité et de la modestie dans les entretiens de frère Jean Massabon, moine de Saint-Victor, alors résidant à Saint-Benoît , les religieux de ce dernier monastère le firent leur Prieur par un vote unanime. Les précautions dont on entoura cette élection en garantissent l'intégrité : les suffrages furent recueillis scellés et séparément; mais, à leur proclamation, les moines, mus par un sentiment de commune vénération , ratifièrent tous ensemble avec solennité leur choix particulier. Aussitôt signifié à l'élu, cet honneur alarma son humilité ;
144 ^ Monastère Saint^-Benctt.
il l'accepta néanmoins, nous dit l'acte, sans oser contredire à une volonté manifestée avec une telle unanimité et , selon lui , de la manière la plus providentielle, mais en protestant à la fois et de sa reconnaissance envers les religieux et du désir qu'il aurait eu de voir leurs suffrages se fixer sur un sujet moins indigne (i).
Des choix semblables à celui de Massabon reçoivent sans difficulté la confirmation de l'Abbé de Saint-Victor, auquel la réservent les Statuts (2). Une fois qu'elle est accordée, le délégué de celuici procède à l'installation du nouvel élu, et lui fait prêter serment d'exercer fidèlement sa charge. Nous ne saurions déterminer avec précision les droits, honoraires et émoluments attachés aux
(I) Arch. dép. de l'Hérault , série G , fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monastère Saint-GennaiD , reg. 2, f« 19s.
'2) Selon un document de 1 377 , la nomination du Prieur de Montpellier aurait, à ce moment, appartenu à Tabbé de Saint- Victor r « Débet ibi esse prior claustralis ad voluntatem » domini Ahhaiis et per eum potundus et removendus » . ( Arch . dép. des Bouches- dU'Rhône, série H , fonds Saint-Victor, reg. 28, f ' 3 1 ; . Mab il est établi par des actes postérieurs (fit la seule confirmation lui fut laissée : « Cujus ofjicii » nominacio et eîectio ad dominos ipsos monacbos dicti ColUgii » et eorum capitulum , confirmacio vero ad dominum Abbatem » monasterii sancti Victoris Massiliensis, dicti ColUgii imme- » diati superioris , secundum Stâiuta apostolica dicto Cotlegio » concessa pertinere dignoscentur*. (Arch. dép. de THérauit, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain , reg. 2, f<^ 195 ).
Ix Monastère Saint^Benoîl. 145
fonctions de prieur, car les Statuts nous font défaut sur ce point ; mais cette dignité comportait tous les privilèges dévolus à un chef de communauté : convocation et présidence des chapitres , dispensation des permissions , correction et punition des délits à Tégard des membres du monastère et de tous ceux qui en dépendent (i).
Deux dignitaires secondent le Prieur en le déchargeant des soins matériels relatifs à la célébration du service divin : le Précenteur et le Sacristain y tous deux d'institution primitive. La durée de leurs fonctions éuit, à l'origine^ fixée à trois années (2), mais, par la force de Tusage, ces charges furent ensuite possédées à vie. L'ordonnance et la régularité des offices concernaient le premier de ces dignitaires; la fourniture des ornements et des livres nécessaires au culte regardait le second. Il y pourvoyait par le produit des offrandes et dons faits à l'église (3).
Un inventaire de 1443 fournit l'énumération des livres de chœur en usage à Saint-Germain (4)
(1) Arch. dép. de THérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain, passim^ et notamment reg. i , f° 125 ; et reg. 2, f° 153.
(2) Arch. dép. des Bouches-du-Rhône , série H, fonds Saint- Victor, reg. 28, f» 31 .
(3^ Voir p. 77.
(4) Nous choisissons dans cette énumération quelques titres qui oârent un intérêt particulier : c Item unum Uhrum » de professione, — item unum librum vocatum martiroh^um » cum régula, ^ item unum librum anniversariarum» <->
146 L^ Monastère Saint^Benoît,
et remontant à Urbain V lui-même. Nous y voyons figurer entre autres un collectaire, seul conservé aujourd'hui, et acheté au libraire Boy de Marseille par la Société archéolçgique de Montpellier. Ce manuscrit du xiv* siècle, sur lequel a été publiée une notice (i), porte pour titre: « Incipit colleciarius ecclesie Sancti Germani Mentis-- » pessulani secundum usum et consuetudimm Sancti ») Victoris Marsiliensis » Les livres de répons et les antîphonaires,quî sont mentionnés également dans cet inventaire, durent être renouvelés au xvi^siècle pour cause de vétusté: on s'adressa donc, le 16 janvier 1 5 12, à maître Martin Peyron, « artis sertbendimagister » , qui s'engagea à enluminer d'a2ur et de vermillon les capitales et initiales. La première lettre de chaque office devait être formée avec soin , ornée d'une figure en rapport avec la fête ainsi que des armes du Collège (2) Le prix
» Item unum îihrum de organo. — Item constitutionem Sancti » Victoris. — Item unum colîectarium . — Item unum Iihrum > Statutorum incathenatum, i» (Arch. dép. de l'Hérault, série G , fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Gertnain , reg. i , f<>" 64 et suivants ) .
( I ) Paulin Blanc , Un manuscrit de Vancim monastère Saint-Germain à Montpellier , dans les Mémoires de la SodiU archéologique de Montpellier, t. V, p. 227 et suivantes.
(2) Les armoiries du Collège Saint-Benoît , auxquelles il est fait également allusion dans d'autres actes , ne nous sont pas connues d'une manière positive. Faut-il en voir la représentation dans deux écussons grossièrement dessinés sur la couverture du registre n^ 5 , parmi ceux qui restent
U Monastère Sàint^Benoit. 147
fut fixé, pour chaque cahier de huit feuilles avec six lignes à la page, à 25 sols tournois (i). Quelques années après nous relevons pour le même objet un document presque identique (2). Les livres primitifs étaient selon le rite du monastère Saint- Victor , mais pour les derniers il est mentionné expressément qu'on les fera « jnxta ordi- » nem , consuetudinem et statum ecclesie sanctorutn » Benedicti et Germant Montispessulani, »
Le nombre des claustraux, primitivement fixé à vingt , fut augmenté de deux par la mutation d'autant de places d'étudiants en 1515 (3). Leur nomination , dévolue par les Statuts à l'Abbé de Saint-Victor , fut ensuite attribuée par l'antipape Clément VU au Prieur et au Chapitre de Saint- Benoit, qui Ten avaient requis (4). Les claustraux
du monastère Saint-Germain? Ces écus, timbrés d'une tiare informe , portent six besants ou tourteaux qui paraissent posés 3 , 2 et I ; ils accompagnent les armes d*Urbain V.
(n Arch. dép. de THérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain , reg. 6, layette Calvin , Cancer et Roger, £<> 32.
(2 • Prix-faits avec Pierre Vauton , artiste du Puy, des 8 juillet et 19 septembre 15 19, et quittance du 14 janvier 1523 (Arch. dép. de 1* Hérault , série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain, reg. 7, fo8 28 v^ 30 v<» et 59).
(3) L. Guiraud , Le Collège Saint-Benoit, p. 234.
(4) « Hinc est quod nos dilectorum filiorum prioris et coti- » ventus monasterii sancti Benedicti de Montepessulano, . . devotis » supplicationibus inclinati, ut receptio quarumquidem persona- > rum cupientium suh regulari habitu virtutum Domino famu-
se recrutaient soit parmi les étudiants admis après leur décennat , soit parmi les sujets qui se présentaient au monastère (i). De là ces noms languedociens mêlés aux noms provençaux et gévaudannais dans les procès- verbaux de réception ou de profession : les De Castelpers, les Laroque- Aynier, les De Solages, les D'Assas, les De Lescure, les De Manse , les Mandagout, les Mandajors, les Falcon des Falcons, et tant d'autres encore à côté des D'Arpaon ou des comtes de Vintimille. La profession avait lieu sur autorisation de Tabbé de Saint-Victor ; elle était faite avec solennité dans une chapelle de l'église, le plus fréquemment dans celle de Sainte-Catherine et quelquefois de Saint- Martin, chapelles plus grandes que les autres. Le cérémonial n'en varia pas du xiv* au xvi* siècle (2). Le novice présentait au Prieur les
» lari, et eorum admissio in monachos et infratres seu conversas » ejusdem nunuuUriiy ad eosdem priorem et conventum seu ad » eutndem priorem seu ejus îocumtenentem ac majorem et sanio- » reni partent ipsius conventus , àbsque dilectorum filiorum » abbatts et conventus numasterii Sancti VUtoris Massiîiensis, a » que prefatum monastcrium Sancti Benedicti dépendit, fier i,.. » licencia de cetera pertineat.,. indulgemus, eic — Datum Avi- » nioni,w kaL maii, pontificaius nostri annoseptimop, (Arch. dép. de l'Hérault , série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain, reg. 4 , f^ 135 v®).
(i) Jbid., passim.
(2) Arch. dép de l'Hérault, série G, notaires du Qergé : Pons Emeric , reg. 3 , f® 58 v® ; ihid , fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain . reg. 1, fo 31 yo tt passim.
Ix Monastère Saint-Bcftait, 149
lettres de TAbbé, et, admis par lui, prononçait ses vœux selon la formule suivante :
a Ego f rater N. promitto stabilitatem et conversion- » ncm morum tneorum, et obedientiam secundum » régulant beati Beneiicti coram Deo et sanctis ejus » in hoc monasterio Montispessulani , quod est con-- » structum in honore beati Benedicti , in prasentia » dominiN.yprioris claustralis ejusdem, et ad majo- 9 rem pramissorum firmitatem et certitudinem hanc » prasentein cedulamper fnanum propriam scripsi et » signo meo signavi , manuque mea propria me » subscriùsi anno Domini. . . et die. . . mensis, . . »
Le seing particulier de chaque religieux accompagne, en effet, la plupart des procès-verbaux de profession et nous n'avons pas re.evé moins de dix-huit de ces écussons, tous dessinés à la plume et fort irrégulièrement. Comme ils fournissent les armoiries de certaines familles du Midi au xv* siècle , nous en donnons la liste avec la date et les indications qui permettront de les retrouver aisément (i).
Raymundus Falqui^ 11 avril 1440; — Petrus Valeriy 11 avril 1440; — Amalricus deVeyreriiSy 12 juin 1440; — Johannes Roque (2), 13 décembre
(i; Arch. dép. de l'Hérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain , reg. i et 2, passim.
(2) Au point du chef un croissant , aux cantons dextre et senestre une étoile ; Vécu cJjevrotmé avec trois rocs posés 2 et i, Nou5 signalons tout particulièrement A fattcntion ces
150 ht Monastère Saint-^Benoit.
1440; — Dcodatus AndrUy 8 février 1442; — Anthonius Roquctc, 28 mai 1443; — Jacobus de Moîinis, 26 juin 1443; — Deodatus Brossini, 26 juin 1443 ; — Guillelmus deSupilhaco, 13 juillet 1443; — Asforgius Tortolàni, 8 août 1443; — Johannes de Capite Luco^ 28 septembre 1443 ; — Folquetus Aliiraudi, 13 janvier 1444; — Bonetus Maurellij 3 novembre 1444 ; — Nicholaus Morcrii, 3 novembre 1444; — Geraldus Hugoneti y 2 avril 1445; — Petrus de Gorsaco^ 29 avril 1446; — Jacobus de Putheo, 16 décembre 1446; — Hugo Porsani , 23 septembre 1467.
La profession consacrait l'admission définitive à la vie monastique. Celle-ci, à Saint-Benoît comme à Saint-Victor et dans les autres communautés bénédictines, était remplie parla prière, la méditation , le chant des heures canonicales, la tenue des chapitres , la prédication et les conférences. Les prêtres séculiers adjoints aux religieux devaient y prendre part, et les dimanches et jours de fête les étudiants se joignaient à eux(i). Enfin les vastes proportions de Téglise et sa riche décoration, en contribuant également à la splendeur du culte , réalisaient l'un des plus formels désirs d'Urbain V.
armoiries parlantes , que nous cfoyons être celles de la famille de saint Roch.
(i) L. Guiraud , Le Collège Saini^Benoit , p. 181 etsuiv.
U Monastère Saint-' BettoU. 151
vn.
JiSTiNCTES d'existence sous des chefs par- J^J ticuliers et au milieu d'occupations différentes, les deux communautés des claustraux et des étudiants sont néanmoins réunies à Saint-Benoit par ks besoins généraux de la vie matérielle : il nous reste donc à retracer cette dernière pour compléter la restauration du monastère-collège dont Urbain V dota la ville et l'Université de Montpellier. Quatre dignitaires y président et divers subalternes l'assurent par leurs services.
Le Cellerier, d^nstitution primitive, occupe dans l'ordre hiérarchique un rang fort important : il vient immédiatement après le Prieur, et de fait il est considéré comme le chef matériel de tout le monastère. Aussi est-il élu par les deux communautés réunies et reçoit-il la confirmation de l'abbé de Saint-Victor. Les cérémonies qui accompagnent son installation symbolisent ses droits et ses attributions. Un dignitaire désigné par l'Abbé conduit le récipiendaire dans l'église, où il lui offre l'eau bénite et le fait asseoir au siège qui suit celui du Prieur ; il lui remet ensuite la clef de la sacristie majeure renfermant le riche trésor du
152 Lt Mottastire Saint''Be$tait.
monastère , et l'introduit enfin dans la maison de la Cellerie (i).
Le trésor confié à la garde simultanée du Cellerier et du Sacristain était renfermé dans la sacristie majeure en quatre armoires : deux pour les joyaux et reliquaires, deux pour les ornements, tous présents d'Urbain V à son monastère. Nous en avons décrit à l'occasion les objets les plus curieux, et nous renonçons à énumérer tous ceux qu'il ren* fermait , même après que la communauté en eut cédé en 1383 une certaine partie à l'antipape Clément VII, qui la dédommagea par l'union de deux prieurés (2). Une pareille accumulation de richesses mobilières exigeait la plus étroite surveillance ; aussi, en 1443, l*abbé de Saint- Victor , Pierre du Lac , tout récemment encore prévôt de Saint- Benoît , écrivit-il aux Consuls de Montpellier pour les intéresser à la conservation de ce dépôt. Nos magistrats s'empressèrent de faire confectionner un livre de grand format où Guillaume Bladnovel , artiste de la ville , fut chargé de peindre à l'intérieur les armes du Consulat; celles d'Urbain V furent placées sur la reliure de peau verte. On coucha au premier feuillet la lettre de l'Abbé, que suivaient divers privilèges, le procès-verbal de réception des
(i) Arch. dép. de FHérauIt, série G, nouires du Clergé : Guillaume Amorozy, reg. 12, f 98 v**
(2) Arch. Vatic, reg. Avin., Cleni. VII, an. v, part, in, t. XXX, fû S4ï.
Li Monastère Saint^Benoît. 153
cadeaux du Pape du 23 mars 1367, Tinven taire de 1443 et plus tard celui de 1495 , dont copie seule a été conservée. Ce registre , aujourd'hui perdu, était gardé avec les autres livres du Consulat dans la salle de la Claverie (i).
Si nous suivons à l'œuvre le Cellerier, nous le voyons tenir les comptes , conserver le dépôt des titres, percevoir les revenus du Prieuré et disposer de ceux de ses membres. Ventes, locations y baux , échanges , lods , tout le concerne. Les provisions passent par ses mains , soit qu'il les distribue lui-même^ soit qu'il les dispense par d'autres. Souvent ses attributions à cet égard se confondent avec celles du Pitancier , dont la charge a été formée de la sienne , et nous les traiterons en parlant de ce dignitaire. La fourniture du bois de chauffage leur incombe aussi à
(i) Arch. mun. de Montpellier, série CC, reg. du clavaire de l'année 1443. Cf. J. Renouvier et A. Ricard , Des Maîtres de pierre , etc., dans les Mémoires de la Société archéologique de Montpellier, t. 11, p. 306. — « Videlicet quidam magnus » liber pelle virida copertus et armis pape Urbani desuper insi - » gnitus, in quo est fada mencio inventariorum jocalium Sancti » Germani , et in primo ejus folio quedam littera missiva per » dominnm ahbatem Sancti Victoris Massiliensis dudum Con- » sulibus verhis latinis missa », etc. ( Arch. mun de Montpellier, série B6, pièce extraite du reg. de Dupuy, notaire du Consulat, de l'an 1513 ). — Arch. dép. de l'Hérault , série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain , un cahier pap. de 12 feuillets. Cf. J. Renouvier et A. Ricard, Des Maîtres de pierre, etc., dans les Mémoires de la Société archéologique de Montpellier^ t . II, p. 3 1 8 .
154 ^ Monastère Saint-Benctt.
tous deux. A l'origine , le Picancier n'était tenu qu'à faire couper le bois nécessaire aux religieux ; l'achat et le transport concernaient le Cellerier. Vint un moment où par leur n^ligence on soufirit de la privation de combustible ; de là réclamations, dissensions et débats auxquels mit fin, le 19 janvier 1495 , l'accord d'où nous tirons ces détails. La consommation fut réglée à 920 quintaux de bois de Valène, réputé d'excellente qualité : 620 à la charge du Cellerier, 300 à celle du Pitancier (i). Cette quantité fixée par les Statuts est sensiblement la même que celle du projet de 1365.
La durée des fonctions du Cellerier fut d'abord fixée à trois ans (2), mais par la force de l'usage elles finirent par être exercées à vie. La malversation évidente entraînait la destitution : c'est ainsi qu'en 1443 Sauveur Fournier, convaincu d'avoir par sa mauvaise administration amené une telle pénurie de ressources que le service divin était négligé «m vituperium et dedecus religionis monastice » , se vit déposer et même poursuivre. Le débat ne fut réglé que par la sentence de
(I ) Arch. dép. de THérault, série G, nouires du Clergé: Pierre Pagézy, Portalis et autres, reg. 38, P 171. — Cf. ibià., série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint- Germain, reg. 4, f° 66 v®.
(2) Arch. dép. des Bouches-du-Rhône , série H, fonds Saint-Victor, reg. 28, f» 31. — Arch. dép. de l'Hérault, série G, fonds du Chap. cathédral de .VontpelHer. moiiast. Saint-Germain, reg. i, f® 109.
Lt Monastire Saint-BettaîL 155
Pierre du Lac, abbé de Saint-Victor, qui se trouvait alors de passage à Montpellier et fut choisi pour arbitre (i).
La charge de Pitancier venait après la précédente, dont elle fut détachée par le cardinal Anglicen 1382. C'est ce qui résulte de deux actes notariés de cette année. L'un d'eux, en date du 30 septembre, nous apprend que des difficultés s'étaient élevées entre le cellerier Jean Pages et les claustraux de Saint-Benoît à propos des arrérages de pain , de vin et de pitance dus à ceux-ci par le premier, en vertu d'un statut nouvellement promulgué par le cardinal Anglic. Les claustraux choisirent pour leur procureur Bernard de Villa, qui résolut avec Pages de s'en rapporter à l'arbitrage de Pierre Blau, parent des Grimoard (2), et célèbre professeur de droit canonique à l'Université de Montpellier (3). Or ce Bernard de Villa prends dans un acte daté de peu de mois auparavant, la qualification de Panetier et Pitancier (4). Ce titre , la mention d'un statut sur la matière , et le procès avec le Cellerier prouvent qu'il faut rapporter à cette circonstance l'institution d'un office
(1) Arch. dép. de l'Hérault, série G, fonds du Chap catbédral de Montpellier , monast. Saint-Germain, reg. 1. foB 3j v« et 97.
(2) L. Guiraud, Le Collège Saint-Benoit, Introd., p. xxix,
(3) Arch. dép. de l'Hérault, série G, notaires du Clergé : Pons Emeric, reg. 3 , f® 172 v" .
(4) Ibid., reg. 3, f® 47 v-.
156 Lt Monastère Saint^BenoU.
qui n'existait pas encore en 1377 (i), et dut être créé pour suppléer, quant aux détails de la table, le Cellerier absorbé par des soins plus généraux et des intérêts plus majeurs.
Nous savons que la quantité de la nourriture était réglée pour cliaque religieux par les Statuts du monastère. La modification qu'on y introduisit en 1 5 1 5 et qui eut pour base la mutation de deux places d'étudiants en claustraux , semble fixer la portion aâférente à chaque personne; mais celleci serait par trop minime, si elle ne se rapportait à une assez courte durée : neuf livres de chair salée , une demi-quarte d'huile et cinq deniers pour la piunce. Quant à la qualité des mets, nous trouvons mentionnés à la même époque du fi*omage et des fruits, et comme boisson du nectar ou une liqueur fermentée, fabriquée avec des figues et des raisins secs (2). Si nous remontons d'un siècle et demi jusqu'à la fondation du monastère^ nous constaterons une énumération à peu près analogue dans un compte des dépenses de bouche faites par Guillaume Sicard du 16 avril 1368 au I*' avril 1369. Le total s'en élève, pour ce laps de temps , à 497 florins 10 patars , et le détail n'est pas sans intérêt pour l'art culinaire de
(1) Arch. dép. des Bouches-du-Rhône , série H , fonds Saint-Victor, reg. 28. f> 3 1 .
(2) Arch. dép. de l'Hérault, série G. fonds du Chap. cathédral de Mont^ielUer, monast. Saiut-Gerniain, reg. 6, layette Gilvin, Cancer et Roger, f» 104.
Lt Monastère Saint'-Benatt. 157
Tèpoqae. Il ne faut pas oublier pourtant qu'un menu monastique est forcément monotone ; et que, si quelques fêtes sont Toccasion d'un rëgal donnant lieu à des perfectionnements gastronomiques souvent compliqués par la coïncidence d'un jour maigre (i), en général la viande de mouton , le poisson, lesœufs, les herbages et les fruits en font tous les frais. Ajoutons, pour être complet , que le Prieur et le Professeur, alors Savaric Chrétien, sont traités à part , avec une recherche relative : çà et là nous pourrions citer certains plats et surtout une mortadelle relevée et préparée en sauce , qui témoigne au moins de l'usage de ce mets dès le xiv* siècle (2).
Les portions étaient faites par un hebdomadier et servies à la table commune (3). L'usage des
(i) Nous transcrivons celui du 21 juillet 1368. € Item die veneris xxj dicii mensis, in die S, Victoris,
» Pto speciebus pro pureya viij pat,
» Item pro sepis et pro petrociîh pro pureya iij pat.
> Item pro /« lihra pororum profaciendo pureyam, iij pat .
» hem pro piscibus xiij gr, t,
» Item pro oko pro parando piscem xx pat.
» item pro prunis pro conventu x pat,
» Item pro aqud dulci ij pat.
p Item pro salsa iij pat.
(2) « Item feci de mortayroh pro Priore, in qtio posui pro » speciebus cum jusselîo preparando i^ . etc. (Arch. Vatic, reg. Avîn., Urb. V, an. vi, part, i, t. XVII, f»» 104 v« à 1 19 v»).
(3) Arch. dép. de THérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain, reg. i, f.> 50 v^. — Cf. reg. 6, layette Bcaulieu et Calvin, <• 273 .
158 Z/ Monastère SairU'-Bettoît.
gobelets d'argent était autorisé, et Ton tolérait même un certain luxe dans leur fabrication. Le 27 novembre 1459, Jean Borges, argentier de Montpellier, reçut des étudiants la commande de six de ces objets. Il s'engagea à les dorer sur les bords, et à y mettre un écusson en émail, encadré d'or, sur lequel seraient peintes les armoiries du bienheureux pape Urbain ou celles qu'on préférerait. L'exécution de l'ouvrage ayant satisfait les religieux, ils payèrent pour la confection de chaque pièce 12 moutons d'or et 2 gros (i).
Le Camérier veillait au coucher et au vestiaire. Son office fut pris sur les attributions du Cellerier, comme celui du Pitancier, mais postérieurement à ce dernier. La dotation affectée à cette charge était importante; cependant en 1526 les religieux se plaignirent d'une insuffisance de fournitures et portèrent leurs plaintes au chapitre général de Saint-Victor (2). Les objets assignés à chaque moine par les Statuts définitifs devraient être les mêmes que leur accordait annuellement le projet de 1365 : une coule d'hiver, une d'été, quatre paires de souliers et deux de chaussures.
( I ) n Et quasquidem taceas ponderis predicti deauràbo in » hordiSf et in eis et quaîibet ipsarum ponam unum esmaudum, » in quo depingentur arma beati pape Urhani seu iîîa que pre- » diligetis. Et similiter circumcirca dictum esmaudum deauràbo, 1^ prout est fieri con5uetum> . ( Arch. dép. de THérault, fonds duChap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain, reg. 2, f° 70.
(2) Ibid., reg. 7, f® 108 v^.
ht- Monasièrt Saint-'Benoit, 159
L'office de rinfirmier était d'institution primitive, comme celui du Cellerier. Nous n'avons pas à insister sur ses fonctions , dont la nature est . clairement déterminée ; rappelons seulement la tardive création d'une infirmerie par Antoine Raymond (i), et le choix d'un serviteur spécial pour les malades (2), progrès matériels réalisés au XVI* siècle.
Le service du monastère était assuré par quatre catégories de subalternes : les convers, les donats, les serviteurs et les fournisseurs. Le rôle des premiers, affiliés à l'Ordre, est trop effacé pour s'accuser dans les actes autrement que par de sin:ples mentions. Les donats étaient des laïques, qui, sans revêtir l'habit ni prononcer les vœux monastiques, s'engageaient à consacrer à la maison leur personne, leurs services et leurs biens. Mais il fallait être placé dans de certaines conditions pour être admis : on devait avoir pleinement atteint l'âge viril et se trouver sans héritiers naturels , mesure dictée par la prudence et le désintéressement de la part du monastère. Le donat promettait de se montrer toute sa vie bon , fidèle, obéissant , diligent et attentif à procurer le bien et l'utilité de la communauté. En échange, celle-ci s'obligeait à lui fournir la nourriture , le vestiaire et le logement , aie soigner bien portant et malade, enfin à lui assurer le traitement et les égards dus à sa con-
(i) Voir p. 137.
(2^ L. Guiraud , Le Collège Saint- Benoit , p 234.
i6o Lt Monastère Saint-Benoît,
dition (i). Aux serviteurs laïques étaient dévolues les occupations les plus infimes : nous les trouvons attachés au Prévôt , cuisiniers , bouteiller, gardemalades y etc. Enfin le monastère avait à sa solde régulière certains employés, gens d'aflfaires et gens de métier. C'étaient, pour les premiers, un avocat ou conseiller (2) , et un notaire, chargé de rédiger ses contrats et généralement tous les actes quelconques , moyennant quatre florins par an^ valant trois livres tournois (3) ; pour les seconds , un orfèvre, payé cinquante sols tournois pour tenir réparés les reliquaires et autres objets du trésor, les tournitures restant à la charge, de la maison (4) ; un chasublier qui recevait trois écus d'or et avait sa nourriture assurée les jours de travail (5) ; enfin un barbier, dont les services, comme ceux de ses confrères au moyen âge , faisaient invasion dans le domaine de la médecine (6).
(i) Arch. dép. de THérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain, reg. i, f«> 87 y^,
(2) /hVi.,reg. 2,f> 107.
{3) IMd., reg. 2, adinitium,
(4) Ibid., reg. 5, f« 78.
(5) Ibid., reg. i, f*> 200 v«.
(6) c Et propterea in servitio rasurarum barbarum et infir- » mitaium plurium.,. de idoneitale^ sufficientia, probiUUe et • rerutn experierUia magistri Johannis ScaUrii cerUficati ; etc. (/Wd,reg.8,foi5i}.
Lt. Monastère Saint-Benoit, i6i
vni.
I OUR subvenir aux besoins multiples de la vie matérielle, la communauté de Saint- Benoît était pourvue d'une riche dotation. Nous allons en citer les biens principaux (i), en suivant les dénombrements Êiits aux xv^ et xvi* siècles , et les complétant au moyen d'indications diverses (2).
Diocèse de Magublone.
Prieuré Notre-Dame de Rou. — Il était situé près de Castries , et dépendait de l'abbaye Saint- Sauveur d'Aniane, lorsque Urbain V l'unit, le 20 février 1368, au monastère Saint-Benoît. Dès
(i) Il nous parait en effet aussi peu intéressant qu'utile de dresser le pouillé complet des terres , champs , vignes , olivettes, etc. , ou des usages possédés par le monastère Saint-Benoit. On peut consulter à ce sujet les minutes des notaires du moyen âge de la série G des Archives de rHérault. Nous renvoyons même d'une façon générale à cette collection pour les quelques détails relatifs aux prieurés dépendants du monastère, détails au moyen desquels nous n'avons point la prétention de faire Thistoire de ces prieurés, mais simplement d'y contribuer par un léger apport.
(2) Arch. dép. de l'Hérault , série G, Invent, des actes du Chap. cathédral de Montpellier par Fr. Joffre, 1. 1 et II. — Carttdaire de Saint^Victor de Marseille, — Dictionnaires topagraphiques de VHérauU , du Gard, etc. — Voir p. 73 et 74.
i62 Lt Monastère Saint^BenoU.
1462 , ce prieuré était ruiné : les quelques masures qui en restaient furent données à bail , le 30 mars, pour 10 setiers de touselle. Un mas et un moulin qui portent encore ce nom faisaient partie du bénéfice.
Prieuré Saint-'Naiaire de Mt^ouls. — Il était situé près de Mauguio, et dépendait de Saint- Victor de Marseille depuis le xi*" siècle au moins , lorsqu'il fut uni, les 13 et 20 février 1368, à la Celleric de Saint-Benoît. C'est à tort que les éditeurs du Cartulaire de Saint- Victor l'ont pris pour Mùze. De nos jours encore, une métairie a conservé ce nom ; elle fut au xvii' siècle la propriété de la famille Dortoman.
Prieuré Saint-Michel de Bruguières (i). — Il était situé près de Sainte-Colombe de Nyssargues, et dépendait de Saint- Victor , lorsqu'il fut uni au monastère Saint-Benoît , le 21 février 1368 ; mais cette union ne fut réalisée que le 5 juin 13 81 par l'adjonction du bénéficier, Ricard de Creissel, aux claustraux de Saint-Benoît (2).
Prieuré Saint'-Pierre de Montaubéron, — Il était situé à peu de distance de Montpellier, et desservi par les chanoines réguliers de Maguelone , lors-
(i) Indiqué i tort dans le dénombrement de 1471 sous le nom de a bénéfice de Buèges ».
(2) Bibliothèque du Musée Calvet d'Avignon, cartulaire de Bertrand de Cazis, notaire d^Anglic, £^158. Nous devons la communication de cet acte à Tobligeance de M. Marcel Fournier, professeur agrégé ^ la Faculté de Droit de Caen.
Ix Monastère Saint-Benott. 163
qu'il fut , le 13 février 1368 , uni à la Cellerie de Saint-Benoit. Le Pape ordonna en même temps le changement des chanoines augustins en moines bénédictins. Au xvi* siècle, ce prieuré était devenu vicairie ou paroisse. Notons quelques indications fournies par le procès qui s'agita en 13 10 entre Jean Salamon, juge au Petit-Scel, et Guillaume Boscavin, cellerierde Saint-Benoît. Le premier, propriétaire du mas de Salamon, au-delà du pont Layron (i), prétendait jouir du droit de dépaissance pour son bétail gros et menu dans la dlmerie Saint-Pierre de Montaubéron, tout autant que sur le territoire de la Rectorie. Aussi réclamait-il contre le monastère , qui avait Ëiît défricher et ensemencer un chemin par lequel passaient jadis ses troupeaux. Le procès fut porté au Parlement de Toulouse, mais les parties transigèrent, le 24 décembre 15 10. Moyennant la cession au Cellerier d'une vigne et d'un champ de quatre carterées, Salamon obtint un chemin qui traversait les possessions du Prieuré , en partant du bois d'Agremont (Grammont) pour aboutir au
( I ) Le nom est déjà mentionné dans une reconnaissance du monastère, en date du 16 décembre 1368: < Videlicet » unumcasale in quo oUtn erat moUndinum vocatum molendi-
> num novum , ac eciam ripperiam eidem casait contiguam ,
> que proUndUur usque ad ponUm Laironem^ quodquidtm casale
> et ripperia situm est in decimaria Sancti Andru de Novis^
> gentibus , in ïoco vocato ripperia de Sauzeto ultra Lanum ad » caput verquerie, » ( Arch. dép. de la Lozère , série G , n® 1021, f*> 4 v°).
164 L^ Manastire Saint^Benoit.
chemin de Montpellier à Mauguio. Quatre bornes, marquées aux armes du monastère du côté de Montels, et à celles de Salamon à l'autre extrémité, en désignaient les limites (i).
Prieuré Saint-Pierre de Cluneiet, alias Saint- Biaise prés le Le^. — Il était situé sur la rive droite du Lez, en aval du moulin et de l'église de Sauret. Il avait été fondé en 1 138 par Guillem VI, qui en concéda le sol aux religieux de Cluni (2). Le, droit de visite y fut reconnu par le prieur, Guillaume de Lèques, à l'évêque de Maguelone , le 6 octobre 1224 (3). Ce prieuré fut uni le 29 juillet 1368 au monastère Saint-Benoit; mais il ne tarda pas à être abandonné. En 1432, on autorisa la démolition de son église : c'est ce qui résulte des dépenses £iites à cet effet et à celui d'en transponer les matériaux dans la ville de Montpellier. Ik y furent employés à 4a construction de la tour de l'Horloge sur la façade de l'église Notre-Dame des Tables. Nous avions déjà signalé ce détail (4) ; mais nous relatons aujourd'hui pour la première fois la réédification de cette même église Saint-Biaise , en 1449 , grâce aux libéralités de Georges Girone, corroyeur
(i) Arch. dép. deTHérault, série G, fonds duGiap.cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain, reg. 6, f^ 2 . {2) Liber instrumentorum munarialium , p. 289.
(3) Cartulaire de Maguelone, reg. E, f® 45 v®.
(4) L. Guiraud , La Paroisse Saint-Denis de Man^xUier, p. 92.
Lt Monastère Saint^Btnoit. 165
de Montpellier , tt possesseur d'un mas voisin. Girone en fit tout au moins les avances, car les religieux et lui convinrent d'a£Fecter aux dépenses qu'avait nécessitées la reconstruction le produit des oblations de Saint-Biaise. Le monastère s'engageait à feire célébrer trois messes par semaine, et à communiquer la liste des indulgences attachées à l'église , si elle en possédait (i). A sa mort, Girone légua à Saint-Benoit le mas renfermant quarante carterées qu'il avait acheté de Guillaume Causit. Cet immeuble fut revendu le 17 décembre 1496 à Pierre Aôust, licencié, et passa ensuite dans les mains de Jacques Chalon, marchand. Non loin de là, et en Ëice de Salicate , s'élevait un moulin appelé Moulin neuf en 1368 (2). Quant à l'église Saint- Biaise, on attestait sa vétusté en l'an 1 5 00.
Possessions dfvterses au terroir de Montpellier et ses environs.
Moulin du Pape, à Castelnau. — Acquis le 8 mars 1370, de Jean de Londres, marchand, mais remontant comme existence au moins à deux siècles plus haut, ce moulin était situé sur le Lez, en &ce de celui de Grammont et à côté du pont
(\) Arch. dép. de THérault, série G, fonds du Chap. cathédralde Montpellier, monast. Saint-Germain, reg. i, f? 171.
(2) Voir p. 163, note.
i66 Lt Monastère Saint-Benctt.
de dstelnau. Il confrontait avec le chemin de Montpellier 9 et avait pour dépendances une maison, un colombier et un verger. L*emphytéote devait y moudre le blé nécessaire au monastère (i).
Prairievieilk, à Lattes (aujourd'hui prés Saint- Pierre). — Une partie en avait été vendue à Urbain V par Pierre de la Gautrinie , marchand de Montpellier, pour 6100 florins d'or , Tautre par noble Pierre de Rabastens, chevalier du diocèse d'Albi , et par Pierre Pelegrin , consul de Montpellier, pour 3400 florins. Cette prairie côtoyait le Lez et le chemin de Lattes à Villeneuve. Elle était arrosée par un esclaffidou ou prise, conduite depuis hpessiére dite pi ombade près le mas d'Encivade. Ce droit, acquis par Pierre de la Gautrinie pour le prix de 25 florins, fut reconnu au monastère Saint-Benoît par le collège Saint- Sauveur, le 25 mai 1389.
Mas de Cocon, prés de Lattes. — Son existence est constatée dès le xi* siècle, mais nous ignorons comment il parvint à Saint-Benoît , et quelle fut son importance au moyen âge; le séjour de Montmorency et l'exécution du capitaine Sengla y ont plus tard attaché un souvenir d'histoire locale. Quant à son nom primitif il l'échangea pour celui de mas de Manse.
(i) Arch. dép. de THérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, mgnast. Saint-Germain^ reg. i,
fo 52 v«.
L^ MonasUre Saint-Benoit. 167
Diocèse de Nîmes.
Prieuré Saint-Étienne du Caylar. — Il dépendait de Tabbaye de Saint-Gilles, lorsqu'il fut uni à la Cellerie de Saint-Benoît , le 20 février 1368.
Prieuré Saint-Gilles le Vieux. — Annexe du précédent.
Prieuré Saint-Martin des Ayres. — Il dépendait primitivement de l'abbaye Saint-Victor qui, en 1038 , avait reçu l'église de ce nom , située près du château de Meyrueis , de Frédol des Barres et de ses sept fils. Le Prieur avait la juridiction haute et basse sur le lieu des Ayres où il entretenait un bayle. Il était secondé par deux dignitaires , le Camérier et le Sacristain (i). Nous ignorons à quelle époque et à quelle occasion le prieuré des Ayres fut uni au monastère Saint-Benoît.
Prieuré Saint-Geniés d'Arrigas. — Annexe de Saint-Martin des Ayres , auquel il fut uni en 1 103 par Raymond Grandet , évêque de Nimes.
Prieuré Notre-Dame de Saumane. — Il dépendait de Saint-Victor, lorsqu'il fut uni par le pape Léon X au monastère Saint-Benoît, sur la prière de Guillaume Cappellan, son prieur, religieux de la maison. Cette union fut effectuée en 1522,
(i) Arch. dép. de l'Hérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, nionast. Saint-Germain , reg. i , i^eo, et reg. 5, f» 152.
i68 Ix, Monastère Saint^Benoît,
la moitié des revenus étant dévolue au Prévôt , l'autre au trésor commun (i).
Diocèse d'Uzès.
Prieuré et vkairie Saint-Mamet. — Il dépendait à l'origine de Saint- Victor , et fut uni au monastère Saint-Benoît à une époque et dans des circonstances que nous ignorons. En 1445 , le cloître adjacent à l'église existait encore.
Vkairie Saint-Pierre de Blantiaves. — Annexe du précédent prieuré.
ARCHmiocÈSE d'Arles.
Prieuré du Saint-Sépulcre de Clausonne. — Il dépendait de l'abbaye Saint-Victor, lorsqu'il fut uni à la Cellerie de Saint-Benoît à une époque que nous ne saurions fixer.
Prieuré Saint^^Michel de Meynes, alias de Bassargues, — Il dépendait de l'abbaye Saint- Victor dès le XI* siècle, et fut uni au monastère Saint- Benoît par Urbain V, le 20 février 1368. On le donna au Pitancier. Au commencement de 1494 l'église fut réparée.
Diocèse de Digne.
Prieuré Notre-Dame du Clucheiret. — Il dépendait de Saint- Victor, lorsqu'il fut uni à la sacristie
(I) Arch. dép. de THérauIt, série G , fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Gemuin , reg. 7, fo 68 yo.
Ix Monastère Saint'-Benott. 169
miDeurede Saint-Benoit en 1445, sur la demande de son bénéficier, Guillaume Frézaid (i).
Diocèse de Mende.
Prieuré et lieu de Saint-Martin de Boubeaux (2). — Annexe du prieuré Saint-Martin des Ayres (diocèse de Nimes).
Prieuré Saint-^Laurent de Trêves, — Annexe du prieuré Saint-Martin des Ayres (diocèse de Nimes).
Prieuré Saint-Julien du Tournel. — Uni à la Cellerie de Saint-Benoît à une époque que nous ignorons.
Prieuré et vicairie Saint-Julien des Points. — Il dépendait primitivement de Saint- Victor, et lui fut reconnu par Aldebert, évêque de Mende, en 1155. Cette paroisse était dite « terra propria dicti domini de Grisaco » , c'est-à-dire de la femille Grimoard. Elle appartenait à l'office du Camérier.
Diocèse de Rodez.
Prieuré Saint-Laurent de Lanuéjols. — Annexe du prieuré Saint-Martin des Ayres (diocèse de Nimes ), auquel il fiit donné par Adhémar, évêque de Rodez , en 1 128.
( I ) Arch. dép. de l'Hérault, série G, fonds du Chap. cathedra! de Montpellier, monast. Saint-Germain, reg. i, f^^ 122.
(2) M. Ferd. André, archiviste départemental de la Lozère , nous signale à ce sujet Tunion de cette église à la mense épîscopale de Mende en 1 390 ; serait-ce Tévéque qui en aurait fait la cession au monastère Saint -Benoit?
lyo L£ Monastère Saint-Benott.
Prieuré Notrù-Dame de VEspinasse, à Millau (i). — Il fat uni à l'ofiSce du Pîtancier entre les années 1470 et 13 10.
ARCHmiocfesE d'Albi.
Prieuré Notre-Dame (TAmbialet. — Il dépendait de Saint- Victor , lorsqu'il fat cédé en 1458 au monastère Saint-Benoît, en échange de la pension de 150 écus, subrogée en 1375 à la seigneurie de Roque vaire (2). Ce prieuré avait des possessions assez importantes et disséminées. Cinq églises en relevaient : Saint-Gilles , la Condamine , Valence et Segoncle de Grana au diocèse d'Albi, Saint- Jean de Nose au diocèse de Rodez.
DiocfesE DE Saint-Pons de TncMièRES.
Prieuré Notre-Dame de la Serre. — Il dépendait de Saint-Victor, et fat uni en 1383 à la sacristie de Saint-Benoît par Clément VII , en échange de joyaux cédés par le monastère à cet antipape (3). C'était un prieuré rural et sans cure ; on y fit des réparations en 1509.
Prieuré Saint-Germain de Cesseras, — Annexe du prieuré Notre-Dame de la Serre.
(i) Rouquette, Histoire du prieuré et de la paroisse de Notre-Dame de VEspinasse.
(2) Arch. dép. de THérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier , monast Saint-Germain , reg. 2 ,
(?) Arch. Vatic, reg Avin , Clem. VII , an v, pan m , . XXX, fo 541.
Ix Monastère Saint^Benott. 171
Prieuré Saint-Marcel de Cesseras. — Annexe du prieuré Notre-Dame de la Serre. Il faudrait peutêtre Tidentifier avec le précédent.
Diocèse de Bèziers.
Prieuré des Saints Corneille et Cyprien de Sauvian, — Il dépendait de l'abbaye Saint -Sauveur d'Aniane, et fut uni à Saint-Benoît en 1383 par Tantipape Clément Vil, en même temps que celui de Notre-Dame de la Serre, Il était attaché à l'office de Pitancier.
Prieuré Saint- Adrien d'Adissan, — Nous ignorons à quelle époque et dans quelles circonstances il fut uni à laCamérerie de Saint-Benoit.
Diocèse d'Agde.
Église Saint-André d'Agde. — Elle dépendait de Tabbaye Saint-Victor dès le xii' siècle , et fut unie à Saint-Benoit à une époque que nous ne pouvons fixer. Elle avait pour 'annexe l'église Saint- André de Trémolet (?).
En terminant cette énumération , nous devons faire observer que la plupart des prieurés susnommés n'avaient qu'une importance fort minime en tant que communautés religieuses , et que plusieurs se transformèrent en paroisses dès le xv« siècle. On les considérait surtout , par les possessions qui en faisaient partie, comme une source de revenus capable d'assurer la prospérité matérielle de l'établissement.
172 U Monastère SaintSenott.
[ ETTK prospérité même du monastère Saint- Benoît , ou plutôt des Saints Benoît et Germain , comme en prévalut la dénomination au XV* siècle , doit être comptée parmi les causes du relâchement dont il nous reste à parler pour être complet et demeurer impartial. Ce relâchement, qui ne fut point d'ailleurs particulier à la communauté , trouvait cependaïit des motifs spéciaux dans Torganisï^tion plutôt scolaire que monastique due à Pierre Flamenc. Il fut donc le fruit d'un développement intellectuel et matériel considérable ; mais, par un retour naturel , il en devint la ruine. Du moins fut-il combattu avec énergie par les représentants des anciennes traditions, et, il n'est pas sans portée de le faire remarquer , nous n'en connaissons les maux que par les remèdes employés pour les arrêter.
C'est vers la fin du xv* siècle que les abus commencèrent à s'introduire à Saint-Benoît; ils attirèrent aussitôt l'attention du chapitre provincial de l'Ordre , assemblé au mois de mai 1493 au monastère de Notre-Dame de la Daurade, à Toulouse. Olivier de Montfaucon , correcteur pour la province, délégua ses pouvoirs au camérierdc Saint-Sauveur d'Aniane, Dominique Chandos,
Le Monastère Saint-Bmoit. 173
et , le I*'' mars 1496, ce dernier se présenta à Saint- Benoit afin d'en opérer la réforme. Mais là on se retrancha, pour reconduire, derrière l'obéissance due au seul abbé de Saint-Victor , et cette tentative si louable échoua (i). Malheureusement, il ne fallait guère compter , pour mettre fin aux abus, sur l'autorité de l'abbé alors titulaire, Oger d'Anglure. Simple commendataire de sa charge et récemment nommé à l'évèché de Marseille , il ne se montrait pas précisément scrupuleux sur les moyens de parer aux dépenses de sa position nouvelle. Il avait besoin de 6000 ducats pour solder les droits d'annates et les vacances: après avoir engagé les joyaux de Saint- Victor (2) , il essaya d'imposer 500 ducats sur le prieuré Saint-Benoît de Montpellier. On y répondit à son envoyé, Jean Gobert, par des doléances sur l'état de délabrement du monastère et la nécessité d'y faire des réparations, que ne couvrirait pas une somme de 1000 livres. « Quilibet débet sibi esse quocumque alto carior » , charité bien ordonnée commence par soi-même , ajoutait-on, car le proverbe a pu varier d'expression , mais le sentiment qui l'a dicté est au fond même de la nature humaine. On avait bien peu d'ailleurs à se
(i) Arch. dép. de THérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain, reg. 4, !*> 75.
(2) Arch. dép. des Bouches«du-Rhône , série H, fonds Saini-Victor, chartes 3570 et 2587.
174 ^ Monastère Saint-BetioH.
louer d'Oger , qui semblait prendre à tâche de mécontenter la maison de Montpellier, en accueillant avec bienveillance les religieux négligents (i)! A la faveur de ces circonstances , le mal Élisait des progrès ; la communauté , qui le constatait avec douleur, ainsi privée de son soutien naturel, chercha appui auprès du Pape lui-même (2), et celui-ci confia aussitôt le soin d*une enquête à l'archidiacre de l'Église de Nimes. Les griefs du monastère Saint-Benoît ayant été reconnus fondés, on l'exempta de la supériorité de l'abbé de Saint- Victor (}), que remplaça celui de Fontfroide et Grandselve comme protecteur et administrateur du Prieuré (4). Ce titre fut par la suite conféré à l'abbé de Saint-Sauveur d'Aniane, Antoine de Narbonne (5). En même temps, un honorable bourgeois de Montpellier, Guillaume Teinturier, était nommé séquestre de la Cellerie (6). Une telle mesure ne pouvait qu'être temporaire; elle fut suivie de la nomination de Guillaume Boscavin à cette charge importante.
(I et 2) Arch. dép. de l'Hérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain , reg. 4, fo 118.
(3) Arch. dép. des Bouches-du-Rhône, série H , Invent, des actes de Saint -Victor , f*> 109 v°.
(4) Arch. dép. de l'Hérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain , reg. s , f^ S V®.
M Ihid., reg. 5, f« 105 v«.
(6) Ihid,, reg. S»f^ 9 v^
Li Monastère Saint-Benoît, 175
Guillaume Boscavin s'était déjà signalé par d'éminentes qualités à Theureux choix qu'on fit de lui pour rétablir l'ordre moral et matériel dans la communauté. C'était à Saint-Benoît qu'il avait fait ses études, et les succès obtenus dans la science du droit canonique l'avaient encouragé à les poursuivre dans celle du droit civil. Le double doctorat avait couronné ses efforts louables, et son talent le désigna longues années au choix de nos G)nsuls pour une chaire à l'Université de Droit. Il y mérita la qualification de « jurium eximius prof essor ». Au monastère il avait exercé successivement les charges de Prévôt et de Prieur en 1488, de Sacristain en 1495 (i). Dans la dernière , il prit l'initiative d'une mesure qui lui Élit honneur: une recherche soigneuse des anciens titres lui ayant démontré que, depuis l'inventaire du 3 juin 1443 , le récolement des joyaux, reliquaires et autres objets du trésor de Saint-Benoît n'avait pas été fait , il porta la motion d'y procéder. Pour plus de garantie, il invita les Consuls à coopérer à ce travail : mesure utile pour le présent , plus précieuse encore pour l'avenir, puisqu'elle a conservé le souvenir de ces merveilleux ouvrages de l'orfèvrerie du moyen âge (2).
n n'est pas une occasion où la voix de Boscavin
(i) Arch. dép. de THérault, série G , ibnds du Chap. cathédrftl de Montpellier, monast. Saint -Germain, In vent, de 1495.
(2) Ibid.^ reg., passim.
176 1/ Monastin Saint-^Benoit.
ne se soit élevée pour défendre les droits du monastère ou rappekr à leurs devoirs ceux de ses membres qui ont eu le malheur de les oublier. Lui seul remplit cette période de son action, Je son prestige, de sa vertu, et tout l'honneur des anciens jours semble se personnifier en ce moine docte et pieux, dont la physionomie se détache égale et fidèle à elle-même plus de quarante ans au milieu de bien des vicissitudes. En i $ 1 1 , il apprend que , sur Tordre du Roi , auquel on a représenté la nécessité de remédier au relâchement des religieux de Saint- Victor, un chapitre général doit être tenu dans cette abbaye; aussitôt il con-* voque le chapitre de Saint-Germain de Montpellier , et lui Êdt nommer deux délégués pour porter à cette assemblée la demande d'une réforme indispensable à notre Prieuré (i). C'est donc à son heureuse initiative qu'il faut attribuer la création, en 1 5 12, par le cardinal d'Albe, Auger, protecteur, gouverneur et réformateur du monastère Saint- Benoît de Montpellier, du Conseil étroit , chargé de rechercher et de punir les infi:actions en matière grave. Ce tribunal éuit destiné à renforcer l'autorité du Prieur, devenue impuissante. Il se composa primitivement du Prieur, du Prévôt, du Cellerier , du Sacristain et de six moines choisis par eux en égal nombre parmi les claustraux
(i) Arch. dép. des Bouches-du-Rh6ne , série H, foads Saint-Victor, charte 2662.
Lt Monastère Saint-^Benott. 177
et les étudiants (i). Quelques années après, les quatre autres dignitaires , Pfécenteur , Infirmier , Pitancier ^t Camérier furent appelés à y remplacer un claustral et un étudiant, et le nombre des membres fut ainsi porté à douze (2).
En Élisant de lui le dispensateur du bien-être matériel , la charge de Cellerier fournissait à Boscavin l'occasion de parer à bien des abus. Les claustraux, sous prétexte d'une insuffisance de service , avaient , au mépris de la règle , adopté l'habitude de prendre leurs repas au dehors; plus d'une fois , aux observations de Boscavin ils avaient répondu qu'il leur faudrait un serviteur laïque pour surveiller au moulin , au pétrin et au four la préparation de leur pain , ou acheter les denrées nécessaires. Le Cellerier leur ôta tout prétexte de dissipation en accordant comme gages à ce domestique un muid de vin et huit setiers de touselle pour les claustraux, une charge de blé pour les étudiants (3).
(1) « Item statuimus et ordinamus quoi in correctionibus n majorihus faciendis prior , preposùus et uUrarius et sacrista
> infra octavas dominice Nativitatis annuatim eligant très
> monachos claustrales et très studentes , cum quihus per totum » annum correctiones graves \in capitula secundum Deum et » justitiam tractent et ordinent >. ( Arch. dép. de THérault , série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-Germain , reg. 6 , layette Calvin , Cancer et Roger , fo 3 1 v«. )
(2) Ibid., reg. 7, f> 19 v<> , !•' janvier 1 520.
(3) Ibid., reg. 6, layette Calvin, Cancer et Roger, f» so v*>.
178 Id Monasiirc Saini-Benolt,
Cependant Guillaume Boscavin sentit que ses exhortations auraient bien plus de poids, s'il les appuyait de cette autorité sans égale fournie par l'exemple. Lui-même, suivant un usage trop général, avait Élit construire à proximité du monastère, mais en dehors de ses limites, une maison qu'il habitait depuis longues années pour y recevoir les soins nécessités par son âge et sa santé. Il se préoccupa sérieusement de rentrer le premier dans cette régularité qu'il aspirait à rétablir à Saint- Benoît; aussi , en 15 15 , demanda- t-il au Chapitre l'autorisation de faire bâtir une maison à son usage personnel dans l'enceinte de la clôture. Il en désigna le lieu , en décrivit la disposition ; dans ces minces détails se peint l'homme avec son esprit pratique, ses goûts studieux et modérés, et le religieux avec son respect de la règle et sa préoccupation de procurer l'édification de ses frères. La maison demand,ée par Boscavin serait construite à la tète du verger des claustraux, près de la grande porte Saint-Pierre-, et entre ce portail et l'infirmerie bâtie en 1505 par Antoine Raymond. Elle aurait une cour de trois cannes de long sur vingt palmes de large , soit trente mètres carrés de surËice. Tout autour régnerait un promenoir en manière de cloître, auquel donnerait accès un portique. Du côté opposé on construirait une cuisine. L'intérieur de la maison renfermerait une chambre et une salle d'étude avec bibliothèque. Boscavin développa ensuite les motifis de sa
demande : c'était un désir bien légitime de détruire les calomnies émises sur sa gestion au sujet des dépenses qu'on l'avait vu faire pour sa première maison ; en employant une somme encore plus considérable à celle-ci , qui resterait au monastère , il couperait court à ces accusations injustes ; c'était surtout sa résolution de demeurer, en bon religieux, dans les limites de la clôture, et de ne pas se trouver en contact avec des personnes laïques ou d'un esprit grossier. Les plus grandes précautions seraient prises pour faire de l'habitation une retraite véritable : point d'ouvertures sur la rue des Girmes , des fenêtres tombant dans la cour et n'ayant vue que sur les bâtiments du monastère. Enfin l'usage de la maison , réservé à Boscavin sa vie durant, serait, à son décès , uniquement dévolu aux religieux âgés ou infirmes (i). C'est à ces conditions que la construction en fut réalisée ; elle coûta plus de mille livres. Dix ans après, Boscavin fit élever une galerie ou valet sur le portail Saint-Pierre, pour agrandir sa maison (2).
Fort de l'exemple qu'il y donnait d'une vie régulière et studieuse, le vigilant cellerier se remit désormais avec vigueur à combattre tous les abus.
(x) Arch. dép. de l'Hérault , série G , fonds du Chap. cathédr«d de Montpellier , monast. Saint-Germain^ reg. 8, io 27. — Cf. reg. 6, layette divin ^ Cancer et Roger, fo 78.
(2) Ihià,^ reg. 6, layette Calvin, Cancer et Roger, P 92.
i8o Lt Monastère Saint-Benoît,
L'entrée des personnes séculières dans le monastère lui paraissant un des plus dangereux, le 23 octobre 1 5 iB, il donna en plein chapitre lecture des statuts promulgués à Marseille en 1506 et 1507 et qui l'interdisaient d'une manière expresse (i). Vains efforts! quelques nouvelles réceptions d'étudiants fournirent un aliment de plus aux difficultés. Ces jeunes gens , venus des différents prieurés soumis à l'abbaye Saint- Victor, en pleine décadence, négligeaient les traditions léguées par Urbain V à son monastère de Montpellier. Le Conseil étroit dut sévir pour ramener l'ordre : Guillaume Pélissier et Jean d'Anères furent contraints de renoncer à leurs places d'étudiants (2), Pierre Candelon échangea celle de claustral avec Jean de Combret , moine de Saint-Léonce au diocèse de Rodez (3). Les autres s'humilièrent dans le repentir et la pénitence volontaire : c'est ainsi que Pierre de Taussac et Etienne Bonnet furent réintégrés après absolution obtenue du Saint-Siège, et au prix des rigueurs de la discipline monastique. Pendant une année entière, ils durent ne pas franchir l'enceinte du cloître, et prendre la dernière place à table, au chœur, au chapitre et aux cérémonies ; mais rien ne parut trop dur
(i) Arch. dép. de THérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier 4 monast. Saint- Germain , reg. 8, fb 99 v<*.
(2) Ibid.y reg. 8 , f»» 103 v« et 105 .
(3) Iînd.,rQg. 7, fo 21 yo.
Lr Monastère SaintSenoit. i8i
aux coupables repentants pour réparer le scandale donné (i).
Tous ces événements remplissant de douleur Tâme de Boscavin , il s'habituait dans sa retraite à la pensée d'une mort prochaine , et marquait les dernières années de sa vie d'œuvres utiles au monastère. Le 5 mai 1520, il lui céda, à titre gracieux , la propriété des censés acquises par lui dans l'île du Sesteiral (2). Le 2 septembre suivant, pour faciliter la. réception comme claustral de l'étudiant Bernard Dupuy, il abandonna à celui-ci les émoluments de sa propre place (3). Enfin, de concert avec son ami Gilbert de Montels , camérier , il avait amassé une somme de mille livres, qu'ils réservaient à la réparation de l'église (4). L'affection et les soins de son neveu , Etienne Brun, religieux «\ Saint-Benoît , adoucirent ses derniers jours, et au commencement de l'année 1528, Guillaume Boscavin quitta sans effort cette viepour une mt\\\Q\irty^migravitabhocsuulo>)(jÇ)y
(1) Arch. dép de THérault, série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier , monast. Saint-Germain, reg. 7, f» 103 V®, et reg. 8 , f» 166.
(2) lbid,y reg. 7, f« 40. — Cf. reg. 8 , f<> 173.
(3)/Wrf.,reg. 7,fosi.
(4) Arch. dép. des Bouches-du-Rhône , série H, fonds Saint- Victor, liasse 228, un cahier 18 feuillets papier, 21 novembre 1532.
(5) Arch. dép. de l'Hérault , série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier , monast. Saint-Germain , reg: 8 , f® 199.
i82 Ix Monastirc Saint-Benoit.
nous disent les actes, peignant par cette périphrase le calme paisible d'une mort qui couronne dignement une vie pure et féconde. De son vivant, nous l'avons vu se dépouiller de ses biens; ses livres , la seule richesse dont la règle lui laissât la disposition, revinrent sur son désir i son neveu Brun (i).
Boscavin mort , les abus allaient prévaloir. Son ami et successeur Gilben de Montels ne lui survécut que de peu. On nomma cellerier Pierre Nougarède, au caractère violent et ambitieux, dont l'influence fut aussi fetale qu'avait été bienfaisante celle de Boscavin. Les sommes amassées par la prévoyance et l'économie de ce dernier furent dissipées inutilement; des détournements de joyaux eurent lieu ; les volontés de Boscavin au sujet de sa maison ne furent pas respectées.
Quelques protestations s'élevèrent pourtant (2) , mais elle restaient sans effet , car , les anciens religieux suivant Boscavin dans la tombe , leurs* enjplois étaient remplis par des sujets nouveaux , de plein droit membres du Conseil de discipline. La dernière sauvegarde de la règle ébranlée cédait donc, elle aussi, au souffle grandissant de l'esprit du xvi« siècle , et ce même esprit qui déchaînera un jour sur nos institutions religieuses locales les
(i) Arch. dép. de l'Hérault» série G, fonds du Chap. cathédral de Montpellier, monast. Saint-GermaÎD , reg. 8, f» 241.
(2)iW(i., reg. 8,fo 331.
Ix Monastère SaitU'-Berudt. 183
plus furieuses tempêtes, y préluda par la sécularisation du monastère Saint-Benoît. Nous avons relaté ailleurs les circonstances qui l'accompagnèrent; et les résultats qu'elle produisit quant i Toeuvre scolaire du Pape (i) ; il nous reste à étudier ses conséquences par rapport aux bâtiments.
! OTRE intention ne saurait être de relater par le détail le plus minutieux tous les changements apportés aux constructions d'Urbain V à Montpellier depuis la sécularisation de 1536. Affectées à des destinations diverses , elles ont dû subir nombre d'aménagements intérieurs , dont la plupart , notamment ceux qui appartiennent à notre siècle , sont trop aisés à dater pour que la confusion soit permise. Mais, comme à l'égard d'un temps plus éloigné, elle pourrait se produire, et s'est produite en effet, nous pensons qu'il sera utile, en faisant à chaque époque sa part , de conserver d'autant plus intact le souvenir de l'œuvre primitive. Nous nous arrêterons donc uniquement sur les travaux qui ont détruit , transformé ou simplement modifié celle-ci.
(i) L. Guiraud, Le Collège SaitU-BenoU^ p. 129 et suiv.
184 Lt Monastère Saint-BenatL
Les bâtiments livrés au nouveau Chapitre cathédral Saint-Pierre de Montpellier par la communauté de Saint-Benoît se trouvaient dans un état de dépérissement que constatent les documents de l'époque (i). Ils furent néanmoins occupés aussitôt par les chanoines, mais ceux-ci ne tardèrent pas à en céder à leur évêque, Guillaume Pellicier II , la majeure partie , c'est-à-dire les ailes sud et ouest. Le droit du prélat à l'occuper est établi par la convention conclue avec son Chapitre le 20 mai 1539 (2), mais il n'est aucunement prouvé qu'il en ait revendiqué dès lors l'exercice. Au contraire, les mémoires locaux , en signalant le séjour momentané de Pellicier au fort Saint-Pierre en 1560, à l'occasion des premiers troubles de religion (3), semblent indiquer qu'il continuait de faire sa résidence habituelle à la Salle-l'Évèque.
Une année ne s'était pas écoulée depuis cette alerte , lorsque l'édifice eut à supporter son premier siège. Celui-ci d'ailleurs ne fut que l'affaire de quelques heures , car les catholiques, en dépit de la maladroite provocation d'un des leurs (4),
(i) Voir p. 98 et 173.
(2; Arch. dép. de l'Hérault , série G, notaires du Chap. cathédral de Montpellier : Guillaume Jaymar, reg. 5 . f<> 82.
(3) Mémoires de Jean Phiîippi , p. 5 .
(4) D'après Th. de Bèze, un des chanoines aurait arboré un balai à une fenêtre du clocher d'Urbain ; on voit encore autour de cette fenêtre la trace des balles nombreuses qu'y tirèrent les assiégeants.
Z^ Monastère SaintSenoh. 185
ne s'étaient pas mis en état sérieux de défense. L'effort des assaillants se porta naturellement vers la cour où se trouvait Tunique entrée du fort; le soir même (19 octobre 1 361) ils y pénétrèrent en vainqueurs , après avoir brûlé les portes , et la populace , dont la fureur n'avait pas été assouvie par le meurtre de plusieurs assiégés , se rua dès le lendemain sur les bâtiments mêmes. L'église offrit une proie plus alléchante et de prise plus aisée : stalles , rétables , ornements , statues tant de l'intérieur que des portails , tout ce qui put être focilement brisé ou détruit , le fut sans exception (i).
Encore ces dévastations n'étaient-elles que peu de chose auprès de celles que réservaient à l'œuvre du Pape les fureurs d'un second siège et d'une victoire plus chèrement achetée. Après avoir soutenu un investissement de quarante-huit jours, les catholiques , retirés de nouveau dans le fort Saint-Pierre, furent contraints par le manque de vivres de capituler enfin , le 18 novembre 1567. Durant les trois jours qui suivirent, le peuple s'acharna contre les murs dont la solidité avait défié ses attaques. Dans le fort comme dans J'église, les ruines s'amoncelèrent ; et a n'y laissèrent , dit Philippi , ni tuiles ni bois , fer, plomb ni vitres tenant aux murailles de la grosseur du doigt. » La maçonnerie résistait : on eut recours
( I ) Mémoires de Jean Phihppi , p . 27 .
i86 Lt Manasiire Saint^Bcnait.
à un moyen extrême et témoignant bien du parti-pris de destruction, du sang-froid d'exécution qui présidait i ces excès. La tour-clocher de droite, celle de Benoît , fut étançonnée , sapée et renversée ; sa chute entraîna une bonne partie du mur de Êiçade, deux travées du fond de Téglise et même quelques murailles du monastère.
L'année d'après vit compléter cette ruine , sans qu'il soit possible d'en rejeter l'horreur sur le délire qui suit la victoire. Les ailes nord , sud et ouest du cloître furent démolies , tous les murs de refend du corps-de-logis du midi abattus , et dans la partie attenante au clocher on ouvrit une brèche de treize pans. Le bâtiment septentrional souffrit également du siège et de la dévastation qui lui succéda : la sacristie près du réfectoire fut considérablement abîmée. De toutes parts enfin les décombres s'amoncelèrent , formant des « tas semblables à petites montagnes » (i). Quant à l'église, ses portes détruites, ses voûtes enfoncées, des brèches ouvertes, un clocher abattu , un autre à moitié démoli (2) lui donnaient un aspect de désolation sans égale.
Elle demeura dans cet état jusqu'après le siège de Montpellier. Celui qui prit l'initiative de la relever de ses ruines et de lui conserver son titre de cathédrale, fut le cardinal de Richelieu. Le rapprochement des dates nous autorise à dire que
( I ) Mémoires de Jean Philippin passim, (2) Voir Appendice IX.
Lt Monastère Saint-^Benait. 187
cette affaire fut la première à laquelle il donna ses soins lorsque l'édit de grâce ou paix d'Alais (27 juin 1629) eut marqué la fin de la lutte contre les protestants. Le cardinal se trouvait alors dans notre ville , logé chez le conseiller de Baudan. Déjà Mgr. deFenoillet avait Êiit poser sur la place Sainte-Croix les assises de la cathédrale qu'il comptaft y élever. Mais la révolte des Montpelliérains était encore trop présente à la mémoire de Richelieu pour qu'il ne vît pas avec répugnance s'élever, au sein de la ville et la couvrant, un édifice que la rébellion pourrait un jour utiliser à son profit. Nous croyons qu'il ne faut pas chercher ailleurs le motif de la résolution prise par le Girdinal à l'égard de la restauration de l'église Saint-Pierre. Il en assura la réalisation de la manière la plus décisive. Les éloges, dithyrambiques par la forme, que Gariel lui donnait en 1634, ne nous ont , en effet , paru exagérés dans le fond que jusqu'au jour où nous avons retrouvé le contrat relatif à cette reconstruction. Ce document, revêtu de la signature autographe du puissant ministre , constate que, le 6 juillet 1629, le prix-fait des ouvrages à exécuter i la Cathédrale fut donné à M® Pierre Froment par Richelieu stipulant en son nom propre et payant de ses deniers. Le preneur était tenu de remonter le mur de façade, et d'y ménager une porte avec fenûtre ronde ou carrée au-dessus ; de refaire également la porte sur la rue des Carmes , de remettre les voûtes et le couvert,
i88 Lt Monastère Saint-Benoit.
enfin de restaurer la tour vers le chevet , du côté de la rue. Le pavé , les autels', les fermetures étaient aussi compris dans la réparation. Le montant de cette dernière fut fixé à 18000 livres, dont 6000 versées comptant , le solde à concurrence des travaux. Le sieur de Baudan se porta caution du Cardinal. Il est faux que celui-ci se soit , comme le rapporte D'Aigrefeuille sur la foi de Bassompierre , réservé une chapelle afin de la rétrocéder à son hôte : c'est le sieur Froment qui obtint la dernière chapelle à gauche, et dut ensuite y renoncer en faveur de ce magistrat (i).
L'année suivante, l'église se trouvait remise en état , mais les chanoines ne purent en prendre possession , la peste les ayant momentanément éloignés de Montpellier; aussi l'inauguration futelle renvoyée de jour en jour jusqu'au dimanche des Rameaux, 9 avril 1634 (2). A part la décoration intérieure , qui ne saurait nous occuper, il restait encore beaucoup à faire soit à l'église , soit au cloître pour réparer les dommages causés à la bâtisse par les protestants. Le Chapitre s'occupa d'y remédier au fur et à mesure de la rentrée de ses revenus. C'est ainsi que, le 2 juillet 1668, il passa prix-fait avec les frères Tressol pour la réfection de la voûte du grand clocher au-dessous de la cloche. Les entrepreneurs s'obligèrent à remplacer le plancher par une voûte en briques,
(i) Voir Appendice IX.
(2) Mémoires inédits d'André Dttort, 1. 1•^ p. 92.
dont ils sertiraient les naissances avec quatre coins de pierre de taille de Pignan, des matériaux semblables étant employés à la clef. Il fut encore stipulé qu'ils feraient à ce clocher six fenêtres avec parabandes (i).
Le môme entrepreneur fut chargé , en vertu d'un autre contrat du 9 août 1 677, « de faire la con- » struction d'une voûte au devant la grand porte » de lad. esglise cathedralle et au mesme endroict » ou estoit l'antienne voûte, dont les marques pa- » roissent par un pan de la vieilhe voulte qu'il y a » encore , en la forme suivante : premièrement » led. Tressol fera les eschafaux et sindrages » nécessaires , et après fera un arc doubleau quy » manque à la voulte de la mesme façon de pierre » que les aultres quy restent de la vieilhe voulte, » comme aussi fera les ougives en croisières » dessus icelles; construira l'achèvement de lad. » voulte avec cairons ou voussoirs de pierre de » Pignan de la mesme espesseur et estradotz ou » clavade que les aultres, bien taille et pose sur » son mortier. . . ; et fermera led. entrepreneur avec » pierre de taille les trous qu'ilz se trouvent Éiictza » lad. voûte, et au cas se treuverait quelque partie » d'icelle quy ne feust pas suivant son sentre , il » la desmolira et la remettra en bon estât x> (2).
(i) Arch. dép. de THérault, série G, notaires du Chap. cathédral de Montpellier: Antoine Pages , 1659 à 1668, P 814 v®,
(2) Ikid., 1669 a 1682, f« 617.
190 Li Monastère SaitUSenoit.
Mais cet ouvrage fut exécuté d'une Êiçon fort défectueuse. Delort nous apprend à ce sujet que « pour ne pas refaire un arceau qui regnoic tout 9 autour de la muraille de l'eglize , ainsi qu'il » paroist aujourd'huy par les naissances que l'on » y voit » , les entrepreneurs furent cause de sa démolition , arrivée le mardi de Pâques 12 avril 1678 (i). Nous n'avons pas trouvé la date de la seconde reconstruction de cette voûte , peut-être parce que Tressol fut contraint d'y pourvoir sans nouveau contrat.
Cependant la terre et les décombres restaient amoncelés devant la place et couvraient une panie des aiguilles. L'àffluence qu'avaient attirée à la Cathédrale les prédications de Bourdaloue et surtout les objurgations des chanoines décidèrent à mettre la main à l'œuvre. Suivant une convention conclue le 26 février 1685 entre la Ville et le Chapitre, le soin de déblayer la place Saint-Pierre incombait à la première (2); elle fit commencer cet ouvrage le 6 décembre 1686 (3). Déjà, quelques jours auparavant (11 novembre), les Chanoines avaient traité avec Jean Desfours pour dégnger le seuil de l'église , ménager la pente vers les aiguilles , et construire le mur de soutè-
(i) Mémoires inédits â^ André Delart, t. II, p. i. (2) L. Guiraud, La Paroisse Saint-Denis de Montpellier, p. 137 et suivantes.
5) Mémoires inédits d' André Delort , t. II, p. 198.
i> Monastère Saint-BemAt. 191
nement de la place avec quatorze contreforts intérieurs et un escalier à double montée (i).
Pour terminer les détails relatifs à l'église avant la Révolution, il nous reste à mentionner la reconstruction du chœur exécutée en 1773 par François Bousquet, entrepreneur, sur les plans et devis de Tarchitecte Audran (2). Motivée par l'insuffisance de ce chœur à contenir les stalles des chanoines et les bancs de la Gourdes Aides, la réparation eut pour résultat de modifier profondément et malheureusement dans cette partie l'œuvre du xiv* siècle. Mais les fondements ne furent pas enlevés, et l'on se contenta de les raser à peu de distance au-dessous du sol (3).
Quant au monastère, il demeura plus longtemps encore que l'église dans l'état de délabrement où l'avaient mis les protestants. Quelque avantage, en eflFet , que pussent offrir pour y aménager un palais épiscopal sa proximité de la Cathédrale et l'étendue de ses bâtiments, Mgr. de Fenoillet ne semble pas s'être préoccupé de l'utiliser. Il avait acquis au contraire un vacant dans le quartier des Carmes, et passa contrat, le 4 mai 1629, avec Bonnassier et Vincens , entrepreneurs, « pour les
(i) Arch. mun. de Montpellier^ série BB, notaires de la Ville : Bonnier, 1683 à 1686, f» 470 v®.
(2) Arch . dép. de THérault , série G , nouires du Chap. cathédral de Montpellier : Granier, 1 768 à 1 782, f» 245 v^.
(3) J.-P. Thomas, Mémoires historiques sur Montpellier^ p. 230, note.
192 Ix Manasiire Saint^Benoît.
œuvres et massonerie et bastiment » de la maison qu'il y voulait faire construire (i). Mais son successeur, François Bosquet, à peine installé sur le siège de Montpellier, jeta les yeux sur l'ancien monastère Saint-Benoît, et, avec l'agrément du Chapitre, résolut d'en occuper l'aile méridionale, la plus vaste et d'un accès plus facile. Le 14 avril 1638, il donna à Jean Bonnassier le prix-fait des ouvrages à exécuter à cette aile depuis la brèche qui se trouvait près du clocher jusqu'à l'extrémité regardant la muraille de la ville. Nous publions (2) cet acte intéressant par les détails qu'il fournit à la fois sur l'ancien état des lieux et sur les travaux imposés à l'entrepreneur , pour la plupart conservés encore aujourd'hui. Les gros murs de refend qui font la division de cette aile, les voûtes du sous-sol et du rez-de-chaussée actuels, l'escalier dont il subsiste encore une partie près du laboratoire de médecine légale, les fenêtres de la façade, à l'italienne , enfin la porte carrée , maintenant située sous le pont, remontent en effet à 1638. L'œuvre de Bonnassier fut complétée par le menuisier Antoine Giniès , qui s'engagea, par contrat du 29 octobre 1638, à faire la charpente, les planchers, les portes et les fenêtres (3).
(i) Arch. dép. deTHérault, série G, notaires du Chap. cathédral de Montpellier: F^es, 1629 à 1630, f> 168 v<>.
(2) Voir Appendice X.
(3) Arch. mun. de Montpellier , série BB, notaires de la Ville: Marie, année 1658, f^ 231.
Lt Monastère Saini^Benùlt. 193
Divers documents prouvent que Mgr. de Bosquet comptait bien étendre un jour sa demeure épbcopale tant du côté du clocher que dans les autres ailes : il avait commencé à relever vers la cour les murailles démolies au premier endroit (i); il avait stipulé que le couvert de Tangle sud-ouest serait en forme de pavillon , en vue de le relier au corps-de-Iogis du couchant (2); enfin il s'était fait inféoder par les Ouvriers de la Commune-Clôture un espace de terre longeant le mur de ville depuis l'ancien verger des étudiants jusqu'au portail Saint-Jaume (3). Pour sa commodité personnelle , il avait également assuré la communication du cloître avec l'église par l'ouverture d'une nouvelle porte dans la quatrième chapelle de gauche en entrant, qu'il se fit céder.
Sous ce même épiscopat, d'autres parties du bâtiment se relevèrent de leurs ruines ou se transformèrent. Une ordonnance épiscopale du 3 novembre 1 665 ayant créé dans notre ville trois nouvelles paroisses, dont l'une eut pour siège l'église Saint-Pierre , il fallut pourvoir au logement de ses desservants, en attendant que la question fût réglée entre la Ville et le Chapitre. On aflFecta à cet usage le sol de l'ancien cimetière de Saint-
(r) Arch. dép. de l'Hérault , série G, notaires du Chap. cathédral de Montpellier: Fag^, de 1669 à 1683, f^ 725.
(2) Arch. mun. de Montpellier, série BB, notaires de la Ville: Marie, année 1658, P 231.
( }) Ibid., f« 279.
194 ^ Motiasière Saint-Benoît.
Benoit y sur lequel Jean Regourd , dit la Pierre , maçon de Montpellier, s'engagea^ par contrat d^i 20 mai 1667, à construire une maison. Il fut tenu d^abattre la muraille de clôture vers la rue des Carmes, de la réduire de l'épaisseur de deux pans , et de la remonter à trois pans au-dessus de la vieille sournc existant du côté de Tancienne chapelle du Roi ; un mur semblable fut élevé sur le derrière. Enfin , la porte du cimetière ayant été fermée en 1629, on en ouvrit, pour communiquer avec l'église, une nouvelle vis-à-vis de celle de la sacristie (i). C'est donc à cette époque et à ceue occasion que fiit construite la maison curiale , et non pas au commencement du xvui* siècle, comme le dit D'Aigrefeuille (2) , trompé sans doute par une simple réparation.
A son tour la maison bâtie par Boscavin en 1 5 1 5 fut mise en état et affectée au logement du maître de musique jusqu'à ce que, l'agrandissement du chœur en 1775 ayant enlevé de l'étendue et du jour au presbytère, le curé échangea ce dernier pour le précédent immeuble , en 1789. Quanta l'ancienne cour de Saint-Germain , elle devint le cimetière paroissial , chaque jour naturellement plus étendu. Enfin rinféodation que consentit le Chapitre d'un vacant joui p«ir lui depuis les
(I) Arch. dép. de THérauU 1 série G , nouires du Chap. cathédral de Montpellier : Antoine Pages, de 1659 a 1668, fo 739.
(a)T. U, p. iji.
Li Monastère Saint-BenoU. 195
guerres de religion dans l'ile jadis appelée du Sesteiral, ainsi que la création dans ce vacant d^un jardin particulier achevèrent de faire disparaître rimpasse servant autrefois de limite au monastère. De ce côté donc la transformation des lieux était complète à la Révolution^ et mettait déjà en défaut D'Aigrefeuille et J.-P. Thomas.
Les modifications qu'à l'exemple de Bosquet sts successeurs apportèrent à l'ancien monastère Saint-Benoit furent beaucoup moins radicales , et peuvent être suivies à la fois d'après les actes et l'état des bâtiments. Les soins de Charles de Pradel tendirent à l'agrandissement et à l'embellissement du Palais épiscopal. U songea tout d'aboi d à utiliser le vacant compris entre celuici et le clocher , et mesurant 25 mètres de long sur 9 de profondeur. Au rez-de-chaussée on y construisit , à l'endroit où se trouve aujourd'hui le laboratoire de médecine légale , les écuries de l'évèché; le premier étage fut occupé par une salle synodale , affectée en temps ordinaire à i'Officialité ; le dessus , pavé en pierre de Mus , forma terrasse. Une porte ouvrant sur l'escalier construit en 1658 relia la nouvelle salle au palais épiscopal; une seconde donnant au-dessus du cloître permit à l'Évèque de Êiire de celui-ci une sorte de promenoir (i). Afin de se prêter aux
(i) Arcb. dép. de THérault, série G , notaires du Chap. cathédral de Montpellier : Pages, de 1669 ^ '^^^t ^^T^S*
196 Lt Monastère Saint-Benoît.
désirs de Mgr. de Pradel , les Chanoines remirent aussitôt en état cette partie de leurs bâtiments. Le 23 octobre 1681, ils passèrent contrat avec Barthélémy Cubizol , pour ôter la terre qui couvrait le cloître, en arracher les vignes et treilles, et paver le dessus en pierres de Saint-Jean de Védas (i). C'est donc fort probablement à la même époque que fut construite la toiture en charpente légère, avec balustrade à hauteur d'appui, qui existait encore à cet endroit au commencement du siècle. A l'extrémité opposée de la demeure épiscopale, Mgr. de Pradel reprenait également les projets de son oncle et s'étendait jusqu'au mur de ville. Après s'être défait , en le rétrocédant au président De Bon , de l'espace compris entre le Palais et le fond de la rue Basse (2) , il utilisa le restant du terrain pris en achept par Mgr. de Bosquet pour y planter un jardin et y construire une terrasse. Du premier il subsiste encore une partie dans la rue de l'Ancien-Évêché ; de la seconde il ne reste que deux vues dessinées par Boilly et Laurens et le prix- fait passé le 12 avril 1686 aveCj Antoine Arman, maître-maçon. On y voit que cette terrasse ou plateforme devait être supportée par neuf piliers en pierre blanche, d'ordre ionique etcannelés sur deux faces. Quatre seraient placés vers le jardin, trois du côté opposé, deux le
(i) Arch. dép. de l'Hérault, série G , notaires du Chap. cathedra! de Montpellier: Pages, de 1669 ^ ^^^^f ^^ 9^^- (2) /Wi., fo627.
Lt Monastère Saint-Benoît. 197
long du rempart , qui , par le fait , en avait ainsi quatre , et auquel on accédait par un escalier. Deux demi-piliers dans le mur du Palais épiscopal complétaient la symétrie. On stipula de plus que chaque pilier supporterait une urne, et que l'attique couronnant l'ouvrage serait orné de trois tables, les armes de Mgr. de Pradel , aussi grandes qu'on les pourrait faire , décorant celle du milieu (i).
Ce même prélat fit aménager une chapelle à Textrémité du corps-de-logis sud , près de la terrasse (2). Il fît également restaurer l'aile du couchant et la joignit à son Palais pour y placer la bibliothèque de son oncle, en partie formée de celle de Plantavit de la Pauze (3).
Mgr. de Colbert, qui enrichit considérablement cette collection, ne s'occupa point du Palais épiscopal suffisamment aménagé, et réserva S€s soins et ses préférences pour le château de Lavérune. Mais Charancy, qui lui succéda , y introduisit une amélioration très importante par la construction d'un pont , au moyen duquel il mit le premier étage à niveau de la partie supérieure, de la rue Saint-Ruf. Afin d'obtenir ce changement, il fit valoir que l'escalier construit en 1658 n'était proprement qu'un escalier dérobé ou de service ,
(i et 2) Arch. dép. de THérault , série G , notaires du Chap. cathédral de Montpellier: Pages, de 1682 à 1694, fo 248 v».
(3; D'Aigrefeuille, l. II, p. 186.
198 U^ Monastère Saint-Benoit.
nullement digne d'une demeure épiscopale ; que, en outre , il fallait gravir quatre-vingts marches pour arriver au plus bel appartement de la maison. Ces représentations ayant été admises , Giralfiit chargé du devis de l'ouvrage (i), que complétèrent la construction d'un escalier et l'aménagement d'un vestibule. Qpant à la porte ouverte en 1658, elle demeura, sous le pont , affectée au service de l'Évèché et à celui du clocher. Les évêques avaient ainsi regagné peu à peu toute la partie cédée en 1539 à Guillaume Pellicier II; le dernier qui habita le Palais épiscopal , Mgr. de Malide» empiéta même sur le quartier nord, réservé au Chapitre: il fit transformer les ouvertures ogivales primitives donnant sur la cour intérieure en fenêtres carrées semblables à celles des autres ailes (2).
Arriva la Révolution. Elle fit du Palais épiscopal une prbon pour les suspects, tandis qu'après avoir successivement livré la Cathédrale au clergé constitutionnel et au culte de la Raison (3), elle y plaçait enfin un entrepôt de comestibles (4). Eh
(i) Arch. dép. de l'Hérault, série C, Trésoriers de ' France, bureau des Finances, année 1742, f® 44 v®.
(2) Voir p. 104, note 2.
(?) A cette occasion on plaça sur la porte de la rue des Carmes Tinscription suivante , encore lisible en partie il y a quelques années :
LB raUPLB FRANÇAIS mBCOMMAIT l'CXISTEXCI DB L'ATRB SVMlftlIB BT L'lllM01lTAl.rrÉ DB l'aMB.
(4) J.-P. Thomas , Mémoires historiques sur MoiapeUier, p. 254 et suivantes. v
Lt Manastête Saint-Benoit. 199
mètne temps le cimetière et les immeubles voisins furent aliénés (i).
La Terreur étant passée, les portes des prisons s'ouvrirent, et celles-ci même devinrent inutiles. Or, avec tant d'autres institutions, l'antique Université de Médecine de Montpellier avait disparu^ remplacée par une École de Santé. Il fallait abriter cette dernière : on la plaça dans l'ancien Palais épiscopal par décret du 3 floréal an m.
Chaptal, qui avait pris l'initiative de cette mesure, songeait dès lors à approprier l'immeuble à sa nouvelle destination. Il commença, quand les rcssourccédu Trésor le permirent, par l'envoi au préfet Nog^r^^t d'une provision de loooo francs, pour être employée à la construction d'un amphithéâtre d'anatomie dans le corp&-de-logis nord. Il recommanda en même temps qu'on lui soumit les plans. Celui que dressa l'ingénieur du district, Roussel , et qui nous a été conservé , était fort élégant; Chaptal le rejeta en se récriant sur la dépense qu'il entraînerait inutilement , alors qu'il convenait de ménager les ressources en vue d'autres améliorations. Roussel dirigea pourtant les premiers travaux d'exécution du devis modifié. Mais, au miiieu des aflaires qui l'accablaient, le ministre ne perdait pas de vue celle del'amphi-
(I) Arch. dép. de THérault , série Q., district de Montpellier , procès-verbaux de vente des biens nationaux de i'* origine et sur soumission ( 18 pluviôse an 11 et 2 thermidor an IV;.
200 Li MonasUre Saint^BenoU.
théâtre. Sur des rapports qu'on lui fit, il nomma Delagardette architecte de l'École de Santé le 1 3 floréal an IX, et il le recommanda chaudement à l'administration préfectorale. Une inspection consciencieuse prouva aussitôt à Delagardette que l'ouvrage devait être enlevé aux entrepreneurs. Ceux-ci , en eflFet, furent convaincus d'avoir, afin de s'approprier les matériaux , démoli les murs extérieurs à i°^io et le bâtiment de droite à 3 mètres trop bas ; de les avoir ensuite remontés au moyen de bougets sur chaque face , de 20 à 30 centimètres d'épaisseur, le milieu étant comblé avec de la ruine. Ce détail explique et justifie la constatation que nous avons faite au côté droit du bâtiment septentrional, où une partie seulement des murs porte les marques des ouvriers d'Urbain V.
Divers travaux furent encore exécutés à l'École par Delagardette. Citons le mur fermant d'une arcade à l'autre l'aile du cloître située au levant, la réfection de l'escalier de Charancy , l'aménagement de diverses salles, etc. Parmi ces réparations, qui sortent désormais de notre sujet. avec toutes celles qui les ont suivies, puisqu'elles ne répondent plus à des modifications apportées à l'état primitif des lieux , il en faut distinguer une plus intéressante: nous voulons parler de l'ouverture de la porte donnant sur la place Saint-Pierre près du clocher. Elle eut pour but de ménager aux sonneurs et employés d'église une issue autre que
Le ManasUre Saint^bmolL 201
celle de 1658, où ils se rencontraient souvent avec les cadavres portés à Tamphithéâtre (i).
La Cathédrale et ses dépendances n'ont pas subi des modifications moins importantes pendant notre siècle. Le 17 avril 1835, Mgr. Thibault , évèque de Montpellier^ posa solennellement la première pierre des ouvrages destinés à la restauration et à l'agrandissement de l'église. Les deux années suivantes, le quatrième clocher de droite sur la façade , fut réédifié sur le modèle de celui qui lui fait pendant. Enfin , le 17 janvier 1875 , sous l'épiscopat de Mgr. de Cabrières , eut lieu l'inauguration d'un nouveau chœur et de transsepts. Ce chœur, absorbant dans sa profondeur toute l'ancienne Cour du Puits, et * atteignant ainsi la limite même de l'enceinte du monastère, offre un développement exagéré par rapport à l'ensemble, et que ne rachète pas davantage l'harmonie de^ détails. A côté , la sacristie neuve occupe la majeure partie de l'ancien cimetière Saint-Pierre au xvii* siècle. Enfin la construction du Pavillon Anatomique en 1872 et la création du square de la Tour des Pins en 1886 ont, une fois de plus, modifié profondément l'aspect des lieux.
Cette transformation successive , mais aujourd'hui presque complète, des divers locaux du monastère Saint-Benoit a rendu fort difficile la
(i) Arch. dép. de l'Hérault, série S, ix, Faculté de Médecine, deux portefeuilles.
202 Le Monastère Sainl^Benoit.
tâche que nous nous étions imposée d'en rappeler l'état primitif. Au moment où nous la croyons terminée y il nous semble utile d'indiquer les parties restées debout et portant encore les marques des constructeurs du xrv* siècle. Ces parties sont la nef de l'église avec trois de ses tours, le cloître côté est mutilé , et les murailles extérieures de chacun des corps-de-logis entourant le préau. Puisque c6s murs ont résisté cinq cents ans et plus à l'injure du temps, à l'effort des guerres civiles du XVI' siècle et aux exigences utilitaires du nôtre , souhaitons qu'ils portent longtemps encore aux suivants le nom du pape Urbain V et le souvenir de ses bienfaits pour Montpellier.
APPENDICE
Prix-faits pour creuser les fondements de Véglise SaintzBenùlt et mentions de payements aux ouvriers.