‹ Le monde animalChapitre 24 sur 110 · Général Daumas, les Chevaux du Sahara · texte numérisé non relu

Général Daumas, les Chevaux du Sahara

où le privilège de la parole est au plus âgé seul et qui se distinguent par la décence des auditeurs assis en cercle sur le sable ou sur le gazon, les jeunes gens ajoutent à leurs connaissances pratiques les conseils et les traditions des anciens. La religion, la guerre, la chasse et les chevaux, sujets inépuisables d'observations, font de ces causeries en plein air de véritables écoles où se forment les guerriers et où ils développent leur intelligence en recueillant une foule de faits, de préceptes, de proverbes, de sentences, dont ils ne trouvent que trop l'application dans le cours de la vie pleine de périls qu’ils ont à mener. C'est là qu'ils acquièrent cette expérience hippique que l’on est étonné de trouver chez le dernier cavalier d’une tribu du désert. Il ne sait ni lire, ni écrire, et pourtant chaque phrase de sa conversation s’appuiera sur l'autorité des savants commentateurs du Koran ou du Prophète lui-même. »

Voici le portrait que les Arabes donnent du cheval de race, du buveur d'air.

Le cheval de race est bien proportionné: 1l a les oreilles courtes et mobiles, les os longs et minces, les joues dépourvues de chair, les naseaux larges « comme la gueule du lion », les veux beaux, noirs et à fleur de tête, l’encolure longue, le poitrail avancé, les hanches fortes, la croupe arrondie, les crins fins et bien fournis, la chair dure, la queue très grosse à sa naissance, déliée à son extrémité.

Les couleurs les plus estimées pour la robe sont : le blanc : « Prenez-le blanc comme un drapeau de soie », avec le tour des yeux noirs; le noùr : « Il le faut noir comme une nuit sans lune et sans étoiles »; le bai, presque noir ou doré; l’alezan (le Prophète affectionnait les alezans); le gris foncé pommelé. Les chevaux pies sont méprisés; les Arabes disent qu’ils sont « les frères de la vache ».

Les marchés où se vendent les chevaux sont choses curieuses à voir. L’Arabe méprise les ruses de nos maquignons pour cacher les défauts de l'animal, mais il emploie un luxe de paroles

LE CHEVAL. 55 tout oriental qui peut séduire des gens sensibles aux métaphores. Ainsi, en inontant son cheval, il vous dira : « Découvre son dos et rassasie ton œil! »

Il ajoutera :

« Ne dis pas que c’est mon cheval, dis que c’est mon fils.

« Il est pur comme de l'or.

« Il a la vue si bonne qu’il voit un cheveu pendant la nuit. « Il atteint la gazelle.

« Il dit à l’aigle : Descends ou je monte vers toi.

I comprend aussi bien qu’un fils d'Adam, il ne lui manque que la parole. »

Et autres exagérations tout aussi poétiques.

Dans un pays où le cheval est en tel honneur, les maréchaux ferrants jouissent de privilèges sans nombre. Ce sont les artistes du désert; ils sont en même temps armuriers ; et dans chaque tribu ils habitent un douar séparé, appelé le douar des maîtres. Ils ne payent pas de contributions; la tribu se cotise pour leur acheter des grains dans le Tell; au printemps, ils reçoivent une toison de brebis; quand on tue un chameau pour la boucherie, ils en prélèvent leur part; dans les razzias et les expéditions, qu’ils aient ou non assisté à l’entreprise, ils ont droit à une part de butin; si, à la guerre, ils font partie d’un goum vaincu, ils ont la vie sauve.

Tout le luxe des Arabes se fait voir dans les armes et dans le harnachement des chevaux; car si le Prophète a sévèrement défendu l'or dans les habits des hommes, il l’a, par contre, autorisé, prescrit même pour l'équipement du cheval. Celui, a-t-1l dit, qui ne craint pas de dépenser pour l'entretien des chevaux de guerre sainte, sera considéré, après sa mort, à l’égal de celui dont la main aura toujours été ouverte {. Aussi n’est-il pas rare de voir encore maintenant un chef arabe posséder des selles de deux à trois mille francs.

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