LE QUATRIÈME
Et l'affaire en est là ?
LE CURÉ
Je suis convenu avec Ghiripas qu'il nous ouvrirait la porte cochère, et nous lais.serait monter. Alors je
me dis en moi-môme : récitons la litanie et chantons le Te Dewn, car il faut prendre l'occasion aux cheveux. Pour mettre ma conscience en repos, je dis à un quidam qui était en train de boire dans le cabaret d'en face, de ne pas perdre la maison de vue et de payer tout ce que Gliiripas pourrait consommer. J'ajoutai que je reviendrais ce soir avec ma guitare et mon acolyte pour chanter trois ou quatre ségu'dilles et répandre un peu de gaieté dans le quartier.
LE TROISIÈME
Ainsi Ghiripas sera des nôtres?
LE CURÉ
Gomme c'est naturel, il ne voudrait pas qu'on pût dire de lui qu'il a commis une perfidie et trahi celle dont il mange le pain: non, non ce n'est pas Ghiripas qui ferait des choses pareilles.... Il est incapable de jouer un mauvais tour, non-seulement à sa maîtresse, mais à âme qui vive.
LE PREMIER
G'est bien à lui.
LE CURÉ
Mais la question change, si à l'heure où tout le monde est endormi, vous entrez chez lui et le garrottez : alors rien ne l'empêchera plus de vous guider sans fa're de bruit et sans être vu de personne jusqu'à l'alcôve où dormira sa maîtresse, qui ne s'attend guère à la visite. Il a donc décidé que la chose se ferait ainsi, pour être en règle avec la justice comme avec
CHANT CINQLIÈME. 211
son devoir de fidèle serviteur. Pendant ce temps, je serai au coin de la rue avec ma guitare^ (// fait des yestes comme pour animer des danseurs) en avant les couplets, et remuez vos jambes! et quand il n'y en aura plus, il y en aura encore. De cette façon j'attrouperai le voisinage pour le cas où vous feriez crier la poule en la plumant : on n'entendra rien et vous ferez' le déménagement tout à votre aise.
LE TROISIÈME
Et il y a du quibus ?
LE CURÉ
En veux-tu, en voilà ! La dame en question n'est autre que la comtesse d'Alcira, une veuve riche à millions, qui pos.sèdo des bijoux et des pierres précieuses à poignées, et plus de rentes, de terres et de domaines qu'il n'y en a sur la mappemonde.
LE PREMIBR.
Pourva qu'il y ait de la monnaie sonnante, monsieur le curé, je lui fais grâce du reste.
LE SECOND, se frottant les mains.
Et c'est une belle femme?
LE TROISIÈME
J'aime bien la question : pourvu qu'elle ait des écus dont nous puissions prendre notre part, je lui permets d'avoir le visage criblé comme une écumoire.
ADAM, avec intérêt.
Et c'est une de ces dam^s qui habitent des palais?
LE CURÉ
Le sien est si grand, que lorsqu'on y est entré, il est très-difficile d'en sortir. Mais nous n'avons rien à craindre : nous aurons avec nous Ghiripas, ce laquais fidèle et incorruptible, qui trouverait moyen de sortir du labyrinthe de Crète.
La nuit tombe. La Salada entre avec une cliandelte allumée.
ADAM
A-t-elle des voitures?
ILE CURÉ
Et des berlines et 'des cabriolets, et plus d'or et d'argent que n'en produisent les deux Indes!
LE PREMIER
Il va bien le novice ! Ses yeux brillent à la seule idée de la chose.
LA SALADA, à part, les yeux baignés de larmes.
Malheureuse que je suis !
LE PRE>nER.
Tu pleures, ma fille ?