‹ Le monde microscopique des eauxChapitre 1 sur 36 · STRASBOURG , TOPOGRAPHIE DE G. SILBERMANN · texte numérisé non relu

STRASBOURG , TOPOGRAPHIE DE G. SILBERMANN

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INTRODUCTION

On connaît clans l’eau une infinie variété d’êtres de toutes formes et de toutes grandeurs ; le domaine des eaux renferme un monde à part, comme l’air renferme le sien. Si ses habitants perceptibles, que nous voyons avec nos facultés visuelles naturelles, sont multipliés à l’infini, le microscope, ce merveilleux instrument, nous montre que la nature est également inépuisable dans ses infimes créations. Il existe une innombrable population d’êtres organisés, et de végétaux étranges, qui captivent l’imagination, inspirent à l’âme des sentiments élevés, et invitent l’intelligence à l’admiration de la nature.

Il y a une étonnante disproportion entre l’immensité de l’eau qui s’étend sur les deux

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tiers de la surface du globe, et le monde que renferme une goutte d’eau. Et cependant, dans les infiniment grands, comme dans les infiniment petits, les merveilles mystérieuses de la vie s’y multiplient également sous toutes les formes. Avec le secours du microscope , le chercheur découvre dans l’eau les secrets insondables et des problèmes insolubles; problèmes, dans l’organisation des animalcules, problèmes, dans la structure et la propagation des végétaux impalpables.

Plus on étudie, plus on reconnaît, que l’esprit humain est borné dans un cercle étroit, plus on est poussé par le désir de découvrir les causes qui régissent les faits qu’on a sous les yeux, plus on veut lever le voile qui recouvre les arcanes de la science, plus on s’égare dans les considérations hypothétiques, dont le résultat semble fuir devant celui qui s’acharne à le trouver. On se lance ainsi dans l’infini du raisonnement, comme dans l’infini du vague de la pensée, et l’on se livre aux conjectures les plus insensées. Enfin, après

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avoir longtemps étudié, commenté, analysé les multitudes de théories que font naître les observations microscopiques , on termine en disant modestement comme Pascal : «Ce que je sais, c’est que je ne sais rien. » Ce que nous savons est peu de chose, et ce que nous ignorons est immense.

En remarquant entassés dans le cabinet d’Alembert les trente-cinq volumes in-folio de Y Encyclopédie, quelqu’un se contristait de ce que l’état des connaissances de l’homme tenait une si grande place. Le philosophe lui répondit que si l’on avait rédigé une Encyclopédie négative, elle ne pourrait être contenue dans des centaines de volumes in-folio.

Néanmoins, ne rien savoir, dans l’acception totale de cette pensée, ne doit pas exister, à une époque où les notions élémentaires de l’instruction scientifique ont pénétré dans la société. 11 est du plus haut intérêt d’étudier, au livre toujours ouvert de la nature, un monde si différent de celui que notre faculté visuelle nous permet de percevoir. Le microscope est,

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de tous les instruments d’optique, celui qui procure, non-seulement au savant, mais même au simple ami des sciences, les plus grandes jouissances intellectuelles. Il y a bien un peu de soin et de persévérance à avoir dès le début ; mais les résultats obtenus, après un peu de peine, sont suffisamment rémunérateurs du labeur des premiers moments.

Depuis que Salomon demandait : qui pourrait pénétrer les mystères de l’Océan? les progrès de la science ont l'ait de grands pas. -A force d’études successives et compulsées, et comparées par plusieurs générations, et d’expériences répétées, chaque époque a graduellement apporté son contingent aux connaissances de la vie aquatique. Beaucoup a été fait, et il reste encore plus à faire, car plus on fait de découvertes, plus on désire les étendre.

Notre but est d’indiquer à ceux qui s’aventurent dans un voyage à travers les infiniment petits ayant rapport avec la vie disséminée dans les eaux , la voie à suivre pour les

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contempler, ainsi que pour éviter de laisser inaperçues les sublimités à côté desquelles on passerait, sans avoir su s’arrêter un instant pour les contempler. Cette récréation microscopique, oii nous écarterons autant que possible l’aridité des descriptions techniques, n’est présentée que comme un esquisse à grands traits des phénomènes intéressants du monde aquatique.

Nous parcourrons les trois règnes de la nature successivement, choisissant les points les plus saillants. Cette description est accompagnée de figures qui faciliteront l’intelligence du texte, plus éloquemment que la description la mieux faite.

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