IMPRESSION AUX SELS
pressionnées, proportionnellement à l'intensile de la lumière qui a traversé le cliché. On obtient ainsi une image constituée par une couleur inaltérable.
Le procédé au charbon a les mêmes avantages que ceux du tirage des épreuves d'une gravure, tirage qui se fait par les moyens d'impression à l'encre d'imprimerie. La solidité des épreuves tient à l'emploi du mélange de gélatine où le charbon (noir de fumée) entre comme matière colorante. Mais, en réalité, c'est sur la propriété qu'ont certaines substances organiques (albumine, gomme, gélatine) imprégnées de bichromates alcalins, d'être impressionnées par la lumière et de devenir insolubles, qu'est basé tout le procédé. Non en verrons bientôt d'autres ai)plicalions importantes.
L'invention due à M. Poitevin n'eut pas tout d'abord le succès qu'il en attendait : les parties de l'image les plus vigoureuses venaient seules, les demi-teintes étaient emportées, parce que, comme le reconnut M. Laborde, la couche impressionnée a une faible épaisseur, et que la couche de gélatine sous-jacenle se dissolvait dans l'eau et emportait avec elle les parties les plus légères de l'image. V\\ j)hotographe français, M. Fargier, trouva le moyen de remédier à cet inconvénient en développant l'épreuve» du côté de la gélatine opposé à la face impressionnée. Du reste, le procédé Poitevin a reçu diverses améliorations, soit de l'auteur lui-même, soit d'autres opérateurs et inventeurs.
Tel est le procédé imaginé par M. A. Poitevin. Il a été l'objet de perfectionnements nombreux qui l'ont fait entrer dans la pratique courante de la photographie. « Les tirages dits au charbon, qui donnent des résultats supérieurs pour les reproductions artistiques, plaisent généralement moins pour les portraits. Si on les met en parallèle avec les épreuves faites à l'argent, ils semblent plus lourds et n'ont pas encore conquis la faveur du public. » M. Davanne, en constatant ces résultats dans son Rapport sur les épreuves de photographie à l'Exposition universelle de 1878, ajoute que l'impression photographique au charbon prend une importance de plus en plus grande. 11 cite en tête
de ce |iro^i-i'^s la Itolgiqitr, puis la Suisse, ei il ajoute : « Wah cVsl surtout en France que ce mode d'impression peul i-lre éludi<5 dans ses dilîérentes aiiplicalions. jtarmï lesquelles il faut citer en première ligne les reproductions d'œuvres arlisliques. La facilité avec laquelle on peut adapter au sujet ies substances colorantes diverses le rend supérieur à loul aulre pour le fac-sitnile... Ajoutons que. pai- le fait tnéuie des opérations et des transports qui sont la conséquence de ce procédé, on peul employer les papiers les plus variés ou ajouter des teintes plates ,sons-jaeentes, auxquelles la pliotograpViic donne le modelé nécessaire, et l'on obtient ainsi pour les portraits de légères colorations, qui viennent modifier ce que les teintes monocbromes ont de trop triste dans les agrandisiiements. «
ItiUis les procédés d'iiupression par les sels d"or et d'argent, comme dans le procédé au eliai'lion que nous venons de décrire, c'est toujours l'action directe de la lumière qui déteraiine la production des épreuves, dont le nombre se trouve liiuilé en raison du prix de revient relativement considérable. Il nons reste à parler des im])ressions mécaniques, où la lumière, bien que nécessaii'e encore, n'intervient jilus que d'une manièrttransitoire, pour passer du eliclié négatif à la planche d'impression. Une t'ois celle-ci obtenue, on peul tirer mécaniquement autant d'éiu'euves cpi'cm veut.
Les procédés d'impression mécanique, rpii sont tous dérivés de la découverte d'.\. Poitevin sui' les propriétés de la gélatine bicbromatée, se divisent en plusieurs modes, connus sous les noms de pliotnlillKMjraphie, iVliéliof/mvure ou de photogravure, de photoijlyptie et enfin de photolypographie. Nous allons passer rapidement en revue chacun de ces procédés.
HÉLIOGRAVURE ET PHOTOLITHOGRAPHIE. 621
§ 2. HÉUOGKAYURE ET PHUTOLITIIOGRAPHIE ; PREJdlERS ESSAIS.
Nous venons de voir que, quelque procédé qu'on emploie pour le fixage des épreuves daguerriennes ou photographiques, elles n'ont point la solidité que donne l'impression ordinaire, qui se fait avec des encres grasses à peu près indestructibles; de plus, le nombre des épreuves est nécessairement limité, parce qu'il faut faire intervenir la lumière dans la production de chacune d'elles, et qu'ainsi le prix de revient reste fort élevé.
Le tirage au charbon par le procédé Poitevin résout bien la première de ces difficultés; il lui reste toujours une infériorité sur le tirage typograj)hique et lithographique des gravures, celle de la cherté relative et de la longueur des opérations.
Il n'est donc pas étonnant qu'on ait cherché, dès l'origine, à faire disparaître cette infériorité, en transformant le cliché photographique en une véritable planche de gravure en reliel ou en taille-douce, ou de lithographie, (^est ce problème que poursuivit Niepce dès ses premiers travaux, et que nombre de savants ou d'artistes ont cherché à résoudre depuis. Disons un mot des résultats auxquels ils sont parvenus et des principales méthodes qu'ils ont inventées.
Dès 1841, M. Fizeau cherchait à reproduire par la galvanoplastie les images des plaques de Daguerre : le cuivre déposé par la pile se moulait sur la surface, dont il reproduisait en creux les reliefs, c'est-à-dire tous les points oii se trouvaient disséminées les gouttelettes de mercure formant les clairs ou les lumières. En se servant de ce moule pour obtenir un cliché inverse, on reproduisait la plaque elle-même, qu'il ne s'agissait plus que d'imprinjer par les procédés ordinaires de l'impression des gravures. Malheureusement, les reliefs et les creux étaient si peu accusés, qu'on ne reproduisait ainsi que des images confuses.
On a cherché alors (MM. Berres, Donné) à obtenir des plan-
chfs en faisant attaquer à rcau-tbrle les plaques dagnerrienni'ï. M. (irovc a assoeié les deux méthodes précédentes en faisant attaquer la plaque par un des éléments d'une eonihiiiaison vollaïqui' qui agit inégaleniont sur les deux uiétanx. l'argent el le mercure.
Hnliu. -M. Fizeau iiriapiiia un ])rocédé qui transformait le* plaques dajiuerrieiuies eu planches de gravure en laille^Umw. Il faisait attaquer à rliaïul riiuage par un aeidc niixle ciimpoiié ave^ les aeides nitrique, iiitreux et clihtihjdrjque : les parliez blanches restaient intactes ; les noires étaient attaquées vl il se furmait un eJihuure d'argeul adhéreut dont la couche iu.soluhle arn^lait l'action de l'acide. Ou enlevait cette couche avec une dissolution d'ammoniaque, et l'action de l'acide continuait à creuser la planche. Enfin, (luur obtenir pins de {troron<lear. M. Fizeau dorait les parties saillantes, qui se trouvaient aina mis<'S A l'ahri d'une acfiuu ultérieure de l'acide uilriquc. L'argent étant un mêlai peu dui- et ru- |)eruicltan( (h'^s lors qu'an tirage limité, la ])lauchc étal! cuivrée par les proct^déa gainniques (aujourd'hui, <m acière les planches de cuivre).
d'élaienl là eerlanicuR'ut des essais remaïquables ; mais. connue bientôt la pholograpliie sur papiei' et sur verre collodionné ou albuminé se substitua au procédé ]>riniilir de Dagueiie. les tentatives de gravure des plaques daguerrienues furent abandonnées.
Vers 1855, M. Niepce de Saint-Viclor obtint des «iravures sur acier de la fat^-on suivante : Il recouvrait la planche à graver d'une couche d'un vernis impressionnable formé de bitume de Judée, de benziue, de cire et d'élher sulfurique additionné df quelques gouttes de lavande. Il appliquait sur la |>laqiie st-che uu cliché positif sur pai>ier ou sur verre et exposait à la lumière, comme jiour obtenir uiu' éjircuve. Enfin, la plaque impressionnée étant passée à l'huile de uaplile mélangée de benziue. était atlaquée par un mélange d'acide nitrique étendu et d'al- C(Hil. La gravure était achevée à l'eau-forle.
PHOTOLITHOGRAPHIE. 623
§ 3. — raOTOLlTHOGRAPHIE ; PROCÉDÉ DE M. POITEVIN.
Parmi les méthodes nombreuses inventées depuis pour le tirage mécanique des épreuves photographiques à l'encre grasse, il faut citer en première ligne celle que M. Poitevin a tirée de la propriété de la gélatine bichromatée dont nous venons de parler plus haut. Voici les termes mômes dans lesquels M. Poitevin décrit cette méthode :
« Pour reproduire à l'encre grasse sur papier, pierre lithographique, surface métallique ou bois la contre-épreuve d'un dessin photographique, on applique sur la surface qui doit recevoir le dessin une ou plusieurs couches d'un mélange à volumes égaux d'une solution concentrée d'albumine, fibrine, gomme arabique ou succédanés et d'une solution concentrée d'un chromate ou bichromate à base alcaline terreuse ou métallique, ne précipitant pas la matière organique de sa dissolution. Ordinairement on emploie le bichromate de potasse ; après dessiccation ou avant, si l'impression doit être faite à la chambre noire, on expose à la lumière, et, après l'insolation, on applique au tampon ou à la presse une couche uniforme d'encre grasse ou de couleur, on détache l'encre par lavage rPencre ne reste que sur les parties impressionnées par la lumière. »
Pour obtenir des reliefs ou des creux par l'action seule de la lumière, sans employer les procédés de morsure aux acides ni le travail du burin, en un mot, pour produire des planches gravées par la lumière seule, soit typographiquement, soit en taille-douce, voici comment agissait le même inventeur. Il coulait sur une surface quelconque une couche uniforme d'une dissolution de gélatine imprégnée de bichromate de potasse. Après dessiccation, il recouvrait la plaque d'un cliché positif ou négatif obtenu par la photographie et soumettait le tout à l'action directe ou diffuse de la lumière. La même plaque pouvait être exposée au foyer de la chambre noire, dans le cas où l'on vou-
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PHOTOGRAVURE. — PIIOTOTYPIE. 625
qui ont clé impressionnées, s'humeclant peu, forment les creux. Les reliefs correspondent donc aux noirs du dessin et les creux aux blancs. » Ainsi s'obtenait une planche gravée sur gélatine, qu'on transformait ensuite en planche sur cuivre par les procédés ordinaires de la galvanoplastie.
Parmi les procédés d'impression mécanique dérivés du procédé Poitevin, nous citerons notamment le procédé Asser, fondé sur la propriété du bichromate de potasse impressionné par la lumière d'accepter facilement et de retenir l'encre d'imjirimerie dont on l'enduit, et sur celle du papier non collé d'ôtre aisément humecté par l'eau dans toutes ses parties. Sous le nom de photozincographiej deux Anglais, le colonel James et le capitaine Scott, décrivirent un moyen « de produire des fac-similé photographiques d'un sujet tel qu'un manuscrit, une carte, une gravure au trait, et de la tj\insporter ensuite sur zinc, de manière à pouvoir multiplier les épreuves de la mémo manière qu'un dessin sur pierre lithographique ou sur zinc. » Ce moyen était basé, comme le procédé Poitevin, sur les propriétés d'une solution de gomme bichromatée. C'est encore la méthode de Poitevin qui a inspiré à un habile photographe de Munich, iM. Albert, un procédé qui donne surtout des résultats remarquables pour la reproduction des dessins au crayon. On peut avoir ainsi, pour les écoles de dessin, des fac-similé si fidèles des dessins des maîtres , qu'on confondrait l'original et les copies. On donne le nom A' Alhertypie à celte méthode.
g 4. rHOTOGn.vvrHE. — phdtotyime.
On comprend aujourd'hui sous le nom générique de photogravure (on dit aussi héliogravure, héliographie) tous les procédés d'impression mécanique ayant pour objet d'obtenir sur plaques métalliques, par l'action de la lumière, une gravure en creux de l'image d'un négatif photographique. Ces procédés