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LES PERCEPTIONS EXTERNES

relation qu'avec les objets auprès desquels nous pourrions nous transporter jusqu'au contact. L'ouïe nous permettrait déjà sans doute de percevoir les mouvements intimes de corps étrangers situés à distance ; mais celte sensation seule nous aiderait tout au plus à juger de la direction où ces corps se trouvent ; encore ne })ourrions-nous dépasser ainsi les limites, relativement très bornées, de la Terre môme et de son atmosphère.

Que saurions-nous, privés de la lumière ou du sens de la vue, de la forme, des dimensions, de la distance et de la position relative des corps situés dans ces limites? Quelle conception pourrions-nous avoir de ces propriétés variées par lesquelles ils se différencient etitre eux, de leur ordre, de leurs mouvements? Presque tout le domaine immense des sciences physiques et naturelles nous serait interdit. Nous ne pouvons même nous faire une idée de l'extrême petitesse du cercle auquel se borneraient nos connaissances , par l'observation de ce que sont les aveugles-nés : en effet, il est bien vrai que les aveugles-nés ne savent rien par eux-mêmes de ce qu'est la lumière, la couleur; mais, par l'éducation, le langage, par le secours des clairvoyants avec lescpiels ils vivent, ils peuvent acquérir et ils acquièrent réellement une foule de notions dont leur infirmité les eût privés à jamais, s'ils eussent été seuls.

D'autre pari, il faut avouer que la vue seule, sans le secours et le contrôle des autres sens, ne nous donnerait sur le monde extérieur que des notions fort vagues ; mais, grâce à l'éducation • expérimentale qui résulte de leur concours, nous acquérons successivement l'idée de l'existence réelle de notre propre corps, puis de celle des corps étrangers, de leur forme, de leurs dimensions, de leurs dislances. Nous jugeons de leur relief par les ombres et les lumières qui affectent leur surface, et l'innombrable variété des couleurs que cette surface présente nous aide à les distinguer les uns des autres, et à nous rappeler leurs propriétés spéciales. (Vesi enfin la lumière et le sens de la vue qui nous permettent de juger de leur état de repos ou de mouvement. Or la plupart des phénomènes dont les sciences natu-

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relies et physiques éludienl les lois, consislenl eu des mouvemeuls, soil de Teusemble des corps, soit de leurs parties, et c'est eu observaut les directious de ces mouvemenls, leurs vitesses, leurs périodes, qu'on parvient à la constatation de ces lois.

La vue simple suffît à nous procurer ces moyens précieux d'investigation scientifique. Combien plus sont-ils efficaces, lorsque nous pouvons y joindre les ressources des instruments d'optique, basés précisément sur la connaissance des lois des phénomènes lumineux! Par l'emploi de ces instruments, nous pouvons mulli[)lier, dans une proportion énorme, la puissance de notre organe visuel ! Grâce au télescope, le champ de l'astronomie, d'abord restreint aux seuls astres visibles à l'œil nu, s'est indéfiniment étendu : des régions inconnues de l'univers, peuplées d'innombrables mondes relégués à des distances effrayantes, ont été conquises dans le domaine de l'espace infini. Concentrée au foyer de nos puissants instruments, la faible lumière rayonnée par ces astres et qui se perdait pour ainsi dire avant de parvenir à impressionner notre rétine, multipliée par la surface des objectifs télesco[)i(|ues, nous a prouvé l'existence de corps que l'imagination la plus hardie concevait à peine. De même, grâce au microscope, l'infiniment petit s'est révélé à nos yeux émerveillés, et nous avons pu pénétrer le secret de la constitution intime d'êtres dont auparavant nous ne soupçonnions pas même l'existence.

Dans tout cela, nous ne considérons la lumière que sous le rapport de son inq)ortance intellectuelle ou scientifique. Si nous passions de là au rôle qu'elle joue dans l'économie de la nature, à l'inlluence qu'elle a sur notre existence même, sur celle des êtres organisés ou vivants, nous verrions que cet agent physique n'est pas seulement utile, mais indispensable, et qu'il est une condition nécessaire de la vie, tout au moins à la surface du globe (pie nous habitons. Sans la lumière, en effet, les végétaux ne pourraient se dévi^loppcr; et dès lors la vie animale, qui est Wov à l'exislt^nc^^ des végétaux eux-mêmes, ne saurait être. Nous étudierons dans un chapitre spécial Taclion de la

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