SPECTROSCOPIE DES PLANÈTES
double passage dans les milieux gazeux qui constituent les atmosphères planétaires. On retrouve Tinfluence de la vapeur d'eau dans plusieurs d'entre elles ; mais il semble dès maintenant probable que d'autres éléments déterminent des absorptions spéciales, et qu'ainsi les atmosphères ne sont pas partout composées des mêmes substances.
Sans sortir du système solaire, nous avons encore à interroger l'analyse spectrale sur la constitution de certains corps qui diffèrent assurément des planètes par leur aspect, leur forme, leur origine, au moins autant que par leurs autres caractères astronomiques. Nous voulons parler des comètes, des étoiles filantes et des bolides.
En étudiant les lumières comélaires à l'aide d'instruments d'optique que nous décrirons plus loin, on est arrivé à cette conclusion que les comètes sont des corps qui réfléchissent, il est vrai, une faible partie de la lumière que le Soleil envoie à leur surface, mais qui brillent aussi d'un éclat qui leur est propre. L'opinion générale est que leurs noyaux sont incandescents. Nous allons voir l'analyse spectrale confirmer cette manière de voir.
En effet, il y a d'abord un fait commun à toutes les comètes dont la lumière a été analysée. Ce fait, c'est que leur spectre consiste principalement en un certain nombre de bandes lumineuses brillantes, séparées par d'assez larges intervalles obscurs. Le spectre continu, d'ailleurs très faible, sur lequel se projetaient ces bandes, n'existait ou du moins n'était visible que pour quelques-unes d'entre elles; les comètes dont le noyau était très faible, comme celui de la comète d'Encke, ou n'était pas encore assez lumineux (Comète 1873 IV), n'ont pas donné de spectre continu. 11 semble donc acquis que les bandes brillantes sont produites par la lumière des atmosphères ou des chevelures cométaires. En conséquence, les comètes à noyau, dont la lumière a pu être analysée par le prisme, seraient ainsi constituées :
Au centre de la nébulosité un noyau donnant un spectre
continu. Cela indique-t-il nécessairement une matière liquide bu solide incandescente? On pourrait Taflirmer, si la continuité de ce spectre pouvait être regardée comme entière; mais sa faiblesse est telle, qu'il est difficile de dire si la lumière dont il brille est une lumière propre due à l'incandescence de la matièi'e qui compose le noyau, ou si elle est la lumière réfléchie du Soleil. IVut-ètrc participe-t-olle de ces deux origines, surtout quand la comète, en s'approchant du Soleil, acquiert unp température croissante; les observations de polarisation par réflexion prouvent en tout cas qu'une partie au moins de cette lumière est réfléchie du Soleil.
Quant à la lumière des atmosphères et des queues, le spectre à branches brillantes dénote, dans la matière qui les forme, à la fois l'état gazeux et l'incandescence.
Comme, d'autre part, les plicnojiièncs des aigrettes émanées dii noyau prouvent que tes enveloppes atmosphériques se forment aux dépens de ce dernier, il semble bien (liiïicile d'admettre l'incandesceDce pour l'atmosphère cométaire et pour les queues, si le noyau loi-méine dont elles se foiincnt incessamiittol ne jouit pas de cet état d'incandescence. Donc il n'eslpis douteux que les noyaux cométaires, tout au moins dans le tmsinage du ]iérihéiie, émettent, outre la lumière réfléchie du Soleil, de la lumière directe, émanée de leur propre substance. Au point de vue chimiiiut', les comètes, en petit nombre il est vrai, qui ont été analysées, ont une constitution très peu complexe. C'est, ou du carbone sim|ile, ou un composé du carhime, hydrogène carboné d'après les coni|)araisons faites par
(iî<i;s II).
SPECTROSGOPIE DES COMÈTES. 197
M. Hufi^iiis, oxyde de carbone ou acide cai'bonique d'après les recherches du P. Secchi. Ce dernier savant a dune eu raison
jm
Fi(.'. 15i. — SpCL-Irci^ do-i c<.iiii'ti<s Jp I8G8 I et «lit l«G8 11. — I, spcclii- ^ohm-; 3, sim'cIi'c ilu carbviii-; 5. siktIic du ^-.u oiriianl: 4. s|iccli'f de lu cnnif-li' Je Wiii]ii>['kc ; 5, s|M'l-Ii'<> de h comèh> de nniiM-n-, 6, s|H'clrp de riHini'i'lli' d'iiiduutinii.
lie dire : « II csl très remarquable que loules les coiuAtr-s observées jusqu'ici oui les bandes du carlionr. »
Fi-r. 155. — Speclrc de 1» comète ISTIî IV (lleiin) : l' !<■ îll a»ùl. 2* I.- aO aoiil
Entre les comètes et les étoiles filautes, il semble aujourd'hui démontré qu'il existe nu lieu d'origine, (les derniers eorpus-
cules sont les débris de comètes disloquées; les essaims ou apparitions périodiques ne sont autre chose que des fragmeuts de comètes qui, en traversant le système solaire, ont subi les perturbations des masses des planètes et se sont divisées. Si ces vues nouvelles sont conformes à la réalité, les étoiles filanles doivent avoir la même constitution physique que les comètes. Mais comme les étoiles filantes n'apparaissent que dans les plus hautes régions de l'atmosphère, qu'elles s'éteignent et sans doute s'évaporent bien avant d'arriver jusqu'au sol, uuo seule méthode, l'analyse spectrale, pourrait nous renseigner sur leur état physique et chimique, du moins au moment île leur combustion. Eu étudiant de cette façon la lumière des étoiles filantes des 9 et 10 août 1866, A. Herschel a trouvé que les traînées et quelques noyaux d'étoiles ét<iient formés d'une substance gazeust* en ignition, renfermant notamment de la vapeur de sodium. La présence du sodium dans l'atmosphère à cette hauteur n'étant i)ns [)robable, A. Herschel en conclut que ce corps simple appartenait bien aux étoiles filantes analysées. D'autres spectres ont indiqué pour la constitution des météores des agglomérations de parcelles solides incandescentes. En novembre 1868, le P. Secclii a analysé la lumière d'une étoile très vive, dont la traînée était restée visible pendant un quart d'beure ; son spectre, formé de raies et de bandes brillantes, rouges, jaunes, vertes, bleues, indiquait un gaz lumineux. M. Konkoly a étudié au spectroscope, en juillet et en août 1872, les traînées de trois météores; leurs spectres renfermaient toutes les raies du sodium et l'un d'eux avait en outre une ligne du magnésium. Un brillant météore du 15 octobre 1875, analysé par le même observateur, outre (b^s raies du magnésium et du sodium, avait quatre lignes comnuines avec le spectre d'un carbure d'hydrogène [coaUgas). Enfin, en 1874, M. Arcirais a observé, à Cadix, 50 étoiles du groupe des Perséidcs ; 27 avaient un spectre continu où le violet faisait généralemeni défaut ; presque toutes avaient la raie du sodium. En rapprochant ces résultats de ceux qu'a donnés l'analyse des spectres