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ATLANTIQUE

Profondeurs. Température.

50 brasses 12°

500 brasses entre Gibraltar et Ceuta; celte profondeur diminue graduellement du côlé de l'embouchure occidentale, pour se réduire en moyenne à 120 brasses, en quelques points à 200. Du côté de l'orient de cet étroit canal, s'étend le bassin très profond de la Méditerranée, qui se subdivise lui-même en deux

Fig. 154. — Température des couches profondes dans l'Atlantique et dans la Méditerranée, à l'est et à l'ouest du détroit de Gibraltar.

parties : la première, comprise entre le détroit et les bancs séparant la Sicile et la Tunisie, a une profondeur qui varie entre 1000 et 2000 brasses, et sa température au-dessous de 100 brasses est de 12° environ ; la seconde, qui s'étend de l'île de Malte et de la Sicile jusqu'au Levant, est plus profonde encore et d'une température un peu plus élevée, ce qui tient sans doute

à sa position plus méridionale, à l'influence des vents chauds du continent africain et à l'apport des eaux du Nil. A l'ouest du détroit, ce sont les profondeurs de l'Atlantique, dont les eaux, nous l'avons vu, sont, aussi bien à la surface qu'au fond, plus froides que celles de la mer intérieure. En hiver toutefois, il y a à peu près égalité entre les températures des eaux superficielles des deux mers.

Quoiqu'il en soit, l'observation prouve que les eaux du détroit de Gibraltar subissent un double mouvement : l'un, inférieur, fait sortir les eaux du bassin méditerranéen; l'autre, supérieur, amène les eaux de l'Atlantique clans la Méditerranée. C'est ce dernier qui est prédominant, de sorte qu'il pénètre plus d'eau dans cette dernière mer qu'il n'en sort. Le docteur Carpenter admet, de ce fait, l'explication qu'en donnait déjà Halley il y a deux cents ans, et que voici. L'évaporation à la surface de la Méditerranée est très active : elle enlève annuellement à la surface une quantité d'eau supérieure à l'apport des pluies et des fleuves. De là une double tendance, d'abaissement du niveau des eaux de cette mer et d'un accroissement de salure et de densité. L'équilibre se rétablit par la double circulation qui s'effectue au travers du détroit. D'une part, l'eau plus dense de la Méditerranée s'écoule dans l'Atlantique par le courant inférieur, et elle est remplacée d'autre part avec un certain excès par le courant supérieur prédominant.

Il reste à savoir comment le docteur Carpenter rend compte de l'uniformité de température des couches méditerranéennes au-dessous de la profondeur de 100 brasses1, et de la différence qui existe, sous ce rapport, entre la colonne d'eau prise dans cette mer à l'est du détroit et celle qu'on prend à l'ouest, sous la même latitude, clans l'Atlantique. On a vu déjà que les basses températures de la couche inférieure de l'Océan proviennent du courant polaire. Or la barrière offerte par le seuil

1. Dans un rapport publié en 1870, le même savant avait cru devoir attribuer celle uniformité à l'influence sous-jacente de la croule chaude de la Terre, dont la température, dans la région de l'aire méditerranéenne, semblait devoir être aussi d'environ 12 degrés.

élevé du détroit à l'invasion de ce courant est parfaitement suffisante pour prévenir tout refroidissement des eaux de la Méditerranée. L'eau qu'amène le courant supérieur remplace celle qui s'écoule en sens inverse sans modifier sensiblement la température. Si, en hiver, la couche superficielle se refroidit, devient plus dense, elle s'enfonce et peu à peu toute la masse prend celle température moyenne uniforme, qui est celle de l'hiver de la région.

De ces considérations, le docteur Carpenter déduit les conditions thermiques générales qui doivent régir les mers intérieures, et dont il a vérifié l'exactitude en discutant les observations de température de la mer Noire, de la mer Rouge, et de la mer de Sulu, comprise entre la mer de Chine et les Célèbes. Voici comme il formule lui-même ces conditions : « La température du fond dans une mer intérieure profonde, dit-il, dépend de l'une ou de l'autre de ces deux conditions : 1° la température moyenne en hiver, ou température isochimale de la surface ; 2° la température de l'eau la plus froide qui de l'Océan voisin peut pénétrer clans cette mer. Si les communications de la mer intérieure avec l'Océan sont assez peu profondes pour que l'eau admise n'ait jamais une température inférieure à sa température isochimale, cette dernière deviendra alors la température uniforme de toute la masse placée au-dessous de la couche supérieure variable ; mais si les communications sont assez profondes pour laisser entrer l'eau d'une couche plus froide de l'Océan, l'eau du fond de la mer intérieure prendra la température de cette couche d'eau océanique1. »

Nous en resterons là sur cette question de la température de l'eau des mers. Les observations précises sont encore relativement bien peu nombreuses, ce qui s'explique aisément par les difficultés de tout genre que rencontrent les explorations ayant un but exclusivement scientifique : imperfection des

1. Conditions physiques des mers intérieures, parie docteur M, W. B. Carpenter.

appareils et incertitude de leurs indications, longueur des sondages en série, etc. On a pu voir néanmoins, par celles que nous avons rapportées et par les conséquences qu'on en peut déduire pour la circulation océanique et l'étude des courants marins, soit superficiels, soit profonds, quel intérêt s'attache aux explorations ayant pour objet la mesure exacte de ces températures. Nous verrons plus loin d'ailleurs quelle influence les courants océaniques ont sur la température de l'air et par suite sur les climats. C'est cet enchaînement si complexe des conditions météorologiques de tout ordre qui fait à la fois l'attrait de la science et son extrême difficulté.

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