‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 187 sur 271 · EN KILOMÈTRES PAR HEURE · texte numérisé non relu

EN KILOMÈTRES PAR HEURE

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Ces définitions données, voyons comment on mesure les divers éléments du vent.

§ 2. GIROUETTES, ANÉMOSCOPES ET ANÉMOMÈTRES.

Pour observer la direction du vent, on se sert de temps immémorial des girouettes, fixées au sommet des maisons ou des édifices quelconques, ou à l'extrémité de mâts élevés spécialement pour cet objet. En mer, les flammes des mats, la fumée des cheminées des bateaux à vapeur n'indiquent la direction vraie du vent que si le navire marche dans le vent ; en cas contraire, elles marquent la direction de la composante des vitesses du vent et du navire. Les voyageurs qui n'ont pas de girouettes à leur disposition peuvent y suppléer en attachant un ruban à l'extrémité d'une baguette ; quand le vent est faible, il suffit de tourner la figure à tous les points de l'horizon pour distinguer le point d'où il souffle ; en mouillant un doigt et le

manne, mais avec une concordance un peu différente. Les nombres mesurant les vitesses et les pressions ne sont pas non plus tout à fait les mêmes que dans les tableaux ci-dessus. Bornons-nous à citer, d'après lui, l'échelle marine.

tenant en l'air, le froid que produit l'évaporation est plus vif du côté du vent; on peut ainsi se rendre compte de sa direction approchée.

Les girouettes ordinaires, le plus souvent mal construites, mal équilibrées, offrent en outre un inconvénient qui en rend l'emploi difficile en météorologie : étant situées au dehors et à la partie supérieure des édifices, l'observation tant soit peu continue en est pénible, et d'ailleurs l'observateur a quelque peine à discerner le rumb de vent avec précision. Si leur

Fig. 252. — Miroir des vents supérieurs.

élévation est insuffisante, le courant qui les entraine a souvent une direction qui n'est pas celle du vent régnant; c'est ce que chacun peut constater en examinant plusieurs girouettes voisines : il arrive assez rarement que leurs indications soient concordantes. Avant de décrire le mode d'installation le plus rationnel, n'oublions pas de dire que les courants aériens n'ont pas toujours la même direction à différentes hauteurs. On voit quelquefois les nuages marcher dans un sens et les girouettes dans un autre. Il y aura donc, pour un météorologiste, deux observations simultanées à faire : celle de la direction du vent à une hauteur suffisante au-dessus du sol, et celle de la direction

GIROUETTES, ANËMOSGOPES ET ANÉMOMÈTRES. 751

suivie par les nuages, ou môme par diverses couches de nuages superposées. Pour la première, il se servira des anémoscopcs que nous allons décrire ; pour la seconde, qui n'est pas toujours aisée, il pourra s'aider du miroir à nuages. Voici la description de ce dernier appareil (fig. 252) donnée par les Instructions météorologiques : « C'est un disque de glace noire, fixe horizontalement, et portant gravés sur sa circonférence les quatre points cardinaux et les directions intermédiaires, N,N.N.E, N.E, E.N.E, etc. Sur ce disque on peut poser en un endroit quelconque une lige de métal verticale, munie d'un pied et terminée en haut par un œilleton.

Pour déterminer la direction du mouvement d'un nuage, on pose cette tige de métal à un endroit tel, que l'œil placé derrière l'œilleton voie l'image du nuage par réflexion sur la glace noire se faire au centre du disque; puis, sans bouger l'œilleton, on regarde par quelle division du cercle l'image du nuage sort du miroir : la direction opposée est celle par laquelle le nuage est entré. On peut même se dispenser de chercher la direction opposée et noter simplement celle par laquelle disparait le nuage, si l'on a eu la précaution d'orienter le miroir à rebours, la division S vers le nord, E vers l'ouest, et ainsi de suite; la lecture donnera alors la direction qu'il faut inscrire sur les feuilles, et qui est toujours celle d'où vient le nuage. »

L'observation de la direction du vent à terre se fait le plus souvent à l'aide d'une girouette, le plus simple des anémoscopes. Elle doit être installée à une hauteur suffisante pour n'être pas contrariée par les remous qui résultent du voisinage des édifices,

Fig. 253. — Installation d'une girouette.

des arbres, etc. Il importe avant tout qu'elle soit très mobile, ce qui aura lieu, si elle peut tourner librement autour d'un axe d'une verticalité parfaite, et si elle est bien en équilibre, son centre de gravité se trouvant sur l'axe même. Deux lames rectangulaires formant un angle aigu (d'environ 20 degrés), soudées à la tige verticale, ont pour contre-poids une flèche, terminée par une pointe ou une boule dirigée dans le plan bissecteur des lames. La tige traverse le toit de l'édifice, ainsi

que le plafond de la salle où se tient l'observateur ; elle passe dans des colliers qui la maintiennent sans la serrer. Elle porte à son "w^l """"" fat- - t extrémité inférieure un disque horizontal solide, enfermé dans un tambour fixé au plafond, et reposant sur des billes de métal ou d'agate1. De la sorte, la mobilité Fig' 2 ink^ wVi! ventS ÎÎ aigmll° de la tige en partant de la girouette

indicatrice de la girouette. or o

est assurée ; d'autre part, la double lame, en lui donnant plus de stabilité, empêche les oscillations trop fortes et trop fréquentes qu'on observe dans les bourrasques, lorsque la lame est unique. Les indications se lisent audessous du tambour, sur une rose des vents tracée au plafond et qui a pour centre l'extrémité de la tige. Celle-ci porte, dans ce but, une aiguille fixée dans une direction exactement parallèle au plan bissecteur des deux lames de la girouette et suivant par conséquent toutes ses oscillations. Cette installation permet d'observer la direction du vent à tout instant, pendant la journée et surtout pendant la nuit, sans quitter la chambre,

1 . « Au lieu de faire reposer la girouette sur des billes, disent les Instructions méléoroloyiqiies, on peut la supporter, dans un grand vase plein d'eau salée ou chargée de chlorure de calcium, au moyen d'un flotteur, par exemple un cylindre de zinc creux ou une sphère. Ce flotteur pourra être muni extérieurement d'ailettes, destinées à augmenter le frottement contre le liquide. On obtient ainsi, mieux que par tout autre procédé, une girouette qui obéit aux vents les plus faibles, et qui offre au contraire une grande résistance aux déplacements rapides, ce qui fait qu'elle présente moins, par les vents forts, ces oscillations violentes, qui sont dues le plus souvent aux défauts de l'instrument. »

ANÉMOSCOPES ET ANEMOMETRES.

et elle suffit quand on ne tient pas à noter toutes les variations de eette direction. Quand on veut connaître ces variations d'une manière continue, ou même seulement à des intervalles un peu rapprochés et sans interruption, l'observation de la girouette devient par trop pénible. En ce cas, il faut adopter des appareils enregistreurs soit de la direction, soit de la vitesse du vent, soit de ces deux éléments à la fois. Dès le commencement du siècle dernier, on avait compris l'utilité de ces instruments automatiques ; un mécanicien distingué de cette époque, d'Ons en Bray, donna dès 1754 (dans les Mémoires de V Académie des sciences) la description d'un « anémomètre qui marque de luimême sur le papier non seulement les vents qu'il a fait pendant les vingt-quatre heures, et à quelle heure chacun a commencé et fini, mais aussi leurs différentes vitesses ou forces relatives. » Un cylindre vertical monté sur l'axe de la girouette, et tournant comme elle, portait "25 crayons en saillie, disposés suivant une hélice; une bande de papier qu'entraînait un mécanisme d'horlogerie se déroulait au devant du cylindre, et celui des crayons qui, selon le mouvement de la girouette, se trouvait affleurer la surface du papier y traçait une ligne continue. La hauteur de la ligne ainsi tracée indiquait la direction du vent; sa longueur faisait connaître le temps pendant lequel il avait soufflé.

Le nombre des appareils imaginés depuis lors pour enregistrer la direction, la vitesse ou la force du vent est considérable. Nous ne ferons que citer l'anémoscope du P. Beaudoux, qui portait deux sortes de sabliers, dont chacun déposait dans les augets d'une couronne une partie du sable qu'il contenait. La couronne contenant, pour l'équilibre, une double rangée de 16 cases par exemple, la quantité de sable versée dans chacune de celles-ci était proportionnelle au temps pendant lequel le vent avait soufflé dans la direction correspondante. M. Liais a imaginé un anémomètre qui rappelle celui que nous venons de décrire ; au lieu de sable, c'est l'eau fournie par un vase de Mariotte (à écoulement constant) qui vient tomber dans les

cases de plusieurs couronnes concentriques. Plus le vent est fort, plus la couronne où tombe l'eau de l'entonnoir se trouve rapprochée de l'axe, de sorte que l'intensité est marquée parle rang de la couronne, tandis que la direction l'est par la case

Fig. 2L5. — Anémomètre de pression de Bouguer.

et la durée du vent par la quantité d'eau recueillie dans cette case.

On a cherché à mesurer directement l'intensité du vent; les appareils imaginés dans ce but sont alors ce qu'on nomme

Fig. 256. — Anémomètre Fig. 257. — Anémomètre

de pression de Lind. dépression deTaupenol.

des anémomètres de pression; si l'on se contente de mesurer la vitesse (d'où l'on déduit la force du vent par un calcul, selon un rapport déterminé par l'expérience), on emploie surtout; dans ce deuxième cas, les anémomètres de rotation. Les anémomètres de pression sont peu usités. Citons celui de Bouguer (fig. 255), formé d'une plaque circulaire D dont la surface se présente normalement à la direction du vent; la plaque est munie

ANEMOMETRES DE PRESSION.

d'une tige t traversant sans frottement un tube contenant un ressort à boudin qui résiste à renfoncement de la tige, c'està-dire à l'action du vent sur la plaque ; une graduation fait connaître de combien le ressort a cédé. L'anémomètre de Lind (fîg. 256) est fondé sur le refoulement d'une colonne liquide contenue dans un tube recourbé en siphon. Ce tube tourne avec l'axe A B d'une girouette G et présente l'un de ses orifices 0 à l'action du vent : la différence du niveau du mercure dans les deux tubes sert de mesure à la pression exercée par le vent. Enfin dans l'anémomètre de pression de Taupenot, que représente la figure 257, la force du vent s'exerce contre une lame rectangulaire tournant autour d'un axe horizontal dirigé perpendiculairement au plan de la girouette. Plus le vent est violent, plus la plaque se relève ; on peut mesurer l'angle qu'elle fait avec la verticale, par le nombre des crans saillants qui correspondent aux divisions de la plaque, découpée en quart de cercle.

Arrivons aux anémomètres de rotation usités aujourd'hui dans les observatoires météorologiques. Ces appareils sont en môme temps enregistreurs. Les premiers anémomètres de ce genre, celui de Wolfmann par exemple, qui fut perfectionné par Combes et le général Morin1, inscrivaient le nombre des tours de leurs moulinets sur des compteurs à cadran;

1. L'anémomètre Combes mérite mieux qu'une simple mention. En voici la description et la figure d'après l'excellent Dictionnaire des mathématiques appliquées de M. Sonnet :

« Il se compose de quatre ailes planes C,C,C,C, montées sur un axe très délié AA, terminé par des pivots très fins qui tournent dans des chapes en agate BB. Ce moulinet, exposé au vent de manière que la vitesse de celui-ci soit parallèle à l'axe AA, prend un mouvement de rotation plus ou moins rapide. Une vis sans fin, taillée sur l'axe AA, communique le mouvement à une roue dentée D. L'axe de celle-ci porte une petite came qui, à chaque tour, fait sauter d'une dent une roue à rochet E. La roue à rochet est retenue par un ressort très flexible fixé à la plaque horizontale G sur laquelle repose tout l'appareil. La roue D a 100 dents, et le rochet en a 50. Deux aiguilles H et H', placées en regard de ces roues, servent à faire connaître de combien elles ont tourné chacune. A chaque tour du moulinet, la vis sans fin avance d'un pas, et la roue D d'une dent; si donc on trouve que le rochet a sauté de m dénis, et que la roue D a tourné en outre de n dents, on en conclut que le moulinet a fait 100 m + n tours. Deux fils LL, que l'on peut manœuvrera distance, servent à faire mouvoir une fourchette K qui s'interpose entre les bras du moulinet lorsqu'on veut arrêter l'appareil ou qui s'en dégage lorsqu'on veut le remettre en marche. Pour se servir de l'appareil, on commence à amener le zéro de chaque roue en regard de l'aiguille correspondante; on

mais dans les appareils plus récents c'est l'électricité qui est chargée de transmettre et de noter leurs indications

ployés à l'observatoire de Montsouris depuis une dizaine d'années.

A l'origine, la direction du vent était enregistrée par l'anémomètre de M. Hervé-Mangon. Voici à l'aide de quelle disposition. La girouette porte, sur son axe, quatre disques métalliques qui tournent avec elles et jouent le rôle de commutateurs électriques. A cet effet, chacun des disques est entaillé sur les 5 huitièmes de sa circonférence; 3 huitièmes forment

place l'instrument dans le courant dont on veut mesurer la vitesse ; on tire la détente à un instant précis ; on laisse tourner le moulinet pendant trois ou quatre minutes ; on tire le cordon d'arrêt, et on lit sur les roues le nombre des tours exécutés par l'appareil; d'où l'on déduit aisément le nombre de tours faits par seconde.

. « Si N est ce nombre de tours, on a, en appelant V la vitesse du vent, et a et b des con-

stantes, î) = a + W. Les constantes a et b ont été déterminées à l'avance en plaçant l'appareil dans des courants dont la vitesse soit connue, ou plutôt en le faisant mouvoir avec une vitesse connue dans un air en repos. ))

Le général Morin ajouta à l'anémomètre Combes une troisième roue de 100 dents, permettant de compter jusqu'à 500 000 tours; il le munit de cadrans dont les aiguilles indiquaient immédiatement le nombre des tours effectués. L'anémomètre Combes se fait en matières plus ou moins légères, selon les vitesses à mesurer. Pour les faibles vitesses (Péclet en mesura de 0m,10 par seconde) les ailes du moulin sont en mica.

Fig. 258.

Anémomètre Combes, vue latérale.

Fig. 259.

Anémomètre Combes, vu de f;ire.

ANÉMOMÈTRES ENREGISTREURS. 757

saillie ; mais les quatre disques sont fixés sur l'axe de façon que le milieu de chacune des saillies est à 90 degrés de celle qui se trouve au-dessus ou au-dessous d'elle, de sorte que, lorsque le mouvement de la girouette oriente l'une d'elles au Nord, les trois autres sont orientées Est, Sud, Ouest. Quatre lames de ressort disposées, dans la boîte contenant les disques, en regard de chacun d'eux, appuient sur leur circonférence et maintiennent le contact avec celui d'entre eux qui présente sa partie saillante. Ce contact persiste tant que la direction du

Fig. 200. — Girouette de. l'anéimomètre II. Mangon, enregistreur de la direction du vent.

vent est comprise entre les divisions extrêmes qui correspondent aux 5 huitièmes de la circonférence ; il peut exister pour un seul disque ou pour deux disques à la fois, mais jamais plus. Un contact unique a lieu quand le vent souffle de l'une des quatre directions principales, IN., E., S., W.; dans les quatre directions intermédiaires, le contact existe pour les deux disques correspondants. Or les lames de ressort ou frotteurs sont en relation, par des fils conducteurs, avec les pôles d'éleclro-aimants au nombre de quatre; quand le contact a lieu, le courant passe, anime un ou deux des électros et fait mouvoir un trembleur qui marque un point sur une bande de

papier déroulée uniformément sous l'action d'un mouvement d'horlogerie. L'enregistrement se fait de dix minutes en dix minutes, de sorte que l'examen des points tracés sur le papier dans une période de 24 heures permettra de relever la direction du vent et toutes ses variations pendant cet intervalle.

Cet appareil, excellent d'ailleurs, avait l'inconvénient de ne donner que huit directions. Dans le but d'en obtenir seize, le directeur de l'Observatoire, M. Marié-Davy, le fit remplacer par

un anémomètre construit par Salleron et dont voici la description. La girouette a été remplacée par un système de deux roues verticales à palettes obliques, R, R', tournant autour d'un axe horizontal. Au milieu de cet axe, et faisant corps avec lui, un arbre vertical A est mobile en m autour d'un pivot. L'axe des roues est armé d'un pignon qui engrène avec les dents d'une couronne B, fixée horizontalement à l'extrémité du mât M et recouverte d'un Fig. 261. — Anémomètre Sai- chapeau C. Suivant que le vent frappe

leron; roues à palettes obli- 1 1 n j i» n

ques 1 Jes palettes des roues par 1 une ou 1 au-

tre de leurs faces, elles tournent dans un sens ou dans le sens opposé ; mais dans les deux cas le système tourne autour de l'axe horizontal, de manière à s'orienter sous le vent. Une fois dans cette position, il y demeure tant que la direction du vent ne varie point. La couronne est divisée en huit secteurs métalliques fixes correspondant aux huit divisions principales de la rose des vents, et isolés entre eux ; à chacun d'eux est soudé un fil distinct recouvert d'une enveloppe de gutta-percha, et les huit fils réunis en un seul câble aboutissent à l'enregistreur. Au-dessus des secteurs, l'arbre A porte une fourchette métallique o qui, tournant avec lui, reste toujours dirigée selon le vent, et qui sert de contact entre celui des secteurs sur lequel elle porte et un neu-

ANÉMOMÈTRES ENREGISTREURS. 759

vième fil communiquant avec la pile de l'enregistreur. Le courant de cette pile pénètre ainsi dans celui des huit fds qui part du secteur en contact avec la fourchette, ou encore dans les fils de deux secteurs contigus quand la direction du vent est intermédiaire entre deux des huit rumbs principaux.

Voyons maintenant comment fonctionne l'enregistreur. Chacun des huit fils aboutit à un électro-aimant spécial, dont l'armature agit sur une grande aiguille portant à son extrémité une pointe fine qui vient appuyer sur la surface du cylindre noirci. Ce dernier est mû uniformément par une horloge qui

Fig. 262. — Enregistreur de l'ahémographe Salleron.

ne laisse passer le courant de la pile que toutes les dix minutes. On voit à droite, sur la figure 262, les huit aiguilles qui correspondent aux huit principaux rumbs du vent. Quand le courant ne passe pas, chaque aiguille trace un cercle sur le cylindre; mais dès que le courant passe dans un ou deux des électro-aimants, l'aiguille (ou les deux aiguilles correspondantes) trace un petit trait transversal ; toutes les dix minutes s'enregistre un trait semblable, et l'on peut ainsi voir à la fois quel vent soufflait à un instant donné de la journée et pendant combien de temps ce vent a soufflé, par le nombre et l'espacement des traits marqués sur chacune des huit circonférences. Quant à la vitesse du vent, elle s'obtient à l'aide de l'anémo-

mètre de Robinson. C'est un moulinet à quatre branches horizontales, dont chacune porte à son extrémité un hémisphère métallique creux. Le système est porté par un axe D au sommet du mât et tourne sous l'action du vent, plus forte à l'intérieur des coupes que sur leur partie convexe. C'est du nombre des tours ou des révolutions complètes faites par le moulinet que l'on peut déduire la vitesse du vent par heure et par seconde, d'après un principe qui a été établi par l'inventeur. Selon Robinson, le nombre des tours est proportionnel à la vitesse du vent; quand la longueur des bras est assez grande pour qu'on puisse regarder comme insensible le frottement sur l'axe, le chemin parcouru en un temps donné par l'un des hémisphères est égal au tiers du chemin parcouru par une molécule d'air dans le même temps, Un calcul facile permet donc d'obtenir la vitesse du vent, si l'on connaît le nombre des tours du moulinet et la distance du centre d'un hémisphère à l'axe de rotation1. Celle-ci est connue et constante pour un anémomètre ; le nombre des tours est donné, soit par un compteur à cadran, soit par un enregistrement électrique. Dans les deux cas, l'arbre D qui porte le moulinet ou plutôt la tige y communique son mouvement de rotation, par l'intermédiaire d'une vis sans fin, à une roue dentée x. Chaque tour du moulinet fait avancer cette roue d'une dent; si elle a 100 dents, une révolution de la roue correspondra à 100 tours. Dans les compteurs, la première roue engrène, par un pignon, avec une seconde roue dont la

1. En appelant a cette distance, n le nombre des tours du moulinet, le chemin parcouru est o.2n?ra = 6/tira. Soit a égal à 0m,3, chaque tour du moulinet donnera un développement de lm,885, correspondant à 5m,655 parcourus par le vent. Si le nombre des tours, en une heure, est 2450 par exemple, sa vitesse sera de 15kil,8 environ par heure, soit de om,83 par seconde.

Fig. 265. — Anémomètre à moulinet de Robinson.

ANÉMOMÈTRES ENREGISTREURS. 761

vitesse est 10 fois moindre, chaque révolution correspondra à 1000 tours du moulinet. Les index des cadrans centres sur ces roues permettront donc de calculer combien de tours le moulinet a faits dans un temps donné, et par suite le nombre de kilomètres parcourus par le vent, ou, selon le langage météorologique, les kilomètres de vent qui ont passé par l'anémomètre en 24 heures.

L'enregistrement électrique de la vitesse se fait de la manière suivante. A chaque tour de la roue oc, une goupille e vient au contact du levier /; qu'elle appuie sur une lame élastique en n.

Fig. 264. — Mécanisme de l'enregistreur de la vitesse.

Alors le courant de la pile qui s'arrêtait à la borne b passe maintenant par b' et va rejoindre l'électro-aimant E' (fig. 264). Son armature d, en s'abaissant, agit par un rochet sur une roue dentée t qu'il fait avancer d'une dent. Ce mouvement se communique par les roues nt m, i, à un fil de soie fixé à l'aiguille m. Celle-ci trace, en s'inclinant de droite à gauche, un trait sur le cylindre noirci. Les traits successifs forment une courbe d'autant plus longue que la vitesse du vent est plus grande. D'heure en heure, elle est interrompue de la façon suivante : Un courant qui vient à ce moment animer l'électro-aimant E fait abaisser l'armature a et la roue m; la roue ê devenant libre, le fil de soie tiré par un contrepoids ramène l'aiguille u à son point de départ, pour recommencer une courbe nouvelle. Si l'extrémité de celte aiguille parcourt 1 millimètre à chaque

tour de la roue x de l'anémomètre, soit à chaque kilomètre parcouru par le vent, on voit qu'à l'examen des courbes du papier du cylindre on pourra connaître la vitesse du vent à une heure quelconque de la journée.

La figure 265 est la reproduction des tracés de l'anémomètre que nous venons de décrire pour trois journées consécutives de 24 heures. La ligne divisée du bas de la ligure est une ligne de repère, dont chaque trait correspond à une heure des trois jours. Au-dessus, sur une ligne marquée V, on voit une suite de courbes obliques, de longueurs inégales ; ce sont celles dont nous venons de parler en dernier lieu; par leur longueur,

Fig. 265. — Diagrammes de l'anémomètre dormant la direction du vent et sa vitesse.

elles marquent la vitesse du vent pendant chaque heure : la courbe que forment leurs extrémités traduit à l'œil les variations successives de cette vitesse. Plus haut, huit lignes horizontales correspondent aux directions du vent des quatre points cardinaux et à leurs intermédiaires. Les traits verticaux qui en descendent indiquent quelle était, à l'heure correspondante, la direction du vent qui soufflait alors. En certains points, deux directions, W. et S.W. par exemple sont superposées. Cela montre qu'à ces heures la direction du vent était comprise entre ces deux rumbs; elle était W. S. W. par conséquent, ou à peu près.

A l'observatoire de Montsouris, la pression du vent était primitivement donnée par quatre cônes fixes dirigés vers les points cardinaux. Ces cônes, disposés aux quatre coins de Ja

ANÉMOMÈTRES ENREGISTREURS.

plaie-forme du mât des anémomètres (fîg. 266), communiquaient avec l'intérieur du pavillon des enregistreurs au moyen de quatre tuyaux de cuivre, longs chacun de 24 mètres environ. Chaque tuyau était terminé par un tube de caoutchouc aboutissant à l'intérieur d'une mince boîte de baromètre métallique. En groupant ces boites deux par deux, par vents opposés, la pression était positive dans l'une, négative dans l'autre, et c'est leur différence (ou somme algébrique) que l'aiguille marquait sur le cylindre de l'enregistreur. Les deux résultats obtenus donnaient les composantes rectangulaires de la pression, d'où l'on pouvait déduire la pression totale. « Mais les à-coup du vent, dit Y Annuaire de 1878, étaient compliqués par son incessante mobilité. Le relevé des données enregistrées devenait peu sûr et d'une extrême difficulté. » Ces inconvénients ont décidé le directeur de l'Observatoire à substituer au système que nous venons de décrire sommairement de nouveaux appareils, par la description desquels nous terminerons ce paragraphe.

L'anémomètre multiplicateur de M. Eugène Bourdon, que représentent, dans ses parties essentielles, les ligures 267 et 268, a pour objet principal la mesure et l'enregistrement des pressions du vent et de leurs variations. Leur construction est basée sur la propriété des tubes de Yenturi. On nomme ainsi, du nom de leur inventeur, un système particulier d'ajutage appliqué à l'écoulement des liquides ou des gaz, système formé de deux tubes coniques de dimensions inégales, réunis par leurs petites bases. Si, par le jeu d'un ventilateur ou par tout autre moyen semblable, on insuffle de l'air par l'une des ouvertures du tube biconique, la vitesse du courant d'air ira en

Fig. 206. — Plate-forme du mât des anémomètres, à l'observatoire de Montsouris.

s'accélérant jusqu'à la partie centrale de plus petite section, c'est-à-dire au point de réunion des deux tubes dont l'un est convergent, l'autre divergent. Si l'on place un manomètre à eau à l'orifice d'entrée du courant et un autre à la petite seclion, on constatera que, la colonne d'eau soulevée à l'orifice par la pression due au ventilateur étant 1, celle que marquera le second manomètre sera 6 ; seulement cette seconde pression sera négative, à cause du vide déterminé en ce point par l'accélération de vitesse du courant.

C'est cette action pneumatique des tubes de Venturi que

Fig. 207. — Anémomètre multiplicateur de Bourdon.

M. Bourdon a multipliée en disposant un second tube plus petit à l'intérieur du premier. Les dimensions de ce second tube sont assez petites pour qu'il n'occupe que la partie centrale de la plus petite section du tube qui l'enveloppe; d'ailleurs l'extrémité divergente du tube intérieur occupe exactement le point où viennent se réunir les sommets des cônes tronqués du grand tube. Avec cette disposition, que laisse voir la figure 267, il est clair que le courant gazeux qui pénétrera par l'orifice du petit tube aura, en arrivant à la petite section de ce dernier, sa vitesse augmentée encore d'un degré. En effet, l'orifice de sortie du tube intérieur débouche en un point du grand tube où nous avons vu que l'air se trouve déjà considérablement raréfié. L'écoulement s'y fera donc non seulement sous l'action propulsive du courant aérien, mais encore sous l'influence de

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