DIFFUSION DES GAZ DANS LES LAVES
ce cas, non seulement le gaz cesse d'être transvasé par le tube, mais il est arrêté et en partie absorbé par sa surface vitrifiée, laquelle peut ensuite le laisser échapper en prenant une structure poreuse. »
Ces propriétés antagonistes de l'état cristallin et de l'état vitreux ou amorphe d'une même substance, M. Ch. Sainte- Claire Deville les trouve dans les laves volcaniques, qui, comme on l'a vu, constituent deux variétés distinctes. Les unes riches en silice, très surfusibles, prennent facilement, en se refroidissant, l'état vitreux : telle est l'obsidienne, tels sont les trachytes anciens et les tufs ponceux des Champs Phlégréens par exemple. Les autres (amphigénites, basaltes, dolérites), riches en chaux et d'une faible teneur en silice (au maximum 50 pour 100), res- • tent toujours cristallines, quelle que soit la vitesse de leur refroidissement. C'est de ces laves que se dégagent successivement, dans l'ordre que nous avons signalé lorsque nous avons décrit les émanations des volcans, les divers gaz qu'elles avaient dissous dans le milieu très échauffe où elles étaient en fusion, gaz qui s'échappent à mesure que s'opère le lent travail intime de la cristallisation. Telles sont les laves observées dans les éruptions du Vésuve. Les laves riches en silice au contraire, qui, comme l'obsidienne, ont une propension à se consolider à l'état vitreux, emprisonnent et solidifient en quelque sorte les substances volatiles qui s'y trouvent en dissolution. Chauffée à une température bien inférieure à celle de son point de fusion, l'obsidienne se boursoufle en augmentant considérablement de volume, et, une fois transformée en ponce, il faut une chaleur très intense pour la ramollir de nouveau et la fondre. Dans la pensée de M. Ch. Sainte-Claire Deville, c'est sous l'action de la transformation en ponce des masses intérieures d'obsidienne que se seraient formés les nombreux cratères des Champs Phlégréens et le Monte-Nuovo. Soulevant le sol en forme d'ampoule et le projetant de toutes parts en débris, la force immense qui résulte de cette expansion subite n'exige pour se développer qu'une élévation de température bien inférieure à celle qu'on
constate dans les éruptions du Vésuve. C'est aussi de la même manière qu'il expliquait la formation des nombreux cratères dont la surface de la Lune est accidentée. « Si on observe, dit-il, la ressemblance qui existe entre la carte des Champs Phlégréens et celle de la surface lunaire (fig. 343 et 344), il est assez naturel de penser que ce sont des actions du même genre qui ont accidenté cette dernière, et il n'est peut-être pas hors de propos de faire remarquer qu'un globe qui serait uniquement composé
HÛO'E , do Pans 11° 5'
Fig. 343. — Carte des Champs Phlégréens.
de matières vitrifiées pourrait avoir ainsi condensé et dissous dans sa propre masse les éléments gazeux qui l'entouraient à l'origine, et qui, sans cette circonstance, lui auraient constitué une atmosphère. Et, en appliquant cette pensée à notre propre globe, ne pourrait-on pas concevoir que la croûte granitique primitive, essentiellement riche en silice, substance dont j'ai prouvé l'extrême surfusibilité, ait condensé avant sa consolidation une partie au moins des gaz qui composent notre atmosphère? Dans cette hypothèse, la vapeur d'eau, l'hydrogène,