‹ Le monde physique (volume 3)Chapitre 3 sur 271 · ÉTENDUE ET DISTRIBUTION DES TERRES ET DES EAUX · texte numérisé non relu

ÉTENDUE ET DISTRIBUTION DES TERRES ET DES EAUX

Il ne s'agit, dans toutes les données qui précèdent, que de la Terre considérée dans son ensemble. Mais il n'est pas moins intéressant, disons mieux, il est encore plus utile pour l'étude que nous nous proposons, de connaître celles qui concernent sa configuration générale. L'étendue relative des terres et des eaux à sa surface, leur distribution sur chaque hémisphère, la masse des parties solides émergentes ou du relief des continents et des îles, la masse des parties liquides qui constituent les mers, voilà autant de questions sur lesquelles il importe d'avoir des données précises, sans quoi on risquerait de se faire une idée fausse de l'influence exercée par ces divers éléments sur les phénomènes météorologiques, de méconnaître tout au moins la dépendance où ils sont les uns des autres.

Commençons par dire ce qu'on sait de la superficie qu'occupent, à la surface du globe, les continents d'une part, les océans et les mers de l'autre. Voici les nombres que nous trouvons à cet égard dans la partie géographique de V Annuaire du Bureau des longitudes pour Vannée 1884. Ces données ont été recueillies par notre savant compatriote M. Levasseur :

(Europe 9 980 845 lui. carrés.

Ancien continent, .l 'Asie 45104 000 —

( Afrique 50 008 000 —

K'n .i"". ( Amérique N. . . 24 798 000 —

Nouveau continent. \ . , . 1

} Amérique S. . . 17 755 000 —

Océanie (Australasie, Malaisie, Polynésie) 11 091 000 — Superficie totale des continents et des îles. 156 756 845 kil. carrés.

Voici maintenant les nombres relatifs à la superficie des mers :

Océan Atlantique ........ 100000 000 kil. carrés.

— Indien 68 000 000 —

— Pacifique 175 000 000 —

— Glacial boréal 10 000 000 —

— Glacial austral 20 000 000 —

Superficie totale des océans ... 575 000 000 kil. carrés.

En résumé, tandis que l'étendue des continents mesure environ 157 millions de kilomètres carrés, celle des eaux s'élève à 573 millions, ce qui donne en tout les 510 millions de kilomètres carrés de la surface du globe trouvés plus haut. Sur 1000 parties de cette surface, 268 environ sont solides ou du moins forment la partie solide émergente ; les 752 autres sont le domaine de la masse liquide. Les terres sont donc un peu plus du quart, les mers un peu moins des trois quarts de la superficie totale1. Cette évaluation, du reste, est sujette à revision, puisque tous les contours des côtes ne sont pas déterminés partout avec la même précision, et que les mesures géodésiques n'embrassent encore qu'une partie limitée des continents ou des îles. Mais l'approximation est bien suffisante pour le point de vue où nous nous plaçons ici.

Si la proportion relative des eaux et des terres est une donnée dont la météorologie doive tenir compte, à cause de la diversilé d'influence que ces deux parties constitutives de la surface terrestre exercent à coup sûr sur les phénomènes atmosphériques, pour une raison de même ordre il est très intéressant de savoir comment elles sont distribuées sur les deux hémisphères. Nous ne voulons parler ici de cette distribution qu'au point de vue des grandes masses; mais nous verrons combien il est nécessaire d'entrer clans le détail des configurations, quand il s'agira d'expliquer l'infinie variété des climats. Comme le dit Humboldt, « le mot climat désigne une constitution particulière de l'atmosphère; mais cette constitution est soumise à la double influence de la mer,

1. « Dans l'état actuel de la surface de notre planète, dit Humboldt dans son Cosmos, la superficie de la terre ferme est à celle de l'élément liquide dans le rapport de 1 à 2,8, ou, d'après Rigaud, dans le rapport de 100 à 270. » Les nombres rapportés plus haut donnent 1 : 2,74 pour ce rapport, que d'autres auteurs estimaient égal à 1 : 2,84. On n'a que des notions peu certaines sur l'étendue relative des terres et des mers qui avoisinent les deux pôles; mais les données qu'on pourra recueillir ultérieurement sur ce point ne modifieront guère les nombres actuels, bien éloignés de la croyance où l'on était, au moyen âge, que les mers ne formaient que la septième partie de la surface de la Terre. On connaissait à peine alors, il est vrai, la moitié de cette surface. On ne savait à peu près rien de l'existence de l'immense plaine liquide qui forme l'océan Pacifique, et, quand Christophe Colomb aborda à San Salvador, il crut avoir touché aux cotes orientales du continent asiatique.

sillonnée à la surface et dans ses profondeurs de courants doués de températures très diverses, et de la terre ferme, dont la surface articulée, accidentée, colorée de mille manières, tantôt nue, tantôt recouverte de forêts ou de gazons, rayonne le calorique avec une intensité extrêmement variable1. »

Jetons un coup d'œil sur les ligures o et 4, qui représentent, la première, l'hémisphère boréal, la seconde, l'hémisphère austral de notre globe : il est impossible de n'être poinL frappé de l'inégalité de la réparti lion des eaux et des terres sur chacun d'eux. L'ancien continent presque tout entier (un tiers seul de l'Afrique y manque), toute l'Amérique septentrionale et centrale, avec une partie de l'Amérique méridionale, se trouvent au nord de l'équateur; tandis que l'Afrique australe, c'est-àdire un tiers environ du continent africain, le resle de l'Amérique du Sud, l'Australie, avec une partie des îles de la Malaisie, forment seuls la partie terrestre de l'hémisphère sud. Du pôle austral jusqu'au 40e degré de latitude sud, on ne rencontre, en fait de terres, que la pointe sud du continent américain et les rares lambeaux de terres polaires antarctiques : les eaux recouvrent tout le reste, ainsi que les vastes espaces compris entre l'équateur et les trois continents ou fragments de continents que nous venons de nommer. On peut donc dire que l'hémisphère austral est avant tout océanique2. Mais le contraste résultant de cette inégalité de répartition des terres et des eaux sur le globe est bien autrement accusé, si, au lieu de prendre pour ligne de séparation le cercle équatorial, on divise la Terre en deux hémisphères par un grand cercle ayant Paris ou Londres d'un côté, et leurs antipodes de l'autre côté, pour pôles. C'est ce qu'il est aisé de constater en examinant les figures 5 et 6. On voit alors, accumulées dans le premier hémisphère, toutes les terres de l'ancien continent et une grande partie de celles

Page 1