‹ Le monde physique (volume 4)Chapitre 5 sur 190 · LE SENS DE LA VUE · texte numérisé non relu

LE SENS DE LA VUE

lumière sur les êtres organisés, et cette vérité, que nous ne faisons qu'énoncer et qu'effleurer ici, pour ainsi dire, apparaîtra dans tout son jour. Enfin, si la lumière, tout en exerçant sur la nature sa bienfaisante influence, cessait d'être perçue par nous, si l'homme était privé du sens de la vue, qui ne compi*end que son existence serait, sinon absolument menacée, du moins bien compromise? Ce n'est pas la science seule qui alors serait en jeu, mais tout ce qui fait notre supériorité sur les animaux. Au reste, que serait pour nous la lumière sans l'organe par lequel nous en percevons les manifestations variées?

Comme le son, la lumière est pour l'homme un phénomène à la fois extérieur et intérieur.

Toute source lumineuse, — prenons le wSoleil pour exemple, — est le foyer d'un mouvement vibratoire qui ébranle l'élhcr dans tous les sens, puis se propage avec une excessive rapidité sous la forme d'ondulations de périodes et d'amplitudes diverses. Ce mouvement traverse certains milieux, rencontre les corps, s*y réfléchit en partie, est absorbé pour une autre partie, se brise et se partage de diverses manières en produisant les effets les plus variés : ici, élévation de température; là, combinaisons et décompositions chimiques, etc. Tout cela est le côté extérieur du phénomène, la forme sous laquelle il existe, abstraction faite de l'homme ou de tout autre être suscej)lible d'éprouver la sensation de la lumière. Que maintenant, sur le trajet de ces radiations, se rencontre l'organe visuel de l'homme ou de tout autre être vivant : aussitôt l'ébranlement, en se communiquant par la rétine aux nerfs optiques, provoque pour eux la sensation de la lumière avec toutes ses modifications d'éclat et de couleurs. Voilà le phénomène intérieur, qui dépend de notre organisation, de notre sensibilité. Ce qui le prouve, c'est que, parmi les radiations émanées d'une source, il n'y a que celles qui ont une certaine rapidité dans leurs périodes qui donnent naissance à la sensation lumineuse. Les ondes moins rapides et plus longues donnent lieu à des phénomènes calorifiques sans qu'il y ait lumière; il en est de même des plus ra-

pides et des plus courtes, dont Taction se manifeste seulement sous forme de phénomènes chimiques.

Considérées en elles-mêmes, les ondes calorifiques, les ondes lumineuses et les ondes chimiques ne diffèrent cependant pas de nature : les unes et les autres sont des mouvements vibratoires, émanés des mêmes sources et produits par une même cause; leurs longueurs, la rapidité avec laquelle ces ondes se succèdent, sont, nous le répétons, les seuls éléments qui les différencient. Au sein de l'éther, du milieu éminemment élastique où elles se propagent, elles sont toutes confondues : c'est seulement à la rencontre des corps, soit inorganiques ou inertes, soit organisés ou vivants, minéraux, végétaux et animaux, solides, liquides ou gaz, ou en pénétrant dans leurs substances, que ces ondes se trouvent comme triées. C'est alors que se transforment ces mouvements vibratoires, et que les uns se manifestent comme chaleur, les autres comme activité chimique, les autres sous la forme de lumière.

Ainsi, on le voit par ce premier aperçu, la sensation de la lumière et des couleurs n'est autre chose que la propriété particulière aux nerfs optiques d'être impressionnés par des radiations d'une certaine intensité, émanées de ce qu'on nomme une source lumineuse. C'est une propriété toute relative à l'homme, et dans une mesure que nous ne connaissons pas exactement, aux animaux. Il est possible que certains êtres vivants perçoivent, comme lumière, des ondes qui, pour nous, sont exclusivement calorifiques, ou d'autres ondes, qui sont pour nous exclusivement chimiques.

Page 1