INFLUENCE DE LA LUMIÈRE SUR LA VIE ANIMALE
L'existence et le développement du règne animal à la surface de la Terre sont subordonnés à l'existence et au développement de la vie végétale. C'est là un fait d'une telle évidence, qu'il est tout à fait inutile d'insister ; de sorte qu'indirectement la lumière, sans laquelle aucune plante à chlorophylle ne saurait vivre, se trouve indispensable aussi à la vie animale.
Quant à l'influence directe de la lumière sur telle ou telle fonction essentielle de l'animal, bien qu'elle n'ait point été étudiée et analysée encore dans son mode spécial d'action, il n est pas moins certain qu'elle existe : pour se développer et pour vivre, pour jouir de la santé physique dans sa plénitude, l'homme et la plupart des animaux ont un égal besoin de la lumière.
Quelle différence, sous le rapport de la vigueur et de la santé, entre les populations qui vivent en plein air et reçoivent largement les rayons du soleil, et celles qui se pressent dans les rues étroites et obscures des villes ! Quel contraste entre la vivacité, la force musculaire des animaux et des hommes habitants des régions tropicales, et la lenteur inerte des Lapons, des Samoyèdes, des ours polaires! « On a des exemples nombreux, dit Dubrunfaut, de maladies, d'infirmités ou d'accidents divers que peut produire la privation de la lumière. Telles sont les maladies qui atteignent les mineurs, les marins de la cale des navires, les ouvriers des manufactures mal éclairées, les habitants des caves, des rez-de-chaussée ou des rues étroites.
On connaît aussi les importantes observations de M. Edwards sur les batraciens et celles de Humboldt sur la vigueur des populations des régions équinoxiales. Ces populations à peau rouge, à formes musculeuses et arrondies, reçoivent directement rinfluence bienfaisante de la lumière sur leurs corps entièrement nus. » {Statique de la lumière dans les phénomènes de la vie.)
Le savant auquel nous empruntons ces lignes soupçonnait que la lumière agissait sur l'organisme animal précisément par les rayons qui sont inefficaces au point de vue des phénomènes de la végétation. « La chlorophylle et les globules sanguins, ajoutait-il, n'offrent-ils pas les deux grands pivots de la vie organique des végétaux et des animaux, et les conditions de leur formation, en apparence similaires, ne sont-elles pas bien distinctes et bien définies par leurs modes d'être si différents visà-vis du stimulus lumineux? Il est donc parfaitement légitime de conclure de tous les faits connus et bien observés que la lumière blanche du Soleil, qui est indispensable à la vie normale des végétaux et des animaux, se partage sous leurs influences propres en deux faisceaux complémentaires, qui sont absorbés pour les besoins des fonctions assimilatrices. »
Les recherches faites depuis sur ce point intéressant ne semblent pas justifier tout à fait les conclusions de M. Dubrunfaut. M. Béclard, puis un Américain, le général Pleasonton, et enfin iM. Emile Yung ont reconnu que ce sont les rayons les plus réfrangibles, c'est-à-dire les rayons violets, qui sont le plus favorables à la croissance des animaux. La lumière verte, nuisible à la végétation, le serait également à la vie animale, de sorte que les deux règnes se partageraient les radiations extrêmes. Il n'y a rien là que de très naturel, si l'on songe que la plante, pour vivre et croître, décompose l'acide carbonique de l'air, exhale de l'oxygène et fixe du carbone, tandis que l'animal absorbe de l'oxygène et dégage de l'acide carbonique. La différence des fonctions correspond bien à la différence des modes d'action des radiations lumineuses.