DU SPECTRE
En nous reportant aux expériences décrites dans le chapitre VII j nous voyons que tout faisceau de lumière blanche est composé d'une multitude de radiations qui diffèrent par leur degré de réfrangibilité et par leur couleur. Si la lumière décomposée par le prisme appartient à un solide ou à un liquide incandescent, par exemple à un bain de platine, fondu (au blanc éblouissant), le spectre est continu ; il contient des radiations dont la réfrangibilité va en croissant par degrés insensibles, depuis le rouge sombre jusqu'à l'extrême violet. Si la lumière est celle d'un gaz, le spectre est, au contraire, formé d'un certain nombre de raies brillantes séparées par des espaces sombres plus ou moins larges. Si enfin la lumière émane d'une source qui, seule, donnerait un spectre continu, si de plus elle traverse un milieu absorbant, une atmosphère gazeuse plus ou moins complexe, alors le spectre présentera un nombre plus ou moins considérable de raies noires : la continuité en sera interrompue par ces lignes, qui correspondent précisément aux raies brillantes que donneraient les substances de l'atmosphère absorbante, si leur liunière était analysée isolément par le prisme : tel est le spectre de la lumière du Soleil.
Deux caractères, comme on voit, distinguent les unes des
autres les diverses radiations, la réfrangibilité et la couleur; ces deux propriétés sont d'ailleurs indissolublement liées Tune à l'autre, de sorte qu'à un rayon lumineux de réfrangibilité déterminée correspond toujours la même couleur ou la même nuance.
Nous savons déjà (mais bientôt nous insisterons davantage sur ce point en exposant la théorie de la lumière) que la cause des phénomènes lumineux provient d'un mouvement vibratoire des sources, lequel se propage dans l'éther sous la forme d'ondulations excessivement rapides et excessivement courtes : c'est par trillions que l'on compte le nombre des vibrations effectuées en une seconde par une molécule d'éther, et par millionièmes de millimètre que se mesure la longueur d'onde ou le chemin parcouru par l'ondulation pendant le même temps. Le phénomène est analogue à celui des ondes sonores, sauf la question de nombre et de mesure, sauf aussi le mode de propagation. On a vu que les sons diffèrent de hauteur et que cet élément dépend du nombre des vibrations dans l'unité de temps de la source sonore, tandis que la force ou l'intensité du son est liée à l'amplitude des ondes. Dans les phénomènes lumineux, le nombre des vibrations ou la longueur d'onde est ce qui différencie les radiations au point de vue de la réfrangibilité, ou de la couleur. Ainsi la couleur de la lumière est l'analogue de la hauteur du son ; l'intensité lumineuse se mesurerait également par l'amplitude des ondulations éthérées.
Enfin, il y a une autre analogie entre le son et la lumière. De même que l'échelle des sons perceptibles au point de vue de la hauteur est comprise entre deux limites, l'une inférieure, l'autre supérieure, de même les radiations lumineuses sont renfermées entre deux extrêmes, qui sont les limites du spectre visible. La lumière solaire, qui est de beaucoup la plus puissante des sources lumineuses connues, est formée de radiations qui s'étendent un peu au delà de la raie A de Frauenhofer du côté du rouge, et un peu au delà de la raie H dans le violet.
Toutefois ces limites ne sont relatives qu'aux radiations sus-