‹ Le monde physique (volume 5)Chapitre 9 sur 185 · IL · texte numérisé non relu

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travers une distance égale à celle des étoiles de première grandeur.

La transparence n'est pas une propriété qui appartienne exclusivement au vide des espaces célestes, à Tair et aux gaz; les liquides et les solides, comme Teau, le verre, un grand nombre de substances cristallisées en jouissent également. Une lame de verre, une mince couche d'eau laisse voir, au travers de son épaisseur, les objets avec une grande netteté ; mais cette transparence diminue assez rapidement à mesure que l'épaisseur augmente; d'incolore que paraît d'abord le milieu interposé entre l'œil et les objets, ce milieu prend une nuance de couleur de plus en plus foncée, jusqu'à ce que, l'absorption de la lumière devenant totale , on finisse par n'apercevoir plus rien que le milieu lui-même. C'est ainsi qu'un disque blanc, plongé dans la mer, en face de la côte de Civitla-Vecchia, alors que l'eau était parfaitement claire, d'une belle couleur et d'une grande pureté, disparaissait entièrement à une profondeur de 45 mètres au plus (expérience de M. Cialdi). « La couleur du disque devenait d'abord légèrement verdâtre, puis elle virait au bleu clair, et ce bleu s'assombrissait au fur et à mesure qu'on laissait descendre l'appareil, jusqu'à ce que sa couleur, étant devenue aussi sombre que celle de l'eau, il ne fut plus possible de la distinguer du milieu environnant. » Des disques teints en jaune et de couleur de vase de mer disparaissaient dans les mêmes circonstances à des profondeurs de 17 et de 24 mètres.

La transparence des gaz, de l'air atmosphérique quand il est bien pur, est beaucoup plus étendue. D'un sommet très élevé comme celui du mont Blanc, l'œil jouit d'un panorama immense, et distingue encore les objets à une distance considérable. D'après M. Martins, la portion de la surface de la Terre géométriquement visible du haut du mont Blanc est de 210 kilomètres. On pourrait donc de ce sommet, si la transparence de l'air était absolue, apercevoir le golfe de Gênes ; mais, « au delà de 100 kilomètres, les objets voilés par le hâle sont confus et efiacés. Jusqu'à 60 kilomètres tout est net et reconnaissable. »

Sans aucun doute, des points lumineux seraient \us pendant la nuit jusqu^à la limite du cercle de yisibilité : telle était Topinion de M. Martins et des savants qui l'accompagnaient, puisqu'ils s'étaient proposé d'échanger des signaux de feu avec la ville de Dijon, qui est un des points de cet immense horizon.

Outre les corps transparents ou diaphanes, il y a les corps simplement translucides, laissant passer la lumière sans per-^ mettre de distinguer les contours des objets : tels sont le verre dépoli, le papier, la corne, l'albâtre, certains liquides, comme le lait. En mouillant le papier ou en le recouvrant d'une mince couche d'huile, sa translucidité augmente et se change même en transparence quand le papier est suffisamment mince. Les minéralogistes nommenl hydrophane une espèce d'opale (quartz résinite) qui est blanche et presque opaque à l'état ordinaire. Cette pierre devient translucide si on la laisse plongée dans Teau un certain temps.

Les corps mêmes qu'on croirait doués d'une opacité absolue laissent passer une certaine quantité de lumière lorsqu'ils sont réduits en lames d'une très petite épaisseur. Les pierres, le bois, les métaux, une multitude d'autres substances, sont opaques. Cependant, si l'on place entre l'œil et la lumière du jour une feuille d'or, par exemple, — les batteurs d'or en obtiennent de si minces qu'il en faut superposer jusqu'à i 0 000 pour avoir l'épaisseur d'un millimètre, — on aperçoit une belle couleur d'un bleu verdâtre qui témoigne de la transmission de la lumière, non pas à travers les fentes produites par le battage, mais dans la substance même du métal. D'après les expériences de M. A. Dupasquier, les feuilles minces d'argent, d'or vert (alliage d'argent et d'or) laissent aussi passer une faible lumière, dont la teinte est bleuâtre ; il en est de même des feuilles de cuivre, quoique la coloration d'un bleu noirâtre de la lumière transmise à travers ces feuilles soit moins régulière, ce gui tient évidemment aux inégalités d'épaisseur du métal. Ainsi, la transparence, la translucidilé, l'opacité sont des propriétés toutes relatives : de l'éther interstellaire qui jouit au plus haut degré de la trans-

parence, aux métaux les plus opaques, il n*y a que des différences de degré. C'est l'extrême petitesse des objets dont les micrographes étudient la structure interne» — infusoires, microphyles, elc, — qui explique leur transparence.

Pour le moment, du reste, nous ne faisons qu'énumérer les corps qui jouissent à des degrés divers de la propriété de laisser passer la lumière à travers leur épaisseur. On verra plus loin quelles explications ont été proposées pour rendre compte de cette propriété et comment on la suppose liée à la structure moléculaire des milieux.

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