TÉLÉPHONE A FICELLES
Un des savants contemjiorains de Newtou, dont nous avons eu l'occasion de citer le nom en parlant de la gravitation universelle, R. Hooke, eut l'idée, dès 1667, de transmettre le son à distance en utilisant la conductibilité des solides. Voici un passage oii l'expérience qu'il lit alors est décrite nettement, bien qu'il n'indique pas la façon dont il disposait son appareil : « En employant un lil tendu, j'ai pu transmettre instantanément le son à une grande distance et avec une vitesse sinon aussi rapide que celle de la lumière, du moins incomparablement plus grande que celle du son dans l'air. Cette transmission peut être effectuée non seulement avec le fd tendu en ligne droite, mais encore quand ce lil présente plusieurs coudes. » Hooke ne dit point non plus si les sons qu'il transmettait ainsi étaient ceux de la voix articulée, ou de simples sons musicaux.
Avant de décrire les télépbones à ficelles, dont l'invention paraît toute récente, et qui semblent la reproduction de l'expérience de R. Hooke, nous devons mentionner la remarquable application que fit Wheatstone de la conductibilité des verges solides pour le son. L'expérience du savant anglais date de 1819; nous allons décrire la manière dentelle a été reproduite par Tyndall, dans une de ses nitéressantes conférences à la Société royale.
« Dans une salle située au rez-de-chaussée, dit-il, et dont
nous sommes séparés par deux étages, se trouve un piano. A travers les deux plafonds passe un tube de fer-blanc de 6 à 7 centimètres de diamètre, traversé suivant son axe par une longue baguette de sapiji, dont une extrémité sort du plancher en avant de cette table. La baguette est entourée d'une bande de caoutchouc de manière à remplir entièrement le tube de ferblanc ; l'extrémité inférieure de la baguette repose sur la table d'harmonie du piano. Un artiste joue actuellement un morceau de musique, mais vous n'entendez aucun son. Je pose ce violon sur l'extrémité de la baguette, et voici que le violon rend à son tour l'air joué par l'artiste, non par les vibrations de ses cordes, mais par les vibrations du piano. J'enlève le violon, la musique cesse; je mets à sa place une guitare, et la musique recommence. Au violon et à la guitare, je substitue une table de bois, elle rend à son tour tous les sons du piano. Je soulève assez la baguette pour qu'elle ne soit plus en communication avec le piano, le son s'éteint. Les sons du piano ressemblent tant à ceux de la harpe, qu'il est difficile de se défendre de l'impression que la musique que l'on entend n'est pas celle de ce dernier instrument. Une personne sans éducation croirait bien certainement à l'intervention d'un sorcier dans cette transmission si merveilleuse. »
Ce système de télépJionie musicale qni, dans les expériences de Wheatstone comme dans celles de Tyndall, est ap|)liqué à la transmission des sons à faible distance, de 10 à i5 mètres par exemple, pourrait sans doute franchir de la môme manière des distances beaucoup plus grandes. Au lieu du bois de sapin, qui est à la vérité très élastique, on pourrait employer des lils métalliques ou autres.
C'est ce que l'on a fait récemment à l'aide d'appareils d'nnc grande simplicité, qu'on nomme des téléphones à ficelles. Imaginez deux !ubes cylindriques, ou mieux cylindro-coniques, en carton, en bois, en bronze, dont l'un des bouts est terminé [)ar une membrane en fort papier ou en parchemin : chaque membrane est percée d'un trou qui laisse passer un fd retenu