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Téléphone à ficelles

leurs résultats, et qu'alors on peut entretenir une conversation à voix basse à une distance de 150 mètres.

Divers perfectionnements ont été apportés à ces sortes de jouets scientifiques, qui les rendent utilisables dans des circonstances multiples. Dans le téléphone que nous venons de décrire, le fil doit être tendu en ligne droite entre les interlocuteurs, et cette nécessité limite naturellement la distance. Pour y remédier, M. A. Bréguet a imaginé un système de relais, qui permet l'emploi des coudes, comme l'avait indiqué dès l'origine R. Hooke. M. Bréguet emploie à cet effet comme support du fil à chaque angle, et environ à chaque centaine de mètres, de petits cylindres recouverts d'nne membrane, comme les tambours de basque. Les vibrations parties de l'une des extrémités

du système se transmetlciit ainsi de membrane en membrane par l'intermédiaire du fil.

M. du Moncel, dans son ouvrage sur le Téléphone^ mentionne, outre les perfectionnements qui précèdent, diverses expériences qui prouvent que le téléphone à ficelles est susceptible d'applications utiles. Par exemple, d'après M. Millar, « en tendant des fils à travers une maison, ces fils étant reliés à des embouchures et à des cornets auriculaires placés dans différentes chambres, on peut correspondre avec toutes ces chambres de la manière la plus facile. » M. Millar emploie pour les disques vibrants, soit du bois, soit du métal, soit de la gutta-perclia ayant la forme d'un tambour ; au centre de ces disques sont fixés les fils. Il a reconnu que l'intensité des sons augmente avec la grosseur des fils. MM. Ileaviside et Nixon ont fait avec le téléphone à ficelles des expériences qui ont prouvé qu'avec un fil bien tendu la parole pouvait être entendue à 250 mètres de distance.

Dans les expériences de téléphonie musicale ou parlante que nous venons de passer en revue, les vibrations sonores sont transmises ou bien directement par l'air, par des colonnes d'air enfermées dans des tuyaux, ou encore par des tiges, verges ou fils de matière solide. Dans tous les cas, les transformations du mouvement vibratoire en ondes aériennes, ou réci])roquement, n'ont eu pour agents que les forces moléculaires de l'élasticité, telles que nous les avons rencontrées dans tous les ])liénûmènes sonores étudiés jusqu'ici.

Il n'en est plus ainsi dans les téléphones récemment inventés, tels que ceux de Gray, d'Edison, de Bell, et dans les nombreux appai'eils, microphones, phonographes, qui ont vu le jour depuis quelques années, et dont, à bien des égards, le fonctionnement a paru merveilleux. Ce n'est plus, à vrai dire, le son qui se transmet ainsi à distance et même à grande distance : l'agent de transmission est l'électricité, qui communique au son lui-

\. Diblioihèqtte des merveilles. ILicliclte, 1878..

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môme la double faculté qu'elle possède de se propager à des distances considérables et pour ainsi dire instantanément. Au moment où nous écrivons, une invention nouvelle, plus extraordinaire encore, le photophonc, dû au génie de Bell, vient d'être portée à la connaissance du monde savant. Dans le photophone, c'est la lumière qui est l'agent principal de la transmission du son, l'électricité, puis l'élasticité n'ayant plus de rôle à jouer qu'aux stations extrêmes.

On comprend que nous soyons obligé de renvoyer aux Applications de la Lumière et de VÉlectricité (IP et IIP volumes du Monde physique) la description complète et détaillée de ces inventions nouvelles, dont le principe ne pourrait être parfaitement saisi, si les phénomènes électriques et lumineux sur lesquels est basée leur construction n'étaient auparavant décrits et analysés avec soin.

§ i. ALDirHONE.

En décrivant l'organe de l'ouïe, nous avons eu l'occasion de dire que les sons, pour arriver à l'oreille interne et frapper les nerfs auditifs, pouvaient suivre une autre route que le conduit externe. Il suffit qu'ils soient transmis par les parties solides de la tête, les dents, l'os du rocher. D'où il suit que les sourds, dont l'infirmité est due à une mauvaise conformation des organes extérieurs, peuvent entendre les sons par l'intermédiaire de conducteurs solides. On n'avait pas encore songé à utiliser cette propriété bien connue, lorsque, en 1879, un Américain, M. R.-G. Rhodes, de Chicago, prit une ])atente pour l'invention d'un appareil qu'il appela audiphone. C'est une sorte d'écran en caoutchouc durci, dont la figure 373 montre la forme. La personne qui s'en sert le tient à la main par un manche et applique contre les dents de la mâchoire supérieure l'extrémité recourbée de la lame de l'audiphone. Grâce à cet artifice, de nombreux sourds-muets sont parvenus à distinguer les

sons musicaux de quelques inslrumenls, et môme ceux de la voix articulée. A plus forte raison, le môme résultat favorable a pu ôtre constaté pour des personnes atteintes de surdité simple.

Frappé des avantages que des instruments aussi simples pourraient avoir pour l'éducation orale des sourds-muets, un savant ingénieur dont nous avons déjà à plusieurs reprises cité les travaux, M. D. Colladon, a simplifié l'audiphone américain et Ta rendu beaucoup moins coûteux. Voici comment il rend compte de ses expériences : « J'ai fait, dil-il, de très nombreux

essais sur des lames minces de natures diverses, métaux, bois, etc.; enfin, j'ai découvert une variété de carton mince laminé qui donne les mômes résultats que le caoutchouc durci et qui permettrait d'obtenir à 0 fr. 50 environ, au lieu de 50 francs, des appareils de môme puissance acoustique. Les cartons qui m'ont donné ces résultats favorables portent dans le commerce le nom de cartons à satiner, ou cartons iV orties; ils sont remarquablement compacts, homogènes, élastiques et tenaces ; ils sont aussi très souples, et, pourvu que leur épaisseur ne dépasse pas 0"',001, une légère pression de la main qui soutient un disque découpé dans une de ces feuilles de

AUDIPHONE.

carton, tandis que son extrémité convexe s'arcboute contre les dents de la mâchoire supérieure, suffit pour lui donner une courbure convenable, variable à volonté, sans fatigue pour la main ou les dents. Ainsi, un simple disque de ce carton, sans manche, sans cordons ni fixateur de tension, devient un audiphone tout aussi puissant que les appareils de caoutchouc de l'inventeur américain. On peut rendre la feuille de carton imperméable en imbibant la partie convexe, celle qui appuie contre les dents, d'un conduit hydrofuge qui résiste à la vapeur de l'haleine.

« Je me suis assuré que les sons peuvent être transmis aux

Fig. 374. — Audiphone en carton de M. D. CoUadon.

dents supérieures avec la même netteté en se servant d'une petite touche ou pince en bois dur, de la dimension d'une sourdine de violon ou de violoncelle, munie d'une fente dans laquelle entre à frottement dur l'extrémité supérieure du disque, et en appuyant cette pince contre les dents supérieures. »

M. Colladon cite ensuite les expériences intéressantes qui ont été faites à l'aide de l'audiphone américain et du sien même dans des institutions de sourds -muets du canton de Genève. Elles ont également bien réussi, et un grand nombre de sourds-muets qui n'avaient jamais entendu les sons d'un piano ou d'un autre instrument ont éprouvé une véritable jouissance à l'audition d'airs, de morceaux joués ainsi et entendus

par eux, grâce aux audiphoues mis entre leurs mains. On a pu aussi « constater que des paroles prononcées très près de l'audiphone peuvent être perçues par les sourds et muets et même répétées distinctement par eux, pourvu qu'on les ait soumis à une préparation préalable* ».

§ 5. TÉLÉPHONIE MUSICALE rOlIIi LA TRANSMISSION DES ORDRES MILITAIRES DANS l'armée ou DANS LA MARINE.

L'idée d'employer les sons comme moyens de correspondance militaire est sans doute très ancienne. On sait que les Gaulois postaient de distance en distance, à portée de la voix, des vedettes chargées de transmettre des ordres ou de communiquer les nouvelles militaires. Mais il n'y avait là aucun système particulier qui assurât le secret des correspondances, comme dans la téléphonie musicale de M. Sudre, dont nous allons donner une idée.

Dès 1817, ce savant conçut l'idée de substituer les sons musicaux au langage ordinaire, en combinant diversement un certain nombre des notes de la gamme, et, dix ans plus tard, il proposait l'adoption de son système pour la transmission des ordres dans l'armée. Seulement, au lieu des sept notes de la gamme, il se borna aux cinq notes ut, sol, ut, mi, sol, c'està-dire aux sons donnés par le clairon d'ordonnance. Des expériences furent faites, en 1829, au Champ-de-Mars, en 1841 sur la flotte de la Méditerranée, et, en 1850, du Champ-de- Mars à Rueil; elles furent très satisfaisantes. M. Sudre avait réduit les sons à trois notes : sol, ut, sol. Plus tard, il réussit à n'employer plus qu'un son unique, de sorte qu'une note de clairon, un coup de tambour, un coup de canon, peuvent être à volonté, et selon les circonstances, employés comme éléments de la téléphonie militaire. Un système de correspondance de ce genre fut institué à Sébastopol pendant le siège, et rendit des

I. Voir les Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 19 janvier 1880.

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