‹ Le monde physiqueChapitre 236 sur 271 · PI . II · texte numérisé non relu

PI . II

objet ]a construction et la disposition des grandes salles d'assemblée publique. Sous ce rapport, on a fait d'assez nombreuses tentatives, mais peu ont réussi, et la raison en est sans doute que les architectes qui les ont essayées étaient plus préoccupés de la question d'art que de la question scientifique ; peut-être aussi le manque de connaissances spéciales a-t-il été pour beaucoup dans cet insuccès presque général.

Les salles de réunions publiques peuvent se distinguer en trois catégories, dont les exigences ne sont pas absolument les mêmes au point de vue acoustique. Il y a d'abord les salles de concert, pour lesquelles l'audition claire, distincte, non confuse est l'objet principal : l'orchestre et les points où se placent les chanteurs forment le foyer sonore, d'oii divergent toutes les ondes qui doivent aller frapper l'oreille de l'auditeur, partout où il est placé, dans les conditions les meilleures pour que les plus fines nuances de la mélodie lui soient perceptibles sans qu'il cesse de saisir l'harmonie de l'ensemble. Là, la vue peut être sacrifiée à l'oreille, puisqu'il n'y a pas, à proprement parler, de spectacle, et que tout se réduit à l'audition d'un morceau musical. Le hasard a quelquefois réuni ces conditions, et la salle des concerts du Conservatoire, à Paris, en est un exemple, d'après le témoignage général des amateurs et des artistes.

Les salles des théâtres lyriques forment une catégorie intermédiaire entre les salles de concert et celles où il ne s'agit que d'écouter un orateur ou des acteurs. La musique y est encore la principale affaire, mais le problème se complique de la nécessité de laisser bien voir la scène à tous les spectateurs. De })lus, 'le foyer sonore y est double, car il consiste, d'une part dans l'orchestre, de l'autre dans la scène oii les chanteurs se trouvent placées. Les salles de théâtre ordinaire, comique ou dramatique, sont à peu près dans le même cas. Les salles des cours et des assemblées délibérantes forment la troisième espèce de lieux de réunion. Là, la netteté de l'audition est la première et presque la seule difficulté à résoudre, dès que

la salle n'est point assez étendue pour que les ondes sonores manquent d'intensité en arrivant à l'auditeur le plus éloigné de la tribune.

En analysant avec soin toutes les causes des défauts que possèdent les salles actuelles, et en tenant compte des lois de la propagation et de la réflexion des ondes sonores, on arriverait sans doute à résoudre les difficultés du problème. La plupart de ces salles pèchent, soit par défaut, soit par excès de sonorité. La forme des murs ou parois de la salle a d 'abord une influence prédominante. Souvent la voix et les sons se trouvent absorbés par des masses d'air trop considérables où se perd la force vive des ondes sonores avant qu'elles puissent arriver à l'oreille de l'auditeur. Une trop grande hauteur de plafond, l'étendue trop considérable de la scène et des coulisses, les profondeurs des loges, souvent tendues d'étoffes, de draperies assourdissantes, rendent une salle sourde et peu favorable à la fois à l'émission et tà l'audition de la voix des chanteurs ou de l'orateur, comme à celle des sons instrumentaux.

Les salles qui ont une forme telle , qu'il en résulte des centres différents de convergence des ondes réfléchies, ou dont les parois sont composées de substances renvoyant le son avec trop d'éclat, ont un défaut opposé. Elles ont une sonorité exagérée et intempestive, d'ailleurs fort inégale; elles résonnent, et l'auditeur entend à la fois les sons directs et les sons réfléchis, d'où résulte la confusion s'il s'agit de la parole simple, et la discordance la plus désagréable s'il s'agit de sons musicaux.

Les règles à suivre pour remédier à ces inconvénients graves ne peuvent être générales, ou du moins elles seraient susce})libles de modifications selon les circonstances de leur application. En somme, elles se réduisent à une combinaison des lois très simples de l'acoustique avec les lois de la construction architecturale. Voici ce que dit à cet égard l'auteur d'un opuscule sur r Acoustique et rOptique des réunions jmhliques, qui est en môme temps un architecte, M. Th. Lachèz. Nous ne citons

que ce qui a trait aux trois catégories de salles que nous avons eues en vue :

« Faire entendre des chants ou des sons musicaux.

« Que la musique ait lieu dans un espace illimité ou clos de toutes parts, l'auditoire peut très bien ne rien voir dans l'un et l'autre cas, et percevoir tous les sons sans apercevoir les instruments qui les produisent. Ainsi placer le lieu oii se produisent les sons dans l'endroit le plus convenable et dans les circonstances les plus favorables pour que les sons soient rendus plus perceptibles, plus riches, plus harmonieux, tel est le but principal et pour ainsi dire unique qu'on doit se proposer.

« Si l'orchestre est en plein air, l'auditoire doit être groupé circulairement autour de l'orchestre, afin qu'il se trouve sous l'extension simple et naturelle des ondes sonores, l'orchestre étant élevé au-dessus de l'auditoire, afin que le lieu d'ébranlement des ondes se trouve en dehors de la masse d'air occupée par l'auditoire, et que les sons puissent sortir et s'épandre facilement. »

L'auteur fait remarquer qu'un plafond parabolique, des cloisons circulaires ou polygonales ne peuvent être établis avantageusement qu'autant que leur distance au foyer sonore sera assez petite pour qu'il n'y ait pas de résonnance ou de réflexion intempestive. Pour un amphithéâtre clos de toutes parts, les dispositions seraient les mêmes; néanmoins, au lieu déplacer l'orchestre au centre, on peut être obligé de le placer à l'un des côtés, les chanteurs devant faire face à toutes les parties de l'auditoire. Quant aux parois limitant l'espace, elles doivent offrir des plans droits, bien dressés, de nature résistante et polie : il faut éviter les grandes saillies, les renfoncements ou ressauts d'ornementation ; les draperies ne doivent être employées que pour amortir l'excès de sonorité de la salle.

« Faire entendre seulement la parole d'un orateur.

« Il y a, dans ce cas, sinon nécessité, du moins utilité très grande, à renfermer l'auditoire et l'orateur dans un espace

limité par des parois ; et, suivant que cet espace sera plus ou moins étendu, la parole sera plus ou moins perceptible à un

Fig. 376. — Coupe d'un amphithéâtre : gradins en Hgne droite.

certain nombre de personnes. Un espace clos a non seulement l'avantage de mettre à l'abri de tout bruit, de tout son étranger

Fig. 377. — Ainphitliéàtre de l'Observatoire et amphithéâtre à disposition normale, selon M. Lachèz. Gradins en ligne brisée ou courbe.

et des intempéries atmosphériques, mais il doit encore fournir des ressources, soit pour augmenter l'intensité sonore de la

voix, soit pour détruire complètement les résonnances qui ont lieu par suite de la répercussion des ondes : les dimensions de l'espace et son volume déterminent les moyens acoustiques à employer. »

La disposition des auditeurs par rapport au foyer sonore est pour beaucoup aussi dans les qualités d'une salle au point de vue acoustique. En général, une série de gradins disposés en arc de cercle par rapport au foyer, orchestre ou tribune, permettant de voir normalement ou du moins de recevoir directement les sons, est ce qu'il y a de préférable, pourvu que la ligne de ces gradins soit doucement inclinée au-dessus du plan horizontal d'où partent les ondes sonores. Les figures 576 et 577 représentent des coupes de salles d'amphithéâtre : dans la première, le profil des gradins s'élève en ligne droite et trop brusquement. Dans les deux autres, la disposition est plus favorable soit à la vue, soit à l'audition, surtout dans celle que M. Lachèz considère comme normale, parce que les ondes sonores, partant du point V où se trouve placé le professeur, vont rencontrer chaque rangée d'auditeurs dans des conditions égales de bonne transmission , et sans qu'aucun obstacle les intercepte môme partiellement.

Dans les salles de spectacle, où se trouvent à la fois un orchestre et une scène, et où la vue doit être aussi favorisée que l'ouïe, les conditions du problème sont plus complexes. Elles le sont d'ailleurs d'autant plus, que là l'architecte est encore obligé de compter avec les traditions, les habitudes et la routine.

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