CRUSTACÉS
couteau sur les bords, le bout en est appointi ; la troisième paire est un peu plus longue que les autres.
Les Telphusa d’Oeningen * sont semblables à une espèce du sud de l’Europe, le seul Crabe qui vive dans les fleuves et les lacs ; il parait être répandu dans tous les pays méditerranéens. On le trouve en particulier très-abondant dans le lac d’Albano, d’où on l’expédie à Rome pour le carême ; il y est mangé par toutes les classes. Il doit avoir joué déjà un rôle dans l’antiquité, car ou le voit sur les vieilles monnaies d’Agrigente en Sicile. L’apparition de ce genre à Oeniugen, où il a vécu dans l’eau douce, n’a donc rien d’étonnant. Il appartient aussi aux types méditerranéens qui étaient très-répandus chez nous.
Le genre Gecarcinus est, au contraire, complètement étranger à la faune européenne; on le trouve maintenant dans l’Amérique tropicale, surtout aux Antilles, où il est connu sous le nom de Tulurlu. Il vit dans les forêts et dans l’intérieur du pays, se construit des retraites dans la terre et ne les abandonne que la nuit pour aller à la chasse. Une fois par an ces animaux se réunissent en grandes troupes et vont à la mer, en prenant la voie la plus directe, pour y déposer leurs œufs. — La ponte terminée ils reviennent très-affaiblis à leurs terriers. — Nous ne pouvons pas dire si l’espèce d’Oeningen avait le même genre de vie, car à l’époque œningienne la mer avait disparu de ces localités ; mais peut-être
* M. de Meyer a décrit cette espèce sous le nom de Grapsus speciosus (Palæontographica X. p. 168, 1863) ; elle appartient en tout cas au groupe des Brachyures quadrilatérales Latr. qui renferme les Grapsus, les Gecarcinus et les Telphusa. Elle ne parait cependant pas devoir être rapportée aux Grapsus, mais bien aux Telphusa, genre voisin. La longueur relative des pattes, leur forme et la carapace elle-môme, s'opposent à ce que cet animal soit classé dans le genre Grapsus ; la carapace de notre espèce est plus étroite à la partie postérieure, et les bords n’en sont pas dentelés. Chez les Grapsus, la seconde paire de pattes est beaucoup plus courte que les autres, et les cuisses de celles-ci sont plus larges et plus fortes. Par tous ces détails, notre Crustacé d’Oeningen appartient aux Telphusa, ainsi que l’atteste surtout la forme des pattesmâchoires extérieures. Les pinces non années et les jambes privées de soies raides sont une remarquable diagnose spécifique. La fig. 207 représente un petit exemplaire, nous en avons de grosseur double. Chez la femellç, la valve caudale est beaucoup plus large que chez le mâle.
LA FAUNE MOLLASSIQUE.
y avait-il çà et là quelques marais salins ou quelques petits bassins dans lesquels les Crabes pouvaient aller faire leur ponte. Le Gecarcinus est rare à Oeningen; mais le Telphusa y est abondant; j’ai reçu 28 exemplaires de ce dernier et 1 1 seulement du premier.
b. Araignées. Arachnides.
Oeningen ne nous fournit que peu de renseignements sur les Araignées de notre mollasse; ce sont seulement les marnes calcaires fines des couches inférieures qui ont conservé ces animaux mous. Quant aux couches supérieures, elles ne nous en ont donné que deux morceaux trèsendommagés. — Les Araignées trouvées jusqu’ici à Oeningen représentent 28 espèces dont la distribution en genres est fort difficile, car les principaux caractères qui consistent en grande partie dans la position des yeux, ont complètement disparu. Nous avons cherché à les classer d’après la forme du corps et la longueur relative des jambes, et nous avons ainsi obtenu une dizaine de genres.
Les fig. 211 à 221 représentent les principales formes de ces Araignées reningiennes. — Nous y voyons l’Epeira mollassica Hr. (fig. 221) de la grandeur de notre Epeire commune; plusieurs Thomisus: Th. œningensis* (fig. 215), Th. lividus (fig. 216), Th. Sulzeri (fig. 217), qui se distinguent par la 3?* paire de pattes plus courtes que les autres; ils marchent de côté comme les Crabes; quelques Theridion: Th. annulipes (fig. 212), Th. globulus (fig. 220), chez lesquels la 3"' paire est plus courte que les autres, et l’abdomen presque globuleux; trois petites Macaria; M. tenella (fig. 218) à céphalothorax et abdomen allongés, étroits, et à pattes petites; la Clubiona Eseri Hr. (fig. 213) couverte de poils; et une Argyronecta? longipes (fig. 214) à longues pattes. Les
* Thorell rapporte ce Thomisus aux Xysticus, et le Theridium maculipes aux Âsagena. Cependant, d'après Koch, le Xysticus ne doit pas être séparé du Thomisus, et d’après Walkcnaei , les Asagena rentrent dans les Theridium. Nous devons être satisfaits si, malgré la mauvaise conservation tics Araignées fossiles, nous pouvons, pour le moment, retrouver les genres les plus importants.