‹ Le monde slave; son passé, son état présent et son avenirChapitre 34 sur 46 · ORIGINES ILLYMENNES ET POLONAISES · texte numérisé non relu

ORIGINES ILLYMENNES ET POLONAISES

digènes slaves; et qu'une fois maîtresse du pays, leur race y constitua une caste guerrière, une aristocratie d'épée, pareille à celle des Francs dans les Gaules, on des Normands en Angleterre ; race qui a maintenu ses monopoles jusqu'à nos jours. Une chose a surtout contribué à propager cette erreur; c'est la légèreté vaniteuse avec laquelle la noblesse polonaise, au temps de sa puissance, s'applaudissait elle-même d'avoir pour ancêtres les fiers Sarmates, et d'en avoir conservé le caractère indompté. Mais ce n'est que dans les temps modernes, et surtout dans le langage poétique, qu'on s'est mis à employer comme synonimes les expressions de Polonais et de Sarmate.

Ce système a été machiavéliquement exploité par les écrivains officiels de la cour de Russie ; parmi eux nous en citerons un seul, Gurovski. Les Lekhs, d'après lui, n'étaient qu'une horde de cavaliers venus du Caucase vers la Vistule, à la suite des Sarmates ou Syro-Mèdes. Donc, dit-il, la nationalité lekhite ou polonaise n'est pas d'origine slave. Il en est de înême des Tchekhs, autre tribu guerrière venue parmi les Slaves de la Moravie et de la Bohème ; et des Busses, tribus Scandinaves venues de la Suède. — Mais quand même les origines slaves seraient ce qu'on les suppose en Russie, je le demande, qu'en résulterait-il contre la race slave ; n'eu est-il pas de même pour toutes les autres races de Y Europe ? La noblesse n'y dérive-t-elle pas presque partout d'une race étrangère et conquérante, tandis que le peuple y représente généralement

par les tempêtes, et ofcks et se «accédaient comme aheinatiicMeiit 1rs unes sur Unies as fond de l'anime, t de» cardias mèdes da Caoet dVs maria* çoths de la Baltique s'emparaient de l'Europe slave, ks Slaves à leur tour parcouraient fAlIr— gwf, la So«f, la Hante Italie, la Grèce, la Hofla— le, la Belgique et jusqu'aux côtes d'Angleterre, on ils fondaient des milliers de villes et de villages qui ont longtrmpt porté kmr nom, jusqu'à ce qu'enfin cei colonies «laves en occident ont fini par s'occidentaliser, en échangeant leur langue contre les idiomes soit latins soit germaniques ; et de la même manière aussi les conquérants sarroates. Taregues et antres perdus dans le nord slave finissaient par s'y slaviser totale* ment.

Il y a donc sous ce rapport réciprocité complète entre les peuples divers des deux moitiés orientale et occidentale de l'Europe. On ne peut se servir de ces faits ni pour montrer le servilisme primitif des Slaves, ni pour justifier comme nne nécessité de race l'autocratie actuelle.

Aucune nation au monde ne peut se vanter d'avoir une origine entièrement homogène, et sans mélange d'aucun sang étranger. Tontes sont des mosaïques de races ; tel est le cas notamment pour la Pologne qw

OfcfttGINES fUYMKNNSS ET POLONAISES. III

notre contemporain l.elevel nomme un dépôt de nations (colluvies gentium) f. Il ne snit pas de là qu'on doive confondre ensemble les Lekhs et les Sarmates. Rien ne saurait justifier une pareille confusiou ; au contraire tous les chroniqueurs polonais du moyenâge appellent constamment Sarmates des peuples établis en dehors de la Pologne, comme les Lituaniens et les Lettes.

A la vérité les historiens allemands, dans leur dédain pour la race slave, affirment qu'incapable de se gouverner elle-même , elle fut à toutes les époques réduite, ou à faire venir spontanément ou à recevoir forcément chez elle des dominateurs étrangers. S'il y • dans cette assertion un fond malheureusement vrai, du moins n'est-ce pas en ce qui concerne la Lekhie ou Pologne. Presque tous les monuments s'accordent à employer le mot de lekh dans le sens de gentilhomme et de propriétaire. Les plus anciens chants bohèmes distinguent déjà les représentants de la natiou en trois classes : kmetes, lekhs et vladiks. 11 est très vraisemblable que l'expression polonaise chlakbtsitj, qui au quatorzième siècle s écrivait s-liakhtchitch , s'est formée tout simplement du nom national liakh, avec r initiale S, qui est comme on sait, en polonais la particule nobiliaire. Mais le mot liakh lui-même d'où Vient-il? demandent nos adversaires. Je réponds que

* Ad littut oceaoi, ubi tribus faucibut fluenta Vistulœ fluminii ebibuntor9 Tidwarii retident, ex ditersis nationittus oggregati, écrivait déjà tatUpt Jornand« (de Gothor. origine et rebut geetis).

rien ne prouve qu'il ait été apporté sur la Vistule par une horde étrangère à la race slave : loin de là il se retrouve avec le même sens de propriétaire et d'homme riche, chez tous les autres peuples slaves. Enfiu en vieux slavon, liekha signifie une place unie, une ère à battre le blé : ce qui rappelle la première étymologie que nous avons indiquée, et tend à réunir dans une môme signification les deux mots de lekhites et de polanes. 11 est donc impossible d'assigner aux Lekhs et aux Polonais une différence primitive d'origine.

Quant au territoire de laLekhie, son étendue semble avoir été autrefois beaucoup plus considérable qu'aujourd'hui. En Orient ce pays n'avait d'autre limite que le Borysthènc; et en Occident il longeait la Baltique jusqu'au Dauemarck et à l'Oder. Ainsi une grande partie de la Prusse et delà Saxe était alors polonaise. 11 faut regretter que l'engouement malheureux des chroniqueurs polonais pour les terminaisons latines, nous ait fait perdre les noms slaves les plus anciens de la plupart des districts lekhites. Deux noms de peuplades ont seuls survécu, ceux de Mazure et de Kachubc. Les Mazures établis entre la haute et la basse Vistule, avec Varsovie pour capitale, sont appelés dans INestor Mazovcbani; Martin Gallus les nomme Mazovienses, et leur pays Mazovia. On ignore la signification de ce nom qui, chose singulière, ue se reproduit nulle part dans le reste du monde slave. En Albanie, où le nom de Liakh est également un nom populaire , on trouve une ville appelée Mezzovo. C'est

01KHNKS tlAYRIENNES ET POLONAISES. 4<$1

e seul nom de lieu slave qui ait quelque rapport avec dm de Mazovie. Les Kachubes ou Kacbebes étaient es Lekhites des bords de la mer. Gallus les appelait Pamorani , et leur pays Pomorania, d'où les Aile- Btnds ont fait Poméranie. Mais le latiniste Kadlubek trouvant cette expression encore trop slave, la traduit lent simplement, et n'appelle jamais les Kachubes de In mer que du nom de Maritimu Quoique de plus en plus restreint, le dialecte presque entièrement polonais des Kachubes se parle encore aujourd'hui sur toute la côte nord-ouest , entre les deux rivières de Lopov et de Piasnitsa , au sud de la ville de Lauenbonrg1.

Les premiers Kachubes semblent avoir été divisés comme le reste des Lekhites en une foule de petits états, dont les rois étaient constamment en guerre avec leurs voisins Danois et Scaudinaves. Les sagas du nord mentionnent à plusieurs reprises ces combats.

Une troisième branche de la nation lekhite, en dehors des deux régions Kacbube et Mazure, s'étendait au midi le long des Karpathes et jusque dans les plaines de l'Oukraine, où ils s appelaient tantôt Polanes, tantôt Kuïaviens, de leur capitale Kuïava, aujourd'hui Kiiœv. Nestor cite expressément lesPolanes

* Boguchfal donne une explication assez burlesque du nom de Kachube. KftMubite, dit-il, a longiludiue et laliludine vestium, quas plicare ipsos opôrtebtt, sunt appellati. Nam huba in Slavonico plica seu ruga vesiium éidtvr, unde Kasxubi id est plica rugas.

il. il

462 Ut MONDE SLAVE.

du Daiepre comme une tribu lekliite ; et la géographie du moyen-âge nous montre sur la Vistule un autre district , également nommé Kuïavie , et où se trouvait Kruchvits, première capitale des rois Lekhs. Quelque étendue que fut la Pologne vers l'orient, c'était néanmoins vers l'occident qu'elle envoyait le plus de colonies, et qu'elle avait ses principales annexes. Parmi ces branches détachées de la souche polonaise, mais qui lui restaient associées par la tangua et les mœurs , se distinguaient les Lujitchani (Lus*rien*), et la belliqueuse nation des Viltses ou Vilki. Les Porusses, ancêtres des Prussiens, sont également désignés par Martin Gallus comme frères de sang des Polonais. Les migrations continuelles des barbares de Germanie vers l'empire romain, laissaient dans le nord de vastes provinces vides , où se précipitaient des colonies slaves venues de la Pologne. Ainsi, au troisième siècle, la peuplade teutonne des Silinges ayant passé en Hongrie, et de là dans les Gaules, les montagnes abandonnées par eux se remplirent de Slaves qui , gardant le nom de leurs prédécesseurs, s'appelèrent Slcnzani, Silesiens, et donnèrent le nom de Slenzaà leur priucipale rivière, nommée par lei Allemands la Lobe. La Silésie n'était encore au onzième siècle qu'un tout petit district, dont les seigneurs par d'habiles alliances étendirent peu à peu leurs domaines, au poiut d'en faire au quatorzième siècle un vaste duché, mais dont les habitants étaient tous Polonais de langue et d'origine. 11 semble même qu'une grande

ORIGINES ILLYRïENNES ET POLONAISES. 463

partie de la Moravie ait été peuplée par des colonies lekhites. Ce fait excuse jusqu'à un certain point ceux des historiens polonais qui voient dans le primitif empire raorave une création des Lekhs. Du moins est-il certain que cet empire, s appuyant à la fois sur les Vendes du nord et sur les Vendes du midi, comprenait parmi ses provinces une grande partie de la Pologne. Mais comme il avait des feudataircs jusque sur l'Adriatique, on pourrait tout aussi bien le rattacher à l'Illyrie qu'à la Pologne. En réalité, l'empire niorave tenait à ces deux pays à la fois; et son aigle, qui très probablement était déjà l' aigle blanc, du haut des Karpathes où il planait, aurait pu tremper une de ses ailes dans la Baltique et l'autre dans la mer de Venise. Voilà ce que produisit dès l'origine l1 alliance de la Pologne et de l'Illyrie.

TROISIEME TABLEAU

DBS TCHEEBS ET DES MORAVES PRIMITIFS.

lignification de eet deux nom. — Mélange originel des Tehekhs et des ftekhf .

Toute étude d'archéologie slave, pour être complète, doit embrasser à la fois quatre nations, comparer incessamment entre elles quatre classes distinctes de monuments. Parmi ces monuments, ceux qui concernent les origines illyrienne3 et polonaises nous sont déjà connus : il nous reste encore à étudier les origines bohèmes et russes ; et puis le champ de la synthèse et des généralisations nous sera de nouveau ouvert.

Les origines et les germes en quelque sorte constitutifs de la nationalité bohème sont des plus complexes. Cette nationalité se compose essentiellement de deux peuples, qui jusqu'à ce jour ne sont pas encore entièrement confondus. Ces deux peuples inséparables, quoique différents, sont les Tchekhs et les Moraves ; je vais essayer de faire voir cette double

unité dans sa naissance et ses premiers développements. Je ferai observer d'abord que ni les Tchekhs, ni les Moraves, ne cachent, comme les Illyriens ou les Polonais , leur berceau dans la nuit des temps. On sait à n'eu pouvoir douter, que les Boïens qui donnèrent leur nom à la Bohème (Boiohemum), étaient un peuple celtique. IMus tard cette peuplade fut absorbée et germanisée par les Markomans ; et ce fut seulement à l'époque des invasions germaniques en Italie , qu'évacuée par ses maîtres teutons, avides d'aller s'approprier les dépouilles du Capitole , la Bohème à demi déserte reçut enfin dans ses plaines des colonies de Croates ou de montagnards karpathiens.

On ne saurait toutefois préciser l'époque ou les Markomans cédèrent la place aux émigrants slaves. Le plus ancien chroniqueur de la Bohème, Kosmasde Prague , ne nous apprend rien à ce sujet. Dans sa naïve simplicité il regarde les Slaves comme les plus anciens habitants de ce pays, où ils auraient été amenés! suivant lui, peu de temps après le déluge, par leur père commun Bohemus. Tbunmann , dans ses Recherches sur les peuples du Nord, place l'arrivée des Tchekhs vers Tannée 534. Chafarjik croit pouvoir la faire remonter près d'un demi siècle plus haut. D'après lui, les horribles dévastations commises dans la Germanie par les Huns d'Attila, durent amener la ruine définitive des derniers Markomans restés au nord du Danube, et la lente occupation par des colonies slaves des territoires dévastés. Cette occupation

ne se borua pas d'ailleurs à la Bohême seulement : elle embrassa aussi la Silésie et une partie do l'ancienne Saie. Le nom gaulois des premiers Silésiens, Silingae, passa à leurs héritiers slaves, Slezané. La capitale actuelle de la Moravie, Berno, en allemand Brunn, dérive également du celtique, Beraun ou Vérone. Il n'est pas jusqu'au nom bohème des Riescngebirge, Krkonoehé, qui ne semble une dérivation du nom des anciens habitants gaulois de ces montagnes, les Korkooti d'après Ptolémée.

S'il est impossible d'indiquer avec certitude l'époque de l'arrivée des Slaves en Bohème, il ne l'est pas inoins de préciser la partie des Rarpathes d'où ils émigrèrent. Dalimil nous dit qu'ils venaient de la Croatie, mais sans rien ajouter qui puisse faire deviner où cette Croatie était située. Le vieux poème païen intitulé Jugement de Libucha, fait traverser à ces ëinigrauts trois fleuves sur le nom desquels les Slavistes sont en discussion. Les uns y voient la Gran, la Waag et la Markh ; les autres la Yistule, la Varta et l'Oder. Chafarjik se déclare pour cette dernière opinion , et lait venir par conséquent les Tchckhs du nord. Il trouve en Podlachie, en Mazovie , autour de Plotsk , de Sandomir, de Lublin, deRalich et de Krakovie, de nombreuses localités dont le nom a pour racine la particule tchekh, de même qu'il trouve auprès de Prague un ancien fort nommé Krakov ; et il en conclut l'origine à la fois polonaise et septentrionale de sa nation. J'avoue que pour ma part je suis de l'autre opi-

16* u nom slave.

■ion , qui fui Tenir 1rs Tcbekhs non do nord , nais des v crante méridionaux des Karputhea, c'est-à-dire de h bute Hongrie on de h Slovakie actuelle.

En rapprochant ainsi de rilljrie k berceaa des Bohèmes, je ne nie pas ponr cela knr origine polonaise on lekbite. X a-t-oo pas vu ailleurs que les Lekhs régnaient snr l'illyrie elle-même, et qu'ils s* étendaient jnsqne dans les Alpes corinthiennes, appelées parle chroniqueur Choiera, montagnes des Lekhs? Aussi lisons-nous dans Dahmil : « Un Lekh, dont le nom était Tebekh, s étant rendu coupable d'un homicide, dot quitter la Croatie , sa patrie; et comme il était poissant et riche, ses six frères le suivirent avec beaucoup de clients qui vinrent le joindre au milieu de la nuit Ce fut avec tout ce monde qu'il prit la faite, emportant entre ses bras ses enfants, et se glissant dune forêt dans nne autre. » Ainsi T émigration des Tcbekhs hors de leur primitive patrie fut conduite par sept frères, tout comme celle des Croates illyriens de Constantin Porpbvrogenète.

Le chef de la colonie , appelé Tchekh par Dalimil, est nommé Bohemus par Kosmas; ce qui prouve que cette dénomination n'avait rien d'individuel, mais que c'était une sorte de titre d* honneur, porté par les chefs du peuple. En effet, comme dans les chroniqueurs de Germanie Francus est le père des Francs , Souap le père des Souabes, Westerphalza le père des Westphaliens ; de môme dans Nestor on voit les Kio viens descendre de Kiï, les Viïatitches de Vjïat, les Radimitches

origînis bohèmes BT RUSSES. 469

de Radim ; et de même aussi dans Gallus les premiers rois polonais s* appellent Lecbek.

Noos Tenons de voir que le nom de Tchekb n'était pas un nom d* homme. Mais ce n'était pas non plus originairement un nom de peuple. Les Tchekhs formaient une classe d'hommes à part dans les tribus slaves; ils géraient une fonction inconnue, mais qui en tout cas faisait d'eux des hommes importants.

En outre le patriarche Tchekh , dont nous parle Dalimil, était un Lekh. Doit-on conclure de là que ee mot de lekh désignait précisément le peuple d'où Tchekh était sorti? Cette conclusion me parait tout aussi peu admissible que les précédentes. Les Lekhs étaient aussi bien que les Tchekhs une classe d'hommes particulière , et selon toute apparence la classe la pins élevée de la nation. En effet, durant les premiers temps, la Bohème a, comme la Pologne, des rois nommés Lekh , Lecho. Trois monuments différents , les annales Tiliani, la chronique de Quedlinbonrg, et les annales Lauricenses, s'accordent à appeler Lecho, le duc ou roi des Bohèmes, que le fils de Charlemagne attaqua vainquit et tua en 805 aux bords de l'Elbe. On pourrait presque affirmer que ce ne fut qu'au quatorzième siècle, c est-à-dire à l'époque où la plupart des Polonais furent devenus gentilshommes, que le nom de Lekh devint usuel parmi eux pour signifier la nation entière. Quant an nom de Tchekh, il semble avoir été employé bien plutôt en Bohême comme désignation du peuple même. Cette

différence vient sans doute de ce que la classe des Tchekhs était plus populaire, qu'elle avait un caractère plus civil, moins guerrier que celle des Lekhs.

Dobrovski a cherché quelle signification pouvait avoir eu primitivement ce mot de tchekhs. écrit dans Nestor tehakhi ou îch%akhiy dans le Byzantin Kinnamos rfc%"> et dans les diplômes latins cihi ou cichi. Le savaut bohème a cru pouvoir le faire dériver du verbe po-tcheti, commencer (parfait, po-tchekh). Il prétendait que les Bohèmes avaient dû former F ayant-garde, et diriger le début de cette grande migration slave de Test à l'ouest, à laquelle s associèrent ensaitecomme arrière-garde les Silésiens ou les suivants, de sliediti, en illyrien sliznuti , accompagner. Peu satisfait de cette étymologie, Kollar en a proposé une autre, qui tendrait à faire considérer les Bohèmes comme les consolateurs du monde slave, du substantif tiek, po-tïekha. Il me semble beaucoup plus naturel de rattacher le nom des Tchekhs au mot tehest ou tchast, honneur et festin, racine du verbe tchestiti, tchechtchu, à la fois honoreret régaler des hôtes. Il s'en suivraitqne les Tchekhs étaient des honorables (tcbestni), des patrons traitant libéralement leurs clients, et les admettant en frères à leurs tables dans Prague la joyeuse. Ils auraient été la bourgeoisie primitive de la race slave, dont les Lekhs formaient la noblesse guerrière.

Maigri; tout ce qui devait l'en détourner, Chafarjik n'a pu s'empêcher de voir dans les Tchekhs une peuplade entière, qui s* étant établie au centre du pays,

et ayant fondé les villes de Libuchin , Vichehrad et Prague, obtint peu à peu la prédominance sur toutes les autres tribus. L'illustre slaviste cherche laborieusement les noms de ces tribus diverses, parmi lesquelles il distinguo les Lutchanes. les Pilsani, les Lutomiritsi, les Pchovanes, les Dïedoches , les Sedlitchanes et les Croates. Ces derniers, dit-il, occupaient surtout les montagnes du nord, ou les Krkonoche. Il y avait encore les Dudlebes, sans doute affiliés aux Dulebes de la Russie, dont la principale ville, Daudleby, mentionnée par Kosmas en 981, n est plus aujourd'hui qu'un village du cercle de Budveis. Toutes ces peuplades devaient former à la manière slave de petits états, plus ou moins séparés et indépendants les uns des autres. C'est ce que nous montre Kosmas, au sujet de la principauté de l'Uka, ou des Lutchanes, dont il décrit les cinq villes, et les rivières de l'Uzka et de la Gutua, district maintenant tout-à-fait germanisé, mais qui ne l'était pas encore quand Gutcuberg y venait au monde. La circonstance qui contribua le plus à élever le petit état tchekh au-dessus de ses rivaux, dût être sa situation heureuse aux bords delà Moldava, et son éloignement des frontières les plus exposées aux pillages et aux invasions des Germains. Telle est l'opinion de Chalarjik.

Pour nous il nous suffit de reconnaître dans la nationalité bohème deux éléments primitifs. Le premier de ces éléments, le tchekh nous étant déjà connu, je passe au second, ou aux Moraves, qui paraissent avoir

ilî LE MONDE SLAVE.

devancé de plusieurs siècles, dans l'existence politique, leurs voisins, lesTchekhsdela Moldava.

On a beaucoup discuté sur l'origine des Moraves. Le chroniqueur Nestor et Chafarjik font Tenir leur nom de la Morava, en allemand la Markh, principale rivière de la Moravie actuelle. Mais il parait certain que les Moraves existaient déjà avant d'être établis sur cette rivière, où ils ne descendirent qu'après avoir peuplé de leurs colonies les divers plateaux des Karpathes appelés aujourd'hui Slovakie. En outre le nom de Morava, pour signifier courant d'eau, est tellement répandu, qu'on trouverait difficilement un seul pays slave, où n'existent pas plusieurs rivières appelées ainsi. Il faut donc chercher Tétymologie plus haut. En si a von, mor signifie marécage , mora fléau, et moriti exterminer. Si l'on considère les Moraves comme des colonies de laboureurs croates, descendus de leurs arides Karpathes dans les vallées marécageuses, la racine de leur nom doit être mor. Si l'on voit au contraire dans ces hommes des lekhs ou guerriers slaves, voués par mission spéciale à la difficile tâche de délivrer leurs frères serbes ou serfs, et de les venger de leurs oppresseurs, alors la racine de leur nom devra être mora, l'extermination. Ces deux étymologies d'ailleurs ne s'excluent pas F une l'autre. On sait que tous les colonisateurs ont d'abord à combattre et à détruire des obstacles de mille espîws, et qu'ils doivent avant tout faire agir la hache. Delà ces douze travaux héroïques que la fable grecque prête à

ORIGINES BOqÉMKS KT RUSSES. 473

Hercule, le fondateur de tant de colonies pelasgiqucs.

Quant à l'époque où le nom de Morave apparaît pour la première fois, il semble qu'on pourrait le foire remonter jusqu'au troisième siècle, durant lequel on voit les Sarmatœ servi révoltés contre l'empereur Constance, se précipiter sur lui au cri de mor-eva, tue-le ! On a prouvé ailleurs f que ces esclaves (servi) des Sarmates avaient dû être des Serbes Karpatbiens. Ammien Harcellin les appelle Sarmatœ Kmigantu , nom que Chafarjik croit affilié à celui des Lemki, tribu de Bussines, dans la Galicie actuelle. Ces Vendes révoltés des Karpatbes, quoique remis sous le joug par les Romains, ne furent jamais complètement domptés. Car à partir de ce moment, on ne cesse de voir des incursions vendes dans l'empire des Césars. Sans doute les vaincus s'étaient faits brigands dans leurs montagnes, ils s'y maintenaient à l'état de Lekbs ou de Moraves.

Il n'y avait pas d'invasion des barbares du nord dans le midi qui ne comptât parmi ses combattants plusieurs milliers de ces Vendes. Aussi fut-ce contre ce débordement des tribus karpathiennes que les Césars hérissèrent leurs frontières du Danube d'un rempart vivant de troupes mercenaires, principalement recrutées en Germanie. Tout fut inutile; et à la suite de la grande borde des Obres ou Avares, l'avalanche morave se précipita enfin du haut de ses mon-

* Chapitre sur les Serbes de l'époque anlé-historique.

474 tft MONDE SLAVE.

tagnes. Mais les tribus moraves s* étaient trop hâtées de descendre dans les plaines. Ne sachant combattre qu'à pied, elles ne purent résister aux rapides essaims des cavaliers avares, et durent passer de nouveau du joug romain sous un joug encore plus dur. Héritiers d' Attila, les khans avares rivalisèrent avec lui de passion pour le pillage. Leur genre de vie réduisit tout le cours du Danube à n être plus qu une solitude sans bornes. Dans toute la Hongrie et l'Autriche actuelle, les villes disparues étaient remplacées par des camps volants appelés cercles , vastes rangées circulaires de tentes, enveloppées de fossés, et qui servaient de refuges à ces nomades. Durant près d'un siècle ils exercèrent partout des dévastations inouïes. Toutes les cités, tous les casfels romains d'illy rie, de Moravie, de Bohême, furent détruits; et leurs débris se dérobèrent sôus la mousse et les arbrisseaux du désert. Au milieu de cette désolation, les Moraves tournèrent leurs regards vers Tannée franque ou française, qui venait de conquérir sur les Lombards la plus grande partie de l'Italie; et qui ayant franchi les Alpes illyriennes , commençait à guerroyer contre les Avares. Tous ceux des princes moraves qui le purent, se joignirent aux francs pour combattre avec eux leurs ennemis communs. Ce fut alors que façonnés à la discipline dans les rangs des légions françaises, les Moraves parvinrent à s'aguerrir, au point de pouvoir fonder enfin, après la mort de Charlemagne, le grand empire qui a conservé leur nom.

. PÉRIODE LSKH1TS DB LA BOHÊME ET DE LA MORAVIE. SAMO, MOI, L1BUCHÀ, STATOPLDK.

' On vient de constater aussi clairement que l'état actuel de la science le permet, l'origine des deux peuples tchekb et morave. On va maintenant essayer de donner un rapide aperçu de leur histoire primitive, dorant la période où leur pays se confond encore d'un côté avec l'JUyrie, de l'autre avec la Pologne. Nous croyons devoir appeler lekhite cette période de formation, durant laquelle les princes sont souvent appelés Lekhs. Parmi ces princes brillent surtout trois grands noms, Samo, Krok et Libucha, dont les figures, moitié historiques et moitié fabuleuses, se disputent à la fois les traditions illyriennes, bohèmes et polonaises. — L'étude de ces traditions nous amènera à comprendre comment la nationalité bohème, si complexe, si embrouillée à sa naissance, s'est dégagée peu à peu du chaos social des premiers Ages, et de quelle manière ses deux principaux éléments, tchekh et morave, d'abord disjoints et sans relation apparente, ont fini par composer un tout indissoluble.

La première centralisation monarchique historiquement connue de ces contrées, est celle qui fut opérée par Samo. D'où venait Samo? Qu'était-il? Où avait-il établi principalement son siège? Sur toutes ces questions règue jusqu'à présent une grande obscurité. Il

476 LK MONDE SUV£<

parait eertaia que Samo veuait de l'occident. Frédégaire le regarde comme un franc, et va jusqu'à désigner la ville de France où ce héros naquit, « Homo quidam, dit-il, nomine Samo, natione francus, de pago sennonago , plures secum negoliantes adscivit mercandi causa, et in sclavos cognomenlo totntdos perrexit. » Parmi les villes gauloises on en trouve réellement une appelée Civitas-Sennonum. Il est vrai que dans la France orientale d'alors ou la Saxe, il j avait également antour de Meissen une contrée nom* mée Semnonie. Par conséquent il est bien difficile de donner un sens précis au texte de Frédégaire. Le nom de Samo n'a d'ailleurs aucun sens ni en latin ni en allemand. Il a au contraire un sens très clair dans toute la Slavie. Samo-DerjeU y désigne encore aujourd'hui un souverain indépendant. Chafarjik qui nous montre chez les Prussi le nom de Samo, porté par un fils du roi Videvud, ne veut pas admettre que Samo soit d'origine franque. Pour se rattacher le plus possible à Frédégaire , le savant Palatsky suppose que ce héros prit naissance dans une des colonies slaves de la Batavie, alors soumise aux Francs, et qu'après avoir appris le métier des armes à l'école des dominateurs de sa race, il alla sous prétexte de commerce, offrir son bras et ses lumières aux Tendes non encore subjugués de la Bohème. Il est vrai que l'anonyme de Salzbourg du neuvième siècle donne une autre version, et présente très nettement Samo comme un Slave des montagnes de la Carinthie (quidam sclavus Samo no-

mine, manens in charentis). Quoiqu'il en soit du lieu de sa naissance, la qualité de marchand que loi donnent les chroniques est assez vraisemblable. On sait que chez les anciens Slaves, les marchands ou gostesétaientordinairementles hommes les plus riches, ils faisaient leur commerce par caravanes de charriots, escortées de troupes de guerriers, et se trouvaient souvent chargés de faire la police des routes. Quant au pays où Samo avait spécialement fixé sa résidence, les slavistes polonais prétendent que c* était la Pologne, et que ses légions partout victorieuses se recrutaient dans la jeunesse polonaise. Lelevel va jusqu'à F identifier avec le fameux Lecbek, rival prétendu de Jules César ; et d'autres le confondent avec Krak, premier souverain de Cracovie. Les Illyriens au contraire le réclament pour compatriote, et le regardent comme le plus ancien duc des Cariuthiens, (Garentanorum dux). Les Bohèmes enfin, et à leur tète Cbafarjik, tâchent de prouver que Samo régna surtout en Bohème par le motif qn'on le voit souvent guerroyer en Thuringe, que Tan 630 le prince serbe de Meissen et toute la Lusace se soumettent à lui, et qu'on voit deux fois les armées de Dagobert partir de Metz pour aller l'attaquer.

Ce qui paraît certain, c'est que Samo étendit à la fois sa domination sur une partie de la Pologne, de nilyrie, de la Bohème et de la Moravie. Le but de ses premiers efforts avait été de délivrer les Slaves de ces contrées du joug avare : il y avait réussi, et les h. "

peuples émancipés par lui r avaient proclamé leur roi en 627. Les Francs l'ayant attaqué, il leur résista et sut les vaincre. Son empire s'étendait au nord jusqu'à la Sprée, dans le midi jusqu'aux Alpes, et à l'ouest jusqu'au Fichtelgebirge, couvert alors de colonies slaves. Ce héros régna triomphaut et redouté au loin durant trente-cinq années. Frédégaire dit qu'il mourut laiçsaut vingt-deux fils et quinze filles qu'il avait eu de douze épouses de sang vende \

On s'étonne de voir Kosmas qui recueillit avec tant de soin tous les souvenirs pbpulaires de la Bohême, ne faire aucune mention de ce grand homme. Ne serait-ce pas une preuve qu'eu Bohème il était connu sous un nom autre que celui de Samo? Kosihas toods montre vers la même époque le plus célèbre des héros païens, Krok ou Cracus ; il est très probable que ce nom était celui sous lequel Samo commandait aux Bohèmes. On peut d'ailleurs supposer qu'il y a eu plusieurs rois du nom de Krok; et que le peuple dans ses poésies a fini par concentrer en un seul lefe lignes de plusieurs princes. Suivant le célèbre Tchatski krok ou krak ne signifiait pas autre chose qu'un héros, c'était l'Hercule des Slaves, et comme celui des Grecs il porte dans la tradition primitive quantité de noms divers. Chaque peuple slave cache un Krakus au fond de son histoire. Il y en a eu en Pologne ; il

i Duodecim uxores Samo ex génère Winidorum habebal, de qnibtt ttyinll dut» ftliôs, et qatndecim filUs htbait.

ORIGINES BOHÈMES ET RUSSES. \1b

y en * en chez les Slaves de la Saxe, dotit le pays conserve une ville de Krakopol et an lac de Krdktfv , de même qtie la Bohème offre à deux lieues de Rakônits le castel de Krakov et le village de Krakovets.

Les poésies tchèques païennes nous montrent Krok comme nue espèce de pontife civilisateur ; il régularise le paganisme slave, fonde un sacerdoce et de grands temples nationaux; il promulgue un corps de lois civiles et religieuses, il détruit le dragon de l'anarchie et des ténèbres; il défriche les forêts, dessèche les lacs, découvre des mines de métaux et les fait exploiter ; fonde des villes et oblige le peuple à quitter ses huttes d'argile, disséminées dans les bois, pour se grouper dans des villages plus salubres.

Tous ces détails semblent convenir également à Samo et à Krok. Tous les deux sont regardés, l'un par F histoire, l'autre par la tradition, comme les fondateurs du royaume de Bohème. Après eux, la royauté slave qui avait brillé momentanémeut de tant d'éclat dans les salles dorées du Vichehrad, s éclipse pour céder de nouveau la place à l'antique oligarchie des jupanes, qui se partagent comme auparavant la Bohème, la Pologne et llllyrie et y reconstituent une foule de petits états séparés.

Krok que la tradition fait mourir en 690, c est-àdire vingt -sept ans après Samo, laissait trois filles, Kacha, Tetka et Libucha. La première, inspirée de la nature en possédait tous les secrets; elle lisait l'avenif dans le cours des astres, prédisait les révolu-

lions des saisons, et réglait les travaux champêtre». Elle connaissait de plus toutes les vertus médicales des plantes, savait retrouver les objets perdus et guérissait toutes les maladies. La seconde des trois sœurs, inspirée de Dieu, connaissait le sens caché de tous les mythes , elle composait les prières, présidait comme prêtresse aux sacrifices nationaux, et expliquait au peuple la théologie. Mais la plus jeune, Libucha, avait des talents encore plus précieux. Instruite par son père dans la science sociale, elle savait calmer ou soulever les passions des hommes. Son éloquence subjuguait la multitude, et la sagesse de ses décisions étonnait les vieillards. Aussi fut-elle choisie par le peuple pour remplacer son père, comme souveraine ou présidente du Seym (la diète) et des cours de justice du pays. Libucha gouverna donc aidée par ses deux sœurs. Elle avait en ontre des ministres appelés djaks ou scribes qui écrivaient en rimes slaves sur l'écoree du bouleau les lois et l'histoire nationales.

Ces trois princesses ou plutôt ces trois muses étaient d'une vertu très rigide. Aspirant à la vie du ciel et à l'union avec les astres, elles prétendaient conserver intacte leur virginité. Mais bientôt dans un débat avec le pnissant Ehrudoch Klenovits, la reine se convainquit que pour faire respecter ses décrets, elle avait besoin d'un époux. Elle permit alors à tous ceux qui prétendaient à sa main de venir lui faire la cour. Les prétendants accoururent en foule ; parmi eux le riche Domoslav lui offrit un présent qui était, à ce qu'il

parait, extraordinaire pour 1* époque : il envoya à Iibucba cent vaches et trois cents bœufs. Hais la princesse dédaignant tous les riches seigneurs, leur préféra un simple laboureur nommé Przemysl. La manière dont elle fit connaître son choix au peuple, est accompagnée de circonstances qui caractérisent bien le paganisme slave. Libucha réunit les grands du royaume aux bords de l'Elbe, dans son château de libus, situé où est aujourd'hui Kolin. Là elle se déclare prête à obéir au dieu suprême, au dieu Soleil (BieLbog) qui était censé marcher invisible à la tête des Slaves, monté sur un cheval blanc, qu'on nourrissait avec un grand luxe dans le principal temple du pays. Le cheval sacré, richement caparaçonné est donc amené devant l'assemblée ; et la reine ordonne à sa cour de le suivre partout où il lui plaira d'aller, ajoutant qu'il va chercher son époux et leur prince qu'ils trouveront au milieu d'un champ, prenant son repas, assis sur un siège de fer. Les magnats suivirent le cheval blanc, divinement conduit dans sa course, jusqu'à ce qu'il s'arrêtât devant un champ à demilabouré où un homme assis sur le soc renversé de sa charrue, prenait son repas de pain et de fruits. Les courtisans saluèrent aussitôt leur chef prédestiné ; ils lui offrirent de riches habits à la place de son costume agreste, et le plaçant sur le cheval sacré des augures, ils le conduisirent jusqu'à leur capitale, Vichehrad. Libucha couronna de ses mains son fiancé dans la salle des ancêtres ; et dès lors, conduit par

ISA LE IfOND* SU VI.

une main vigoureuse, le char de l'Etat entra dans que voie nouvelle. Le bradchin de Prague fut fondé par Przemysl, qui y fit conserver auprès dt* trône les sandales, sans doute d'écorce de bouleau, qu'il avait portées d'abord comme laboureur, pour rappeler d'âge en âge à ses descendants leur humble origine. On les voyait encore dans le palais ducal au temps du chroniqueur Kosmas qui mentionne cette circonstance dans son ouvrage.

Jjibucha étant morte l'année 710, après avoir fondé Prague, et don fié à son pays un code de lois, il y eçt alprs eo Bohême une insurrection courte par uity) bérqïrçe, Vlasta, qui sans doute se prétendait l'héritière légitime de Li bûcha, au détriment de Przemysl. Cette gq erre a été représentée comme une guerre dV mqzoqes, une guerre des femmes libres poijr reconquérir sur les hommes leurs droits méconnus. 1} parait que Przemysl vainqueur régna encore longtemps. Il Jégu$ le trône à son fils Nezamysl, qui eut pour héritiers directsMnata, puis Voïen, Unislav, Kresomyslet Npklaq, qui parait avoir étendu considérablement vers le rçQrd les frontières de ses états. Le fils et l'héritier de Neklan, Hostivit, est déjà un personnage tout-^r fait historique, puisqu'il est le père du premier duc chrétien de la Bohême, de Borzivoï. Déjà fondée par une série non interrompue de princes païens, la dynastie de Przemysl continua à régner avec gloire jusqu'à l'entrée du quatorzième siècle, o' est-à-dire qu'elle ne s'éteignit qu'avec l'indépendance nationale.

OBIGINBS POPÊMES 8T RUSSES. (88

Iféme pendant la courte durée de l'empire morave, la dynastie nationale des Tchekbs ne cessa pas de régner. Son chef Borzivoï ayant renoncé à l'idolâtrie, et reçu le baptême en 894, des propres mains de iarchpvèqije Méthode, frère de saint Cyrille, la Bohême se soumit spontanément au grand empereurde toutes les Jloravies, c'est-à-dire de toutes les Slavies, à Svatoplnk, \& plus puissant des vassaux de cet empereur était incontestablement le duc de Bohème. Aussi quand les deux successeurs de Borzivoï, Spitihnïev et Vratislav, ne pouvant plus résister aux continuelles dévastations de X Allemagne, se furent reconnus en 895 tributaires du saint empire allemand, l'empire des Mo- {«vies reçut de cette défection un irréparable échec. L'invasion des hordes maghyares acheva de détruire la puissance des Moraves, qui disparut presque sans laisser d'histoire. La Bohème seple continua de rester un royaume, et de rattacher fédéralement à sa couronne les diverses peuplades slaves qui l'environnaient.

Cependant l' Allemagne ne se lassait pas de harceler le* Tcbekhs par ses incursions. Enfin après avoir soutenu contre les Teutons une lutte de quatorze années, le duc Boleslav s'était soumis au tribut, et avait en 967 achevé son long règne comme souverain feudataire de la Germanie. Mais sous sou successeur Boleslav 11, la Bohème, lougtemps humiliée, releva la tète, reconquit son indépendance, et parut un moment sur le point de rétablir l'ancien empire morave ; car

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non-seulement elle s'incorpora h Moravie proprement dite , mais encore elle mit sot» sa dépendance une partie de la Pologne et le nord-ouest de la Hongrie.

Ainsi , malgré tons tes efforts de l'ennemi pour la détruire, l'union tchekbo-morave survivait à toutes les catastrophes : et c'est cette union qui, en se maintenant indestructible, a constitué jusqu'à -ce jour la nationalité bohème. Sans doute au premier coup d'oeil on ne saurait trouver en Europe de frontières plus nettement dessinées que celte de la Bohème proprement dite, avec son cercle de montagnes, qui r enveloppe de tous côtés comme une muraille. Mais en examinant avec plus d'attention ce magnifique bassin, on se convainct bientôt qu'abandonné à lui-même et isolé, il se trouverait à jamais dans l'impuissance de jouer un rôle politique. Pour exister comme nation indépendante, les Bohèmes ont besoin de deux choses : d'abord de l'union avec la Moravie et ses anciennes annexes en Silésie et en Hongrie; puis d'une forte et solide alliance soit avec l'Illyrie, soit avec la Pologne, de manière à former avec l'un ou l'autre de ces deux grands pays une seule et même souveraineté fédérale. Cette assertion est démontrée par toute l' histoire depuis Samo et Krok, héros à la fois tchekbs, polonais et vendes jusqu'aux derniers rois du moyén-Age.

Avec les origines nous venons d'apprécier aussi les conditions d'existence de la nationalité bohème. Les bases sur lesquelles elle repose sont exactement les mêmes que celles du primitif empire de Moravie. Par

conséquent cette nationalité forme, on peut le dire, le centre commun et originel de tout le slavisme occidental. Elle est la racine d'où sont émanées plus tard les deux puissances , comme les deux littératures, polonaise et illyrienne. Placée à une égale distance de la Baltique et de l'Adriatique, elle est le nœud qui rattache et fait communiquer entre eux depuis les plus anciens temps les Slaves du nord et ceux du sud. G* est à ce râle médiateur que les Bohèmes semblent avoir été destinés par la Providence elle-même.

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