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Unsti*^ wlkieiise et liturgique". Sous son neveu Sva- •».x^uk. là granJe Moravie, comme on l'appelait alors, **jiiîra:î«*hit «le la tutelle germani«|ue et constitua un j u.^sai:; E:a: ; elle embrassait la Bohême, une partie ti«r> {wi\* slo%a«|ues et polonais; les chroniqueurs du te2ip«> ap^i^^iaieut Svatopluk le grand empereur qui con.ma:i<iail au monde entier. Quand il mourut, le I^eiiple slave ne voulut pas croire à sa mort. Il se créa sur lut une légende analogue à celle de Barberousse. Aujourd'hui encore, le f»aysan morave se rappelle ce héros qui faillit donner tant de grandeur à sa patrie, et un proverbe populaire dit en parlant de celui qui cherche une chose impossible : « Il cherche Svatopluk. » Mallieureusemenl, les peuples slaves semblent obéir à un instinct anarchiijue constaté dès les premiers siècles par leurs plus anciens historiens. Svatopluk, en mourant, présenta à ses fils un faisceau de dards unis, en les invitant à le rompre pour leur faire comprendre la nécessité de la concorde. Mais cette leçon allégorique leur servit peu ; d'ailleurs, l'invasion des Magyares survint, et l'empire morave disparut comme un de ces tourbillons de sable qu'une tempête élève et qu'une autre tempête vient balayer. L'établissement des Hongrois en Europe fut pour les Slaves un coup mortel ; désormais isolés les uns des autres, ils ont perdu leur centre de gravité naturel et sont dans un état permanent d'équilibre instable.
1. Voir notre livre sur la Conversion des Slaves au Christtd^' tiism*». — Paris, Franck, 1868.
LES ORIGINES DC rA^yLAM^MZ. %i9
Au dixième siècle, BoslesîaT le Grand, de Pologae, arut devoir être plus heureji q-:e ne "aTaier-t été amo et Svatopluk : grâce à une sa^e politique sou- 3nue par de grands talents cûliîiilres. il obtint de Empereur le titre de roi des Slaves, et réunit, dans •es Etats, les peuples situés entre l'Elbe et le Dnieper, intre la Baltique et le Danube. Il se serait étendu plus ^oin encore sans raveuglement des princes de Bohême, lue fioleslav essaya vainement d'arracher à l'alliance dteorbante de T Allemagne. Plus tard, menacés par ^'ennemi dont ils n'avaient pas su deviner l'ambition, ^s souverains de la Bohême comprirent les fautes de 6ur conduite passée. Le sentiment de la solidarité 'ave apparaît nettement au treizième siècle, sous ''^emysl Ottokar, l'adversaire malheureux de la puis- Uce naissante des Hapsbourgs. Dans une lettre 'ressée à un cardinal romain, ce prince se plaint lergiquement des torts que les frères Mineurs alleands font, en Bohême et en Pologne, aux Frères de Dgue slave, « à. la grande honte, dit-il, de notre yaume et de notre langue slave. » Sa femme, la incesse Cunégonde, tient, dans une affaire du même nre, un langage analogue à celui de son mari; elle commande à une abbesse silésienne des religieux hémes et polonais, attendu, dit-elle, qu'ils sont de itre langue. Et, quand Przemysl Ottokar voit se esser devant lui la rivalité fatale de Rodolphe de ipsbourg, c'est aux princes polonais qu'il demande le et assistance, au nom d'une commune origiuo. Nous sommes pour vous, écrit-il, le plus sûr roin-
part, et, si nous ne pouvons échapper à la tempête qui nous menace, vous êtes, vous et vos sujets, menacés d'un grand danger. L'ambition allemande ne se contenterait pas de votre soumission; la libre Pologne serait soumise à un joux affreux; notre peuple périrait tout entier! » Paroles assurément prophétiques.
11 faudrait un travail spécial et fort long pour étudier à fond les rapports de la Bohême et de la Pologne. Les annales de ces deux pays qui, à certains moments, eurent les mêmes rois, s'enchevêtrent et se pénètrent sans cesse jusqu'au dix-septième siècle. Contentonsnous de rappeler qu à l'Université de Prague, les Polonais formaient une nation qui vota toujours avec la nation bohème, et que beaucoup de guerriers bohèmes prirent part aux luttes de la Pologne contre les chevaliers porte-glaive. Parmi eux figurait Jean Ziska, celui qui devait plus tard commander avec tant de gloire les phalanges hussitesque, dans un manifeste célèbre, il appelait aux armes « pour la défense de la loi de Dieu et de la langue bohème et slave: » « Il faut, disaient un peu plus tard les Taborites, au moment où certains politiques préparaient l'élection d'Albert d'Autriche au trône de Bohême, il faut chercher un souverain A^ langue slave et ne jamais tolérer un allemand. » To^^ le quinzième siècle et une partie du seizième so*^ pleins de tentatives pour rapprocher intimement ^ Bohême et la Pologne. Ces tentatives s'accompUss^ ^ sous l'influence d'idées religieuses et politiques; langue bohème, élevée à un haut degré de culture "p^ Jean Huss et ses disciples, est favorablement accueil ^
l.BS ORIGINES bU PANSLAVISME. .H31
ilaGout des rois de Pologne et des grands princes de iithuanie. Les livres bohèmes se répandent en Pologne, S quelques-uns portent sur leur frontispice qu ils ont Sté écrits pour le bien du royaume de Bohême, des Tchèques, des Moraves, des Polonais. Dans leurs ambassades, les représentants des deux peuples emploient fldifféremment Tune ou Tautre langue. On a vu plus laiU ce qu'écrit, à propos de la langue tchèque, Taueur du Courtisan polonais.
On connaît d'autre part les relations fréquentes des Wonais avec leurs voisins de race russe; on sait que 'hifitoire des Ruthènes, ou Russes blancs et rouges, se onfond en grande partie avec celle de la Pologne. Ce [uiest plus ignoré, ce sont les rapports de la République avec le Tsarat de Moscovie. Plus d'un document ttesle la foi qu'avaient alors les deux États en Tiden- 'tô de leur langue et en l'unité de leur race. « L'unité ^ule de la langue, dit le chroniqueur polonais Bielski, ^<Uquc que nous et les Moscovites nous sommes issus Une seule et même nation ; nous devons donc être s fils d'un même père. » Un instant, après l'extinc- ^n de la race des JÉ^ellons, il fut question de confier
trône de Pologne à Ivan de Russie; l'archevêque Imat de Gniezno, Uchanski, conseille à Ivan de faire ïnprendre aux Polonais, dans les lettres qu'il leur ^esse, qu'il n'est pas hérétique, mais chrétien bapé au nom de la Très-Sainte Trinité, et que les Polot-is et les Russes, étant d'une même race slave ou xmate, doivent, comme de bons frères, n'avoir qu'un Ul souverain.
33i LE MONDE SKAVB.
A plusieurs reprises, dans les rapports des deiu nations polonaise et russe, il est question de cetb identité de la race, qui trouve son contre-poids dans Is différence des religions. En 1646, un seigneur polonais, Kysel, est envoyé comme ambassadeur près de tsar Alexis, pour négocier une alliance de la Pologne avec la Russie moscovite contre les Tar tares de Crimée, au moment même où le croate Krijanich invite le tsai à cette alliance.
Dans le discours qu'il prononça à Toccasion de son ambassade, Kysel s'étendit longuement sur TalliaDCf de ces deux pays « que la main du Très-Haut avail fait naître d une même souche, comme deux cèJreî du Liban, d'un même sang slave, d'une même nation ainsi que le démontrent les sources historiques e surtout la langue commune de ces deux grand empires. L'histoii^e des Slaves, disait l'orateur, peut s diviser en trois périodes, le temps heureux oîi 1^ Slaves, par l'union de toutes leurs forces, s'illustraieï dans le monde entier; le temps malheureux, le tetn] des querelles et des divisions, où les Slaves laissèrs conquérir beaucoup de leurs contrées parles étrange et par les païens; enfin, la troisième période s€ celle de Téternelle alliance, de Tamour fraternel, retour au premier état d'unité. »
Ce langage prouve suffisamment qu'à l'époque où fut tenu, les deux peuples russes et polonais ne se geaient guère à s'exclure mutuellement de la ra slave au profit d'un intérêt égoïste. Ce n'est que pi tard qu'éclata entre eux cette haine profonde que 1
IRkves' considèrent avec raison comme un des plus
^^tpands malheurs de leur race.
Effacée du rang des nations européennes au moment même où la Russie y prenait place, la llbhême n'eut point avec elle de rapports politiques. Cependant Pierre le Grand n'ignorait pas la parenté des Russes et des Tchèques; dans une lettre célèbre, il demandait qu'on lui envoyât de Bohême des littérateurs capables de traduire des livres en russe; il demandait aussi des Moraves et des Silésiens, à une ^foque où Texistence des Slaves de Bohême et de
r Moravie était à peu près complètement ignorée de
r l'Europe entière.
C'est là un fait isolé. En revanche, au Moyen Age, les relations des Tchèques avec les Slaves du Sud furent assez fréquentes. La Bohême avait été en partie convertie au Christianisme par le grand apôtre Méthode; elle avait dû, comme les Serbes et les Bulgares, célébrer sa liturgie en langue slave; cette liturgie avait disparu devant les efforts du clergé lomain; il en subsistait cependant quelques traces. Au quatorzième siècle, l'empereur Charles IV, trèssympathique aux choses slaves, entreprit de fonder un Q^ouastère où il ferait refleurir la liturgie proscrite; ^ monastère s'éleva, en effet, sous Tinvoc^tion de **mt Jérôme, avec l'autorisation du Saint-Siège. Pour 'fi peupler, il fallut évidemment faire venir des religiouzdes pays méridionaux, où la liturgie slave était ^core en usage. Charles IV, qui eut de grandes *^, rêvait Tunification des deux églises latine et
?M LK MONDB SLAVe.
orientale; il s'adressait dans ce but à Douchaii, tsar de Serbie : « Si nous nous réjouissons, lui disail-il, d» la société de tout homme à cause de Tideatité de h nature humaine, à plus forte raison devons-nous tous aimer comme un frère très-cher, vous qu* égale à nous la hauteur du rang royal et Tusage commun de cette belle et généreuse langue slave ^ » Un peu plus tard, au concile de Constance, au milieu même de Tardeur des controverses religieuses, le tchèque Procope le Grand et le dominicain ragusain Stoîkovich se reconnaissent et se saluent comme compatriotes par la langue et par la nation. Stoîkovich avait traité Procope d'hérétique : « Comment 1 s'écrie le fougueux hussite, notre congénère (conter raneus iste noster) nous injurie et nous appelle hérétiques. » Et le dominicain de répondre : « C'est parce que je suis votre congénère de langue et de nation que je désire si avidement vous voir revenir à la foi catholique. » Ajoutons qu'au dix-septième siècle il se faisait dans les pays croates une exportation considérable de livres de piété en langue bohème. C'est un archevêque de Prague qui nous apprend ce fait peu connu.
Les Slaves du Sud, après la ruine des royaumes Serbe et Bulgare, s'obstinèrent longtemps à. espérer leur délivrance des empereurs d'Allemagne, rois de Hongrie. Trompés dans leur attente, ils se tournèrent vers la Russie, à laquelle les rattachait l'identité de la
1 . Ejusdem nobilis slavici idioniatis participation Ap. Palacky, Histoire de Bohême.
foi et de la langue liturgique. Sous le règne de Pierre le Grand, un grand nombre de Slaves méridionaux entrèrent au service de la Russie et s'efforcèrent de faire tourner au profit de leur nation les intérêts de l'État moscovite; ainsi, un ragusain, Sava Vladisvavich, traduit Touvrage d*Orbini sur le royaume des Slaves et signale au tsar les avantages que la Russie retirera de ses relations avec les populations du Monténégro, de la Bulgarie, de la Serbie, de la Macédoine, de la Bosnie et de la Dalmatie, pays qui ont la même langue et la même foi que la Russie. Pierre le Grand, quand, en 1711, il déclara la guerre à la Turquie, songea sérieusement à s'appuyer sur les Slaves méridionaux et leur envoya un agent, le serbe Miloradovich. On a gardé le texte d'une chanson composée par Miloradovich, où il invite les Monténégrins au combat pour sauver, dit-il, le peuple chrétien, et illustrer le nom slave. Il ne manque pas de rappeler que Russes et Monténégrins professent la même foi et parlent la même langue. Pierre le Grand écrit aux sénateurs de Raguse une lettre pour leur annoncer les succès qu'il a remportés sur le roi de Suède; « J'espère, dit-il, que vous vous en réjouirez comme de bienveillants amis de notre nation et de notre langue. » Deux poètes ragusains, Gradich et Rujich célèbrent avec enthousiasme la gloire du tsar moscovite.
' Dans les luttes ultérieures de la Russie contre la Turquie, la propagande slave deviendra de plus en plus un moyen d'action. C'est surtout chez les libres populations du Monténégro qu'elle trouve le terr
tout préparé. Citons seulement ce fragment d*une lettre que le métropolitain du Monténégro écrivait en 1771 à la république de Raguse: « Nous savons que, dans le temps présent, vous avez beaucoup à souffrir des Italiens et des ennemis delà Croix; nous prions donc le Tout-Puissant de bénir les armes russes, de relever la Croix, d'illustrer de nouveau notre main slave de la gloire qu'ont eue nos aïeux. » Ecoutons, d autre part, le langage que tenait, en 1807, le vladyka Pierre au maréchal Marmont qui lui reprochait son alliance avec les barbares de Russie : « Vous détestez et calomniez les Russes et vous flattez les autres peuples slaves pour que votre empereur puisse arriver à ses uns. Mais nous, nous Slaves, nous ne connaissons d'espérance et de gloire qu'avec nos puissants frères de Russie ; s'ils périssent, tous les autres Slaves périront, et qui est contre les Russes est contre les Slaves. » Il n'entre pas dans notre plan de discuter la portée de ces paroles ; l'époque où elles furent prononcées dépasse déjà les limites dn cadre que nous nous sommes imposé. Ce n'étaient pas, d'ailleurs seulement les ^lavea^de Turquie qui mettaient leur confiance dans la Russi^et qui imploraient sa protection ; les colons serbes établis dans le royaume de Hongrie eurent, plus d'une fois, maille à partir avec le gouvernement de Pesth à propos des privilèges qui leur avaient été concédés. Dans leurs conflits, ils invoquèrenl souvent l'intervention de l'ambassadeur russe à Vienne. Us offrirent leurs services à Pierre le Grand: en 1751, un grand npmbre d'entre eux émi-
grèrent en Russie, où on retrouve encore leurs descendants; beaucoup prirentdu service enRussie ou y firent leurs études, par exemple, Raitch, le fameux historien des Slaves méridionaux.
Nous voici arrivés aux limites du dix-neuvième siècle; les nombreux rapprochements que nous avons signalés se sont produits jusqu'ici sous l'influence de l'inslinct ou de la tradition ; les systèmes ethnograpjiiques, la politique scientifique ne sont pas encore élaborés. La théorie d'une politique panslaviste a pu être entrevue par certains esprits ; elle n'est pas encore nettement formulée. Celte théorie ne pourra s'établir que lorsque les historiens et les philologues en auront préparé les éléments. Tandis que la Russie grandit par les armes, l'érudition slave s'élabore lentement dans les livres de quelques savants bohèmes qui, assurément, ne se doutent guère des conséquences auxquelles doivent aboutir leurs studieuses élucubrations, sous Tinfluence des idées nouvelles que la Révolution française et le principe des nationalités ont apportées dans le monde européen. L'histoire de cette élaboration scientifique peut devenir elle-même la matièrç d'une étude non moins patiente et non moins minutieuse que celle à laquelle nous venons de nous livrer. Ce n'est qu'après l'avoir menée à bonne fin qu'on pourrait aborder, dans tous ses développements, l'histoire de l'idée panslaviste au dix-neuvième siècle. Nous avons en France, contre cette idée, bien des préventions; mais le rapide développement de la puissancîe allemande nous fait un devoir impérieux de