‹ Le monde socialisteChapitre 7 sur 40 · XI · texte numérisé non relu

XI

Recette du Congrès. 105 50

Reçu de Faillet. 250 »»

— Rerthaut. 175 >»

Weber. 325 »

— Chausse . 325 *>

Débit :

Versé à Jacquemin . 1.055 »

— Renou. 1.158 »

Appointements du Secrétaire. 650 >»

— Trésorier. 195 »

Loyer (salles Bertin et du Commerce). 304 »

Élections. 341 55

Imprimés. 759 20

Divers, couronnes, etc. 73 45

Actes de solidarité. 56 »

Secrétariat national du Travail. 36 50

En caisse ce jour. 78 »

Le citoyen Faillet s’est refusé à payer les mois de décembre 1895, janvier et février 1896, soit 75 francs.

Le citoyen Berthaut s’est refusé à payer les mois de septembre, octobre, novembre, décembre 1895, et janvier et février 1896, soit 150 francs.

Le Comité de vigilance du XX 6 (Bcrthaut-Dcjeante) n’a jamais versé pour les conseillers généraux ; de plus, nous croyons que la plus élémentaire probité commandait aux élus de payer leurs cotisations jusqu’au jour de la rupture. »

Les failletistes se sont rangés aux côtés des blanquistes et ont formé avec eux Y Alliance communiste révolutionnaire.

C’est cette désagrégation complète du parti qui poussa M. Àllemane vers les socialistes indépendants, et aussi — faut-il le dire? — la haine contre l’intransigeance de M. Guesde et la hautaine indifférence de M. Vaillant, qu’il ne cesse d’appeler « le Jésuite rouge ». — MM. Guesde et Vaillant allaient à gauche. M. Allemane trouva tout naturel de rallier la droite du parti politique socialiste L

BROUSSISTES.

M. Paul Brousse, qui joua un rôle des plus importants dans la constitution du parti socialiste, fut l’ami et le collaborateur de M. Guesde à Montpellier, où ce dernier dirigeait en 1870 et 1871 les Droits de VHomme. M. Brousse était étudiant en médecine, et révolutionnaire. Condamné, pour délit de presse, à trois mois de prison, il passa en Espagne, où il se fit affilier à l’Internationale. On a dit que M. Paul Brousse était devenu bakouniniste et par conséquent anarchiste, et que, depuis, ses opinions s’étaient complètement modifiées. Ce n’est pas absolument exact. M. Brousse se fit bakouniniste, par haine de s la tyrannie de Marx, qui entendait régenter l’Internationale, dont il était le fondateur.

« Le marxisme ; dit M. Brousse dans sa brochure

\. Il faut ajouter que depuis le Congrès de Lyon, les Allemanistes ont repris leur liberté.

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le Marxisme dans VInternationale, ne consiste pas à être partisan des idées de Marx. A ce titre, et dans une très large mesure, beaucoup de ses adversaires actuels, et particulièrement celui qui écrit ces lignes, seraient marxistes. Le marxisme consiste surtout dans le système qui tend non à répandre la doctrine marxiste, mais à l’imposer, et dans tous ses détails. »

C’est devant l’infaillibilité de ce Credo que M. Brousse se révoltait, en lui préférant les doctrines libertaires de l’anarchie; mais il ne s’ensuit pas fatalement que M. Brousse ait été, comme certains ont l’air de le prétendre, un Ravachol au petit pied, un farouche anarchiste.

11 ne s’agissait pas pour les Jurassiens d’imposer à tel ou tel groupe un mode exclusif et déterminé d’action, tel que Y abstention obligatoire, mais de laisser seulement à chaque groupe le soin de suivre la tactique qu'il estimerait la meilleure, étant données ses idées théoriques et les particularités politiques ou économiques de son milieu. Aussi, l’une après l’autre, chaque Fédération se rangea autour de la Fédération jurassienne, et dès 1873 toute l’Internationale lut en révolte contre son gouvernement.

« 11 y a deux hommes de talent à Londres : Marx et Engels, écrivait M. Brousse, mais ces hommes ont une prétention inacceptable, celle de faire tenir tout le mouvement socialiste dans les limites de leur cerveau. »

C’est le même reproche qu’il fit à M. Jules Guesde et c’est pour échapper à sa tyrannie qu’il rompit avec lui et le fit expulser du parti.

Aujourd’hui, le Parti broussiste est devenu un parti presque purement politique, dont l’influence

ne s’étend que sur quelques quartiers de Paris et dans la Touraine.

Personnellement, M. Brousse a une organisation merveilleuse dans son XVII e arrondissement et surtout dans le quartier des Épinettes, dont il est depuis si longtemps le représentant au Conseil municipal et d’où l’on a vainement essayé de le débusquer. En outre du club socialiste qui étend son influence sur tout l’arrondissement, il a formé le syndicat républicain des intérêts généraux du quartier des Épinettes, composé de petits commerçants, ouvriers, employés. On s’y occupe beaucoup moins de questions politiques que des intérêts matériels des électeurs. M. Brousse est très accueillant et serviable. Et il suffît d’avoir assisté à une de ses réceptions du mardi et du vendredi, au 81 de l'avenue de Clichy, de 9 heures à midi, pour savoir le nombre d’infortunes qu’il secourt, de pétitions et de réclamations qu’il accueille. « Voyez-vous, me disait-il à l’une de ces réceptions, la plupart de ces braves gens viennent me dire : « J’ai faim, je suis sans travail. » Je ne vais pas leur répondre que le régime, sous lequel nous vivons, est détestable et que le seul conseil que je puisse leur donner est d’aller le renverser au plus vite. Je me contente de leur dire que, sous ce régime si mauvais, mais que nous sommes obligés transitoirement de subir, je puis leur faire donner un se- < cours de 10 ou 15 francs. Et ils partent un peu moins tristes et un peu plus résignés. »

Hostile à la grève générale, qui ne doit amener que des coups de fusil et une révolution, pour laquelle le prolétariat n’est nullement organisé, M. Brousse est partisan convaincu de la nécessité d’appliquer la théo-

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rie des services publics. Somme toute, c’est un socialiste d’Etat, se refusant à flatter l’ouvrier et à l’exciter au combat. Il ne veut pas que les chemins de fer soient enlevés à la domination des Compagnies pour être livrés au monopole des ouvriers de chemins de fer. Si l’on détruit un abus, ce n’est pas pour le faire revivre sous une autre forme.

L’abandon par les Broussistes de l’arme de la grève générale leur est amèrement reproché :

« Eux, qui les premiers, écrivait M. Fernand Pelloutier, acceptèrent la grève générale par l’organe du Congrès tenu sous leurs auspices, à Tours, en 1892, ils se reprirent peu à peu, s’efforcèrent de briser l’arme qu’ils avaient mise dans la circulation et finalement refusèrent d’adhérer à la Commission d’organisation du 1 er mai 1895, parce qu’elle avait fait, de la propagande en faveur de la grève générale, l’article fondamental de son programme. »

Quand on interroge M. Brousse sur les raisons qui le déterminèrent alors à rompre avec les allemanistes, il répond qu’il ne voulait pas être tyrannisé par un Comité, dont la prétention consistait a être jnge de ses propres actions et à « le démettre » sans en appeler à ses électeurs. « Je suis nommé par mes électeurs et non par des gens qui ne sont même pas de mon quartier. Et si mes électeurs ne sont pas satisfaits, c’est à eux et non à d’autres à s’en plaindre. »

Du reste M. Brousse ne regrettait pas d’avoir quitté les violents, « qui au lieu d’apaiser le peuple soulèvent ses colères et le pousseraient aux pires excès ». Si l’insurrection éclatait aujourd’hui, il la considérerait comme un désastre. Des coups de fusil seraient tirés, et l’émeute serait noyée dans le sang. Mais quand

les pouvoirs publics seront conquis, quand cent cinquante ou deux cents députés socialistes siégeront à la Chambre, et que nombreuses seront les municipalités révolutionnaires, alors on pourra donner le signal, car ce ne sera plus une émeute, mais une révolution, et derrière les deux cents délégués du peuple, trois cent mille hommes marcheront. Mais cela sera-t-il nécessaire? La bourgeoisie aura déjà capitulé sans combat.

M. Brousse est devenu « plutôt modéré ». Et il lui arriva même une petite aventure qui faillit le compromettre irrémédiablement aux yeux des ce vrais socialistes ». En 1892, le parti broussiste organisait à la salle Lancry un Congrès national d’hygiène ouvrière. À ce Congrès n’assistèrent que les groupes broussistes; les syndicats ouvriers, convoqués parles organisateurs, ne répondirent qu’en infime minorité à leur appel. Ce Congrès tint ses assises dans le courant de l’été; mais dans les mois de février, mars et avril des conférences préparatoires avaient eu lieu le samedi soir, faites par les docteurs Dujardin-Beaumetz et Armand Gautier. Un autre soir de la semaine, les conférences se tenaient au Laboratoire municipal de la ville de Paris, à la Préfecture de police. Les chimistes de ce laboratoire étaient chargés d’initier les auditeurs aux procédés employés pour reconnaître la falsification des denrées alimentaires. M. Lozé, préfet de police, qui assistait à la première de ces conférences pratiques, voulut y prendre la parole, sans doute pour féliciter les broussistes de leur sagesse et de leur esprit pratique. M. le D r Paul Brousse eut toutes les peines du monde à faire renoncer M. Lozé à sa compromettante idée. Les adversaires de M. Brousse en firent des gorges chaudes.

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A la suite du Congrès, M. Brousse, membre du Comité d’hygiène départemental, obtint une médaille d’argent du gouvernement.

Le programme des broussistes consiste dans l’autonomie accordée à la Commune et dans l’organisation des services publics communaux, départementaux et nationaux.

« Est-ce que, pour l’Enseignement, l’Assistance, écrivait M. Brousse 1 , il me serait difficile de montrer leur formation en services publics? Pour l’armée même, qui ne voit un mouvement semblable, commençant au barbare familial, propriétaire de ses armes, et finissant à l’armée collective, nationale, grandement outillée, en passant par les grandes compagnies des soudards du moyen âge, les troupes suisses, espagnoles, les reîtres, les écossais, tout autant d’industries militaires au service des rois ou des pays qui les soldaient? Le moment enfin n’est-il pas venu où l’on voit clairement ce même travail de socialisation s’opérer dans l’industrie, l’agriculture et le commerce?

« Tout le monde admet pour les routes, pour les postes, les télégraphes, leur constitution en service public, même communiste. En tout cas, nul ne parle de les ramener à l’industrie privée. Mais tel s’arrête après la nationalisation des mines, des banques, des chemins de fer et est nommé radical, peut-être parce qu’il ne va pas jusqu’au bout. Tel autre reconnaît que quelques industries encore sont parvenues au degré

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