LES PLANTES CARNIVORES
La Dionée attrape-mouches. — Les expériences de Darwin. La Drosera rotundifolia. — Les Pinguicules.
La Dionée attrape-mouches, originaire de la Caroline du Nord, est une petite plante à feuilles disposées en rosette; l'extrémité est formée d’un limbe découpé en deux lobes ou valvules garnies et bordées de longs cils; ces deux lobes, réunis par leur milieu comme par une charnière, sont doués d’une irritabilité telle, qu'ils se referment brusque ment sur l’insecte ou le corps étranger qui les a touchés.
La Dionée offre des fleurs blanches en corymbe sur une tige de quelques centimètres; elle se reproduit de graines et de boutures de feuilles, est bisannuelle, et doit être placée dans le Sphagnum maintenu frais, à l'abri d’une serre tempérée et sous cloche.
Elle rentre dans l’intéressante catégorie des plantes carnivores, qui à donné et qui donne encore lieu à tant de dis- CUSSIONs.
Du temps même de Linné, on croyait que non seulement la plante prenait des insectes, mais encore qu'elle s’en nourrissait. Ge sentiment fut corroboré, soixante ans plus tard, par le clergyman américain Curtis, qui put observer la Dionée dans les prairies marécageuses de la Caroline. Il remarqua que,
LES PLANTES CARNIVORES. 203 sous l'influence de Pirritation causée par les pattes d’un insecte à la face supérieure du limbe d’une de ses feuilles, les deux portions latérales à la nervure médiane se rapprochaient brusquement, en entrecroisant les poils rigides dont les bords de cette feuille sont garnis; que, indépendamment du fait de capture, la feuille exsudait un liquide mucilagineux qui enveloppait linsecte de toutes parts, et que celui-ci se fondait et disparaissait sous l’action corrosive de ce liquide.
On ne crut pas l'Américain et l’on n’eut pas tort, puisque l’on ne pouvait vérifier le fait. Il était exact cependant. Darwin le mit en lumière, et la Dionée devint l’objet d’un engouement qui inspira de véritables absurdités. Le célèbre naturaliste ayant soumis l’étonnant végétal à un régime de viande crue, ses disciples se crurent obligés de trouver quelque chose de mieux, et MM. Balforer et Couby constatèrent : l’un, que la sécrétion de la feuille est plus abondante quand on lui présente un morceau de choix, et il ne doute pas, dit-il, « que la sécrétion ne soit en rapport avec la qualité du festin » ; l’autre, que le « régime forcé du fromage » est préjudiciable au tempérament de la Dionée, et que cette alimentation « cause de véritables nausées à la plante et des envies de vomir ».
Et voilà comment ces disciples du transformisme ont le talent de faire d’un végétal un canard.
Quoi qu’il en soit, les expériences suivantes, parfaitement contrôlées, présentent un grand intérêt et ne peuvent être passées sous silence dans ce chapitre. -
Le 12 juin 1877, M. Francis Darwin transplanta et cultiva, dans des assiettes remplies de mousse, deux cents pieds de Drosera rotundifolia. Une cloison en bois, très basse, séparait chaque assiette en deux moitiés : dans l’une de ces moitiés étaient placés les pieds destinés à recevoir la nourriture animale; dans l’autre, les pieds mis à la diète. On recouvrit le petit parterre d'un châssis en toile métailique, pour empêcher la visite des insectes.
Depuis le commencement de juillet jusqu’au commencement. de septembre, une ou deux parcelles de viande rôtie furent distribuées, à quelques jours d'intervalle, à chaque feuille des plantes alimentées; ces parcelles de viande pesaient un quin-
zième de grain.