IV NOTICE SUR LA VIE ET LES OEUVRES
épigraphiques qui sont aujourd'hui déposés au musée du Louvre. Pendant ces missions, fidèle à des habitudes qui répondaient aux besoins de son cœur, il entretenait, avec une régularité exemplaire, une correspondance des plus suivies avec sa famille et avec ses amis. Ces correspondances ont été religieusement conservées, et il faut espérer qu'un jour la famille de M. Miller se décidera à en faire jouir le public éclairé. En attendant, nous avons été autorisé à y puiser largement pour le travail que Ton va lire.
Né à Paris, le 19 avril 1812, Emmanuel-Clément-Bénigne Miller fit ses études à la pension Favart qui envoyait ses élèves suivre les cours du collège Charlemagne. Orphelin de bonne heure ', il était entré dans la maison du marquis de Fortia d'Urban, membre libre de TAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres, dont il ne tarda pas à devenir l'un des nombreux secrétaires.
Le marquis de Fortia d'Urban, dont le nom et les innombrables publications sont assez injustement oubliés aujourd'hui*, était un travailleur infatigable. Né à Avignon, d'une ancienne et illustre famille catalane, le 18 février 1756, il était déjà plus que septuagénaire au moment où le jeune Miller entra chez lui ; mais l'âge qui refroidit d'ordinaire l'activité intellectuelle n'avait fait qu'aviver l'ardeur que M. de Fortia portait au travail. Il s'occupait alors tout particulièrement de chronologie historique et il imprimait les Annales du Hainaut par Jacques de Guise, traduites en français, avec le texte latin en regard (Paris, 1826-1835, 16 volumes in-8"), auxquelles il ajoutait, pour servir de supplément, les Annales de Hainaut par
1. ... « Orphelin dès mon bas âge, j ai conservé un fonds d'affection filiale que je n*avais encore pu placer et que j'ignorais même en moi, avant de vous connaître. Depuis lors, ces sentiments se sont éveillés, ils m'ont procuré de bien vives jouissances qui, je le sens, dureront autant que moi. Pardonnez à mon effusion. Vos bontés continuelles m ont donné le droit de vous chérir comme pourrait le faire un fils. » — Lettre au marquis de Fortia, datée de Ravennc: 23 juin 1836.
2. On ne devrait pas oublier toutefois que c'est au marquis de Fortia que Ton doit la première édition complète des œuvres de Vauvenargues dont il possédait tous les papiers.
DE M. EMM. MILLER. v
Jean Lefëvre, qu'il publiait pour la première fois (Paris, 1830-1836, 4 vol. in-8). En même temps, il faisait paraître son Histoire générale du Portugal, depuis Torigine des Lusitaniens jusqu'à la régence de donMiguel (ParisetBesançon, 1828-1830, 9 vol. in-8 avec cartes et portraits). Pour mener à bien ces grandes entreprises, M. le marquis de Fortia aimait à s'entourer de jeunes gens studieux et de bonne éducation, qui habitaient chez lui, dans son vaste hôtel, au milieu d'un grand jardin, situé sur les hauteurs, alors presque désertes, de la rue de La Rochefoucauld, au bout de la chaussée d'Antin et qu'il appelait sa Solitude^. Il y avait là le comte de Ripert-Monglar, qui a écrit une très curieuse notice sur la vie et les ouvrages du marquis de Fortia*, M. Guérard, qui devint plus tard membre de TAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres, M. Choppelet, et plusieurs autres qui depuis se sont fait un nom dans la science. La plus tendre intimité unissait tous ces jeunes gens, parmi lesquels le jeune Miller se fît bientôt remarquer par la vivacité de son caractère et la bonté de son cœur. Il était adoré de ses camarades, et il justifiait leur amitié par son dévouement absolu. C'est ainsi qu'il soigna, avec une aiïection vraiment fraternelle, M. Choppelet qui était contrefait et d'une santé très délicate, dans une cruelle maladie qui finit par l'emporter. L'aiïection qu'il sut inspirer à ses camarades se montre dans les lettres que ceux-ci ne cessent de lui écrire par tous les courriers pendant ses absences motivées par les missions qu'il avait obtenues, et par leur désir de le voir revenir parmi eux. Sous ce rapport, comme sur tant d'autres, les correspondances, conservées par Madame Miller, sont des plus intéressantes, et nous y ferons de nombreux emprunts.
A r&ge de 21 ans Emmanuel Miller entra à la bibliothèque
i. Est-il permis de faire remarqacr ici qae le vieil autear dramatique, Henri Dupin, mort récemment presque centenaire, aimait à rappeler que, dans les premières années de la Restauration, il avait fait l'ouverture de la chasse sur la colline où se trouve aujourd'hui la place Bréda?
2. Paris, Edouard Garnot, 1840, in-8<>. A cette date, M. de Ripert-Monglar estimait les publications de M. de Fortia à plus de deux cents volumes.