‹ Le MonteCristoChapitre 30 sur 144 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Nous avons vu qu'après cette fameuse séance où le sénat avait décrète tant de choses, et n'eu avait exécute aucune, Ciceron était monte dans sa litière et s'était fait porter dans sa magnifique villa de Tusculum, où l'attendait son frère Quintus.

Tous deux attendirent là, pendant quelque temps, des nouvelles de Home. Peut-être les triumvirs ne seraient-ils pas aussi cruels qu'on les faisait d'avance.

D'ailleurs, Ciceron ne pouvait croire qu'il eût quelque chose a craindre pour sa vie, tant que l'enfant qu il avait soutenu, grandi, vante, serait au pouvoir.

Octave ne l'appelait-il pas sou père? Le moyen qu'un père fût proscrit par son fils, quand la proscription, c'était non-seulement l'exil, mais la mort ?

Cependant, il y fallut croire. Le sang coulait à flots dans les rues de Home. Ix>s fuyards passaient devant la villa do Cicèron. Le bruit venait jusqu'à lui qu'Antoine voulait sa tète, l'avant achetée à Octave.

Cicèron résolut, sinon de quitter l'Italie, il ne pouvait s'y décider, mais de gagner Astyra, autre maison de campagne qu'il possédait eutre Aulium et Circeum.

De là, s'il était poursuivi, il s'emharq lierait pour se rendre en Macédoine, près de Brutus, dont les forces s'étaient déjà considérablement augmentées, et allaient s'augmenter encore de tous les proscrits qui parviendraient à s'échapper.

Les deux frères partirent ensemble, chacun dans sa ;iitière, accables de tristesse tous deux, car, ni l'un ni l'autre n'avait d'espoir. Cependant Quintus était le plus abattu.

De temps en temps, les porteurs fatigués s'arrêtaient, rapprochaient les litières l'une de l'autre, et alors par la portière, les deux frères causaient, Ciceron encourageant de son mieux Quintus.

Ce qui tourmentait le plus Quintus, c'était le dénuement dans lequel il allait se trouver. — Il était parti si rapidement, qu'il n'avait eu le temps de prendre ni argent, ni provisions ; Ciceron était presque aussi dénué que son frère.

Il fut décidé, comme étant le parti le plus sage, que Quiritus, celui des deux frères qui avait le moins à craindre, retournerait à Tusculum pour y prendre tout ce qui serait non- seulement nécessaire à une prompte fuite, mais à un long exil ; — puis ils s'embrassèrent tendrement et se séparèrent en fondant en larmes.

C'était la troisième fois que Ciceron s'exilait ; — mais plus l'homme veiUit, plus l'exil lui est lourd.

Ils ne devaient plus se revoir en effet. — Quintus, en arrivant à Tusculum, trahi par ses domestiques, fut livre avec son fils à ceux qui le cherchaient.

Alors il y eut entre le père et le fila une lutte de prière ; chacun demandait non pas à vivre, mais au contraire a mourir le premier.

Les bourreaux se mirent d'accord, quatre prirent le père, quatre prirent le fils et les égorgèrent en même temps.

Quant à Ciceron il continuait son chemin.

En arrivant à Astyra, il troboa un vaisseau prêt, il s'y embarqua, et pousse par un bon vent, cingla jusqu'à Céricum.

Ciceron ordonna de jeter l'ancre, le pilote voulait continuer, lui disant qu'il ne serait jamais assez loin de Rome ; mais Ciceron insista, il ne pouvait se décider à quitter la terre d'Italie. „

Le pilote, qui était aux ordres de Cicèron, obéit.

Cicèron mil pied à terre.

Puis, machinalement il se mit à marcher, et fit cinq lieues dans la direction de Rome.

Mais ces cinq lieues faites, il s'arrêta. — Le danger qu'il courait se dressa devant, lui barrant en quelque sorte le chemin.

Il reprit la route de la mer et revint à Astyra.

11 y rentra la nuit, seul et morne comme il convient à un fugitif, regagna sa chambre aux yeux du ses serviteurs étonnés, s'y enferma et y passa une nuit d'angoisse, ne sachant que décider, n'ayant pas la force de fuir, sentant qu'il lui était impossible de rester.

I ue fois, il sauta en bas de son lit; il venait de prendre une résolution extrême : il voulait revenir à Rome, pénétrer dans la maison d'Octave, se poignarder à sou foyer en le maudissant, et attacher ainsi à ses pas une furie vengeresse.

Mais tout à coup il réfléchit qu'avant d'arriver à la maison d'Octave, qu'au moment d'y pénétrer même, il pouvait être prise! mis à la torture.

Celte crainte l'arrêta.

Le jour parut. Toujours flottant entre des partis dangereux, repoussant le seul qu'il fût raisonnable de prendre, c'est-à-dire une prompte fuite, il s'abandonna à ses domestiques, chargeant ceux-ci de le conduire à Caiéte où il avait un domaine - charmante villa pendant les mois brûlants surtout, car «alors elle était rafraîchie par la fraîche haleine des vents etesiens.

Sur le petit cap qui se prolongeait vers la mer et qui faisait partie de sa villa, Cicèron avait fait bâtir un petit temple à Apollon. A mesure qu'il s'approchait, l'œil fixé sur le rivage, il s'étonnait de voir ce temple tout noir comme s'il eût été en deuii. Lorsqu'il n'en fut plus qu'à une certaine distance, il reconnut qu'il était couvert de corbeaux.

L'augure était sombre, les serviteurs de Cicèron hésitaient , celui-ci leur ordonna de continuer leur chemin.

Mais, comme si les noirs oiseaux voulaient eux-mêmes lui donner un avis, ils quittèrent le temple et se dirigèrent vers le navire de Ciceron, tournoyant, battant des ailes et jetant de grands cris.

Voyant que le vaisseau, malgré le présage, continuait son chemin, ils vinrent se poser de chaque côté de l'antenne, les uns croassant, les autres becquetant les cordages.

T0113 les domestiques criaient :

— Maître, reprenons la mer ; maître, fuyons ; ne voyetvous pas le présage 1

Mais Cicèron, sans répondre, montrait du doigt la terre. On aborda.

Cicèron débarqué entra dans la maison pour prendre un peu de repos.

Les corbeaux ne le quittèrent qu'à la porte.

II monte à sa chambre, qui était élevée, afin que de la fenêtre on pût voir la mer.

Les fenêtres étaient ouvertes et les corbeaux obstines étaient posés sur la fenêtre.

Cicèron se jeta tout habillé sur son lit, et, se couvrant le visage d'un pan de sa robe, s'endormit.

Mais comme si, de même que la veille, son sommeil devait être trouble par de sombres augures , un des corbeaux entra dans sa chambre, se posa sur le lit, et sans s'effrayer le reveilla en lui découvrant le visage.

Ln domestique entrait à ce moment et vit ce qui se passait.

11 descendit alors, rassembla ses camarades et leur raconta ce qu'il venait de voir.

Tous alors, s'excilant les uns les autres, se dirent :

— Nous ne pouvons cependant point rester ainsi tran- ! quilles et inertes, témoins du meurtre de notre maître.

LE M0NTE-€RI8T0.

lorsque les animaux eux-mêmes viennent a son aide et le préviennent du sort qui le menace.

Alors, les uns préparèrent la litière, les autres, moitié j>ar prière, moitié par force, entraînèrent Ciceron qui ne voulait pas fuir, disant qu'à sou Age et après une vin aussi remplie que la sienne, il devait attendre la mort etuon pas lui «tonner la peine de courir aprésJui.

Mais les serviteurs ne l 'écoutèrent point, et le faisant monter dans la litière, ils prirent eu courant le chemin du la mer.

A peine avaient-ils quitté la villa, que les meurtriers en voyes par centaines parurent.

Ils elaient conduits par le centurion Herennius, et par Popelius, tribun des soldats.

Ce dernier, accusé d'avoir lue son père, avait autrefois elé défendu et sauve par Cicéron.

En fuyant, le3 domestiques avaient Terme les portes ; les soldats les enfoncèrent et cherchèrent par tout),' la maison.

Cicàron n'y était pas et les domestiques, demeures derrière leurs compagnons, affirmèrent ne l'avoir pas vu.

Par malheur, il y avait.là un jeune homme qui devait tout à Ciceron, il se nommait Philologus, sans doute à cause d'une certaine aptitude à apprendre le» langues; c'était un affranchi de Quintus, que Cicéron avait instruit comme son propre enfant dans les sciences et dans les belles-lettres.

Au moment où le tribun passait près de lui, il lui dit tout lias :

— Vers la mer, par les allées couvertes.

I-es soldats s'élancèrent hors de la maison , et comme ils hésitaient sur la route qu'ils devaient prendre, ils rencontrèrent un cordonnier, ancien client de Clodius, qui, joyeux d'avoir cette occasion de venger son patron, leur indiqua la route suivie par Cicèron.

Celui-là, au moins, en avait le droit.

Le centurion et le tribun des soldats se mirent à la poursuite de la litière.

Ciceron entendit leurs pas dans le taillis, et se doutant qu'il avait affaire a des assassins, ordonna à ses porteurs de s'arrêter et de déposer la litière sur la mute.

Ils obéirent : au même instant les meurtriers parurent.

Ciceron les attendit, la main gauche appuyée à son menton, ce qui était son peste ordinaire, et regardant avec tranquillité ceux qui venaient lui donner la mort.

Ce visage défigure par la douleur, — ces cheveux hérissés et poudreux, — ce regard fixe et intrépide, imposa un instant aux meurtriers.

La plupart des soldats se détournèrent ou se couvrirent le visage.

Mais Herennius s'approcha de Cicéron en lui disant : — Il faut mourir.

Ciceron ne daigna pas répondre ; il tendit la tète hors de la portière, et attendit le coup.

Le coup ne se fil point attendre. Herennius lui ouvrit d'abord la gorge, puis lui détacha la tète du tronc ; puis enfin, ainsi que l'avait recommandé Antoine, lui coupa ces deux mains qui avaient écrit les Phitippiqttet.

Cette mort calme et intrépide racheta, aux yeux de la postérité, les hésitations de sa vie. Sans doute Cicéron savait-il que le sans qui tache la mémoire du meurtrier, lave celle de la victime. Ce qui reste aujourd'hui de Cicéron, c'est une renommée immense et une œuvre sublime.

Antoine tenait les comices pour l'élection des magistrats, lorsqu'un homme, fendant la foule, arriva jusqu'au pied de son tribunal.

Cet homme déposa devant lui une lète et deux mains. C'étaient la tète et les deux mains île Cicéron.

— Voici les proscriptions finies, dit Antoine à la vuedes sanglantes dépouilles.

Puis, il ordonna de clouer les mains à la tribune aux harangues et de porter la tète à Fulvie.

Kulvie était à sa toilette. Assise au milieu de ses femmes qui la paraient, on lui présenta le sanglant trophée.

L'œil de la veuve de Clodius etincela de joie; elle prit la tète entre ses genoux, lui tira, avec une pince, la langue hors de la bouche, et, prenant uno épingle d'or dans ses cheveux, elle en perça celte langue qui nvait tué sou premier époux et déshonore le second.

Cependant, on raconte que, lorsque Antoine, rentré chez lui, se fit raconter par Herennius la mort de Ciceron. il eut, pour !o compte de l'humanité, honte de la coiniuito de ce misérable Philologus, et ordonna qu'il fut livre n Ponipouia, femme de Ouintus.

Or, la légende antique, doDt Plularque se fait l'interprète, dit qu'une fois maîtresse du traître, Pompon ia le força à couper lui-même des morceaux de son propre corps, de les faire rôtir et de les manger.

Combien de temps dura cet effroyable supplice avaut que de son rasoir Philologus se coupât l'artère de la gorg»ou les veines du bras , c'est ce que ne dit aucun historien

Convenons que les femmes de celle époque s'entendaient en vengeance.

Tiron, l'affranchi de Ciceron, avait écrit une vie de son maitre; cette vie n'est connue que parla citation qu'en fait le commentateur Ascouius.

Plutarque, dans un reste d enthousiasme républicain, est le plus complet biographe de Cicéron. Ciceron mort, proscrit, n'a pas pas eu de panégyriste.

.Nous nous trompons, Cornélius Severus a fait sur sa mort de spleudides vers, qui sont parvenus jusqu'à nous.

Nous avons cile le nom du traître. Nous allions oublier celui de l'ami.

Ciceron laissait un fils qui étudiait à Athènes. Nous l*v retrouverons et nous aurons l'occasion d'en dire quelques mois.

Un jour — il y avait alors trente-cinq «i quarante ans que lés événements que nous veuons de raconter s'étaient passes.

Octave, devenu Auguste, entra à l'improviste chez un de ses petPs-fils, au moment oft celui-ci lisait un livre de

Ciceron.

Le jeune homme, craignant de blesser la susceptibilité de sou grand-père, cacha le livre sous sa robe.

Mais celui-ci, ayant vu le mouvement, prit le livre, l'on vrit et en lut quelques lignes.

Alors, poussant un soupir, et rendant le livre à son petitfils :

— C'était un savant homme,' mon enfant, lui dit- il; oui. un savant homme, et qui aimait bien sa patrie.

Ce panégyrique de l'auteur d?s Phiiippiquet est curieux dans la bouche de son meurtrier.

Au milieu des proscriptions , un grand exemple fut donne par un homme proscrit lui-même.

Scxlus Pompée, qui, maître de la Sicile, dominant sur la Méditerranée, s'intitulait le fils de Neptune, Se x tus Pompée fit afficher dans les rues de Rome, que, pour chaque proscrit sauve, ou recevrait de lui le double de ce qu'on recevait des triumvirs pour chaque proscrit assassine.

Alex. Dumas.

(ia tuite au prochain numéro.)

THÉÂTRES

A PROPOS DE LA REPISE h' HA M LE T AU CIRQUE.

On a repris ffamlet au Cirque. Rouviére y a été frénétiquement applaudi.

Bouvière, comme tous les hommes qui out en eux une parcelle de ce feu divin que l'on appelle le génie, a ses fanatiques qui le trouvent toujours sublime, et ses détracteurs qui le trouvent constamment mauvais.

Une femme, dont l'opinion a un poids immense en art, a fait pencher la balance eu sa faveur, eu lui dédiant Mttilrt Favilla : cette Temme, c'est M«>* Sand.

Je serais donc mal venu, moi qui dans beaucoup de parités de rôles de Ronvière l'applaudis comme les autres, à discuter son talent.

Houvière a d'abord vaincu certains défauts naturels,

LE MONTE-CMSTO.

soua lesquels un autre homme, un homme ordinaire, uu homme médiocre, eût ete écrase.

Il était petit; dans certaine situation, il grandit à la taille d'un géant.

11 n'est point beau au point de vue bourgeois ; au point de vue artistique, il est impossible do trouver un plus splendide masque trafique : l'œil est plein de flamme et profondément encadre sous des sourcils d'un noird'ebène; la bouche est dédaigneuse, et, en se relevant, montre des dents magnifiques et prèles à déchirer : eufin, sa pâleur, qui dans certains cas atteint jusqu'à la lividité, est d'un elTet immense dans les rôles connue ceux d'Hamlet, et conviendrait à tous les rôles de cette gigantesque famille.

Bouvière sort de la rue de Richelieu, où il a fait son temps, comme on dit. A la suite d'une représentation d Hamlet à l'Odeou, M. Arsène llous&aye, alors directeur du Théâtre- Français, poète, et par conséquent enthousiaste, sortit émerveille, et de l'acteur, et de ce qui était reste du drame anglais, maigre, je no dirai pas la faiblesse, mais l'insuffisance de la traduction. Il lit venir Bouvière, et l'engagea pour jouer deux rôles exceptionnels : Chatterton, le chef-d'œuvre de M. Alfred de Vigny, et Hamlet, le chef-d'œuvre de Shakspeare. Le jour de son engagement Bouvière vint me voir, et je lui prédis qu'il ne jouerait, au Théâtre-Français du moins, ni l'un ni l'autre de ces deux rôles.

C'est la lactique du Théâtre-Français, lactique étrange, quand il y a une lumière quelque part, de la prendre, do la mettre sous le boisseau, de la laisser s'affaiblir et de la rendre éteinte.

Vous rappelez-vous ce sauvage à qui le capitaine Cook donna sa montre, objet de son ardente convoitise, et qui le lendemain la lui rendit dédaigneusement en disant :

— Tiens, voilà ta bêle : elle est morte.

Le sauvage n'avait oublié qu'une chose, c'était de remonter la montre.

La montre n'était pas morte : elle n'était qu'arrêtée. Le capitaine Cook remonta la montre, et elle alla de nouveau. Pendant un au ou dix-huit mois qu'il est resté au Théâtre- Français, on n'a remonté llouvière que deux fois.

Une fois, pour ioucr le Don Diègue du Cid, l'autre pour jouer le Jacques de Comme il lotit plaira.

Il n'y a pas d'horloge, si bien fabriquée qu'elle soit, qui puisse aller dix- huit mois avec deux coups dé clef.

Il en résulte que voilà Houviére libre; seulement, il a perdu dix-huit mois de sa vie aussi complètement que s'il eût travaillé aux mines du Mexique ou de la Sibérie.

Arsène Houssaye assistait à celte reprise d'/JnwW, et applaudissait au Cirque comme il avait applaudi à l'Odèon, lorsqu'il avait vu Hamlet pour la première fois. J'avais bien envie de lui demander le secret do ces confiscations du Theàtre-Français. Maintenant qu'il n'est plus directeur, il me Feût dit peut-être.

Ainsi a été fait de Lafontaine auquel j'ai prédit son desastre le jour où il m'a annonce qu'il allait débuter dan s le Cid.

Prendre un jeune premier au Gymnase, et le faire passer du Fils de Famille au Cid, le saut" est périlleux Aussi, lafontaine n'a-t-il pas fait le saut, il a fait la culbute, et dans la culbute il a failli se casser le col.

Je comprends que le Théâtre-Français, emprisonné dans certaines lois académiques, dirige par un membre de l'Académie, jouant de préférence les pièces des académicien», repousse des originalités comme Chatterton, ou des traductions comme Hamlet. — Où l'on joue les castrations de Docis, on ne peut pas jouer les imitations de Shakspeare : le corps ferait trop de tort à l'ombr e. Mais il me semble qu'un pays comme la France, doué de cette puissance d'as similation qui fait sa force, appréciateur équitable de tout ce qui est grand, doit, dans sa littérature dramatique surtout, chercher le beau partout où il est, sans s'inquiéter dans quelle langue le beau s'est produit. L'homme de génie n'est pas Français, Anglais, Allemand, Espagnol ou Italien. Il est Européen. La langue dans laquelle il a parlé n'a été

qu'une concession faite à son pays. L'œuvre produite, du moment ou elle est supérieure, C3l pareille a un do ces mondes que Dieu lance dans l'espace : il est destin* non pas à a éclairer lui-même, mais à augmenter la lumière universelle.

Ainsi, c'est restreindre l'art dramatiqoo en France, que de lui donner non-seulement pour modèles, mais encore pour limites, les hommes que la France a produits, en supposant qu'il y ait des limites à l'art. Ces limites devraient être, au nord. Shakspeare ; au midi, Calderon ; à l'est, Eschyle; à l'Occident, Corneille.

Maintenant, vous me répondrez que personne n'empêche MM. Fournier, Hosteiu, Desnoyer ou Billion déjouer des imitations des théâtres étrangers.

Ceci est parfaitement vrai ; mais les directeurs q Ue nous venons de nommer risquent leur propre fortune, et ne peuvent pousser le dévouement pour l'instruction de la jeunesse, au point do se ruiner, si la curiosité du public ue repond pas à l'utilité de l'œuvre, et cependant de temps en teins, on volt apparaître un de ces essais qui soulève des cris d'encouragement. Othello, de de Vignv. au Théâtre-Français; YAntinune, de Vaqueriçctde Paul Mou rire à l'Odeou ; le Macbeth. d'Emile Deschamps, an mémo théâtre ; notre Hamlet, à Paul Meurice et a moi. au Théâtre- Historique ; enfin, mon Orestie, à la Porte-Saint-Martin Aucun cours de théâtre étranger, — et d'ailleurs, nous n'avons pas de cours de the.ilre étranger, — ne vaudrait une pareille école.

Mais, pour cela, il faudrait un théâtre spécial, un théâtre encourage et soutenu par le gouvernement, un théâtre ayant une subvention non pas égale à celle du Théâtre- Français, mais correspondant à colle que fait à l'Odeon le vote de la chambre et l'abandon de la salle ; erovez-vous que le Théâtre- Lyrique par exenq le, n'a pas aussi bien mente de la France en lui faisant connaître le Freischulz et Oberon, ces deux chefs-d'œuvre de Weber, qun M. Cros* nier eu donnant l'opéra des Vêpres Siciliennes, et M. Hover' le ballet de Marco Spada ! J

11 y a deux théâtres a Paris, auxquels le gouvernement pourrait donner celte destination :

L'Odeon ou le Cirque.

L'un est le théâtre de la jeunesse, l'autre le théâtre du peuple.

Or, qu'est-ce que la jeunesse et le peuple? deux choufs qui ont essentiellement besoin d'éducation.

La jeunesse ne demande pas mieux que de s'instruire

Le peuple a presque besoin d être instruit maigre lui .

Ouand nous avons applaudi des deux mains et du cœur à.la Voix des Ecoles, c'est que nous sentions que cette jeune et chaleureuse création était dans le vrai, qu'elle demandait la décentralisation littéraire, l'éclectisme en art — »'llc vient d'applaudir Frederick dans André Gérard — mais elle a sépare l'homme de l'œuvre, — elle l'eût bien autrement applaudi, croyez-moi, dans une œuvre ou le drame et l'homme eussent étc à la même hauteur —dans le Roi Lear, dans Méphistophêles, ou dans Fronts Moor cette colossale création de Schiller, que Frederick desirè iouer depuis trente ans, sans qu'un seul des théâtres oui lui ont fait jouer le Chiffonnier, Paillasse, lerieux Caporal, la Bonne Aventure, — ait jamais eu l'idée d'accéder à son désir.

Croit-on que la jeunesse et le peuple n'auraient pas autant à apprendre en voyant représenter Prométhée l Orestie. Œdipe roi. Œdipe a Colonne, Hippolule Alceste M*Aèe Othello, Macbeth, Roméo et Juliette, Richard lll] Jules Usar Cortotan, la Tempête, l'Ecole du scandale le Médecin de son honneur, la Dévotion à la Croix le Çonvice de Pierre, le Cid, Trois Châtiments en un seul le meilleur Alcade, C'est le Roi , le Chien du Jardinier Gœts de Berlichmgen, Faust, le Comte d'Egmont, les Brigands, Intrigue et Amour Fjesko, Don Carlos, Guillaume Tell, Wallenslem, Manfred, les deux Foscari, Marina tulttro, qu'en voyant représenter la Marchande du Temple, le Diable d'Argent , la Réclame, et André Gérard'

F. MONTF.-CRSTO.

Répondons en deux mots à une lettre que nous recevons rt. dans laquelle on nous demande pourquoi nous nous don uons la peine de traduire llarold nous-méme, quand nous pourrions le faire traduire par la première personne venue.

Celui ou celle oui nous écrit cette lettre ne connaît pas le jeu de mots italiens : Traduttore, Iraditore, — traducteur, irahisseur.

A notre avis, le grand malheur des traductions, c'est d'être faites par la première personne venue. — Un homme ou une femme sait une langue étrangère, et parce qu'il ou elle sait cette langue, la parle même, cet nomme ou cette femme se croit capable de traduire.

Erreur.

Pour traduire un poète, un dramaturge, ou un romancier, il faut que le traducteur soit do force égale à celui qu'il traduit, — il faut qu'il ait l'amour de la chose qu'il fait passer d'une langue étrangère dans la sienne , il faut que s'il y a réduction, — cette réduction, comme celle de Sauvage" ou Colas, soit toujours le fuc simileûv l'original.

Voilà pourquoi, trouvant dans Bulwer, une fort belle chose inconnue encore à la France, jo me suis mis a l'œuvre avec autant d'ardeur et plus de conscience qu'a un travail original ; car si, dans un travail original, je reste infe-. rieur à moi-même, je ne fais tort qu'à moi seul, tandis que dans une traduction, si je reste inférieur à l'auteur, — •''est a autrui que je fais tort.

Or, je n'ai pas plus le droit de gâter l'œuvre d'un confrère qu'un peintre appelé pour faire un portrait ressemblant n'aurait le droit d'enlaidir l'homme.

Nous continuerons donc, lorsque nous trouverons une belle chose dans une des trois langues que nous connaissons : italien, espagnol ou anglais, de la traduire nousinêmo; et nous serons sûr aussi que si nous n'arrivons

point a la perfection, nous ferons du moins aussi bien que quiconque puisse faire.

Le théâtre de la Galte va reprendre Antoni: Laferrière jouera Antoni et M™* Lacressonniére, Adèle ; tes Compagnons de JèhUy dont nous racontons l'histoire dans notre Causerie, viendront immédiatement après.

On nous demande aussi, si un livre en huit ou dix volumes intitule la main dc défiât, circulant dans les cabinets littéraires comme la suite du comte de monte-cristo et sous le nom de M. Le Piunoe, est de nous.

Nous ne connaissons pas le forban littéraire qui vogue sous notre pavillon, et nous croyons que si notre correspondant anonyme avait lu la première page i>e i.a main nu défunt, il aurait pu de lui-même et sans recourir à nous, donner un démenti au libraire qui lui a dit que le livre était de M. Dumas, mais que M. Humas prenait un pseudonyme pour échapper à ses traites avec ses éditeurs.

Si notre correspondant anonyme voulait nous fan e un plaisir, ce serait de nous donner le nom du libraire qui a de la probité littéraire de M. Dumas une si haute opinion.

Ou'on mette mes livres sur le compte des autres, soit; mais qu'on mette les livres des autres sur mon compte, non.

Ai.ix. DUMAS.

Al.EX. Dl'MAS.

S«il propriétaire et Mol rMartcnr du Monit-Criite

Pari*. — Imprimerie <U E. Bricra rt O, roo Sainto-Aun*. 66.

En vente

CHEZ GBABLIEU, ÉDITEUR,

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