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THEATRE - FRANÇAIS

Reprise de la Jeunesse de Henri V.

Le Thèùti i-Fianeais qui surabonde, et rpii surtout est d'un bonheur extrême dans ses reprises, a repris, il y a tantôt un mois, la Jeunesse de Henri V.

La Jeunesse de Henri V avait laisse quelques souvenirs clans l'esprit de ceux qui l'ont vu représenter comme moi, il y a trente-cinq ans.

A cette époque, du moins A la représentation a bénéfice où je la vis pour la première fois, elle était jouée par Fleury, Damas, Armand, Michot, M"* Mars, M" r Rose Uupnis.

A sa'reprise, elle a été jouée, par MM. Leroux. Maillart. Monrose, Metrème, Masquillet, MM"'"> Fix et Favart.

Nous ne voulons pas dire que MM. 1-leury, Damas, Armand, Michot, MM™" Murs et Rose Dupuis jouassent mieux la comédie que MM. Leroux, Maillai t, Monrose, Metrème, Masquillet, et MM 1 »*» Fix et Favart.

Mais, à coup srtr, ils la jouaient d'une antre façon.

Nous en appelions à M. F.mpis lui-même, qui, etîint notre aluè d'une quinzaine d'années, a drt voir lo Théâtre- Français dans son incident temps.

Aussi la pièce reprise a-l-elle été jouée deux fois sans argent, ce qui ne prouverait rien, mais saus succès, ce qui prouve beaucoup.

Les vieux amateurs s'en sont pris au jeu des artistes.

Les nouveaux spectateurs s'en sont pris à la forme de la pièce.

Ils se sont demandé, ces derniers, bien entendu, comment près du héros illustre par Rhakspeare, prés du joyeux et excentrique compagnon de Falslaff, de l'oins, de Peto et de Hardoff, ne vers I UNO, montant sur le tronc en 141.Î, gagnant en i -il 5 la bataille d'Aziucourt, et mourant au château de Yincennes en 142?, ils pouvaient trouver le poète courtisan Rochesler, ne en loiS et mort en IG80, c'est-à-dire trois cents ans juste après la naissance du prinsc auprès duqnel le place M. Alexandre Duval, de son vivant académicien.

Ost. que M. Alexandre Duval était de cette fameuse

école de M. Rriffault, pour laquelle non-seulement la couleur locale, mais encore la chronologie n'avait pas ete inventée.

Puis, qu'on nous permette le récit d'une petite histoire que ne connaît peut-être pas le directeurdu Théâtre-Français, tout académicien qu il soit lui même.

Avant Alexandre Duval, qui a fait la Jeunrste de Hau t' V, existait un certain Mercier, qui. outre l'Habitant de la Guadeloupe, la Brouette du Vinaigrier et Jean Hennuuer, avait fait un Chartes II, roi d'Angleterre, en certain lien, — comme avant Voltaire, qui a fait Zaïre, Sémiramis et Brulus, existait un nommé Shakspeare, qui. outre Macbeth, Romeo ej Juliette et le Juif de Venise, avait fait Othello, H amie t et Jutes César.

Or, comme Charles II, roi <T Angleterre dans un certain lieu, comédie très morale en cinq actes très courts, je cite son titre tout entier, est beaucoup moins < <>nnu Othello, qnllauitel et que Jules Cêsur, nous allons entrer dans quelques détails sur cet ouvrage, devenn aujourd'hui si rare qu'il n'en existe que deux exemplaires à Paria, «t si chers, que mou ami Tresse, soit dit sans reproches, n'a pas voulu me lâcher un de ces exemplaires à moins de vingt franc*.

Ce fut eu 1780 que Mercier publia, sous la rubrique de Venise, cette singulière comédie, dédiée aur jeunes priiirrs, et qui devait être représentée pour la récréation des Etals- Généraux.

Quant au nom de son auteur, c'était tout simplement t x disciple we PïTiuoonE. — Elle portait pour épigraphe l'épigraphe romaine : Panem et Ctrcences.

L'avant propos était curieux, aussi le citons-nous en entier.

Le voici :

Avant-propos.

• Nos poètes tragiques sont de terribles gens; iU ne mettent les rois sur la scène «.ne pour les poignarder cl polir les empoisonner ou les decouronner tout au moins : nos poètes comiques sont plus doux, quand ilsTonl monter les rois sur le théâtre, ce n'est point pour les tuer, c'est pour peindre un acte intéressant ou familier de leur vie privée; ainsi nous avons vu notre Henri IV, et dernièrement Frédéric le Graud, figurer sur la scène française, et y paraître des hommes très aimables. •

C»ue d'autres viennent nous offrir Charles I" passant du tiono sur l'echafaud et payant de sa tête ses perfidies envers sa nation ; nous avons mieux aime présenter son lils Charles II en robe de chambre et en bor.net de nuit C'est donc ici le portrait d'un roi en déshabillé . et pour le coup sans gardes; de sorte qu'il a ete impossible a l'auteur de placei une seule fois dans sa pièce cette phrase sacramentelle et toujours d'un si grand et si bon elfet:

— Holà ! gardes, à moi I

• Ouel mauvais genre, dira-t ou, qu'une pièce de théâtre où il ne se trouve pas un capitaine des gardes ! quel oubli des principes de nos grands maîtres ! quel ravalement de fart !

• Nous en conviendrons de bonne foi.

Mais un roi est un homme comme urt autre , il n'est souvent même heureux qu'en se faisant homme le plu* qu'il peut, c'est-à-dire en cachant soigneusement sa vie intérieure.

» On demandera peut-être ensuite où est la morale de cet ouvrage?

» Ah ! nouvel embarras pour répondre.

» Aussi nous croyons que mieux vaut avouer tout de suite, avec un sage, qu'il n'y a point sous le ciel d'établissement humain qui soit capable d'engendrer la perfection morale tant que les hommes sont hommes.

. Cependant, ne désespérons point d'éprouver un peu la moralité de cette comédie. Essayons et prenons un ton grave; l'histoire révélera un jour tout ce qu'auront fait les princes, dira ce qu'il y a aujourd'hui de plus caché. Elle n'a pas manque de nous instruire du libertinage de Charles II. de sa vie dissolue, qui le rendit méprisable.

• Ainsi, les petites scènes do débauche do» princes vivants, si elles no sont point réparées, seront un jour burinées par l'histoire ; mais voyez eu même temps l'enchaînement des choses ! Si Charles II n'eut point Uni aime le.* lilles, il n'eût point vendu Dunkerque à la France: telle est la rauso d'un grand événement, d'un événement fortuné pour nous autres Français; je ne doute pas qu'un politique v réfléchisse mûrement, car les catins tiennent plus qu'on ne le peuse aux grandes et modernes révolutions des Etats.

» Voilà, je crois, lecteur, de la politique et de la inorale bien fondues ensemble dans cette comédie, sans compter le spectacle d'un roi qui. ayant perdit sa bourse qu'on lui a volée, esta la merci d'une matrone. — Qu'estce qu'un roi sans argent dans un pareil lieu? — La matrone avare lui dit des injures, l'enferme sous clef et veut le faire jeûner au pain et à l'eau. Nous renvoyons ici le lecteur aux réflexions que fait Charles II quand il ne trouve plus sa bourse et qu'il est dans l'impossibilité de payer les viles créatures dont il est environne. — Toutes alors font tapage contre lui. C'est le bon joaillier qui lui sert de caution et le tire d'affaire.

» Ajoutons qu'au milieu de tant de brochures sérieuses, et d'un ton sévère, on ne sera peut-être pas fâche d'en lire une enfin d'un style tout à fait durèrent, mais qui à l'examen regagnera peut être ce qu'elle aurait pu perdre au premier coup dïeil. Il né faut pas que le Français soit trop longtemps sérieux, cela ne serait pas bon, le rire doit se mêler chez lui aux choses les plus graves, voila pourquoi l'on se piopose d'égayer les étals généraux au milieu de leurs travaux patriotiques, par la représentation d'une comédie propre a les délasser de leurs fatigues peut-être aussi longues qu'honorables. Or, pour que les états généraux soient parfaits, il faut, selon nous, qu'ils ressemblent à v» ijrnnd tmt masqué, c'est-à-dire que chacun y porte un domino après avoir laisse à la porte son habit et même sa physionomie pour prendre uniquement celle d'un français ; le députe ne doit plus être tel ou tel personnage, mais un citoyen, l'habit long, l'habit court, les croix, les cordons, mitres, casques, que tout cela disparaisse sous le domino taudis que la voix libre du patriotisme errera seule parmi l'egalite des individus autorises à tout se dire. — ls bal de l'Opéra doit donc être à la lettre le modèle des états généraux, parce que toutes les conditions y sont confondues et qu'on n'y porte w» canne ni ëpée il} Mais ne voilat-il pas encore* un aspect politico-moral qui s'ouvre à notre pensée? Finissons, car sans cela noua pourrions véritablement risquer de devenir profond ! •

Puis, après cet avant propos passablement embrouillé vient la pièce.

L'aualyse eu est simple.

La duchesse de Poitnsmouth, cette bonne M 11 * de Kéronal, envovee par Louis XIV à son frère d'Angleterre, à titre d'ambassadeur, s'inquiète des nombreuses infidélités du roi.

Elle prie Rochester de corriger Sa Majesté de ce petit défaut, et surtout de la guérir d'aller dans certains endroits où sa sanle, plus encore que sa vie, est exposée.

Ilochestcr consent à tenter la chose ■ justement le même soir le roi a une parliearrangee ; on lui a parle d'une pprle nommée Betty, qu'il ne trouvera qu'en plongeant dans le9 profondeurs de l'egoût social.

Betty, renseignée par Rochester qui la connaît de longues mains, enlève au roi pendant son sommeil sa bourse et sa montre, remet le tout à Rochester qui part an point du jour, sans payer, en disant: la dépense regarde mon nunarade.

Le camarade réveillé demande deux choses, son ami et son compte.

L'ami a disparu.

Quant au compte, il est là et se monte à dix-neuf guinées Bagatelle!

Charles 11 fouille à sa poche, pas de lwnrse, à son gousset, pas de moutre.

(1) Nous soulignons le* ntols que «ouligno Mercier. mais nous l'avouons, sins «Winer pourquoi il les snulijrrio.

Il s'écrie qu'on l'a vole.

La maison est honnête, on n'y vole pas, mais on ne s'y laisse pas voler non plus.

On met le roi sons cM jusqu'à ce qu'il ait trouvé dixneuf guinees.

Le roi resté seul, se désespère mais tout à coup il songe à la bague qu'il porte au doigt et qui vaut deux ceuts guinées.

Il apjielle, on vient, il donne sa bague, non point pour qu'on la vende, il tient a'i bijou, usais pour qu'on le porte chez nu joaillier qui prêtera dessus vingt guinees.

On porte la bagne chez un joaillier qui est justement le joailler île la couronne.

Il reconnaît la bauuo pour appartenir au roi.

Voilà le roi, de vole qu'il était, devenu voleur.

Il se décide à demander le joailler, lui-même.

Le joaillier vient

Il reconnaît le roi comme il a reconnu la bague.

Il t.mibe aux genoux du mien lui demandant pardon; la matrone, en reconnaissant le roi, tombe à genoux d" son côte; les pensionnaires de la maison, toujours en reconnaissant le roi. tombent à genoux du leur.

Tout cela demande pardon.

Le roi pardonne.

Alors, s'élève un immense ci i de vivo le roi, qu? Charles II ne peut éteindre qu'en se sauvant.

Rentré au palais, il s'apprête à laver la tète à Rochester, lorsque la belle duchesse do Portsniouth s'interpose, explique tout, prend le crime sur elle, et fait fondre toute celte colère du roi dans un baiser.

Vous voyez «pie moins la métamorphose de Betty eu fille de taverne, moins la métamorphose de la matrone en capitaine Coop, inoins la melamorplinse du page en maître d'italien, moins enfin celte pauvre petite intrigue qui fait retrouver à Rochester sa nièce sous le costume de la jolie taverni. re ; la pièce de Chartes II et de Henri V est identique.

Mercier avait encore été plus volé que Charles II. Cela se faisait ainsi an XVIII e se fait encore an XIX'\

siècle, et l'on dit que cela

Aussi le soir de la représentation de Henri Y, Mercier reconnut-il son Chartes II, scène pour scène.

Mercier était brouille avec la Comédie Française, mais fort ami avec Alexandre Duval, qui tout ami de Mercier qu'il lût de son cote, venait comme on voit de fouiller à sa poche sans sa permission, peul être parce qu'il était son ami.

Mercier attendit le troisième acte tout en mâchonnant sa vengeance.

Puis le troisièmeaele fini, entrant dans le foyer du théâtre au moment où Alexandre Duval recevait les compliments des acteurs.

— Dis donc, Duval. dit-il, en lui frappant sur l'épaule, comment trouves-tu ces imbéciles île Comédiens français qui avaient dit qu'ils ne joueraient plus rien de moi.

Puis il s'en alla en secouant la tète et en répétant :

— l^s imbéciles, les imbéciles!

L'anecdote m'a paru curieuse et valoir au moins les vingt francs que la pièce m'a coûtes.

Kt maintenant, si l'un de mes lecteurs est assez bibliomane pour reprendre la pièce de Mercier au même prix, je la tiens à sa disposition, à la condition qu'il gardera les vingt francs pour la première souscription à une bonne œuvre qu'ouvrira le Monte-Christo, tout honteux à cet endroit d'être en retard sur le Mousquetaire.

Alex. Di'Mas.

/'. S. 11 va sans dire qu'avec la pièce de Mercier, le lec teur bibliomanc aura' droit à l'auiographe du présent arti cle.

Seul propriétaire «1 i

Alex. DUMAS.

du UonU Ctido.

p»ri». — Imprimerie d« E. Briire et 0", rue A ivtfnne, 49.

En vnile chez CIIARMEl', éditeur, boulevard Sainl- Martin, r 12.

LA COMTESSE DE CHARNY

PAR ALEXANDRE DUMAS

Un beau volume jésusin-8°à deux colonnes contenant la matière de 20 vol. ordinaires, 4 fr 65.

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